Athènes prise par les Perses

Les Athéniens fournirent à la flotte cent vingt-sept navires, montés par eux et les Platéens dont le zèle compensait le peu d'expérience. Les Corinthiens en donnèrent quarante et les Mégariens vingt. Les Chalcidiens en armèrent vingt, que les Athéniens leur avaient prêtés. Egine en donna dix-huit, Sicyone douze, Sparte dix, Epidaure huit, Erétrie sept, Trézéne cinq, Styra deux et Céos deux. Il y avait en tout deux cent soixante et onze navires. Les Spartiates nommèrent Eurybiade chef de la flotte car les alliés ne voulaient pas obéir aux Athéniens. Ceux-ci, soucieux du salut de la Grèce, préférèrent céder.

Les Grecs qui étaient en rade d'Artémision se demandèrent s'ils n'allaient pas se replier vers la Grèce centrale. Les Eubéens prièrent Eurybiade d'attendre qu'ils aient mis en lieu sûr leurs familles. N'ayant pu le persuader, ils allèrent trouver Thémistocle qui commandait les Athéniens et, moyennant trente talents, l'engagèrent à faire rester la flotte devant Eubée. Thémistocle donna cinq talents à Eurybiade, comme si c'était son propre argent. Il donna aussi trois talents au corinthien Adimante et garda le reste. Ainsi les Grecs restèrent sur les côtes d'Eubée. Les Barbares avaient entendu dire qu'ils étaient peu nombreux. Ils étaient impatients d'attaquer mais n'allèrent pas droit à eux, de peur qu'ils ne prennent la fuite et ne leur échappent à la faveur de la nuit.

Ils envoyèrent deux cents navires contourner l'Eubée pour empêcher la retraite des Grecs. Les autres attendaient leur signal. Scyllias de Scioné, le plus habile plongeur de son temps, qui avait sauvé d'importantes richesses lors du naufrage des Perses au mont Pélion et qui s'en était approprié beaucoup, songeait à passer du côté des Grecs. Il se rendit à l'Artémision en barque et les avertit qu'on avait envoyé des navires doubler l'Eubée. Ils décidèrent d'aller après minuit au-devant d'eux. En attendant, ils harcelèrent les Barbares et éprouvèrent leur habileté au combat et à la manœuvre. Les Perses, voyant les Grecs venir à eux avec si peu de navires, les regardèrent comme des insensés et levèrent l'ancre dans l'espoir de s'en rendre maîtres sans peine. Ils étaient plus nombreux et leurs navires étaient meilleurs voiliers que ceux des Grecs. Cette supériorité les poussa à les envelopper.

Au premier signal, les Grecs firent face aux Barbares. Au second, ils attaquèrent et leur prirent trente vaisseaux, dont l'un était monté par Philaon, frère de Gorgos, roi de Salamine un des meilleurs capitaines de cette flotte. La nuit sépara les combattants. Les Grecs retournèrent à la rade d'Artémision et les Barbares aux Aphètes. Parmi les Grecs au service du roi, Antidoros de Lemnos fut le seul qui passa du côté des alliés lors du combat. Les Athéniens lui donnèrent des terres pour le récompenser. On était au milieu de l'été. Il tomba toute la nuit une forte pluie accompagnée de tonnerre. Les vents poussèrent jusqu'aux Aphètes les morts et les débris des navires. Ils heurtaient les coques et gênaient les rames. Les soldats étaient effrayés et s'attendaient à tout instant à périr. La nuit fut dure pour eux mais elle le fut encore plus pour ceux qui contournaient l'Eubée. Ils étaient en mer quand la tempête s'éleva. Ils se brisèrent contre les rochers. Ainsi périt une partie de la flotte barbare. Ceux qui étaient aux Aphètes virent avec plaisir le jour paraître. Il vint aux Grecs un renfort de cinquante-trois navires athéniens. Encouragés par ce secours et par la nouvelle du naufrage des Barbares, ils fondirent sur les vaisseaux ciliciens, les détruisirent et retournèrent en rade d'Artémision.

