Fin du règne de Baudouin III

XVIII

(1154-1162)

 

Fin du règne de Baudouin III

 

Renaud de Châtillon, qui avait épousé la veuve de Raymond d'Antioche, détestait le patriarche de cette ville qui avait désapprouvé ce mariage. Le patriarche, riche et puissant, parlait très librement de Renaud en public. Le prince le fit arrêter. Le prélat, âgé et malade, fut contraint, un jour d'été, de rester, la tête nue et recouverte de miel, exposé au soleil. Le roi de Jérusalem le fit remettre en liberté et lui fit rendre ses biens. Le patriarche se retira dans le royaume. Il y eut une famine l'année suivante, au point que le boisseau de froment coûtait quatre pièces d'or. Sans les grains trouvés à Ascalon, le peuple aurait succombé. Depuis plus de cinquante ans le territoire d'Ascalon, exposé aux hostilités, était resté inculte. Mais lorsque les habitants purent le cultiver librement, le royaume se trouva dans l'abondance.

 

Le pape Anastase IV mourut et eut pour successeur Adrien III, un Anglais. Le pape Eugène l'avait fait évêque d'Albano. A la mort d'Anastase, qui avait succédé à Eugène, l'évêque d'Albano, revenu de Norvège où il était légat, fut désigné à l'unanimité et prit le nom d'Adrien. Cette même année Frédéric, roi des Teutons, était descendu en Italie et, après avoir pris Tortone en Lombardie, avait décidé de se rendre à Rome et de s'y faire couronner. Il s'était élevé des querelles entre le pape Adrien et le roi de Sicile Guillaume, fils de Roger. Cela avait amené la guerre et le pape avait excommunié le roi. L'arrivée de Frédéric à Rome excita la méfiance du pape mais il fut solennellement couronné et proclamé Auguste dans l'église St Pierre, le 25 juin. Les deux souverains se séparèrent en bonne intelligence et l'empereur se rendit près d'Ancone où l'appelaient les affaires de l'Empire.

 

Pendant ce temps le roi de Sicile envoya ses hommes assiéger Bénévent, qui appartenait à l'Eglise romaine. Le pape parvint à soulever contre le roi le plus puissant comte de Sicile, Robert de Basseville, cousin du roi, et beaucoup d'autres nobles. Plusieurs exilés, que le roi et son père avaient chassés en les dépouillant de leurs héritage, tels que Robert de Sorrente, prince de Capoue, furent poussés par le pape à rentrer dans le royaume. En même temps, le pape encouragea l'empereur des Romains et celui de Constantinople à s'emparer de la Sicile.

 

L'Orient n'étaient pas calme non plus. Les Hospitaliers causaient des ennuis au patriarche. Ils accueillaient les excommuniés et célébraient la messe dans les églises frappées d'interdit afin d'avoir pour eux les revenus des églises. Leurs prêtres célébraient les offices sans l'autorisation de l'évêque du lieu. Ils refusaient de payer la dîme. De toutes parts les évêques se plaignaient d'eux. Devant les portes de l'église de la Résurrection, les frères de l'Hôpital construisirent des édifices plus élevés. Chaque fois que le patriarche montait au calvaire pour parler au peuple, les frères faisaient sonner les cloches et le peuple ne pouvait l'entendre. Ils en vinrent à tirer des flèches dans l'église. En affranchissant l'Hôpital de la juridiction du patriarche, Rome avait ôté toute raison aux frères.

 

Quand Jérusalem, la Syrie, l'Egypte et les provinces voisines tombèrent entre les mains des ennemis du Christ, beaucoup de gens venaient d'Occident visiter les lieux saints. Parmi ceux qui s'y rendaient pour y faire du commerce, il y avait des Italiens d'Amalfi, une ville proche de Naples. Ils furent les premiers à transporter dans cette partie de l'Orient des marchandises étrangères qui jusqu'alors y étaient inconnues. Ils obtinrent des gouverneurs locaux de bonnes conditions pour ce qu'ils y transportaient et venaient sans difficulté. A cette époque le prince d'Egypte possédait toute la côte depuis Laodicée de Syrie à Alexandrie. Il avait dans chaque ville un gouverneur qui maintenait son autorité.

 

Les Amalfitains, jouissant de la faveur du roi, pouvaient parcourir le pays en sécurité. Ils visitaient les lieux saints chaque fois qu'ils en avaient l'occasion mais, comme ils n'avaient pas à Jérusalem de domicile fixe alors qu'ils en avaient dans les villes maritimes, ils s'adressèrent au calife d'Egypte qui écrivit au gouverneur de Jérusalem de leur accorder un lieu dans la partie chrétienne de la ville afin qu'ils y construisent une maison d'habitation. Comme aujourd'hui, la ville était divisée en quatre quartiers à peu près égaux. L'un de ces quartiers, celui dans lequel est situé le sépulcre, avait été concédé aux chrétiens. Les autres, y compris le temple, étaient occupés par les infidèles.

