Description de l'Egypte

Description de l'Egypte

 

Cambyse, le fils de Cyrus, monta sur le trône à la mort de son père et se disposa à marcher contre les Egyptiens.

Avant le règne de Psammétique, les Egyptiens se croyaient le plus ancien peuple de la terre. Pour en être sûr, ce roi prit deux nouveau-nés et les confia à un berger pour qu'il les élève parmi ses troupeaux sans rien dire en leur présence. Il voulait savoir quel serait le premier mot que prononceraient ces enfants. Deux ans plus tard, ils se mirent à crier « bécos » en voyant le berger. Il en avertit le roi qui apprit que les Phrygiens appelaient ainsi le pain. Les Egyptiens reconnurent alors les Phrygiens pour plus anciens qu'eux.

Les prêtres égyptiens d'Héphaïstos disent que les Egyptiens ont inventé l'année et l'ont divisée en douze parties. Ils sont en cela plus habiles que les Grecs qui, pour conserver l'ordre des saisons, ajoutent au début de la troisième année un mois intercalaire alors que les Égyptiens font chaque mois de trente jours et ajoutent à leur année cinq jours supplémentaires grâce auxquels les saisons reviennent toujours au même point. Ils disent aussi que les Égyptiens ont les premiers élevé aux dieux des autels, des statues et des temples.

Ils disent que Min fut le premier roi d'Egypte et que, de son temps, le pays n'était qu'un marais. Le Delta n'existait pas bien qu'il y ait maintenant sept jours de navigation pour le traverser. Maintenant, de la côte à Héliopolis, le pays est fait de limon. Au-delà d'Héliopolis, l'Egypte est étroite. La montagne d'Arabie la borde d'un côté. On y voit les carrières où ont été taillées les pyramides de Memphis. De l'autre, l'Egypte est bornée, vers la Libye, par une. montagne couverte de sable sur laquelle on a bâti les pyramides. Ainsi le pays, en remontant le Nil, est parfois fort étroit. D'Héliopolis à Thèbes, on remonte le fleuve pendant neuf jours. La plus grande partie du pays est un don du Nil. De tous les fleuves qui ont formé des pays par leurs alluvions, il n'y en a pas un qui, par l'abondance de ses eaux, mérite d'être comparé à une seule des cinq bouches du Nil.

En Arabie, près de l'Égypte, s'étend un golfe long et étroit qui sort de la mer Erythrée. Dans sa longueur, il faut quarante jours de navigation à un bateau à rames pour le parcourir. Sa largeur n'est que d'une demi-journée de navigation. On y voit tous les jours un flux et un reflux. L'Egypte était un golfe semblable qui sortait de la mer du Nord et s'étendait vers l'Éthiopie. Le golfe Arabique allait de la mer du Sud vers la Syrie.

L'Egypte ne ressemble en rien ni à l'Arabie, ni à la Libye, ni à la Syrie. Son sol est une terre noire et friable faite du limon que le Nil a apporté d'Ethiopie alors que la terre de Libye est rougeâtre et sablonneuse et que celle de l'Arabie et de la Syrie est argileuse et pierreuse.

Sous le roi Moéris, quand le fleuve gonflait de huit coudées, il inondait l'Egypte. Maintenant, neuf siècles plus tard, si le fleuve ne monte pas de seize coudées, il ne se répand pas sur la terre. Si ce pays continue à s'élever ainsi, le Nil ne le couvrant plus de ses eaux, les Egyptiens courent le risque de périr de faim.

Mais actuellement personne ne recueille les grains avec moins de travail. Ils ne sont pas obligés de labourer. Lorsque le fleuve a arrosé de lui-même les campagnes et que les eaux se sont retirées, chacun y lâche des porcs et ensemence ensuite son champ. On y conduit ensuite des bœufs qui enfoncent le grain en le foulant aux pieds et on attend la moisson. On se sert aussi de bœufs pour faire sortir le grain de l'épi.

Les Egyptiens ont toujours existé. A mesure que le pays s'est agrandi par les alluvions du Nil, une partie des habitants est descendue vers la basse Egypte tandis que l'autre est restée dans son ancienne demeure.