Le troisième jour, les Barbares, indignés de se voir maltraités par un si petit nombre de navires et craignant la colère du roi, n'attendirent pas que les Grecs commencent le combat et s'avancèrent au milieu du jour. Ces combats eurent lieu en même temps que ceux des Thermopyles. L'Euripe était l'objet des combats de mer, de même que le passage des Thermopyles l'était de ceux que livra sur terre Léonidas. Pendant que les navires de Xerxès avançaient en ordre de bataille, les Grecs ne bougèrent pas. Les Barbares les enveloppaient quand ils allèrent à leur rencontre. On combattit à forces égales car la flotte de Xerxès se gênait elle-même par le nombre de ses navires. Elle résistait pourtant. Les Grecs perdirent beaucoup d'hommes et de bâtiments mais les pertes des Barbares furent plus graves. Parmi les forces de Xerxès, les Egyptiens acquirent beaucoup de gloire et prirent aux Grecs cinq vaisseaux et leurs équipages. Côté grec, les Athéniens se distinguèrent, et parmi eux Clinias. Il avait armé à ses frais le navire qu'il montait et sur lequel il y avait deux cents hommes. Les deux flottes regagnèrent leurs rades respectives. Comme les Grecs avaient souffert, surtout les Athéniens dont la moitié des vaisseaux étaient endommagés, ils se demandèrent s'ils ne se replieraient pas.

Thémistocle pensait que si on réussissait à détacher des Barbares les Ioniens et les Cariens, il serait facile de l'emporter. Il assembla les chefs de l'armée et leur dit qu'il pensait avoir un moyen infaillible pour enlever au roi ses meilleurs alliés. Il ajouta qu'il fallait tuer aux Eubéens autant de bétail qu'on le pourrait parce qu'il valait mieux que leurs troupes en profitent plutôt que les ennemis. Il recommanda aussi d'allumer des feux. Aussitôt on tomba sur les troupeaux. Les Eubéens n'avaient jusqu'alors pas tenu compte de l'oracle de Bacis. Ils n'avaient ni transporté leurs biens hors de leur pays ni fait de provisions comme l'auraient dû des gens menacés de guerre. L'oracle disait que lorsqu'un Barbare mettrait la mer sous un joug de cordes, il faudrait éloigner tes chèvres des rivages de l'Eubée.

Sur ces entrefaites arriva le guetteur de Trachis. Les Grecs en avaient deux. L'un était à Artémision, il s'appelait Polyas d'Anticyre. Il avait un navire léger tout prêt, avec ordre d'informer les troupes des Thermopyles de ce qui pourrait survenir à la flotte. Il y en avait un autre auprès de Léonidas. C'était un athénien nommé Abronichos, toujours prêt à avertir l'escadre de l'Artémision de ce qui pouvait arriver à Léonidas. Cet Abronichos raconta ce qui s'était passé aux Thermopyles. A cette nouvelle, on partit dans l'ordre où on se trouvait, les Corinthiens les premiers, les Athéniens les derniers. Thémistocle, ayant choisi parmi les navires athéniens les meilleurs voiliers, se rendit là où il y avait de l'eau potable et grava sur les rochers un avis que lurent le lendemain les Ioniens à leur arrivée en rade d'Artémision. Il les accusait de commettre une injustice en portant les armes contre la Grèce et les encourageait à les rejoindre ou à se retirer du combat en entraînant les Cariens. Ils ne devaient pas oublier qu'ils étaient à l'origine de la guerre.

Un homme d'Histiée prévint les Barbares du départ des Grecs. Comme ils se méfiaient, ils envoyèrent quelques vaisseaux légers. Sur leur rapport, la flotte entière partit au lever du soleil pour aller à Artémision. Elle y resta jusqu'à midi et se rendit ensuite à Histiée. Les Barbares s'emparèrent de la ville et sillonnèrent l'Ellopie et les bourgades maritimes du territoire d'Histiée. Xerxès envoya un héraut à la flotte après avoir achevé les préparatifs nécessaires concernant les morts. Il avait perdu vingt mille hommes aux Thermopyles. II en laissa mille sur le champ de bataille et fit enterrer les autres dans de grandes fosses qu'on recouvrit afin que la flotte ne s'aperçoive de rien. Le héraut annonça aux troupes que Xerxès permettait à tous ceux qui le voudraient de venir voir comment il combattait contre les insensés qui se flattaient de lui résister. Les bateaux devinrent rares, tant il y eut de gens empressés de jouir du spectacle.

