Bataille de Platées

Les envoyés de Sparte repartirent chez eux et Alexandre en Thessalie. Mardonios fit marcher ses troupes à grandes journées vers Athènes, emmenant avec lui tous les hommes des lieux où il passait. Les princes de Thessalie l'excitaient et Thorax de Larissa, qui avait accompagné Xerxès dans sa fuite, lui livrait ouvertement le passage pour entrer en Grèce. Lorsque l’armée perse fut en Béotie, les Thébains tentèrent de dissuader Mardonios d’aller plus loin. Ils lui montrèrent qu’il n’y avait pas de lieu plus commode pour camper et que, s’il voulait y rester, il se rendrait maître de la Grèce entière. Il était difficile d’en venir à bout par la force tant qu’elle restait unie. Ils lui conseillaient d'envoyer de l’argent aux notables de chaque ville. La division se mettrait dans toute la Grèce et il soumettrait facilement ceux qui n’épouseraient pas ses intérêts.

Mais le désir de se rendre une nouvelle fois maître d’Athènes empêcha Mardonios de suivre ces conseils. Il en fut détourné par l’espoir de faire connaître au roi, qui était encore à Sardes, la prise d’Athènes par le moyen de torches allumées dans les îles. A son arrivée en Attique, il ne trouva pas les Athéniens. La plupart étaient à Salamine sur leurs navires. Il s’empara donc pour la seconde fois d'une ville déserte, dix mois après que Xerxès l’ait prise pour la première fois. Tandis qu’il était à Athènes, il envoya Mourichidès à Salamine avec les mêmes propositions qu’Alexandre de Macédoine avait déjà portées de sa part aux Athéniens. Il imaginait qu’en voyant leur pays en sa puissance, ils se relâcheraient de leur obstination. Mourichidès s’acquitta de la commission dont Mardonios l’avait chargé. Un conseiller nommé Lycidas dit que ces propositions lui paraissait intéressantes. Aussitôt les Athéniens indignés le lapidèrent et on renvoya Mourichidès. Apprenant ce qui s'était passé, les femmes d’Athènes coururent à sa maison de Lycidas et lapidèrent aussi sa femme et ses enfants.

Tant que les Athéniens espéraient un secours du Péloponnèse, ils restèrent en Attique. Mais la lenteur des alliés et l’approche de Mardonios les déterminèrent à transporter leurs biens à Salamine et à y passer eux-mêmes. Ils envoyèrent une députation aux Lacédémoniens pour se plaindre de ce qu’au lieu d’aller avec eux en Béotie au-devant des Barbares ils l’avaient laissé entrer en Attique par leur négligence et pour leur rappeler les promesses de Mardonios au cas où ils changeraient de parti. S’ils ne les secouraient pas, ils trouveraient eux-mêmes le moyen de se soustraire aux maux qui les menaçaient. On célébrait alors à Sparte la fête d’Hyacinthos et les Lacédémoniens s’en faisaient un devoir. Ils étaient encore occupés à la muraille de l’isthme et déjà on en élevait les créneaux.

Les députés d’Athènes, arrivés à Sparte avec ceux de Mégare et de Platées, s’adressèrent aux éphores pour se plaindre de ce que leur loyauté envers la Grèce était mal récompensée. Depuis que cette loyauté était connue, les Spartiates n'avaient plus aucun égard pour Athènes. Celle-ci exigeait qu'on lui envoie des troupes en secours. Les éphores remirent leur réponse pendant dix jours. Pendant ce temps, les Péloponnésiens travaillaient à fermer l’isthme d’un mur. L’isthme étant fermé, ils croyaient n’avoir plus besoin des Athéniens. Enfin, la veille du jour où on devait s’assembler à ce sujet pour la dernière fois, Chiléos de Tégée, très écouté à Sparte, ayant appris les demandes des Athéniens, dit aux éphores que leur mur ne servirait à rien si Athènes s'entendait avec les Perses.

Les éphores firent alors partir sur-le-champ, de nuit, cinq mille Spartiates accompagnés chacun de sept Ilotes sous la conduite de Pausanias. Pleistarque, le fils de Léonidas, était encore enfant et Pausanias était son tuteur et cousin. Pausanias choisit pour lieutenant Euryanax. Ces troupes étaient parties quand les députés, qui n’en savaient rien, allèrent trouver les éphores pour les menacer de s'entendre avec les Perses. Les éphores purent ainsi leur répondre que les troupes de Sparte étaient déjà en marche et qu’ils les croyaient déjà arrivées à Oresthéion. Les députés, fort surpris, demandèrent une explication puis partirent en vitesse pour les rejoindre. Cinq mille Lacédémoniens des villes voisines de Sparte, pesamment armés, les accompagnèrent.