Le Nil commence à la cataracte, partage l'Egypte en deux et va à la mer. Jusqu'à la ville de Kerkasôre il n'a qu'un seul chenal mais, après cette ville, il se sépare en trois branches. L'une s'appelle la bouche Pélusienne et va vers l'est, l'autre la bouche Canopique et coule vers l'ouest. La troisième va tout droit jusqu'à la pointe du Delta qu'elle partage par le milieu. C'est le canal Sébennytique. De ce canal partent deux autres canaux qui vont se jeter dans la mer, la bouche Saïtique et la bouche Mendésienne. Les bouches Bolbitine et Bucolique ont été creusées par les habitants.

Les habitants de Maréa et d'Apis, villes frontières du côté de la Libye, ne se croyaient pas Egyptiens mais Libyens. Ils expliquèrent à l'oracle d'Ammon qu'habitant hors du Delta et leur langage étant différent de celui des Egyptiens, ils n'avaient rien de commun avec eux et voulaient qu'il leur soit permis de manger de toutes sortes de viandes. Le dieu leur répondit que tout le pays que couvrait le Nil dans ses inondations appartenait à l'Egypte et que tous ceux qui buvaient des eaux de ce fleuve étaient Égyptiens. Le Nil, dans ses grandes crues, inonde non seulement le Delta, mais encore des endroits qu'on dit appartenir à la Libye ainsi que quelques cantons de l'Arabie.

Les prêtres n'expliquent pas pourquoi le Nil grossit au solstice d'été et continue durant cent jours, ni pour quelle raison il se retire et reste petit l'hiver entier. Ils ne savent pas non plus pourquoi le Nil est le seul fleuve qui ne produise point de vent frais. En Grèce, certains disent que ce sont les vents étésiens qui provoquent la crue. Pour d'autres, l'Océan environne toute la terre et le Nil déborde parce qu'il vient de l'Océan. D'autres enfin pensent que le Nil provient de la fonte des neiges alors qu'il coule de la Libye par l'Ethiopie, c'est-à-dire des pays où la chaleur est si forte qu'elle rend les hommes noirs. L'air est toujours calme en Libye supérieure et il y fait toujours chaud. Lorsque le soleil parcourt ce pays, il attire les vapeurs à lui et les repousse vers les lieux élevés où les vents les dispersent. C'est sans doute pour cela que les vents qui soufflent de ce pays sont les plus pluvieux de tous. En hiver, le soleil attire des vapeurs des fleuves. Jusqu'alors ils augmentaient à cause des pluies mais ils deviennent faibles en été parce que les pluies leur manquent et que le soleil attire une partie de leurs eaux. Il n'en est pas de même du Nil. En hiver il est privé d'eau de pluie et le soleil en élève des vapeurs. C'est la seule rivière dont les eaux soient plus basses en cette saison qu'en été. C'est aussi le soleil qui rend l'air sec en ce pays. C'est pour cela qu'un été perpétuel règne en Libye supérieure.

Personne ne connaît les sources du Nil mais le scribe du trésor d'Athéna, à Saïs, dit qu'entre Syène et Eléphantine il y a deux montagnes. L'une s'appelle Crôphi, l'autre Môphi. Selon lui, le Nil sort de ces montagnes. La moitié des eaux coule en Egypte et l'autre en Ethiopie. La source serait un abîme que aurait cherché en vain à sonder.

Le pays au-dessus d'Éléphantine est élevé. En remontant le fleuve, on attache de chaque côté du bateau une corde et on le tire. Si le câble casse, le bateau est emporté par le courant. Il faut quatre jours pour franchir ce passage. Le Nil y est tortueux comme le Méandre. On arrive ensuite à une plaine où il y a une île formée par les eaux du fleuve. Elle s'appelle Tachompso. Au-dessus d'Eléphantine, on trouve déjà des Ethiopiens. Ils occupent même une moitié de l'île de Tachompso et les Egyptiens l'autre moitié. Près de l'île est un grand lac au bord duquel habitent des Ethiopiens nomades. De là, en quittant le bateau, on marche quarante jours le long du fleuve car, à cet endroit, le Nil est plein de rochers qui interdisent la navigation. Après cela, on rembarque dans un autre bateau, on navigue douze jours et on arrive à une grande ville appelée Méroé. C'est la capitale des Ethiopiens. Zeus et Dionysos sont les seuls dieux qu'adorent ses habitants. Ils ont un oracle de Zeus et ils font la guerre partout où ce dieu le commande et quand il l'ordonne.