 

On désigna aux Amalfitains un emplacement pour leurs constructions. Alors ceux-ci prélevèrent de l'argent sur les négociants, à titre de cotisation volontaire, et firent bâtir en face de l'église de la Résurrection un monastère en l'honneur de la vierge Marie et y joignirent toutes les constructions nécessaires pour recevoir les gens de leur pays. Ils amenèrent de chez eux des moines et un abbé avec lesquels ils instituèrent leur maison qui fut appelée le monastère des Latins. On voyait arriver parfois à Jérusalem des veuves. Comme il n'y avait dans le monastère aucun local où elles puissent être reçues, ceux qui avaient fondé la maison fournirent un oratoire séparé aux femmes qui venaient faire leurs dévotions et une maison particulière. On parvint à instituer un petit monastère en l'honneur de Marie-Madeleine et l'on y établit des sœurs destinées à servir les femmes venant de l'étranger.

 

Malgré les difficultés, on voyait aussi arriver à Jérusalem des hommes de divers pays. Comme ils ne pouvaient arriver qu'en traversant le territoire ennemi, il ne leur restait rien de leurs provisions de voyage lorsqu'ils parvenaient près de la ville. Il leur fallait encore s'arrêter devant la porte, et attendre jusqu'à ce qu'on leur donne la pièce d'or qui seule faisait ouvrir les portes. Une fois entrés en ville, ils ne pouvaient trouver à se nourrir si ce n'est au monastère. Les autres habitants de la ville étaient Sarrasins, à l'exception du clergé et du petit peuple syrien. Mais, réduits à la dernière pauvreté, tremblant pour leur vie, à peine avaient-ils eux-mêmes le temps de respirer.

 

Sans ressources, les pèlerins ne trouvaient personne pour leur offrir un toit. Pour les aider, les moines latins firent construire une maison afin de les recevoir. Cette maison, ouverte à tous, n'avait ni revenus ni propriétés. Pour y suppléer, les Amalfitains réunissaient tous les ans entre eux une somme d'argent qu'ils envoyaient à l'abbé qui gouvernait la maison. Elle était destinée à l'entretien des frères et des sœurs qui habitaient les couvents et ce qui restait était distribué en aumônes aux Chrétiens qui arrivaient à Jérusalem.

 

Quand les frères de cette maison de l'Hôpital, qui avait eu une si modeste origine, eurent pris un peu de consistance, ils commencèrent par se soustraire à la juridiction de l'abbé. Dans la suite, leurs richesses s'étant accrues, Rome leur accorda l'émancipation de l'autorité du patriarche et, dès qu'ils eurent acquis cette liberté, ils n'eurent plus aucun respect pour les prélats et refusèrent de payer la dîme sur leurs biens. Beaucoup de monastères et de maisons d'hospitalité suivirent cet exemple. Après plusieurs réclamations du patriarche et des prélats, l'affaire fut portée devant le pape.

 

Le patriarche, quoique presque centenaire, partit avec plusieurs prélats et arriva à Otrante, dans la Pouille. L'empereur de Constantinople, à l'instigation du pape, avait fait occuper toute la contrée. Lorsque le patriarche partit d'Otrante pour se rendre à Brindes, les gens de l'empereur avaient déjà pris cette ville et la citadelle seule demeurait fidèle au roi. D'un autre côté, le comte Robert s'était emparé de Tarente et de Bari. Robert, prince de Capoue, et le comte André avaient pris possession pour leur compte de la Campanie. La contrée était si agitée que les passants ne pouvaient trouver nulle part la sécurité.

 

Pendant ce temps l'empereur des Romains, Frédéric, était encore dans les environs d'Ancône avec son armée mais les troupes qu'il avait amenées en Italie souffraient horriblement et l'empereur se voyait contraint d'abandonner des affaires qui auraient encore demandé sa présence, particulièrement celles qui se rapportaient au royaume de Sicile. Le patriarche et les prélats ne savaient quelle route suivre pour se rendre auprès du pape tant la guerre semblait fermer toutes les issues. Ansquetin, chancelier du roi de Sicile, qui assiégeait la ville de Bénévent, leur refusa une escorte. Enfin le patriarche prit la voie de mer et arriva à Ancône.

 

Il envoya aussitôt des évêques auprès de l'empereur des Romains, les chargeant de le saluer et de lui demander des lettres pour le pape au sujet de l'affaire qu'il allait traiter. L'empereur avait déjà dépassé Pesaro. Cependant les députés l'atteignirent et il satisfit à leur demande. Le patriarche se dirigea alors vers Rome, marchant sur les traces du pape qui venait de quitter Narni. A Rome, le patriarche se reposa quelques jours mais, ayant appris que le pape était à Ferentino, il s'y rendit en hâte pour ouvrir enfin des négociations sur l'affaire qui l'appelait en Italie. Certains disaient que le pape évitait le patriarche afin de le fatiguer et qu'il s'était laissé séduire par les présents des Hospitaliers arrivés auprès de lui. Deux choses étaient évidentes, c'est que le pape avait admis les Hospitaliers dans son intimité et qu'il mettait une sorte d'obstination à repousser loin de lui le patriarche.