Tandis qu’ils se hâtaient de gagner l’isthme, les Argiens, qui avaient promis à Mardonios d’empêcher les Spartiates de se mettre en campagne, lui envoyèrent le meilleur messager qu’ils purent trouver pour le prévenir aussitôt qu’ils surent que Pausanias était parti avec des troupes. Cette nouvelle ôta à Mardonios l’envie de demeurer en Attique. Il y était resté parce qu’il voulait savoir ce que décideraient les Athéniens. Il n’avait pas encore ravagé leurs terres, espérant qu’ils s’entendraient avec lui. En sortant d’Athènes, il y mit le feu et fit abattre tout ce qui subsistait encore. Il partit parce que l’Attique est malcommode pour la cavalerie et parce que, en cas de défaite, il n’aurait pu se retirer que par des défilés où quelques hommes auraient suffi à l’arrêter. Il résolut de retourner à Thèbes afin de combattre près d’une ville amie et dans un pays dégagé.

Il était en marche lorsqu’un messager vint lui annoncer qu’un autre corps de mille Lacédémoniens allait du côté de Mégare. Aussitôt il réfléchit aux moyens de l’intercepter. Il rebroussa chemin avec son armée et la conduisit vers Mégare, faisant prendre les devants à la cavalerie. Cette armée ne pénétra pas plus avant en Europe du côté de l’occident. Un courrier étant ensuite venu lui apprendre que les Grecs étaient assemblés à l’isthme, il retourna sur ses pas et passa la nuit à Tanagra. Le lendemain, il arriva sur les terres des Thébains et les ravagea, bien qu’ils soient ses alliés, parce qu’il devait fortifier son camp. Le mur qu’il fit élever occupait dix stades en carré. Tandis que les Barbares étaient occupés à ce travail, Attaginos de Thèbes, fit préparer un grand festin auquel il invita Mardonios et cinquante notables Perses. Thersandre d’Orchomène avait été invité. A table, sur chaque lit il y avait un Perse et un Thébain. Le repas fini, son voisin Perse lui dit que de ces Perses et de cette armée il ne resterait bientôt que peu de monde. Et il pleurait. Thersandre, étonné, lui demanda pourquoi il ne le disait pas à Mardonios. Le Perse lui répondit qu'il n'avait pas la moindre autorité à Mardonios mais qu'il n'était pas le seul à penser cela.

Pendant que Mardonios était en Béotie, les Grecs liés aux Perses lui donnèrent des troupes et intervinrent avec lui en Attique, sauf les Phocidiens qui n'avaient pris le parti des Mèdes que par nécessité. Ils vinrent, quelques jours après le retour de Mardonios à Thèbes, avec mille hommes commandés par Harmocyde. Lorsqu’ils furent à Thèbes, Mardonios les fit camper dans la plaine. Aussitôt parut la cavalerie perse. Le bruit courut parmi les Grecs que cette cavalerie allait les tuer. Harmocyde encouragea ses hommes à ne pas se laisser faire. La cavalerie fondit sur eux comme si elle voulait les exterminer. Les Phocidiens serrèrent les rangs et firent face de tous côtés. A cette vue, les Barbares se retirèrent. Mardonios leur fit dire par un héraut qu'ils s'étaient montrés courageux et qu'ils devaient montrer la même ardeur à la guerre.

Sitôt arrivés à l’isthme, les Spartiates y établirent leur camp. Alors les peuples du Péloponnèse se mirent en marche. Les sacrifices étant favorables, ils sortirent de l’isthme et arrivèrent à Eleusis. On y renouvela les sacrifices et, comme ils ne présageaient que du bien, ils continuèrent leur marche, accompagnés des Athéniens qui les avaient rejoints. Ayant appris, à leur arrivée à Erythres en Béotie, que les Barbares campaient sur les bords de l’Asopos, ils allèrent se poster vis-à-vis d’eux, au pied du mont Cithéron. Comme ils ne descendaient pas dans la plaine, Mardonios envoya contre eux sa cavalerie, commandée par Masistios. Ce général était monté sur un cheval néséen dont la bride était d’or. La cavalerie fondit sur les Grecs. Les Mégariens se trouvaient placés à l’endroit le plus aisé à attaquer. Pressés par la cavalerie, ils envoyèrent un héraut prévenir les chefs grecs qu'il fallait les relever sinon ils quitteraient le combat. Seuls les trois cents Athéniens d'Olympiodore acceptèrent de les remplacer.

