Règne et mort de Baudouin I

XI

(1104-1118)

 

Règne et mort de Baudouin I

 

A la fin de l'été, Bohémond partit pour l'Italie et confia Antioche à Tancrède. Il emmena avec lui le patriarche Daimbert. Il se rendit auprès du roi de France Philippe et épousa sa fille Constance. Une autre fille, nommée Cécile, que le roi avait eue de la comtesse d'Anjou, fut destinée à Tancrède. Bohémond retourna en Italie avec une foule de gens qui voulaient aller en Orient. Daimbert se rendit auprès du pape et lui raconta les affronts subis de la part d'Arnoul et du roi de Jérusalem. Celui-ci avait autre chose à se reprocher. Il avait renvoyé sans motif la femme qu'il avait épousée à Edesse et l'avait forcée à se faire religieuse. Les uns disaient qu'il voulait en épouser une autre plus riche, d'autres affirmaient que la reine s'était mal conduite. Elle obtint du roi la permission d'aller à Constantinople visiter des parents. Là, elle quitta l'habit religieux et se prostitua. Raymond de Toulouse mourut le 28 février 1105. Son neveu Guillaume Jordan lui succéda et poursuivit le siège de Tripoli jusqu'à l'arrivée du comte Bertrand.

 

La même année Rodoan, seigneur d'Alep, envahit le territoire d'Antioche mais Tancrède le mit en déroute et les chrétiens s'emparèrent de nombreux chevaux. Les grands seigneurs d'Egypte expliquèrent à leur calife que les croisés étaient affaiblis par les retour en Europe et qu'il fallait délivrer le pays de ces misérables. Le calife envoya donc une armée et une flotte à Ascalon. Le roi se rendit en hâte à Joppé et ordonna à tous de le rejoindre. Ebremar, patriarche de Jérusalem, vint avec le bois de la croix. Le roi avait cinq cents chevaliers et deux mille piétons. Les ennemis étaient quinze mille, sans compter les marins. Leurs troupes de terre se divisèrent en deux corps. L'un devait marcher contre le roi de Jérusalem. L'autre devait attaquer Joppé avec l'appui de la flotte. Le premier corps d'armée entra sur le territoire de Ramla avec trompettes et tambours pour attirer le roi vers lui.

 

Mais le calcul des ennemis fut déjoué. Dès qu'ils virent le roi s'avancer vers eux, ils eurent peur et rappelèrent l'autre corps d'armée. Ils opéraient leur jonction quand les nôtres s'élancèrent sur eux. Ils perdirent quatre mille hommes. Côté chrétien, il y eut soixante morts. Les nôtres trouvèrent dans le camp égyptien des troupeaux de chameaux, d'ânes et de chevaux. Ils se chargèrent d'un riche butin, firent de nombreux prisonniers et rentrèrent à Joppé pour se livrer à leur joie. On captura un ancien gouverneur d'Accon. Le roi reçut vingt mille pièces d'or pour sa rançon. La flotte ennemie occupait encore le port de Joppé. Dès qu'elle apprit la défaite de l'armée de terre, elle se retira à Tyr. Lors de son retour en Egypte, une tempête dispersa les navires. Vingt-cinq d'entre eux s'échouèrent et les Chrétiens firent encore deux mille prisonniers.

 

Sur le chemin du retour vers Jérusalem, muni de lettres apostoliques pour reprendre possession de son siège, Daimbert mourut à Messine le 16 juin. Ebremar, l'usurpateur, ayant appris que Daimbert était rentré en grâce, décida, avant d'apprendre sa mort, de se rendre lui aussi à Rome pour plaider son innocence. On envoya un légat à Jérusalem pour enquêter. Ce fut Gibelin, archevêque d'Arles, déjà fort âgé. Il acquit la preuve que Daimbert n'avait dû son expulsion qu'à Arnoul et au roi, sans motif. Il déposa Ebremar mais lui confia l'église de Césarée. Après beaucoup de discussions, Gibelin fut désigné comme nouveau patriarche.