 

Celui-ci cependant, arrivé à Ferentino, se présenta devant le pontife. Il fut mal accueilli. Cependant il sut se contenir. Il continua à voir souvent le pape et, les jours de fête, il assista régulièrement au consistoire, toujours entouré de ses évêques. Enfin les deux partis obtinrent audience. On disputa pendant plusieurs jours, toujours inutilement, et le patriarche, voyant qu'il lui serait impossible de rien obtenir, prit congé du pape. Celui-ci se rendit à Bénévent. Le roi de Sicile, Guillaume, ayant appris que dans la Pouille Robert de Basseville et les Grecs avaient occupé tout le pays, que dans la Campanie le prince de Capoue et le comte André étendaient chaque jour leur autorité, qu'enfin le pape, à Bénévent, les soutenait, rassembla ses chevaliers en Sicile et en Calabre et se rendit dans la Pouille à la tête d'une armée. A Brindes, il mit en fuite le comte Robert et dispersa les Grecs.

 

Il s'empara des trésors que les Grecs avaient apportés puis, ayant repris possession de toute la contrée et s'étant réconcilié avec ses habitants, il alla presser le siège de Bénévent. Le pape s'y était enfermé avec les cardinaux. Les vivres manquaient quand, après l'échange de plusieurs messages, la paix fut conclue, sous plusieurs conditions secrètes, entre le pape et le roi de Sicile, à l'exclusion de tous ceux qui avaient bravé tant de périls sur les instances du pape. En apprenant que le pape n'avait pas demandé grâce pour eux, les nobles cherchèrent à sauver du moins leurs personnes. Les comtes Robert et André se rendirent en Lombardie avec quelques autres et de là auprès de l'empereur. Plus malheureux que les autres, le prince de Capoue avait pris ses dispositions pour s'embarquer. Il fut capturé par ceux-là même qui devaient le transporter. Il fut livré aux fidèles du roi et conduit en Sicile où on lui arracha les yeux.

 

A la même époque, un homme très puissant en Egypte et qui remplissait les fonctions de soudan se rendit auprès du calife que les Egyptiens vénèrent comme un dieu et l'assassina. On dit qu'il voulait élever son fils Hosereddin à la dignité de calife afin de continuer à diriger le royaume sous son autorité. Il espéra tenir cet événement secret pendant quelques jours et se donner le temps de s'emparer du palais et des trésors mais le peuple l'apprit et investit la maison dans laquelle le soudan s'était retiré. Celui-ci fit jeter de l'or et des pierreries pour s'échapper pendant que la foule serait occupé à recueillir ses richesses. Il sortir, accompagné de ses fils et de ses petits-fils, et se dirigea vers le désert pour se rendre à Damas.

 

Mais les Egyptiens le poursuivirent. De temps en temps il abandonnait des vases d'or ou d'argent et des vêtements précieux pour les retarder. Enfin les Egyptiens renoncèrent mais le soudan tomba de Charybde en Scylla. Il fut mortellement blessé dans une embuscade tendue par les Chrétiens. Il s'appelait Habeis et son fils Nosereddin. Les richesses qu'ils avaient emportées d'Egypte tombèrent aux mains des Chrétiens. Il y avait là surtout des Templiers. Ils reçurent une part considérable du butin. Le sort leur assigna aussi Nosereddin. Ils le retinrent assez longtemps prisonnier. Il apprit les lettres romaines et commençait à s'instruire dans les principes de la foi chrétienne lorsque les frères le vendirent pour soixante mille pièces d'or aux Egyptiens qui le réclamaient. On le reconduisit en Egypte où le peuple assouvit sur lui sa rage en le déchirant avec les dents.

 

L'année suivante Renaud de Châtillon, prince d'Antioche, commit un crime en s'emparant de Chypre. Il y avait en Cilicie un Arménien nommé Toros qui descendait souvent dans les plaines pour enlever du butin. L'empereur écrivit à Renaud de protéger ses sujets. Renaud entra en Cilicie, en expulsa Toros et détruisit son armée. Il espérait que l'empereur lui accorderait une récompense mais, comme cela se faisait attendre, il entreprit son expédition. Les habitants de l'île avaient rassemblé leurs forces mais Renaud détruisit leur armée. Il parcourut l'île, renversa les villes, démolit les forteresses, brisa les portes des couvents et livra les religieuses à la brutalité de ses hommes. Enfin, emportant toutes sortes de richesses, ils rembarquèrent pour Antioche.

 

Dans le même temps, des Arabes et des Turcomans s'était rassemblés près de Panéade. Ces Turcomans habitent comme les Arabes sous la tente et se nourrissent du lait de leurs troupeaux. Ces peuples, après avoir obtenu l'accord du roi, avaient conduit là leurs troupeaux et un grand nombre de chevaux. Le roi, criblé de dettes, prêta l'oreille à des conseillers malhonnêtes. Il convoqua ses chevaliers et s'élança sur les Arabes et les Turcomans qui ne s'attendaient pas à cette agression. Quelques-uns purent fuite, les autres furent tués ou capturés. On s'empara d'un immense butin.

 

A peu près à la même époque, Honfroi de Toron, connétable et seigneur de Panéade, voyant qu'il lui serait impossible de s'y maintenir seul, obtint le consentement du roi pour la partager avec les Hospitaliers. Cette ville se trouvait aux confins du territoire ennemi, si bien qu'on ne pouvait y entrer ou en sortir sans courir le plus grand danger. Les frères, après avoir pris possession d'une partie de la ville, décidèrent de la mettre en état de défense. Ils rassemblèrent un grand nombre de chameaux destinés au transport des bagages et se dirigèrent vers Panéade. Ils étaient presque arrivés quand les ennemis s'emparèrent du convoi tandis que la troupe s'enfuyait. Les frères renoncèrent alors à leur moitié de la ville.