Ils emmenèrent avec eux des archers. La cavalerie perse attaqua en ordre mais le cheval de Masistios fut atteint d’une flèche. Il se cabra et jeta son cavalier à terre. Les Athéniens se précipitèrent aussitôt sur lui, se saisirent du cheval et tuèrent Masistios. Les Perses n'avaient rien vu mais, ayant compris que leur chef était mort, ils voulurent reprendre son corps. Les Athéniens, les voyant accourir tous ensemble, appelèrent à eux le reste de l’armée. Il y eut un combat très vif pour le corps de Masistios. Tant que les Athéniens furent seuls, ils eurent le dessous. Mais lorsque le secours fut arrivé, la cavalerie perse perdit beaucoup de monde. Les cavaliers s’éloignèrent et, comme ils n’avaient plus de chef, décidèrent de retourner vers Mardonios. Toute l’armée perse témoigna la douleur qu’elle ressentait de la perte de Masistios, et Mardonios plus que les autres. Les Perses se rasèrent barbe et cheveux, ils coupèrent les crins de leurs chevaux et le poil à leurs bêtes de charge et poussèrent des cris lugubres dont retentit toute la Béotie. C'est ainsi que les Barbares rendirent les derniers honneurs à Masistios. Les Grecs mirent sur un char le corps de Masistios et le firent passer de rang en rang.

On décida ensuite d’aller à Platées, dont le territoire paraissait plus commode pour camper que celui d"Erythres à cause de l’abondance de ses eaux. Lorsqu’ils furent arrivés, les Grecs se rangèrent par nation près de la fontaine de Gargaphia et du temple consacré au héros Androcratès, les uns sur des collines peu élevées, les autres dans la plaine. Il s’éleva des contestations entre Tégéates et Athéniens. Les uns et les autres soutenaient qu’ils devaient commander l’une des deux ailes en mettant en avant leurs hauts faits passés. Mais les Athéniens acceptèrent d'obéir aux Spartiates. Ceux-ci s’écrièrent alors qu’ils méritaient de commander une des ailes. Les Athéniens eurent donc ce poste. Les troupes se rangèrent. A l’aile droite étaient dix mille Lacédémoniens, dont cinq mille Spartiates, soutenus par trente-cinq mille ilotes armés à la légère. Mille cinq cents Tégéates venaient après eux puis cinq mille Corinthiens et les trois cents Potidéates venus de la presqu’île de Pallène. Il y avait ensuite six cents Arcadiens d’Orchomène, trois mille Sicyoniens, huit cents Epidauriens et mille Trézéniens. Après les Trézéniens venaient deux cents Lépréates et quatre cents hommes de Mycènes et de Tirynthe. On voyait ensuite mille Phliasiens, trois cents Hermionéens, six cents Erétriens et Styréens. Et après ceux-ci, encore quatre cents Chalcidiens, cinq cents Ambraciotes, huit cents Leucadiens et Anactoriens, deux cents Paléens de Céphallénie et cinq cents Eginètes. Ils étaient suivis par trois mille hommes de Mégare et six cents de Platées. Les Athéniens, au nombre de huit mille, commandés par Aristide, occupaient l’aile gauche de l’armée.

Ces troupes, si on excepte les Ilotes, étaient pesamment armées et montaient à trente-huit mille sept cents hommes. Quant aux troupes légères, celles qui étaient auprès des Spartiates représentaient trente-cinq mille hommes. Celles qui accompagnaient les autres étaient de trente-quatre mille cinq cents. Ainsi le nombre des soldats armés à la légère s'élevait en tout à soixante-neuf mille cinq cents hommes. Les troupes grecques assemblées à Platées montaient donc en tout à cent huit mille deux cents hommes. En ajoutant les Thespiens, on avait le nombre complet de cent dix mille. Les Thespiens n’étaient pas armés pesamment. Ces troupes campaient sur les bords de l’Asopos.