 

Cette même année 1107, une troupe de chrétiens qui allaient de Joppé à Jérusalem tomba dans une embuscade tendue par les habitants d'Ascalon mais dès le premier choc les ennemis furent battus. Il en périt beaucoup et les autres s'enfuirent. Les Chrétiens n'avaient perdu que trois hommes. Tyr était encore aux mains des ennemis. Hugues de Saint-Aldémar, qui avait succédé à Tancrède à Tibériade, fit construire un fort sur les monts qui dominent Tyr et l'appela Toron. Ce lieu était couvert d'arbres et de vignes et produisait d'excellents grains. Dès sa fondation, ce fort rendit de grands services. Sitôt cette construction achevée, Saint-Aldémar entra en territoire ennemi avec soixante-dix chevaliers. Il attaqua un corps de quatre mille hommes venus de Damas et réussit à le mettre en fuite. Mais lui-même fut tué d'une flèche.

 

Quelques jours plus tard, on vit du côté de l'Orient des prodiges. Durant quarante jours, on vit tous les soirs une comète. Un matin, le soleil parut avoir deux satellites. Cela annonçait certainement des événements extraordinaires. L'empereur Alexis ne cessait de créer des ennuis à ceux qui traversaient son pays pour aller à Jérusalem. La première fois, il avait soulevé contre eux le satrape turc Soliman. C'est à cause de lui que l'expédition du comte de Poitou avait été détruite. Bohémond se souvenait des affronts reçus. Sitôt de retour, il débarqua avec cinq mille cavaliers et quarante mille fantassins, le 2 octobre, sur le territoire de l'empereur et pilla la plupart des villes maritimes. Il dévasta l'Epire et assiégea Durazzo. Lorsqu'il apprit que Bohémond était sur ses terres, l'empereur marcha contre lui mais, grâce à l'intervention d'amis communs, les deux princes conclurent un traité.

 

L'empereur s'engagea à aider les Chrétiens qui voulaient passer en Orient et Bohémond lui jura fidélité. Ce dernier fit partir vers Jérusalem les pèlerins qui l'avaient accompagné et retourna en Italie. L'été suivant, il s'apprêtait à repartir quand il mourut. Il ne laissait qu'un fils de son mariage avec Constance, fille du roi de France. A la même époque, tandis que le comte Baudouin d'Edesse et son cousin Josselin étaient en captivité, des Turcs descendirent en Mésopotamie. Ils prirent quelques places, capturèrent des colons et cultivèrent les champs à leur place. En dehors des villes, il n'y avait pas d'asile assuré et les vivres manquaient, faute de bras pour travailler la terre. Tancrède était retenu à Antioche. Lorsqu'il apprit la situation, il écrivit au roi de Jérusalem et rassembla ses troupes. Le roi le rejoignit au bout de quelques jours et ils passèrent l’Euphrate. Les Turcs cessèrent leurs ravages mais restèrent. Nos princes firent amasser des vivres dans les villes, surtout à Edesse, puis repartirent. Comme ils venaient de traverser l'Euphrate, des Arméniens qui attendaient sur l'autre rive furent attaqués sous leurs yeux et ils ne purent rien faire.

 

En 1109, le comte d'Edesse et son cousin Josselin furent libérés après cinq ans de captivité en laissant des otages et en promettant une rançon. Les otages réussirent à s'évader. Lorsque le comte se présenta devant Edesse, Tancrède lui en refusa l'accès puis, se ravisant, lui rendit la ville. Baudouin et Josselin, indignés, lui déclarèrent la guerre. Josselin envahit même le territoire d'Antioche à la tête d'une troupe de Turcs que Tancrède dispersa. Les notables du pays, voyant à quels dangers les exposaient ces divisions, réconcilièrent les deux princes. A la même époque, Bertrand, fils de Raymond, comte de Toulouse, aborda avec une flotte génoise vers Tripoli, là où Guillaume Jordan, son cousin, s'était établi pour bloquer la place depuis la mort du comte.

 

Il s'éleva une contestation entre les deux cousins. Bertrand invoquait l'hérédité et Guillaume réclamait le prix de ses efforts. Le premier voulait toute la succession de son père. Le second demandait la ville qu'il assiégeait depuis si longtemps. Ils convinrent finalement que Guillaume aurait Archis et Tortose et que Bertrand recevrait Tripoli, Biblios et le mont des Pèlerins. Guillaume Jordan devint l'homme du prince d'Antioche. Bertrand reçut l'investiture du roi de Jérusalem. Si l'un des deux mourait sans enfants, l'autre lui succéderait. Cela calma la querelle mais il en survint une autre entre les écuyers. Guillaume accourut pour ramener le calme et fut tué d'une flèche.