 

Profitant des circonstances, Noradin résolut d'assiéger Panéade. Il convoqua ses chevaliers, fit transporter des machines, arriva à l'improviste sous les murs de la place, disposa ses troupes en cercle, et commença le siège. Il y avait dans un des quartiers de la ville une citadelle bien approvisionnée et qui pouvait servir d'asile aux habitants, même après la perte de la place. Habitués à de telles attaques, les gens résolurent de se défendre. Noradin fit tous les efforts pour s'emparer de la place. Déjà beaucoup d'habitants avaient été tués ou blessés et, si Honfroi et son fils ne les avaient encouragés à la résistance, ils auraient cédé. Un jour les assiégés firent une sortie mais, bousculés par les ennemis, ils refluèrent vers la place.

 

Comme ils arrivaient en désordre à la porte, ils ne purent la refermer et les ennemis entrèrent avec eux en si grand nombre qu'ils prirent la ville et obligèrent les assiégés à se retirer dans la citadelle. Le roi, instruit des maux que souffrait Panéade, rassembla des troupes et partit à son secours. Noradin leva alors le siège mais, avant de quitter la ville, il y mit le feu. Il leva de nouvelles troupes et alla se placer en embuscade dans la forêt voisine pour attendre la suite des événements. Le roi arriva à Panéade et y resta jusqu'à ce que la ville ait été réparée. On convoqua dans tout le royaume des mâcons et des architectes et les murailles furent relevées. Ces travaux terminés, le roi renvoya tous les fantassins et ne garda que les chevaliers pour aller avec eux à Tibériade.

 

Il alla camper près du lac de Melcha, sans prendre aucune précaution. Les ennemis passèrent le Jourdain au gué de Jacob et vinrent s'établir là où l'armée royale devait passer le lendemain. Au jour, cette armée se remit en route. Les Turcs se présentèrent devant le roi au moment où il ne s'y attendait pas. Les nôtres prirent les armes mais leurs rangs furent rompus. Quand le roi vit que tout était perdu, il se réfugia sur une montagne voisine. Ce ne fut qu'avec peine qu'il parvint au château de Sephet. La plupart de nos princes furent capturés dans cette journée. Le pays était très inquiet en entendant les bruits qui se répandaient au sujet du roi. Les uns disaient qu'il était mort, d'autres, qu'il était prisonnier, d'autres enfin qu'il s'était échappé.

 

Dès que le calme fut revenu, le roi se rendit à Accon. Il y entra entouré des cris de joie de la population. Cet événement arriva dans la quatorzième année du règne de Baudouin, le 19 juin. Noradin parcourut tout le pays et prit du butin de tous côtés. Il convoqua ensuite de nouvelles troupes et retourna assiéger Panéade. Les habitants, se souvenant des fautes commises lors du dernier siège, se retirèrent dans la citadelle. Honfroi de Toron, en quittant cette ville pour vaquer à d'autres affaires, en avait confié le commandement à un sien cousin nommé Gui de Scandalion, homme de guerre expérimenté mais peu religieux. Il encourageait les assiégés par ses paroles et son exemple, aussi tous combattaient avec ardeur.

 

Le Roi envoya des messagers au prince d'Antioche et au comte de Tripoli pour les engager à aller au secours de la ville assiégée. Lui-même convoqua ce qui lui restait de chevaliers. Quelques jours après, tous se réunirent dans le lieu appelé Noire-Garde d'où on voyait la ville. Noradin se montra, selon sa coutume, plein de prudence et leva le siège. Tandis que cela se passait dans le royaume de Jérusalem, Thierry, comte de Flandre, et sa femme Sibylle, sœur du roi, arrivèrent à Béryte. Déjà en plusieurs occasions son arrivée avait été un événement heureux pour le pays. Aussi le peuple apprit son débarquement avec des transports de joie. Il ne fut pas trompé dans ses espérances.

 

Les princes, voyant le roi parvenu à l'âge adulte et n'ayant pas encore de femme, désiraient lui voir des enfants. Ils se concertèrent entre eux et cherchèrent pour lui un mariage honorable. Ils pensèrent que le mieux serait de faire une tentative auprès de l'empereur de Constantinople. D'une part, il y avait plusieurs princesses dans sa famille et, d'autre part, ses trésors pouvaient aider le royaume. En conséquence, on envoya des députés à Constantinople. Ce furent Attard, évêque de Nazareth, et Honfroi de Toron, connétable du royaume. Afin de ne pas perdre le bienfait du voyage du comte Thierry, les princes décidèrent de se rendre dans le pays d'Antioche. Ils en avisèrent le prince et le comte de Tripoli, et les invitèrent à se tenir prêts.