L'artifice de Xerxès ne trompa personne, tant il était ridicule. On voyait en effet sur le champ de bataille mille morts du côté des Barbares et quatre mille Grecs entassés les uns sur les autres. Le lendemain, la flotte retourna à Histiée et Xerxès se mit en marche avec l'armée de terre. Quelques Arcadiens misérables passèrent du côté perse. Ils ne demandaient qu'à travailler. Les Perses leur demandèrent à quoi s'occupaient les Grecs. Ils répondirent qu'ils célébraient les jeux olympiques. On leur demanda quel était le prix des compétitions. apprenant que c'était une couronne d'olivier, Tritantaichmès, le fils d'Artabane, montra son étonnement devant des gens qui ne combattaient que pour la gloire.

Aussitôt après les Thermopyles, les Thessaliens envoyèrent un héraut aux Phocidiens à qui ils avaient toujours voulu du mal. Ils avaient attaqué la Phocide quelques années auparavant mais avaient été battus. Les Thessaliens les tenaient renfermés sur le Parnasse quand le devin Tellias d'Elis imagina un stratagème. Il prit six cents hommes, les blanchit avec du plâtre, eux et leurs boucliers, et les envoya de nuit contre les Thessaliens avec ordre de tuer tous ceux qui ne seraient pas blanchis comme eux. Les sentinelles les virent et, croyant à un prodige, furent épouvantées. Les Phocidiens tuèrent quatre mille hommes. Quant à la cavalerie thessalienne, ils l'anéantirent. Il y a, près d'Hyampolis, un défilé. Ils y creusèrent un grand fossé, y mirent des amphores vides et, l'ayant recouvert de terre, y reçurent les ennemis. Ceux-ci, se jetant sur les Phocidiens, tombèrent sur les amphores et leurs chevaux s'y brisèrent les jambes.

Les Thessaliens réclamaient cinquante talents aux Phocidiens pour épargner leur pays. Les Phocidiens étaient le seul peuple de la région qui n'ait pas pris le parti des Mèdes par haine pour les Thessaliens. Ils refusèrent et dirent que jamais ils ne trahiraient la Grèce. Cette réponse irrita tellement les Thessaliens qu'ils servirent de guides au roi et le menèrent en Doride. Le passage de la Doride s'étend entre la Malide et la Phocide. Il a trente stades de large. Les Barbares entrèrent en Doride sans y faire de dégâts. De là, ils passèrent en Phocide mais ne trouvèrent pas les habitants. Les uns s'étaient retirés sur le Parnasse dont la cime, sur laquelle est bâtie la ville de Néon, peut contenir beaucoup de monde. Les autres, plus nombreux, s'étaient réfugiés chez les Locriens Ozoles, à Amphissa. Les Barbares parcoururent toute la Phocide, coupant les arbres et incendiant tout, sans rien épargner. Ils portèrent leurs ravages le long du Céphise et réduisirent en cendres de nombreuses villes. Ils capturèrent quelques Phocidiens près des montagnes. Ils firent aussi quelques prisonnières qui moururent d'avoir été livrées aux soldats.

Après avoir passé Parapotamies, les Barbares arrivèrent à Panopées. Leur armée se partagea en deux corps. Le plus fort marcha vers Athènes sous la conduite de Xerxès et entra par la Béotie sur les terres des Orchoméniens. Les Béotiens avaient pris le parti des Perses. Alexandre sauva leurs villes en y plaçant des Macédoniens pour montrer à Xerxès qu'ils étaient de son côté. Les autres troupes marchèrent vers Delphes, ravageant tout ce qui dépendait de la Phocide et mettant le feu aux villes de Panopées, Daulis et Eolides. Ils voulaient piller le temple de Delphes. Les Delphiens consultèrent l'oracle et lui demandèrent s'il fallait enterrer les trésors sacrés ou les transporter ailleurs. Le Dieu leur répondit qu'il était assez puissant pour protéger son bien.