De là, on arrive au pays des Transfuges en autant de jours de navigation qu'on en a mis à venir d'Éléphantine à Méroé. Ces Transfuges s'appellent eux-mêmes Asmach, ce qui signifie qui se tiennent à la gauche du roi. Ils descendent de deux cent quarante mille soldats égyptiens qui passèrent un jour du côté des Ethiopiens. A l'époque de Psammétique, ils étaient en garnison à Éléphantine pour défendre le pays contre les Éthiopiens, à Daphné de Péluse pour empêcher les incursions des Arabes et des Syriens et à Maréa face à la Libye. Ces Égyptiens étant restés trois ans sans être relevés décidèrent de passer chez les Éthiopiens. Psammétique les poursuivit. Lorsqu'il les eut atteints, il employa tous les arguments pour les dissuader d'abandonner leurs dieux, leurs enfants et leurs femmes. L'un d'eux, lui montrant son sexe, lui répondit que partout ils trouveraient des femmes et auraient des enfants. Le roi d'Ethiopie les accueillit. Ces Egyptiens s'étant établis dans ce pays, les Ethiopiens se civilisèrent, en adoptant les mœurs égyptiennes.

Il est certain que le Nil vient de l'ouest mais on ne peut rien assurer sur ce qu'il est au delà du pays des Transfuges, la chaleur rendant ce pays désert. Des Cyrénéens rapportent qu'Etéarque, roi des Ammoniens, leur raconta qu'un jour des Nasamons étaient arrivés à sa cour. Il s'agit d'un peuple de Libye à l'est de la Syrte. Ils lui dirent que, parmi les familles les plus puissantes du pays, des jeunes gens avaient imaginé de tirer au sort cinq d'entre eux pour aller reconnaître les déserts et y pénétrer plus avant qu'on ne l'avait fait jusqu'alors. Ces jeunes gens étaient arrivés dans un pays plein de bêtes féroces. De là, continuant leur route vers l'ouest, ils avaient aperçu, après avoir longtemps marché dans un pays sablonneux, une plaine avec des arbres. S'en étant approchés, ils avaient mangé des fruits que ces arbres portaient. Des hommes de petite taille les avaient capturés. Ils ne parlaient pas la même langue. On les mena par des lieux marécageux et ils arrivèrent à une ville dont les habitants étaient noirs. Une grande rivière, dans laquelle il y avait des crocodiles, coulait le long de cette ville de l'ouest à l'est. Etéarque ajoutait que les Nasamons étaient retournés dans leur patrie et que les petits hommes étaient des sorciers. Quant au fleuve, il pensait que c'était le Nil.

Celui-ci doit avoir la même longueur que l’Istros qui prend sa source dans le pays des Celtes, près de la ville de Pyrèné, et traverse l'Europe par le milieu. Les Celtes vivent au delà des colonnes d'Hercule et touchent aux Cynésiens qui sont le dernier peuple de l'Europe à l'ouest. L'Istros se jette dans le Pont-Euxin là où les Milésiens ont fondé Istria. L’Istros est bien connu parce qu'il arrose des pays habités mais on ne peut rien assurer des sources du Nil parce que la partie de la Libye qu'il traverse est déserte. L'Egypte est presque en face de la Cilicie. De là à Sinope, sur le Pont-Euxin, il y a cinq jours de chemin. Or Sinope est située vis-à-vis de l'embouchure de l’Istros. Il me semble donc que le Nil, qui traverse toute la Libye, peut être comparé à l'Istros.

Comme les Egyptiens sont nés sous un climat différent des autres climats et que le Nil est d'une nature différente de celle des autres fleuves, leurs usages diffèrent de ceux des autres nations. En Egypte, les femmes sortent et s'occupent du commerce tandis que les hommes tissent la toile à la maison. Les autres nations font la toile en poussant la trame en haut, les Egyptiens en la poussant en bas. En Egypte, les hommes portent les fardeaux sur la tête et les femmes sur les épaules. Les femmes urinent debout, les hommes accroupis. Ils mangent dans la rue. Les femmes ne peuvent pas être prêtresses, le sacerdoce est réservé aux hommes. Si les garçons ne veulent pas nourrir leurs parents, on ne les y force pas, mais si les filles le refusent, on les y contraint. Dans les autres pays, les prêtres portent leurs cheveux. En Égypte, ils les rasent. Chez les autres nations, quand on est en deuil, on se fait raser alors que les Egyptiens laissent pousser leurs cheveux et leur barbe à la mort de leurs proches, eux qui sont d'habitude rasés. Les autres peuples prennent leurs repas dans un endroit séparé des bêtes, les Égyptiens mangent avec elles. Partout ailleurs on se nourrit de froment et d'orge. En Egypte, on utilise l'épeautre. Ils pétrissent la farine avec les pieds mais touchent le fumier avec les mains. Les hommes ont deux habits, les femmes n'en ont qu'un. Les Grecs écrivent et calculent avec des jetons de gauche à droite, les Égyptiens de droite à gauche.