 

Les Chrétiens se réunirent dans les environs de Tripoli puis pénétrèrent en pays ennemi. Ils attaquèrent sans succès une place nommée Château-Rouge. Renaud, prince d'Antioche, leur proposa alors de se rendre dans sa principauté. Alors qu'ils étaient à Antioche, le roi et les princes apprirent que Noradin était mort ou frappé d'un mal incurable. Le messager déclara qu'il avait vu le camp de Noradin dans le plus grand désordre, au point que ses biens avaient été livrés au pillage et que la confusion régnait dans son armée. De fait, Noradin avait été réellement atteint d'une maladie qui lui laissait peu de chances de salut. Le désordre s'était mis dans les rangs de son armée. Noradin avait été transporté à Alep.

 

Les nôtres décidèrent d'envoyer des députés au prince des Arménien Toros pour qu'il les rejoigne avec ses troupes. Ce prince rassembla sur-le-champ ses forces et se mit en marche. Les nôtres l'accueillirent avec joie et tous partirent pour Césarée, au bord de l'Oronte. Cette ville est bien située. Sa partie basse s'étend dans la plaine et au sommet de la partie supérieure est une citadelle défendue d'un côté par la ville, de l'autre par le fleuve, si bien qu'il n'y a aucun chemin pour l'aborder. Nos princes, ayant disposé leurs bataillons en ordre, s'avancèrent vers la ville et on entreprit l'investissement de la place. Le roi fit mettre en place les machines et s'occupa d'attaquer la ville.

 

Les princes faisaient les plus grands efforts. Chacun voulait être le premier à s'emparer de la place. Les habitants n'avaient aucune expérience de la guerre et s'occupaient que de commerce. Ils n'avaient pas prévu un siège et s'étaient fiés à la puissance de leur seigneur qu'ils croyaient en bonne santé. Aussi perdirent-ils courage au bout de quelques jours. Les assiégeants pénétrèrent dans la ville et la population se retia dans la citadelle. Dans la partie inférieure de la ville, tout fut livré au pillage. Il aurait été facile de s'emparer de la citadelle mais la discorde s'éleva entre nos princes.

 

Le roi voulait confier la place au comte de Flandre et poursuivre le siège de la citadelle pour la lui remettre également. Renaud suscita des difficultés, disant que la ville faisait partie de l'héritage du prince d'Antioche et que celui qui la posséderait devrait engager sa foi envers lui. Le comte était tout disposé à s'engager envers le roi mais il refusait de le faire à l'égard du prince d'Antioche, que ce soit Renaud ou le jeune Bohémond. Finalement on négligea l'affaire la plus importante et les Chrétiens, gorgés de butin, retournèrent à Antioche.

 

Vers le même temps, Mirmiram, frère de Noradin, le croyant mort, se rendit à Alep. Les citoyens lui livrèrent la ville mais, tandis qu'il insistait pour qu'on lui livre aussi la citadelle, il apprit que son frère vivait encore. Aussitôt il se retira. C'est aussi à cette époque que Foucher, huitième patriarche latin de Jérusalem, mourut dans la douzième année de son pontificat, le 20 novembre. Enfin la reine Mélisende et ceux qui étaient restés dans le royaume, dont Baudouin de l'Ile à qui le roi avait confié le gouvernement, reprirent une position au-delà du Jourdain. C'était une caverne fortifiée que les ennemis leur avaient enlevée quelques années auparavant.

 

Pendant ce temps, nos princes étaient encore à Antioche. Ils formèrent le projet d'assiéger un château voisin d'Antioche et extrêmement nuisible à la ville. L'armée s'y rendit le jour de Noël et y dressa son camp. Noradin était toujours retenu par la maladie. On avait appelé auprès de lui les plus habiles médecins de tout l'Orient. Ils lui administraient des remèdes qui semblaient. Cela encourageait les nôtres. Ils investirent donc la forteresse et firent dresser les machines. Ce fort était sur une colline peu élevée qui présentait l'aspect d'une chaussée construite de main d'homme sur laquelle on aurait bâti l'édifice. Aussi les hommes sages de l'armée pensaient qu'après avoir fait pratiquer secrètement des mines sous cette chaussée, on pourrait faire écrouler une partie des bâtiments.

 

Tandis qu'on faisait les préparatifs, les chefs de groupes furent invités à faire les plus grands efforts pour fatiguer les assiégés. Les assauts se succédaient sans relâche. Un jour, le chef du fort fut tué par une pierre lancé par une machine. Les assiégés furent alors comme des brebis dont le berger a disparu. Quelques jours après, les assiégés envoyèrent une députation au roi se rendirent. Le fort fut restitué au prince d'Antioche. Les Chrétiens prirent alors congé les uns des autres. Le roi rentra dans le royaume avec le comte de Flandre.

 

Le siège de Jérusalem était devenu vacant par la mort du patriarche Foucher. Les prélats se rassemblèrent donc pour élire un chef. Grâce aux intrigues de la sœur de la reine Mélisende et de Sibylle, comtesse de Flandre et sœur du roi, on nomma Amaury, prieur de l'église du Sépulcre, un Français de Noyon. C'était un incapable. Hernèse, archevêque de Césarée, et Raoul, évêque de Bethléem, s'opposèrent à son élection. Amaury prit cependant possession du siège et chargea Frédéric, évêque d'Accon, de se rendre auprès du pape Adrien. Répandant des largesses, l'évêque gagna la bienveillance du pape et rapporta au patriarche le manteau qui l'investissait.