Mardonios et les Barbares se rendirent aussi sur l’Asopos qui traverse le territoire de Platées. Mardonios les rangea en face des ennemis. Il plaça les Perses en face des Lacédémoniens, sur plusieurs rangs. Il opposa, suivant le conseil des Thébains, ses meilleures troupes aux Lacédémoniens et ses plus faibles aux Tégéates. Il rangea les Mèdes après les Perses, en face des Corinthiens, des Potidéates, des Orchoméniens et des Sicyoniens. Il y avait ensuite les Bactriens, vis-à-vis des Epidauriens, des Trézéniens, des Lépréates, des Tirynthiens, des Mycéniens et des Phliasiens. Venaient ensuite les Indiens contre les Hermionéens, les Erétriens, les Styréens et les Chalcidiens. Les Saces furent placés vis-à-vis des Ambraciotes, des Anactoriens, des Leucadiens, des Paléens et des Eginètes. Après les Saces, il opposa aux Athéniens, aux Platéens et aux Mégariens les Béotiens, les Locriens, les Méliens, les Thessaliens et les mille Phocidiens. Les Phocidiens ne s’étaient pas tous déclarés pour les Perses, quelques-uns étaient du parti des Grecs. Enfermés sur le Parnasse, ils en sortaient pour piller et pour harceler l’armée de Mardonios. Ce général plaça aussi les Macédoniens et les Thessaliens vis-à-vis des Athéniens.

Des hommes de différentes nations étaient aussi mêlés à ces troupes. Il y avait des Phrygiens, des Thraces, des Mysiens, des Péoniens, des
Ethiopiens et de ces Egyptiens guerriers qu’on appelle Hermotybies et Calasiries et qui sont les seuls qui fassent profession des armes. Ces Egyptiens étaient sur la flotte et Mardonios les en avait retirés quand il était à Phalère car ils ne faisaient pas partie des troupes de terre que Xerxès avait menées avec lui à Athènes. L’armée des Barbares était de trois cent mille hommes mais personne ne sait le nombre des Grecs alliés de Mardonios.

Les Grecs et les Barbares offrirent le lendemain les uns et les autres des sacrifices. Tisamène, qui avait suivi l’armée des Grecs en qualité de devin, sacrifiait pour eux. Quoique éléen, les Lacédémoniens l’avaient admis au nombre de leurs citoyens. Tisamène ayant consulté l’oracle de Delphes sur sa postérité, la Pythie lui avait répondu qu’il remporterait la victoire dans cinq combats. N’ayant pas saisi le sens de l’oracle, il s’appliqua aux exercices gymniques. S’étant exercé au pentathle, il remporta tous les prix, sauf celui de la lutte. Les Lacédémoniens, ayant compris que la réponse de l’oracle ne regardait pas les combats gymniques mais ceux d'Arès, voulurent l’engager pour les accompagner dans leurs guerres en qualité de conducteur. Voyant que les Spartiates recherchaient avec empressement son amitié, il la mit à un prix élevé et leur déclara que, s’ils voulaient lui accorder la qualité de citoyen, il accepterait. Les Spartiates, indignés, ne pensèrent plus du tout à se servir de lui. Mais, la menace perse étant suspendue sur leurs têtes, ils l’envoyèrent chercher et lui accordèrent ce qu'il voulait. Tisamène en profita pour faire accepter son frère Hégias aux mêmes conditions.

Tisamène avait pris Mélampous pour modèle. Les femmes d’Argos étant devenues, les Argiens offrirent à celui-ci une récompense pour venir de Pylos et les guérir. Mélampous exigea la moitié du royaume. Les Argiens rejetèrent sa demande mais, comme le mal croissait, ils retournèrent à Pylos pour accepter les conditions qu’il exigeait. Mélampous demanda alors aussi pour son frère Bias le tiers du royaume et les Argiens durent accepter. De même les Spartiates accordèrent à Tisamène ce qu’il avait exigé à cause de l’extrême besoin qu’ils avaient de lui. Mais il n’y a jamais eu que lui et son frère que les Spartiates aient admis au nombre de leurs citoyens. Tisamène les aida en qualité de devin à remporter la victoire dans cinq grands combats. Le premier se donna à Platées, le deuxième à Tégée, le troisième à Dipéa, le quatrième à Isthmos et le cinquième à Tanagra. Ce Tisamène servait alors de devin aux Grecs. Les victimes leur annonçaient des succès s’ils se tenaient sur la défensive et une défaite s’ils traversaient l’Asopos et commençaient le combat.