Ils ont deux sortes de lettres, les sacrées et les populaires. Ils sont très religieux. Ils boivent dans des coupes qu'ils ont soin de nettoyer tous les jours. Ils portent des habits de lin fraîchement lavés. Ils se font circoncire par propreté, parce qu'ils en font plus de cas que de la beauté.

Les prêtres se rasent le corps tous les trois jours. Ils ne portent qu'une robe de lin et des souliers de papyrus. Ils se lavent deux fois par jour à l'eau froide et autant de fois toutes les nuits. Ils ne dépensent rien de leurs biens propres. Chacun d'eux a sa portion des viandes sacrées cuites et on leur distribue chaque jour une grande quantité de chair de bœuf et d'oie. On leur donne aussi du vin mais il ne leur est pas permis de manger du poisson. Les Egyptiens ne mangent pas dé fèves. Les prêtres s'imaginent que ce légume est impur. Chaque dieu a plusieurs prêtres et un grand prêtre. Quand il en meurt un, il est remplacé par son fils.

les bovins mâles appartiennent à Epaphos. Un prêtre les examine et, s'il trouve un seul poil noir, il le déclare impur. Il lui fait tirer la langue et il observe s'il est exempt des marques dont font mention les livres sacrés. Il considère aussi si les poils de la queue sont tels qu'ils doivent être. Si le bœuf est exempt de tout cela, il est réputé pur; le prêtre le marque avec une corde qu'il lui attache autour des cornes. Il y applique ensuite de la terre sur laquelle il imprime son sceau. Il est défendu, sous peine de mort, de sacrifier un bœuf qui n'a pas cette marque. Dans les sacrifices, on conduit l'animal à l'autel où il doit être immolé, on allume du feu, on répand du vin sur l'autel et près de la victime qu'on égorge après avoir invoqué le dieu. On coupe la tête et on dépouille le reste du corps. On charge cette tête d'imprécations. On la porte ensuite au marché. S'il y a des Grecs, on la leur vend. Autrement, on la jette à la rivière. Ceux qui ont offert le sacrifice prient les dieux de détourner les malheurs de l'Egypte et d'eux-mêmes et de les faire retomber sur cette tête. C'est à cause de cet usage qu'aucun Égyptien ne mange la tête d'un animal. Quant à l'inspection des entrailles et à la manière de brûler les victimes, ils suivent différentes méthodes.

Les Egyptiens considèrent Isis comme la plus grande divinité et célèbrent pour elle une fête magnifique. Après s'être préparés par des jeûnes et par des prières, ils lui sacrifient un bœuf On en arrache les intestins mais on laisse les entrailles et la graisse. On coupe les cuisses, les épaules et le cou puis on remplit le reste du corps de pain, de miel, de raisins secs, de figues, d'encens, de myrrhe et d'autres substances odoriférantes. Ainsi rempli, on le brûle en répandant une grande quantité d'huile sur le feu. Pendant que la victime brûle, ils se frappent tous et on leur sert les restes du sacrifice. Les Egyptiens immolent des bœufs mais il leur est interdit de sacrifier des vaches parce qu'elles sont consacrées à Isis qu'on représente sous la forme d'une femme avec des cornes de vache. Pour cela, aucun Egyptien ne voudrait se servir du couteau d'un Grec, ni manger de la viande qui aurait été coupée avec son couteau.

Si un bœuf ou une vache meurt, la vache est jetée au fleuve et on enterre le bœuf dans les faubourgs, avec les cornes hors de terre. Lorsque le corps est décomposé, les ossements sont emportés par un bateau d'Atarbéchis, une ville de Prosopitis, une île du Delta. Ses habitants vont de ville en ville pour déterrer les os des bœufs et les enterrent dans un même lieu. Ils font de même avec le reste du bétail.