 

Noradin se rétablit grâce aux soins assidus de ses médecins et, lorsque le roi fut rentré dans son royaume, il se rendit dans les environs de Damas. Il décida l'été suivant d'attaquer une position occupée par les Chrétiens dans le pays appelé Sueta. C'était une caverne sur le flanc d'une montagne escarpée. On n'y arrivait que par un sentier étroit, au bord d'un précipice, qui rendait ce passage très dangereux. Il y avait à l'intérieur de la caverne des habitations et une source. Le roi prit avec lui le comte de Flandre, rassembla les forces du royaume et se rendit en hâte vers ce lieu. Déjà les habitants s'apprêtaient à rendre la place.

 

Le Roi dressa son camp près de Tibériade, là où les eaux du Jourdain se séparent du lac de Gennésareth. Noradin céda aux conseils de Syracon, chef de sa milice, et marcha à la rencontre des Chrétiens. De son côté le roi et les princes se préparèrent au combat. Les Chrétiens, se croyant déjà maîtres de la victoire, s'élancèrent sur les Turcs. Les ennemis soutinrent le choc avec fermeté mais finalement la victoire revint aux nôtres. Les ennemis prirent la fuite et le roi resta maître du champ de bataille. Ce succès fut remporté le 14 juillet dans la quinzième année du règne de Baudouin III à Puthaha. Le roi retourna ensuite vers la position qui avait été assiégée par Noradin et fit réparer ce qui avait été détruit. Il congédia ensuite son armée et retourna à Jérusalem.

 

L'archevêque de Nazareth, un des députés envoyés à Constantinople pour y négocier le mariage du roi, mourut en chemin. Honfroi, Josselin Peyssel et Guillaume des Barres parvinrent auprès de l'empereur. Après bien des réponses énigmatiques comme savent faire les Grecs rusés qui répondent par circonlocutions, ils obtinrent enfin satisfaction. Ils réglèrent les conditions de la dot et de la donation pour mariage et on leur promit de donner pour épouse au roi Théodora, la nièce de l'empereur, fille d'Isaac, son frère aîné. Elle était alors dans sa treizième année et remarquablement belle. Sa dot consistait en cent mille hyperpères, plus dix mille autres que l'empereur donna pour les dépenses du mariage. Son trousseau de jeune fille consistait en or, pierreries, vêtements, perles, tapis, ouvrages en soie et vases précieux, le tout pouvant être évalué à quarante mille pièces.

 

Les députés promirent de la part du roi qu'après sa mort la reine serait mise en possession d'Accon à titre de donation pour mariage. Ces conventions ayant été réglées, les plus grands princes de l'Empire furent désignés pour servir de chevaliers d'honneur à la jeune fille et l'accompagner auprès du roi. Elle partit avec eux et les députés pour se rendre en Syrie. En septembre, elle arriva avec son escorte à Tyr. Quelques jours plus tard, elle fut consacrée à Jérusalem, selon l'usage du royaume, et remise à son époux, parée du diadème royal, après la célébration du mariage. Comme à cette époque le patriarche élu de Jérusalem n'avait pas encore reçu la consécration, on fit venir le patriarche d'Antioche Aimeri. Sitôt marié, le roi se montra sérieux, aima sa femme d'une affection digne d'éloges et lui conserva jusqu'à la fin de sa vie une parfaite fidélité.

 

Cette même année, l'empereur de Constantinople décida de descendre en Syrie à la tête d'une armée. Il franchit l'Hellespont, traversa les provinces intermédiaires et arriva en Cilicie en décembre. Le prince arménien Toros s'était emparé de toute la Cilicie après en avoir expulsé les gouverneurs byzantins. L'empereur voulait le surprendre. De plus, il avait été ému par les malheureux Chypriotes contre lesquels le prince d'Antioche avait exercé sa tyrannie. L'armée impériale arriva si subitement que Toros, qui habitait alors à Tarse, eut à peine le temps de se retirer dans les montagnes. Renaud d'Antioche, lorsqu'il apprit l'arrivée de l'empereur, chercha comment se réconcilier avec Constantinople. Il ne voulut pas même attendre le roi de Jérusalem dont les bons offices pouvaient être utiles depuis la nouvelle alliance qui l'unissait à l'empereur.

 

Le prince d'Antioche emmena quelques proches et Girard, évêque de Laodicée, et se mit en route pour la Cilicie. Il eut soin de s'assurer de la bienveillance de quelques familiers de l'empereur et arriva à Mamistra. Après beaucoup d'intrigues, il rentra enfin en grâce. On dit qu'il parut devant l'empereur pieds nus, les manches coupées aux coudes, la corde au cou et tenant son épée par la pointe pour la présenter à l'empereur par la poignée. Là, se prosternant à ses pieds, il demeura étendu à terre.

 

Le roi de Jérusalem, informé de l'arrivée de l'empereur, se rendit à Antioche. Il envoya des députés à l'empereur pour savoir s'il désirait le voir. L'empereur l'engagea à se rendre auprès de lui. Le roi fut reçu de la manière la plus honorable. L'empereur lui donna le baiser de paix et le fit placer auprès de lui, sur un siège d'honneur. Durant les dix jours que le roi demeura auprès de l'empereur, il eut avec lui de nombreux entretiens et il gagna la bienveillance de tous. Le roi s'occupa de rétablir la bonne intelligence entre le prince arménien et le souverain de Constantinople. Il appela le prince auprès de lui, lui fit abandonner les places que l'empereur réclamait et le rétablit en faveur. Le prince, avant de repartir, engagea sa foi à l'empereur. Après cela le roi, comblé de riches présents, retourna à Antioche.