Sur cette réponse, les Delphiens envoyèrent leurs familles au delà du golfe de Corinthe, en Achaïe. Quant à eux, la plupart se réfugièrent au sommet du Parnasse et dans la grotte corycienne. D'autres se retirèrent à Amphissa, en Locride. Ils abandonnèrent la ville, sauf soixante hommes et le prophète. Lorsque les Barbares furent assez près de Delphes pour en voir le temple, le prophète, nommé Acératos, remarqua que les armes sacrées, auxquelles il était interdit de toucher, s'étaient déplacées hors du lieu saint et étaient devant le temple. Il annonça ce prodige aux Delphiens restés en ville. Comme les Barbares approchaient du temple d'Athéna, la foudre tomba sur eux. Des quartiers de roche, se détachant du sommet du Parnasse, en écrasèrent un grand nombre. En même temps on entendit sortir du temple des cris de guerre. C'est ainsi que le temple fut délivré et que les Perses s'en éloignèrent.

La flotte grecque alla d'Artémision à Salamine où elle s'arrêta à la prière des Athéniens qui voulaient faire sortir d'Attique leurs femmes et leurs enfants et pour délibérer sur le parti à prendre. Ils avaient cru trouver les Péloponnésiens campés en Béotie pour résister aux Barbares avec toutes leurs forces et ils apprenaient qu'ils travaillaient à fermer l'isthme d'une muraille sans s'inquiéter du reste de la Grèce. Tandis que la flotte était devant Salamine, les Athéniens retournèrent chez eux. La plupart envoyèrent leurs familles à Trézène, d'autres à Egine et à Salamine. Les Athéniens disent qu'il y a dans le temple de l'Acropole un serpent qui est le gardien de la forteresse. Comme s'il existait réellement, ils lui présentent tous les mois des gâteaux au miel. Jusqu'alors, les gâteaux avaient été mangés mais alors ils restèrent intacts. Les Athéniens se hâtèrent d'autant plus de quitter la ville que la déesse abandonnait aussi la citadelle. Lorsqu'ils eurent mis tout à couvert, ils s'embarquèrent, et retournèrent à la flotte des alliés.

Le reste de la flotte grecque, qui se tenait à Trézène, ayant appris que l'escadre était à Salamine, s'y rendit aussi. Il y eut donc là beaucoup plus de navires qu'au combat d'Artémision. Eurybiade de Sparte commandait encore. Les vaisseaux athéniens étaient les plus nombreux. Les Spartiates avaient fourni seize navires, les Corinthiens quarante, les Sicyoniens quinze, les Epidauriens dix, les Trézéniens cinq et les Hermioniens trois. Les Athéniens fournirent à eux seuls cent quatre-vingts navires car les Platéens ne se trouvèrent pas avec eux à Salamine. Les Grecs étant arrivés à Chalcis, les Platéens allèrent mettre en lieu sûr leurs familles. Pendant ce temps, le reste de la flotte les abandonna. Les Mégariens fournirent le même nombre de vaisseaux qu'à Artémision. Les Ambraciotes secoururent les alliés de sept vaisseaux et les Leucadiens en donnèrent trois.

Parmi les insulaires, les Eginètes envoyèrent quarante-deux navires, en gardant quelques-uns pour la garde de leur pays. Les Chalcidiens fournirent les vingt vaisseaux qui avaient combattu à Artémision et les Erétriens les sept qu'ils y avaient. Après eux vinrent ceux de Céos, avec le même nombre qu'à Artémision. Il y avait quatre navires naxiens qui avaient été envoyés aux Perses mais avaient préféré rejoindre les Grecs à l'initiative de Démocrite qui commandait l'un d'eux. Les Styréens se rendirent aussi à Salamine avec le même nombre de vaisseaux qu'à Artémision. Les Cythniens n'avaient qu'un navire. Les Sériphiens, les Siphniens et les Méliens vinrent aussi. C'était les seuls insulaires à n'avoir pas donné au Barbare la terre et l'eau. De tous ceux qui habitent au loin, seuls les Crotoniates aidèrent la Grèce. Ils envoyèrent un vaisseau commandé par Phayllos. Tous ces peuples fournirent des trières, sauf les Méliens, les Siphniens et les Sériphiens qui avaient des navires à cinquante rames. Les Méliens en donnèrent deux, les Siphniens et les Sériphiens chacun un. Le nombre des navires était de trois cent soixante-dix-huit, sans compter ceux à cinquante rames. Quand ils furent réunis, les commandants tinrent conseil. La plupart voulaient partir vers l'isthme et livrer bataille devant le Péloponnèse. Ils disaient que si on était vaincu à Salamine, on serait assiégé dans cette île où on n'avait aucun secours à espérer.