Ceux qui sont du nome de Thèbes ne sacrifient que des chèvres. En effet, tous les Egyptiens n'adorent pas les mêmes dieux. Ils ne rendent le même culte qu'à Isis et à Osiris qui, selon eux, est le même que Dionysos. Ceux qui sont du nome de Mendès immolent des brebis et épargnent les chèvres. Les Thébains, et tous ceux qui s'abstiennent des brebis, le font en vertu d'une tradition. Héraclès, disent-ils, voulait voir Zeus mais celui-ci ne voulait pas se montrer. Comme Héraclès insistait, Zeus dépouilla un bélier, revêtit sa toison, mit sa tête devant lui et apparut dans cet état à Héraclès. C'est pour cela qu'en Egypte les statues de Zeus le représentent avec une tête de bélier. Cette coutume est passée des Egyptiens aux Ammoniens qui sont une colonie d'Egyptiens et d'Ethiopiens et dont la langue est un mélange des deux. Amoun est le nom égyptien de Zeus. Les Thébains considèrent les béliers comme sacrés et ne les immolent que le jour de la fête de Zeus. On le dépouille et on en revêt la statue de ce dieu dont on approche celle d'Héraclès. Ensuite ceux qui sont autour du temple se frappent en pleurant la mort du bélier.

Cet Héraclès n'est pas celui des Grecs. Les Grecs ont emprunté ce nom aux Egyptiens. Héraclès est un dieu très ancien chez les Egyptiens. Il est un des douze dieux nés des huit dieux originels dix-sept mille ans avant le règne d'Amasis. Il y a à Tyr un temple d'Héraclès où l'on voit deux colonnes, l'une d'or fin, l'autre d'émeraude. Les prêtres disent qu'il a été bâti en même temps que la ville, il y a deux mille trois cents ans. Et il y en a un autre à Héraclès Thasien. A Thasos, il y a un temple de ce dieu construit par les Phéniciens qui cherchaient Europe et qui fondèrent une colonie dans cette île, cinq générations avant qu'Héraclès, fils d'Amphitryon, naisse en Grèce. Les Grecs qui ont élevé deux temples à Héraclès ont agi sagement. Ils offrent à l'un des sacrifices comme à un dieu et font à l'autre des offrandes comme à un héros. Ils racontent une fable ridicule à son sujet. Ils disent que les Egyptiens avaient voulu l'immoler à Zeus et qu'il les avait tous tués. Ils montrent ainsi qu'ils ne connaissent ni le caractère des Égyptiens ni leurs lois. Comment des gens à qui il n'est permis de sacrifier aucun animal, sinon des cochons, des bœufs purs et des oies, veuillent immoler des hommes ?

Les habitants de Mendès ne sacrifient ni chèvres ni boucs. Ils mettent Pan au nombre des huit dieux primordiaux. Or on le représente avec une tête de chèvre et des jambes de bouc. Ils ont en grande vénération un bouc qu'ils considèrent plus que tous les autres. Quand il meurt, toute la région est en deuil. Le bouc et le dieu Pan s'appellent Mendès en égyptien. Les Egyptiens considèrent le porc comme un animal immonde. Si quelqu'un en touche un, il va se plonger tout habillé dans la rivière. Les porchers sont les seuls qui ne puissent entrer dans aucun temple d'Egypte. Personne ne veut leur donner ses filles en mariage, ni épouser les leurs. Ils se marient entre eux. Il est interdit aux Egyptiens d'immoler des porcs à d'autres dieux qu'à la Lune et Dionysos. Quand la victime est égorgée, on en brûle une partie. Le reste est mangé le jour de la pleine lune. Un autre jour, on n'en voudrait pas. Les pauvres font des effigies de porc en pâte et les offrent en sacrifice. Lors de la fête de Dionysos, chacun immole un porc devant sa porte à l'heure du repas et le rend ensuite à celui qui l'a vendu. Les Egyptiens ont inventé des figures d'une coudée de haut. Les femmes promènent ces effigies dont le sexe, qu'elles font remuer au moyen d'une corde, est aussi grand que le reste du corps. Un joueur de flûte marche en tête. Elles le suivent en chantant les louanges de Dionysos. C'est Mélampous qui a introduit en Grèce Dionysos et son culte, dont la procession du phallus,. Cela explique que ces cérémonies soient si éloignées des mœurs des Grecs. Mélampous avait apprit cela des Cadmos et les Tyriens établis en Béotie.