Mardonios voulait commencer la bataille mais les sacrifices n’étaient pas favorables et ne lui promettaient le succès que s'il se tenait sur la défensive. Il se servait pour sacrifier du devin Hégésistrate d’Elée. Cet Hégésistrate avait fait autrefois beaucoup de mal aux Spartiates et ceux-ci l’avaient arrêté pour le punir de mort. Il avait les pieds dans des entraves. Un fer tranchant ayant été laissé par négligence dans sa prison, il s’en saisit et se coupa une partie du pied pour tirer le reste des entraves. Comme la prison était gardée, il fit un trou à la muraille et se sauva à Tégée. Lorsqu’il fut guéri, il se fit faire un pied de bois et devint l'ennemi déclaré des Lacédémoniens qui réussirent plus tard à le capturer et à l'exécuter. Ce devin, à qui Mardonios donnait des sommes considérables, sacrifiait alors sur les bords de l’Asopos. Mais les entrailles des victimes ne permettant pas de donner bataille, ni aux Perses ni à leurs alliés grecs qui avaient avec eux le devin le leucadien Hippomachos. L’armée grecque grossissant tous les jours, Timagénidès de Thèbes conseilla à Mardonios de faire garder les passages du Cithéron.

Il y avait huit jours qu’ils étaient campés les uns face aux autres. Mardonios envoya de nuit la cavalerie aux passages du Cithéron qui conduisent à Platées. Elle enleva un convoi de cinq cents bêtes de charge, avec des voitures et leurs conducteurs, qui apportait des vivres au camp grec. Les Perses massacrèrent les hommes et les bêtes et retournèrent à leur camp. Après cela, les Barbares s’avancèrent jusque sur les bords de l’Asopos pour tâter les ennemis mais aucune des deux armées ne voulut passer la rivière. La cavalerie de Mardonios ne cessait de harceler les Grecs. Il ne se fit rien de plus pendant dix jours mais le onzième, comme les Grecs avaient reçu des renforts et que Mardonios s’ennuyait de ce retard, il conféra avec Artabaze. Celui-ci fut d’avis de lever le camp et de s’approcher de Thèbes où l’on avait fait porter des vivres pour les troupes et des fourrages pour les chevaux. Dans cette position on terminerait tranquillement la guerre. On avait beaucoup d’or et d’argent. Il fallait envoyer toutes ces richesses aux notables Grecs. Ils ne tarderaient pas à livrer leur liberté et on ne courrait pas les risques d’une bataille.

Les Thébains se rangèrent de cet avis mais Mardonios ne voulut pas céder. Son armée était, disait-il, supérieure à celle de Grecs. Il fallait livrer bataille sans attendre que les ennemis aient reçu de nouveaux renforts. Il fallait laisser de côté les auspices d’Hégésistrate et combattre selon les usages perses. L’avis de Mardonios prévalut. Il convoqua donc les chefs de son armée et des troupes grecques alliées et leur demanda s’ils connaissaient quelque oracle qui prédirait aux Perses qu’ils devaient mourir en Grèce. Comme ils ne disaient rien, Mardonios leur annonça que les destins disaient que les Perses pilleraient le temple de Delphes et qu’ensuite ils périraient tous. Mais, comme ils connaissaient cette prédiction, ils ne se dirigeraient pas vers ce temple. Il ordonna ensuite de se préparer comme si la bataille devait avoir lieu le lendemain.

Cet oracle que Mardonios croyait regarder les Perses, concernait en fait les Illyriens et les Enchélées. Au contraire, l'oracle de Bacis disait que sur les rives du Thermodon et de l’Asopos les Mèdes périraient en grand nombre. Après que Mardonios ait interrogé les officiers de son armée sur les oracles et qu’il les ait exhortés à faire leur devoir, la nuit vint et on posta des sentinelles. Un profond silence régnait dans les deux camps et les troupes étaient plongées dans le sommeil lorsque Alexandre, roi des Macédoniens, se rendit à cheval vers la garde avancée des Athéniens et demanda à parler à leurs chefs. Il leur révéla, en affirmant qu'il était Grec et qu'il ne voulait pas que la Grèce soit réduite en esclavage, que les victimes n'étaient pas favorables à Mardonios qui avait pourtant décidé d'attaquer à l'aube. Les Grecs devaient donc se préparer. Si Mardonios différait le combat, il fallait rester car il n’avait de vivres que pour quelques jours. Puis il s’en retourna chez les Perses.