Un Athénien annonça alors l'entrée des Perses en Attique. Après avoir passé l'Hellespont, ils s'étaient arrêtés un mois puis étaient arrivés, trois mois plus tard, en Attique, sous l'archontat de Calliadès. Ils prirent la ville abandonnée et ne trouvèrent que quelques Athéniens dans le temple avec les trésoriers du temple et de pauvres gens qui, ayant barricadé les portes de l'acropole, repoussèrent l'ennemi. Leur pauvreté les avait empêchés d'aller à Salamine et ils croyaient leur muraille de bois imprenable selon l'oracle dont ils croyaient avoir saisi le sens. Les Perses établirent leur camp sur la colline que les Athéniens appellent Aréopage. Ils tirèrent contre les barricades des flèches enflammées. Les assiégés continuèrent cependant à se défendre et ne voulurent pas accepter les conditions des Pisistratides. Xerxès hésita longtemps sur ce qu'il devait faire.

Enfin les Barbares trouvèrent un passage car il fallait, comme l'avait dit l'oracle, que les Perses se rendent maîtres de tout ce que possédaient les Athéniens sur le continent. En arrière des portes de l'acropole, il y a un lieu escarpé qui n'était pas gardé. Quelques Barbares réussirent à y monter. Lorsque les Athéniens les virent arriver, les uns se jetèrent dans le vide, les autres se réfugièrent dans le temple. Les Perses les tuèrent, pillèrent le temple, mirent le feu à la citadelle et la réduisirent en cendres. Lorsque Xerxès fut maître d'Athènes, il envoya à Suse un courrier à cheval pour apprendre à Artabane ce succès. Le lendemain, il convoqua les exilés athéniens qui l'avaient suivi et leur ordonna de monter à l'acropole faire les sacrifices suivant leur usage. Erechthée y a un temple où on voit un olivier. Le feu brûla ce temple mais les exilés remarquèrent que de la souche de l'olivier avait poussé un rejet d'une coudée de haut.

Les Grecs de Salamine, apprenant le sort d'Athènes, furent consternés. Quelques-uns se précipitèrent sur leurs navires et firent lever les voiles. Ceux qui étaient au conseil décidèrent qu'il fallait combattre devant l'isthme. La nuit venue, ils remontèrent sur leurs vaisseaux. Lorsque Thémistocle fut remonté à bord, Mnésiphile lui dit que tout espoir était perdu si on ne se battait pas à Salamine parce que les alliés allaient se disperser. Il fallait convaincre Eurybiade de rester. Thémistocle alla sur-le-champ au navire d'Eurybiade et le persuada de rappeler le conseil. Quand les chefs furent assemblés, Thémistocle essaya de les convaincre. En livrant bataille à l'isthme, dans un lieu dégagé, les vaisseaux grecs montreraient leur infériorité numérique. De plus Salamine, Mégare et Egine seraient perdues. L'armée de terre des Barbares suivrait la flotte et arriverait dans le Péloponnèse. En combattant dans un lieu étroit avec un petit nombre de navires contre un plus grand, on remporterait la victoire parce qu'un détroit est plus avantageux au Grecs que la pleine mer l'est aux ennemis. Ensuite on conserverait Salamine où étaient réfugiés les femmes et les enfants. On n'y combattrait pas moins pour le Péloponnèse que si on était près de l'isthme. Si l'ennemi était battu, il n'irait pas à l'isthme et repartirait en désordre. On sauverait Mégare, Egine et Salamine.