 

La flotte génoise se composait de soixante-dix galères et était commandée par deux nobles, Ansalde et Hugues l'ivrogne. Voyant que le siège de Tripoli traînait, ils invitèrent le comte Bertrand à les assister et conduisirent leur flotte devant Biblios. Les Génois et l'armée de terre l'investirent des deux côtés. Les habitants dirent aux chefs de la flotte qu'ils acceptaient de les reconnaître pour seigneurs si on laissait sortir de la ville ceux qui le voudraient. Cette proposition ayant été agréée, les habitants de Biblios livrèrent la ville. Hugues l'ivrogne la garda contre une redevance versée au trésor des Génois. Il est l'aïeul de l'actuel gouverneur de la ville.

 

Sitôt cette affaire terminée, la flotte génoise retourna à Tripoli. Le roi de Jérusalem la rejoignit pour voir s'il pouvait conclure un arrangement avec les Génois afin de s'emparer avec eux d'une ville maritime. Il en restait encore quatre qui résistaient, Béryte, Sidon, Tyr et Ascalon. L'arrivée du roi devant Tripoli inspira une nouvelle ardeur aux assiégeants. Les assiégés au contraire perdirent espoir. On reprit les assauts après sept ans de siège. Les habitants proposèrent de se rendre à condition que ceux qui voudraient partir puissent le faire et que ceux qui voudraient rester puissent continuer à cultiver leurs propriétés contre une redevance au comte Bertrand. Le roi de Jérusalem accepta et les assiégés ouvrirent leurs portes. On prit possession de Tripoli le 10 juin 1109. Le comte Bertrand prêta serment de fidélité au roi et devint son homme-lige.

 

Baudouin d'Edesse, de retour de captivité, ne sachant comment payer la solde qu'il devait à ses chevaliers, alla à Mélitène rendre visite à Gabriel, son riche beau-père, et exposa son plan à ses compagnons. Le beau-père reçut son gendre avec faste. Quelques jours plus tard, comme ils conversaient, les hommes de Baudouin interrompirent l'entretien. L'un d'eux exigea du comte qu'il les paye ou qu'il donne le gage promis. Gabriel demanda quel était ce gage. Les chevaliers répondirent que le comte leur avait hypothéqué sa barbe. Les Orientaux laissent pousser leur barbe et en prennent grand soin. Gabriel, indigné, demanda à son gendre comment il avait pu engager un bien qui sert à attester l'autorité de l'homme. Le comte répondit qu'il l'avait fait parce qu'il n'avait pas eu d'autre moyen pour apaiser ses hommes. Gabriel, ne se doutant pas de la ruse, paya ce que les chevaliers réclamaient à son gendre plutôt que de souffrir que celui-ci ait à subir un tel affront. Baudouin retourna à Edesse avec ses chevaliers, la bourse bien garnie.

 

L'année suivante, le roi de Jérusalem éleva à la dignité de cathédrale l'église de Bethléem. Aschetin, évêque d'Ascalon, devint évêque primat de Bethléem et Ascalon fut réunie, à titre de paroisse, au siège de Bethléem. Le roi voulut profiter des galères qui passaient l'hiver dans le pays et rassembla en février ses forces pour assiéger Béryte. Ce port de Phénicie est une des églises suffragantes de Tyr. Le roi de Jérusalem invita Bertrand, comte de Tripoli, à se joindre à lui et investit la place. Quelques navires étaient venus de Tyr et de Sidon pour secourir la ville mais la flotte du roi les renferma dans le port. Une forêt fournissait en abondance aux assiégeants des matériaux pour construire des échelles et des machines de guerre. Ils livrèrent des assauts continuels et les habitants n'avaient aucun moment de repos.

 

Après deux mois, les assiégeants attaquèrent plusieurs points en même temps. Quelques hommes s'élancèrent des tours mobiles sur les remparts. D'autres pénétrèrent dans la ville à l'aide des échelles et allèrent ouvrir la porte. La ville fut entièrement occupée. Les chrétiens des navires débarquèrent et prirent possession du port. Les malheureux Bérytiens succombaient sans se défendre. Le roi ordonna de cesser le massacre. Béryte fut prise le 27 avril 1111. Cette même année, des Norvégiens, ayant appris que les Chrétiens s'étaient emparés de Jérusalem, résolurent d’y venir faire leurs dévotions. Ils traversèrent la mer Britannique, passèrent au détroit de Calpé et d'Atlas qui ferme la Méditerranée et, après avoir suivi celle-ci dans toute sa longueur, ils abordèrent à Joppé. Le chef de l'expédition était un jeune homme, frère du roi de Norvège. Sitôt débarqués à Joppé, ils se rendirent à Jérusalem.