Les généraux athéniens rapportèrent ces informations à Pausanias qui, comme il redoutait les Perses, leur dit de se placer en face d'eux tandis qu'il se mettrait face aux Béotiens. Il pensait que les Athéniens connaissaient la façon de combattre des Perses depuis Marathon alors qu'il avait de l’expérience avec les Béotiens et les Thessaliens. Il fallait donc intervertir les deux ailes. Les Athéniens acceptèrent avec plaisir et changèrent de poste avec les Spartiates. Les Béotiens s'en rendirent compte et prévinrent Mardonios qui changea lui aussi son ordre de bataille en faisant passer les Perses vis-à-vis des Lacédémoniens mais Pausanias ramena les Spartiates à l’aile droite et Mardonios, à son exemple, les Perses à l’aile gauche.

Lorsque tous eurent repris leurs anciens postes, Mardonios envoya un héraut provoquer les Spartiates. Il les accusa de ne pas vouloir affronter les Perses et de laisser ce soin aux Athéniens. Puis il leur proposa un combat entre un nombre identique de Spartiates et de Perses. Le héraut attendit quelque temps et comme personne ne lui répondait, il s’en retourna et fit son rapport à Mardonios qui s’en réjouit. Fier d’une victoire imaginaire, il envoya contre les Grecs sa cavalerie qui, étant très habile au javelot et à l’arc, les gêna d’autant plus qu'il était impossible de la combattre de près. Elle s’avança jusqu’à la fontaine de Gargaphia qui fournissait de l’eau à toute l’armée grecque, la troubla et la boucha. L’Asopos se trouvait dans le voisinage mais la cavalerie empêchait d’y puiser de l’eau.

Dans ces circonstances, comme les Grecs manquaient d’eau et que la cavalerie ennemie les gênait beaucoup, les généraux allèrent délibérer avec Pausanias. D’autres choses les inquiétaient davantage. Ils manquaient de vivres et les valets envoyés chercher des provisions dans le Péloponnèse ne pouvaient revenir au camp parce que la cavalerie ennemie fermait le passage. Les généraux décidèrent, si les Perses différaient encore le combat, d'aller dans l'île qui est vis-à-vis de Platées, dans le cours du fleuve qui descend du mont Cithéron. Cette île se nomme Oéroé. Les habitants du pays disent qu'elle est fille d’Asopos. Les Grecs décidèrent d'y passer, autant pour avoir de l’eau en abondance que pour ne plus être incommodés par la cavalerie des barbares. lis prirent la résolution de décamper la nuit de crainte que les Perses ne les suivent et ne les inquiètent dans leur marche. Ils avaient également décidé d'envoyer, cette même nuit, la moitié de l’armée au Cithéron pour ouvrir le passage aux valets qui étaient allés chercher des vivres et que l’ennemi tenait enfermés clans les gorges de la montagne.

Les attaques de la cavalerie durèrent toute la journée. Mais, lorsqu’elle se fut retirée à la fin du jour, et quand la nuit fut venue, la plupart levèrent le camp et se mirent en marche, sans avoir cependant intention d’aller à l’endroit convenu. Ils se sauvèrent du côté de Platées. Ils arrivèrent au temple d'Héra qui est devant cette ville et y établirent leur camp. Pausanias, qui les avait vus partir et qui les croyait en marche pour se rendre au rendez-vous prévu, ordonna aux Lacédémoniens de prendre les armes et de les suivre. Les commandants étaient disposés à lui obéir, sauf Amompharète, capitaine de la compagnie de Pitané, qui dit qu’il ne fuirait pas devant les étrangers. Comme il ne s’était pas trouvé au conseil, il était étonné de la conduite des généraux. Pausanias et Euryanax ne voulaient pas non plus abandonner les combattants de Pitané. Cela les poussa à rester avec les troupes de Sparte et à essayer de le convaincre.

Les Athéniens, qui connaissaient le caractère des Lacédémoniens, se tenaient tranquilles dans leurs quartiers. Mais, l’armée ayant commencé à s’ébranler, ils envoyèrent un de leurs cavaliers pour voir si les Spartiates partaient et pour demander ses ordres à Pausanias. Le héraut trouva les Lacédémoniens à leurs postes et leurs officiers discutant avec Amompharète. On en était venu à se quereller. Dans la chaleur de la dispute, Amompharète prit une pierre et, la mettant aux pieds de Pausanias, lui dit qu'il votait contre la fuite devant les Barbares. Pausanias le traita de fou. S’adressant ensuite au héraut, il lui dit de rapporter aux Athéniens ce qui se passait et qu’il les priait de faire comme lui.