Adimante de Corinthe interrompit Thémistocle et voulut détourner Eurybiade d'écouter un homme qui n'avait plus de patrie. Thémistocle, ne pouvant se contenir, répondit aux Corinthiens que les Athéniens auraient une patrie plus puissante que la leur tant qu'ils auraient deux cents navires montés par leurs citoyens. Se retournant vers Eurybiade, il lui donna le choix entre être le destructeur de la Grèce ou être un homme de cœur. Si les Athéniens restaient seuls, ils transporteraient leurs familles à Siris, en Italie. Eurybiade craignait de se voir abandonné des Athéniens car, alors, le reste de la flotte n'était plus assez fort pour résister aux Barbares. Il fut donc finalement décidé qu'on combattrait à Salamine. Les capitaines de la flotte se préparèrent à combattre.

Au moment où le soleil se levait, il y eut un tremblement de terre. On fit des prières à tous les dieux, on invoqua Ajax et Télamon et on envoya un navire à Egine pour chercher Eaque et les autres Eacides. Dicéos d'Athènes, un exilé jouissant d'une grande considération chez les Perses, racontait que, s'étant trouvé dans la plaine de Thria avec Démarate après que l'Attique eut éprouvé les ravages de l'armée de Xerxès, il vit s'élever d'Eleusis une poussière qui semblait produite par la marche de trente mille hommes. Tout à coup ils entendirent l'hymne d'Iacchos. Démarate, n'étant pas instruit des mystères d'Eleusis, lui demanda ce que c'était. Il lui répondit qu'un malheur menaçait l'armée du roi. C'était une divinité qui venait de parler et elle marchait au secours des Athéniens. Les Athéniens célébraient tous les ans la fête en l'honneur de Déméter et de Perséphone et on initiait à ces mystères tous les Grecs qui le désiraient. Les chants qu'on entendait étaient ceux qui se chantent en cette fête en l'honneur d'lacchos. Démarate lui dit de ne parler de cela à personne. Dicéos ajoutait qu'après cela, il parut un nuage qui se porta à Salamine vers l'armée des Grecs et qu'ils comprirent, Démarate et lui, que la flotte de Xerxès devait périr.

La flotte de Xerxès se rendit de Trachis à Histiée où elle s'arrêta trois jours. Elle traversa ensuite l'Euripe et, en trois autres jours, elle se trouva à Phalère. Les armées de terre et de mer des Barbares n'étaient pas moins nombreuses à leur entrée en Attique qu'à leur arrivée aux Thermopyles et au cap Sépias. A la place de ceux qui avaient péri dans la tempête, aux Thermopyles et au combat de l'Artémision, il y avait tous les peuples qui ne suivaient pas encore le roi comme les Maliens, les Doriens, les Locriens et les Béotiens, sauf les Thespiens et les Platéens. Il fut encore suivi par les Carystiens, les Andriens, les Téniens et les autres insulaires. Plus Xerxès avançait en Grèce, et plus son armée grossissait par le nombre des nations qui se joignaient à lui. Ces troupes étant arrivées,

Xerxès lui-même se rendit sur la flotte pour conférer avec ses officiers. Il s'assit sur son trône. Les tyrans des différentes nations et les capitaines des vaisseaux prirent place chacun suivant la dignité qu'ils tenaient de lui, le roi de Sidon le premier, celui de Tyr ensuite, et le reste après eux. Quand ils furent tous assis à leurs rangs, Xerxès leur fit demander par Mardonios s'il devait donner bataille sur mer. Mardonios les interrogea et tous furent d'avis de livrer bataille. Seule, Artémise demanda à Mardonios de dire au roi qu'il valait mieux éviter ce combat naval parce que les Grecs lui étaient supérieurs sur mer. Xerxès était déjà maître d'Athènes et le reste de la Grèce était à sa merci. Si, au lieu de combattre sur mer, il avançait vers le Péloponnèse, il réaliserait facilement ses projets car les Grecs ne pouvaient résister longtemps. Mais la défaite de sa flotte entraînerait celle de l'armée de terre. Les bons maîtres ont ordinairement de mauvais esclaves et les méchants en ont de bons. Xerxès était le meilleur de tous les maîtres mais il avait de mauvais esclaves parmi ses alliés, comme les Egyptiens, les Chypriotes, les Ciliciens et les Pamphyliens, peuples lâches et méprisables.