Presque tous les dieux sont venus d'Egypte en Grèce. En effet, si on excepte Poseidon, les Dioscures, Héra, Hestia, Thémis, les Charites et les Néréides, tous les autres ont toujours été connus en Egypte. Les dieux que les Egyptiens ne connaissent pas viennent des Pélasges, sauf Poseidon dont les Grecs ont appris le nom des Libyens. Quant aux héros, les Egyptiens ne leur rendent aucun honneur. Les Grecs tiennent donc leurs rites des Egyptiens sauf le sexe géant des statues d'Hermès que les Athéniens ont emprunté aux Pélasges qui habitaient auparavant Samothrace. Les Pélasges sacrifiaient aux dieux et leur adressaient des prières mais ils ne leur donnaient ni nom ni surnom. Ils les appelaient dieux en général. Ils ne connurent que tard les noms des dieux, lorsqu'on les eut apportés d'Egypte. Mais ils ne surent celui de Dionysos que longtemps après. Les Pélasges demandèrent à l'oracle de Dodone s'ils pouvaient prendre ces noms qui venaient des Barbares et il accepta. Par la suite, les Grecs les ont imités. On a longtemps ignoré l'origine et les particularités des dieux. Homère et Hésiode sont les premiers à avoir évoqué les surnoms des dieux, leur culte et leurs fonctions.

Quant aux deux oracles, dont l'un est en Grèce et l'autre en Libye, les prêtres de Zeus Thébain disent que des Phéniciens avaient enlevé à Thèbes deux femmes consacrées au service du dieu. Elles furent vendues et transportées, l'une en Libye, l'autre en Grèce, et elles furent les premières qui établirent des oracles dans deux pays. Les prêtresses de Dodone disent que deux colombes noires s'envolèrent de Thèbes en Egypte. L'une alla en Libye et l'autre chez elles. Celle-ci, s'étant perchée sur un chêne, dit d'une voix humaine qu'il fallait établir à cet endroit un oracle de Zeus. Les Dodonéens, regardant cela comme un ordre divin, l'exécutèrent. Ils disent aussi que la colombe qui s'envola en Libye ordonna aux Libyens d'établir l'oracle d'Ammon, qui est aussi un oracle de Zeus. En fait, les Dodonéens donnèrent le nom de colombes à ces femmes parce que, étant étrangères, elles parlaient une langue qui leur paraissait ressembler à la voix des oiseaux. Lorsqu'ils ajoutent que la colombe était noire, ils laissent entendre que la femme était égyptienne. L'oracle de Thèbes en Égypte et celui de Dodone se ressemblent beaucoup. L'art de prédire l'avenir, tel qu'il se pratique dans les temples, vient d'Egypte.

Les Egyptiens sont les premiers à avoir établi des fêtes et des processions. Les Grecs leur ont emprunté ces coutumes. Les Egyptiens célèbrent de nombreuses fêtes. La principale a lieu à Bubastis, en l'honneur d'Artémis. La seconde se tient à Busiris, en l'honneur d'Isis. Il y a dans cette ville du Delta un grand temple consacré à cette déesse. On la nomme en grec Déméter. La fête d'Athéna à Saïs est la troisième. On célèbre la quatrième à Héliopolis en l'honneur du Soleil, la cinquième à Bouto en celui de Léto et la sixième à Paprémis en celui d'Arès.