 

Le roi, dès qu'il sut l'arrivée du prince de Norvège, alla s'entretenir avec lui. Les Norvégiens étaient disposés à se rendre vers la ville maritime que le roi voudrait attaquer. Le roi se mit en marche pour Sidon. La flotte suivit. Sidon, située entre Béryte et Tyr, sa métropole, occupe une partie considérable de la Phénicie. Elle fut fondée par Chanaan. Les habitants, voyant qu'il leur serait impossible de résister, cherchèrent une ruse. Il y avait avec le roi de Jérusalem un certain Baudouin, son valet de chambre, un ancien païen baptisé. Les notables de la ville lui promirent une forte somme pour assassiner le roi. Mais des chrétiens de la ville, ayant appris l'affaire, écrivirent une lettre anonyme qui fut attachée à une flèche et lancée au milieu de notre armée. Elle contenait les détails du complot. Le traître fut pendu. Les assiégés demandèrent au roi que les notables puissent partir puis rendirent la ville. Le roi concéda Sidon à Eustache Grenier. Les gens de la flotte reçurent des présents et retournèrent dans leur patrie. Sidon fut prise le 19 décembre 1110.

 

Gibelin, patriarche de Jérusalem, mourut à la même époque. Il fut remplacé par Arnoul. Celui-ci continua à se conduire comme il avait fait jusqu'alors. Entre autres mauvaises actions, il donna sa nièce en mariage à Eustache Grenier, seigneur de Sidon et de Césarée, et lui concéda les meilleures parties du patrimoine de l'Eglise. Il mena une vie irrégulière durant tout son pontificat et se couvrit d'ignominie. C'est aussi sur son instigation que le roi épousa une autre femme du vivant de son épouse.

 

Après la prise de Sidon, des cavaliers ennemis vinrent de Perse ravager les pays tenus par les Chrétiens. Les Latins, pendant quarante ans, furent victimes de cette peste. Mais Dieu souleva les Ibères contre les Perses. Le pays des Ibères, ou Avesguia, est au nord de la Perse. Ses habitants sont grands, forts et courageux. Leurs succès contre les Perses firent que ceux-ci cessèrent d'attaquer leurs voisins. Ces cavaliers passèrent l'Euphrate, ravagèrent le pays situé en deçà du fleuve et assiégèrent Turbessel un mois entier. Voyant qu'ils ne pouvaient réussir, ils se dirigèrent vers Alep. Tancrède appela le roi de Jérusalem à venir à son aide. Le roi convoqua aussitôt ses chevaliers, prit avec lui Bertrand, comte de Tripoli, et se mit en marche. Il trouva Tancrède près de Rugia. Ils se rendirent à Césarée, où les ennemis campaient. Mais les Turcs refusèrent le combat et repartirent.

 

Tyr restait la seule ville côtière encore sous le joug des infidèles. Le roi décida de s'en emparer. Il rassembla tous les navires disponibles et investit la place avec ses troupes. Tyr, entourée par la mer comme une île, est la métropole de la Phénicie. Le roi fit tous ses efforts pour forcer les assiégés à se rendre. Il livrait des assauts presque continuels. Il faisait battre les murailles et lancer sans interruption des grêles de flèches. Il fit aussi construire deux tours en bois qui dominaient la place. De leur côté, les assiégés opposaient ruse contre ruse. Au bout de quatre mois, le roi leva le siège. A la même époque, Tancrède mourut. Lorsqu'il se vit près de sa fin, il fit venir sa femme Cécile, fille du roi de France Philippe, ainsi que Pons, fils de Bertrand de Tripoli, et leur conseilla de se marier après sa mort. Il eut pour successeur un de ses cousins, Roger, à condition que si le fils de Bohémond venait réclamer Antioche, Roger la lui restituerait. Tancrède mourut en 1112.