Les amis d'Artémise craignaient que le discours qu'elle avait tenu à Mardonios ne lui attire quelque disgrâce de la part du roi. Ceux qui la jalousaient furent charmés de sa réponse, ne doutant pas qu'elle n'entraîne sa perte. Mais l'avis d'Artémise fit plaisir au roi. Il considérait cette princesse comme une femme de mérite. En cette occasion, il fit encore son éloge. Cependant, il voulut qu'on suive l'avis du plus grand nombre et, comme il pensait que ses troupes n'avaient pas fait leur devoir dans le combat près de l'Eubée parce qu'il n'y était pas, il se disposa à être spectateur de celui de Salamine. La flotte perse s'avança vers Salamine et se rangea en ordre de bataille. Le peu de jour qui restait fit différer l'attaque et, la nuit étant survenue, on s'y prépara pour le lendemain.

Cependant la peur s'empara des Grecs, et surtout des Péloponnésiens. Ils craignaient que, s'ils perdaient la bataille, on ne les assiège dans l'île tandis que leur pays serait sans défense. L'armée de terre des Barbares partit cette même nuit pour le Péloponnèse. Les Péloponnésiens, sitôt connue la défaite et la mort de Léonidas aux Thermopyles, étaient accourus de toutes parts à l'isthme sous la conduite de Cléombrotos, frère de Léonidas. Lorsqu'ils furent à l'isthme, ils bouchèrent avec de la terre la route scironienne et travaillèrent à fermer d'un mur l'isthme d'un bout à l'autre. L'ouvrage avançait vite et personne ne s'exemptait du travail. Les uns portaient des pierres, les autres des briques, du bois, du sable. L'ouvrage n'arrêtait ni le jour ni la nuit. Les Grecs qui marchèrent à la défense de l'isthme furent les Spartiates, les Arcadiens, les Eléens, les Corinthiens, les Sicyoniens, les Epidauriens, les Phliasiens, les Trézéniens et les Hermionéens. Les autres restèrent chez eux quoique les jeux olympiques et les fêtes de Carnéia soient déjà passés. Il y a dans le Péloponnèse sept nations différentes. Deux, originaires du pays, occupent toujours la même région. Ce sont les Arcadiens et les Cynuriens. Une troisième, celle des Achéens, n'est pas sortie du Péloponnèse mais a changé de région. Les quatre autres nations, les Doriens, les Etoliens, les Dryopes et les Lemniens sont étrangères.

Les Grecs qui étaient à l'isthme s'occupaient de ce travail avec l'ardeur du désespoir. Ceux qui étaient à Salamine, apprenant la marche des Barbares, avaient aussi peur, moins pour eux que pour le Péloponnèse. Etonnés de l'imprudence d'Eurybiade, ils murmurèrent et il fallut assembler le conseil. Les uns étaient d'avis de cingler vers le Péloponnèse, les autres pensaient qu'il fallait livrer bataille à l'endroit où l'on se trouvait. Quand Thémistocle vit que l'avis des Péloponnésiens l'emportait, il sortit secrètement du conseil et envoya un messager à la flotte perse. Cet homme s'appelait Sicinnos et était le précepteur de ses enfants. Plus tard Thémistocle l'enrichit et le fit admettre parmi les citoyens de Thespies. Arrivé en barque à la flotte des Perses, Sicinnos dit à leurs chefs que le général athénien préférait leur succès à celui des Grecs et qu'il leur faisait savoir que ceux-ci, effrayés, envisageaient de prendre la fuite. Il ne tenait qu'à eux de faire une action d'éclat.

Comme ce conseil parut sincère, les Perses firent passer un grand nombre d'hommes dans la petite île de Psyttalie, située entre Salamine et le continent. Ensuite, au milieu de la nuit, l'aile ouest de leur flotte avança vers Salamine pour envelopper les Grecs et les vaisseaux qui étaient autour de Céos et de Cynosure levèrent l'ancre et couvrirent le détroit jusqu'à Munichie afin d'empêcher les Grecs de se sauver. Ils avaient débarqué à Psyttalie parce que les navires endommagés devaient naturellement s'y rendre. Ils pourraient ainsi sauver les leurs. Tout cela fut fait secrètement pendant la nuit.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×