On se rend à Bubastis en bateau. Des femmes jouent des castagnettes et des hommes de la flûte. Les autres chantent et battent des mains. Quand on passe près d'une ville, on s'approche du rivage et les femmes crient des insultes. Quand on est arrivé à Bubastis, on célèbre Artémis en immolant beaucoup de victimes et on fait une plus grande consommation de vin que dans tout le reste de l'année. Il s'y rend bien sept cent mille personnes, sans compter les enfants. A la fête d'Isis de Busiris, on voit une multitude d'hommes et de femmes qui se frappent et se lamentent après le sacrifice. Les Cariens qui vivent en Egypte se tailladent même le front. A Saïs, une nuit, tout le monde allume autour de sa maison de petits vases pleins de sel et d'huile avec une mèche qui brûle toute la nuit. C'est la fête des lampes ardentes. A Héliopolis et à Bouto, on se contente d'offrir des sacrifices. A Paprémis, lorsque le soleil commence à baisser, quelques prêtres s'affairent autour de la statue d'Arès tandis que d'autres, armés de bâtons, se tiennent à l'entrée du temple. En face d'eux, plus de mille hommes, bâton en main, viennent pour accomplir leurs vœux Les prêtres qui sont restés autour de la statue la placent sur un char et se mettent à le tirer. Les prêtres de l'entrée les empêchent de passer mais ceux qui sont venus accomplir leurs vœux, venant au secours du dieu, frappent les gardes. Alors commence un combat à coups de bâtons. Les gens du pays racontent que la mère d'Arès demeurait dans ce temple. Le dieu, qui avait été élevé loin d'elle, devenu adulte, vint pour lui parler mais les serviteurs de sa mère le chassèrent. Etant revenu avec du secours, il maltraita les serviteurs de la déesse et s'ouvrit le passage. C'est pourquoi on a institué ce combat. Les Egyptiens sont aussi les premiers qui aient défendu d'avoir des relations avec les femmes dans les lieux sacrés ou d'y entrer sans s'être lavé.

On voit peu d'animaux en Egypte et ils sont considérés comme sacrés. La loi ordonne de les nourrir. Il y a des personnes chargées de prendre soin de chaque espèce en particulier. C'est un emploi honorable et héréditaire. Lorsque les gens adressent leurs prières au dieu auquel un animal est consacré et qu'ils rasent la tête de leurs enfants, ils mettent ces cheveux dans le plateau d'une balance et de l'argent dans l'autre, Quand l'argent fait pencher la balance, ils le donnent à la femme qui prend soin des bêtes. Elle leur achète avec cela de la nourriture. Si on tue un animal volontairement, on est puni de mort. Si on l'a fait involontairement, on paye une amende. Mais si on tue, même sans le vouloir, un ibis ou un épervier, on ne peut éviter la mort. Les animaux domestiques seraient plus nombreux s'il n'arrivait malheur aux chatons. Lorsque les chattes ont mis bas, elles se désintéressent des mâles. Ceux-ci tuent alors les petits et les chattes, désirant en avoir d'autres, vont chercher les mâles. Lorsqu'il survient un incendie, les Egyptiens négligent de l'éteindre pour veiller à la sûreté de ces animaux. Mais les chats se jettent dans les flammes et les Egyptiens en témoignent une grande douleur. Si, dans une maison, un chat meurt de mort naturelle, les habitants se rasent les sourcils. Quand meurt un chien, on se rase la tête et le corps. On porte les chats morts dans des lieux sacrés et, après les avoir embaumés, on les enterre à Bubastis. Pour les chiens, chacun les enterre dans sa ville. On rend les mêmes honneurs aux ichneumons. On transporte à Bouto les musaraignes et les éperviers, et les ibis à Hermopolis. Mais les ours, qui sont rares, et les loups, qui n'y sont pas plus grands que des renards, on les enterre là où ils sont morts.

Le crocodile ne mange pas pendant les quatre mois de l'hiver. Il a quatre pieds mais est amphibie. Il pond ses œufs sur terre et les y fait éclore. Il passe au sec la plus grande partie du jour et la nuit dans le fleuve car l'eau est plus chaude que l'air. De tous les animaux, il n'y en a pas qui devienne si grand après avoir été si petit. Ses œufs ne sont pas plus gros que ceux des oies et l'animal qui en sort est proportionné à l'œuf Mais, insensiblement, il grandit jusqu'à dix-sept coudées. Il a des yeux de cochon et les dents saillantes. C'est le seul animal qui n'ait point de langue. Il ne remue pas la mâchoire inférieure et c'est le seul aussi qui approche la mâchoire supérieure de l'inférieure. Il a de fortes griffes et sa peau, couverte d'écailles, est impénétrable. Le crocodile ne voit pas dans l'eau mais à l'air il a la vue perçante. Il a l'intérieur de la gueule plein de sangsues. Toutes les bêtes le fuient. Il n'est en paix qu'avec l'oiseau appelé trochile, à cause des services qu'il en reçoit. Lorsque le crocodile se repose à terre, il se tourne vers le côté d'où souffle le zéphyr et tient la gueule ouverte. Le trochile y mange les sangsues et le crocodile prend tant de plaisir à se sentir soulagé qu'il ne lui fait pas de mal.