Le jour surprit les généraux lacédémoniens et Amompharète se disputant encore. Finalement Pausanias, persuadé que si les Lacédémoniens partaient, Amompharète ne les abandonnerait pas, donna le signal du départ et mena ses troupes par les hauteurs. Les Tégéates le suivirent. les Athéniens marchèrent en ordre de bataille par la plaine. Amompharète, s’imaginant que Pausanias n’oserait jamais l’abandonner, faisait tous ses efforts pour contenir les troupes et les empêcher de quitter leur poste. Mais lorsqu’il les vit s’avancer avec Pausanias, il fit prendre les armes à sa compagnie, et la mena vers le reste de l’armée. Quand Pausanias eut fait environ dix stades, il s’arrêta sur les bords du Moloéis, au lieu nommé Argiopion, où est un temple de Déméter d'Eleusis. Il y attendit Amompharète, prêt à retourner à son secours s'il s'était obstiné à rester à son poste. Enfin Amompharète arriva. Toute la cavalerie ennemie pressa vivement les Grecs.

Quand Mardonios eut appris que les Grecs s’étaient retirés, il convoqua Thorax de Larissa, avec Eurypyle et Thrasydéios, ses frères, et triompha devant eux. Ensuite il fit passer l’Asopos aux Perses et les mena contre les Grecs en courant sur leurs traces comme si ceux-ci prenaient véritablement la fuite. Il n’était occupé que des Lacédémoniens et des Tégéates parce que les hauteurs l’empêchaient d’apercevoir les Athéniens qui avaient pris par la plaine. Dès que les autres généraux de l’armée des Barbares virent les Perses s’ébranler, ils arrachèrent les étendards et les suivirent à toutes jambes, sans garder leurs rangs, poussant des cris et faisant un bruit épouvantable.

Pausanias, pressé par la cavalerie ennemie, envoya un messager aux Athéniens. Il leur dit qu'ils avaient été trahis par leurs alliés qui avaient pris la fuite et qu'ils devaient se secourir mutuellement. Il leur demandait de venir les aider ou au moins de leur envoyer des archers. Les Athéniens se mirent en mouvement pour aller à leur secours. Ils étaient déjà en marche lorsqu’ils furent attaqués par les Grecs de l’armée du roi. Cette attaque les empêcha de secourir les Lacédémoniens. Les Perses, s’étant fait un rempart de leurs boucliers, lançaient une quantité prodigieuse de flèches. Les sacrifices continuant à être défavorables, Pausanias tourna ses regards vers le temple d'Héra et implora la déesse. Il l’invoquait encore, lorsque les Tégéates, se levant les premiers, marchèrent sur les Barbares. Il eut à peine achevé sa prière que, les sacrifices devenant enfin favorables, les Lacédémoniens marchèrent aussi contre les Perses. Le combat eut lieu d’abord près du rempart de boucliers. Lorsqu’il fut renversé, l’action devint vive et dura longtemps près du temple même de Déméter. A cette journée, les Perses ne cédèrent aux Grecs ni en force ni en audace mais étant armés à la légère, et n’ayant ni l’habileté ni la prudence de leurs ennemis, ils se jetaient sur les Spartiates, qui les taillaient en pièces.

Les Perses pressaient les Grecs du côté où Mardonios, monté sur un cheval blanc, combattait en personne à la tête des mille Perses d’élite. Tant qu’il vécut, ils soutinrent l’attaque des Lacédémoniens et, en se défendant vaillamment, ils en tuèrent un grand nombre. Mais après sa mort, lorsque cette unité, la meilleure de l’armée, eut été renversé, le reste tourna le dos et abandonna la victoire aux Lacédémoniens. Les Perses avaient deux désavantages, leur habit malcommode et leurs armes légères face à des hoplites. les Spartiates vengèrent sur Mardonios la mort de Léonidas, comme l’avait prédit l’oracle, et Pausanias remporta une superbe victoire. Mardonios fut tué par Arimnestos qui, quelque temps plus tard, périt avec trois cents hommes qu’il commandait en se battant contre tous les Messéniens.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×