 

L'année suivante, pendant l'été, la Perse lança de nouveau une foule d'infidèles sous la conduite du prince Menduk. Ils arrivèrent au bord de l'Euphrate, traversèrent la Coelésyrie, laissèrent Damas sur la gauche, passèrent à Tibériade, entre le Liban et la côte, et établirent leur camp près du Jourdain. Le roi appela à son secours Roger d'Antioche et le comte de Tripoli. Mais, avant leur arrivée, il alla établir son camp près des ennemis. Ceux-ci l'attirèrent dans une embuscade. Le roi, Arnoul et les princes du royaume eurent grand-peine à se sauver. Les ennemis s'emparèrent du camp chrétien et l'armée chrétienne perdit en cette journée trente chevaliers et mille deux cents fantassins. Les deux autres chefs arrivèrent peu après. Ils allèrent ensemble dresser leur camp dans les montagnes d'où on pouvait voir l'armée ennemie au fond de la vallée.

 

Les infidèles, sachant les autres régions du royaume dégarnies de défenseurs, envoyèrent de tous côtés des détachements qui ravagèrent le pays en toute liberté. Les Sarrasins qui cultivaient les propriétés des chrétiens avaient rejoint les colonnes ennemies et les renseignaient. Sous la conduite de ces guides, les infidèles visitaient les maisons et les châteaux isolés et enlevaient partout du butin et des esclaves. Le royaume était livré au pillage. Pour comble de malheur, les habitants d'Ascalon, sachant le roi retenu, allèrent assiéger Jérusalem. Les récoltes furent incendiées. Enfin, voyant que les habitants restaient à l'abri de leurs remparts et craignant le retour du roi, les Ascalonites repartirent. Vint l'automne, saison où arrivaient les navires de pèlerins. Ceux qui abordèrent, apprenant la situation, débarquèrent en hâte et rejoignirent l'armée. Les ennemis eurent peur de ces nouvelles forces et se retirèrent vers Damas. Alors chacun retourna chez soi. Le chef ennemi fut assassiné à l'instigation du roi de Damas Doldequin qui craignait pour sa couronne.

 

Un messager annonça au roi que la comtesse de Sicile venait de débarquer à Accon. Elle avait été l'épouse du comte Roger, surnommé La Bourse, frère de Robert Guiscard. Elle était riche. Le roi de Jérusalem avait demandé sa main. La comtesse en avait parlé à Roger, son fils, qui fut plus tard roi de Sicile. Ils avaient décidé d'accepter si le roi de Jérusalem admettait que, si le roi avait un enfant de la comtesse, il hériterait du royaume de Jérusalem et que, si le roi mourait sans héritier, Roger serait son héritier. Le roi avait consenti à toutes les demandes. Il savait que la comtesse était fort riche. Lui, au contraire, était si pauvre qu'il avait à peine de quoi suffire à ses besoins et à la solde de ses hommes. Il voulait soulager sa misère avec les trésors de la comtesse de Sicile. C'était le patriarche Arnoul qui avait conduit cette intrigue et c'était une tromperie que d'amener cette femme à croire que le roi pouvait l'épouser alors que la femme qu'il avait épousée à Edesse était encore vivante. L'arrivée de la comtesse de Sicile fut pour le royaume de Jérusalem la source de toutes sortes d'avantages.

 

Au même moment, s'éleva à Edesse une famine qui venait des intempéries et de la situation du pays. Entourés d'ennemis, les habitants ne pouvaient cultiver librement. La famine fut telle que les habitants de la ville aussi bien que ceux des campagnes furent réduits à manger du pain d'orge mélangé de glands. Le territoire de Josselin, en deçà de l'Euphrate, était à l'abri de cette calamité. Mais Josselin ne s'empressa pas d'offrir de l'aide à son parent. Des envoyés du comte Baudouin furent bien reçus par Josselin mais des hommes de son entourage leur reprochèrent vertement la pauvreté de leur maître et vantèrent les richesses du leur. ils allèrent jusqu'à dire que le comte ferait mieux de vendre son comté à Josselin et de retourner en France. Les députés retournèrent auprès du comte et lui rapportèrent les propos qu'ils avaient entendus chez Josselin.