 

L'empereur avait donné au roi vingt deux mille hyperpères et trois mille marcs d'argent, plus des vêtements, des étoffes de soie et des vases précieux. A Antioche, le roi trouva son frère Amaury, comte de Joppé et d'Ascalon, et Hugues d'Ibelin qui, racheté de captivité, était revenu dans la ville. Ceux-ci voulurent aussi se présenter à l'empereur qui les accueillit avec bonté, les combla de présents et les renvoya auprès du roi. Après avoir fêté Pâques en Cilicie, l'empereur dirigea son armée vers Antioche. Le patriarche alla à sa rencontre, suivi du clergé et du peuple. Le roi sortit aussi avec tous les grands seigneurs du royaume et de la principauté.

 

L'empereur fut introduit en ville au son des trompettes et des tambours, au milieu des cantiques. On le conduisit à la cathédrale puis au palais, toujours escorté par les grands et par le peuple. Après avoir passé quelques jours à se délasser, l'empereur voulut aller à la chasse et emmena le roi avec lui. Le jour de l'Ascension, le roi se cassa le bras en tombant de cheval. L'empereur lui prodigua des soins, ce qui sembla d'une familiarité inconvenante à son entourage. On retourna aussitôt à Antioche. L'empereur allait tous les jours rendre visite au roi, montrant autant de sollicitude qu'il aurait pu en avoir pour un fils.

 

Quand le roi fut remis, l'empereur envoya ses troupes vers Alep avec les machines de guerre. Lui-même sortit de la ville avec le roi et les princes et alla camper au lieu appelé le gué de la Baleine. De là, il envoya des députés à Noradin qui se trouvait par hasard à Alep et obtint la restitution de Bertrand, fils naturel du comte de Saint-Gilles, et de quelques autres prisonniers. Peu après l'empereur, rappelé par ses affaires particulières, retourna dans ses Etats et le roi rentra dans son royaume.

 

A cette époque, le pape Adrien mourut à Anagni. Les cardinaux, réunis pour élire son successeur, se divisèrent. Les uns élurent Roland, chancelier du siège apostolique, qui fut appelé Alexandre. Les autres élurent Octavien qui fut nommé Victor. Les princes se prononcèrent pour l'un ou l'autre des deux partis et ce schisme divisa l'Eglise. Enfin, au bout de dix-neuf ans, Frédéric, empereur des Romains, qui jusqu'alors avait soutenu le parti contraire, ramena l'unité dans l'Eglise en se réconciliant avec le pape Alexandre.

 

Noradin fut heureux du départ de l'empereur. Voyant le roi de Jérusalem également reparti, il espéra avoir enfin trouvé l'occasion qu'il attendait depuis longtemps. Il conduisit ses troupes sur le territoire du soudan d'Iconium et entreprit de soumettre la ville de Marésie et les bourgs de Cresse et de Bethselin. Le soudan était loin et c'est pour cela que Noradin osait attaquer un rival plus puissant que lui. Le roi, ayant appris que Noradin était occupé, résolut aussi d'en tirer avantage. Il savait que le pays de Damas était dégarni de troupes. Aussitôt il y entra et, livrant tout aux flammes et au pillage, conduisit ses troupes d'Offrum à Damas.

 

Il y avait dans cette ville un noble nommé Négémeddin à qui Noradin avait remis le gouvernement. N'ayant pas de troupes pour résister à l'armée royale, Négémeddin lui offrit quatre mille pièces d'or pour obtenir une paix de trois mois. Il rendit en outre six captifs et parvint ainsi à éloigner le roi. A la même époque, la reine Mélisende tomba malade et en mourut. Le délai que le roi avait accordé à Négémeddin, gouverneur de Damas, était expiré et Noradin n'était pas revenu. le Roi entra de nouveau en territoire ennemi et ravagea le pays. Peu de temps après, le prince d'Antioche, Renaud, apprit qu'il y avait dans l'ancien comté d'Edesse, dégarni de troupes, un endroit situé entre Marésie et Tulupa où était rassemblé beaucoup de bétail. Les habitants de ces lieux n'avaient aucune expérience de la guerre et il serait facile de s'emparer de ce butin.

 

Prêtant l'oreille avec crédulité aux rapports qui lui furent faits, il rassembla ses hommes et partit. Au lieu indiqué, il trouva une innombrable quantité de bêtes mais leurs propriétaires étaient des Chrétiens. Dans tout ce pays, les Turcs n'habitent que les forteresses et lèvent les tributs. Les campagnes ne sont habitées que par des Chrétiens, Syriens et Arméniens, qui s'occupent d'agriculture. Le prince d'Antioche enleva beaucoup de butin, sans rencontrer d'opposition et s'en revenait lorsque Mégeddin, gouverneur d'Alep, marcha à sa rencontre. Au lieu d'abandonner le butin et de retourner chez lui, le prince préféra combattre. Les nôtres ne tardèrent pas à prendre la fuite. Le prince fut fait prisonnier et conduit à Alep. Cela arriva dans la dix-huitième année du règne de Baudouin, le 13 novembre, entre Cresse et Marésie.