 

Le comte se persuada qu'un tel langage ne pouvait être attribué qu'à Josselin lui-même. Il fut indigné que celui à qui il avait procuré tant de richesses lui reproche sa misère au moment où il aurait dû venir à son secours. Il feignit d'être malade et manda à Josselin. Celui-ci ne se doutait de rien. Il arriva à Edesse et trouva le comte dans la citadelle. Baudouin le fit arrêter et torturer jusqu'à ce qu'il renonce au pays qu'il gouvernait et lui rende tous les dons qu'il avait reçus. Dépouillé de sa fortune, Josselin se rendit auprès de Baudouin, roi de Jérusalem, et lui raconta ses malheurs. Le roi, jugeant que Josselin pourrait rendre de grands services à son royaume, lui donna Tibériade. Josselin la gouverna avec sagesse et agrandit considérablement ses possessions. Tyr était encore au pouvoir des infidèles. Josselin ne cessa de harceler ses habitants.

 

En 1114, la Syrie subit un tremblement de terre tel qu'un grand nombre de villes furent ruinées, surtout en Cilicie, en Isaurie et en Coelésyrie. En Cilicie, Mamistra fut entièrement détruite. Il ne resta que quelques vestiges de Marésie. Le petit peuple fuyait les villes de peur d'être écrasé sous les ruines. Les provinces les plus reculées de l'Orient furent atteintes. L'année suivante, Bursequin, satrape des Turcs, rassembla une armée et établit son camp entre Alep et Damas en attendant une occasion favorable. Doldequin, roi de Damas, ne voyait pas sans inquiétude cette expédition. Il craignait d'en être la victime. Ses craintes étaient d'autant plus vives que les Turcs lui imputaient la mort de leur chef assassiné à Damas. Il envoya des députés chargés de présents au roi de Jérusalem et au prince d'Antioche pour leur demander la paix, s'engageant par serment à se montrer fidèle allié des Chrétiens.

 

Le prince d'Antioche, voyant les Turcs établis près de ses Etats, demanda au roi de venir à son secours et invita aussi Doldequin à s'avancer avec ses troupes, conformément au traité d'alliance. Le roi de Jérusalem arriva en hâte, ralliant en chemin le comte Pons de Tripoli. Doldequin était arrivé avant lui et avait réuni ses troupes à celles des Chrétiens. L'armée se dirigea vers Césarée où les ennemis étaient rassemblés. Les Turcs feignirent un mouvement de retraite. L'armée coalisée se sépara et chacun rentra dans son domaine. Tandis que le roi était retenu, les habitants d'Ascalon allèrent assiéger Joppé. Une flotte de soixante-dix navires était arrivée d'Egypte. La ville se trouva investie de tous côtés. Les assiégés résistèrent bravement. Les Ascalonites furent déçus dans leurs espoirs. Au bout de quelques jours, ils repartirent et la flotte se retira à Tyr.

 

Dix jours plus tard, les gens d'Ascalon, voulant surprendre à l'improviste ceux de Joppé, sortirent secrètement et vinrent inopinément se présenter sous les murs de la ville. Mais les habitants étaient sur la défensive. Dès qu'ils virent que les ennemis revenaient, ils se disposèrent d'autant plus à se défendre qu'ils constatèrent que les forces des assiégeants étaient inférieures à celles de la première fois. La flotte n'était pas revenue. On annonçait aussi l'arrivée du roi et c'était pour les assiégés un nouveau motif de confiance. Ils résistèrent avec vigueur et tuèrent beaucoup d'ennemis. Après avoir livré assaut pendant sept heures sans résultat, les Ascalonites s'en retournèrent chez eux.

 

Pendant ce temps Bursequin, qui avait feint un mouvement de retraite à l'arrivée du roi, voyant que les alliés s'étaient séparés et pensant qu'il leur serait difficile de se rassembler une seconde fois, recommença à ravager le territoire d'Antioche. Il captura les habitants de Marrah et de Cafarda et rasa ces deux villes. Le prince d’Antioche, ayant appelé à son secours le comte d'Edesse, sortit de la place le 12 septembre et arriva en toute hâte devant Rugia avec ses troupes. Il envoya aussitôt des éclaireurs reconnaître la position des ennemis et disposa ses troupes en bon ordre. Pendant ce temps, un messager lui annonça que les ennemis étaient campés dans la vallée de Sarmate. L'armée accueillit cette nouvelle avec joie comme si elle était assurée de la victoire.

 

Bursequin, de son côté, ayant appris l'arrivée de ses ennemis, fi

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