 

Vers le même temps le cardinal Jean, envoyé en Orient par le pape Alexandre comme légat, débarqua à Biblios avec quelques Génois. Il voulut d'abord sonder les dispositions du roi et des princes et savoir ce qu'ils pensaient de son voyage. Le schisme survenu dans l'Eglise divisait alors presque toute la terre. Les uns soutenaient le pape Alexandre, les autres son rival. On ordonna au légat de s'arrêter où il se trouvait et d'attendre que les prélats et les princes aient délibéré. On convoqua à Nazareth le patriarche et les autres. Quelques princes et le roi assistèrent aussi à cette assemblée où l'on délibéra pour régler la conduite à tenir.

 

Jusque là les évêques d'Orient avaient évité de se prononcer pour l'un ou l'autre parti. On vit paraître des opinions qui ne pouvaient s'accorder. Le Roi proposa de ne reconnaître aucun des deux partis mais ceux qui voulaient recevoir le légat l'emportèrent. A la même époque Amaury, comte de Joppé, eut un fils d'Agnès, fille du comte d'Edesse. Le roi, sur la demande de son frère, fut son parrain et lui donna son nom. Comme on lui demandait, en plaisantant, ce qu'il donnerait à son neveu, il répondit en plaisantant qu'il lui donnerait le royaume de Jérusalem. Certains furent frappés de ces mots qui semblaient annoncer que le roi, malgré sa jeunesse et celle de sa femme, quitterait ce monde sans laisser de postérité.

 

Antioche se trouvant dépourvue de chef, les habitants supplièrent le roi de Jérusalem de venir sans retard. Il resta dans cette ville autant que les circonstances l'exigèrent puis il en remit le gouvernement au patriarche. A peine le roi était-il de retour qu'il vit arriver des députés de l'empereur de Constantinople qui lui apportaient des lettres par lesquelles l'empereur expliquait que son épouse Irène était morte ne lui laissant qu'une fille unique pour héritière. Il désirait se remarier et demandait au roi de choisir entre ses deux cousines, la sœur du comte de Tripoli ou la sœur cadette du prince d'Antioche, pour l'épouser. Le roi accepta et remercia l'empereur d'avoir choisi dans sa famille celle qu'il voulait associer à son empire.

 

Le roi se décida pour Mélisende, sœur du comte de Tripoli. La mère, la tante paternelle, le frère et tous les amis de la jeune fille firent préparer à grands frais des ornements dont le coût excédait leurs facultés. On fit faire des chaînes, des pendants d'oreilles, des bracelets, des jarretières, 'des bagues, des colliers et des couronnes d'or. On fit aussi fabriquer de grands vases en argent pour le service des cuisines et les salles de bain. Ces divers objets entraînèrent des dépenses considérables. Les Grecs s'informaient avec soin de tout ce qui pouvait se rapporter à la conduite de la jeune fille et une année entière s'écoula.

 

Le roi, le comte de Tripoli et tous les parents de la jeune fille, impatientés, proposèrent aux députés de l'empereur de renoncer à ce mariage et de rembourser les dépenses faites, ou de faire ce qui avait été dit. Le comte était accablé de dépenses. Il avait fait construire douze galères, avec lesquelles il voulait accompagner sa sœur pour la remettre lui-même à son époux. Tous les grands de la principauté et du royaume s'étaient rassemblés à Tripoli pour attendre le départ de la princesse et le comte les entretenait. Les Grecs continuaient, selon leur usage, à répondre d'une manière ambigüe. Le roi chargea Otton de Risberg de se rendre auprès de l'empereur pour le supplier de lui faire connaître ses intentions.

 

Le député revint plus vite que prévu et apprit au roi que tout ce qu'on avait fait jusqu'alors au sujet de ce mariage avait déplu à l'empereur. Dès qu'il le sut, le roi se tint pour offensé de cet échec. Les députés de l'empereur, redoutant la colère du comte de Tripoli, partirent pour Chypre. Les grands qui s'étaient réunis à Tripoli se séparèrent et le roi se rendit dans à Antioche dont il avait accepté l'administration. Il y trouva ces mêmes députés qu'il avait crus partis. Ils avaient tous les jours des conférences particulières avec la princesse d'Antioche au sujet de la plus jeune de ses filles, nommée Marie. Le roi crut devoir intervenir en faveur de sa parente orpheline de père. Après d'assez longs délais, il parvint enfin à amener une conclusion. Tous les arrangements terminés, la jeune fille partit, suivie par les grands du pays.

 

Le Roi profita de sa présence à Antioche pour faire reconstruire un château qui avait existé jadis au dessus du pont de l'Oronte appelé le pont de Fer, à six milles d'Antioche. Ce château était bien placé pour réprimer les ennemis dans leurs incursions. Tandis que le roi était ainsi occupé, sa mère mourut, le 11 septembre. Elle fut ensevelie dans la vallée de Josaphat. Le comte de Tripoli, irrité de se voir joué par l'empereur pour leque

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