Certains Égyptiens considèrent les crocodiles comme sacrés mais d'autres leur font la guerre. Ceux qui habitent vers Thèbes et le lac Moeris ont pour eux beaucoup de vénération. Ils en choisissent un qu'ils élèvent et qu'ils habituent à se laisser toucher. On lui met des pendants d'oreilles et on lui attache aux pieds de devant des bracelets. On le nourrit avec la chair des victimes sacrifiées. Quand il meurt, on l'embaume et on le met dans un sarcophage. Les gens d'Éléphantine et des environs, au contraire, mangent les crocodiles. Il y a différentes manières de les prendre. Le plus souvent, on attache de la viande de porc à un hameçon qu'on laisse aller au milieu du fleuve. On se place sur le bord de la rivière et on prend un cochon de lait qu'on bat pour le faire crier. Le crocodile s'approche et, rencontrant le morceau de porc, il l'avale. Le pêcheur le tire à terre et lui couvre les yeux de boue. Ainsi il en vient facilement à bout.

Les hippopotames qu'on trouve dans le nome de Paprémis sont sacrés, ce qui n'est pas le cas dans le reste de l'Egypte. Cet animal est quadrupède. Il a les pieds fourchus, le museau plat et retroussé, les dents saillantes, la crinière, la queue et le hennissement du cheval. Il est de la taille d'un gros bœuf Son cuir est si épais que, lorsqu'il est sec, on en fait des javelots. Il y a aussi des loutres dans le Nil. Les Egyptiens les considèrent comme sacrées. Ils en est de même du poisson qu'on appelle lépidote et de l'anguille. Ces poissons sont consacrés au Nil, de même que certaines oies. C'est le cas aussi d'un oiseau qu'on appelle phénix. Les gens d'Héliopolis disent qu'il ne se montre que tous les cinq cents ans, à la mort de son père. Ses ailes sont dorées et rouges et il ressemble à l'aigle. Il part d'Arabie et va au temple du Soleil avec le corps de son père qu'il porte enveloppé dans de la myrrhe, et l'enterre dans ce temple.

Il y a dans les environs de Thèbes des serpents sacrés qui ne font jamais de mal aux hommes. Ils sont petits et ont deux cornes sur la tête. Quand ils meurent, on les enterre dans le temple de Zeus auquel ils sont consacrés. En Arabie, près de Bouto, on voit une grande quantité d'os et d'épines du dos des serpents ailés. On dit que ces serpents volent d'Arabie en Egypte au début du printemps mais que les ibis les tuent. C'est en reconnaissance de ce service que les Egyptiens ont une grande vénération pour l'ibis. Il y a deux espèces d'ibis. Les uns sont noirs et ont les pattes comme celles des grues et le bec recourbé. Ce sont eux qui combattent les serpents. Les autres sont plus communs. Leur plumage est blanc sauf sur la tête et l'extrémité des ailes et de la queue qui sont noires. Le serpent volant ressemble aux serpents aquatiques et ses ailes sont comme celles de la chauve-souris.

Les Egyptiens se purgent tous les mois pendant trois jours consécutifs et entretiennent leur santé par des vomitifs et des lavements, persuadés que les maladies viennent des aliments. Après les Libyens, il n'y a pas d'hommes plus sains que les Egyptiens. Il faut attribuer cela aux saisons qui ne varient jamais en ce pays. Car ce sont les variations dans l'air, et surtout celles des saisons, qui occasionnent les maladies. Leur pain s'appelle kyllestis. Ils le font avec de l'épeautre. Comme ils n'ont pas de vignes, ils boivent de la bière. Ils vivent de poisson cru séché au soleil ou mis dans de la saumure. Ils mangent crus également les cailles, les canards et de petits oiseaux qu'ils ont salés. Enfin, à l'exception des oiseaux et des poissons sacrés, ils se nourrissent de toutes les autres espèces qu'ils ont chez eux, et les mangent rôties ou bouillies. Aux festins, on apporte après le repas un cercueil avec une figure en bois qui représente un mort. On le montre à tous les convives en leur disant de se divertir avant leur mort.

Ils n'ajoutent rien aux coutumes qu'ils tiennent de leurs ancêtres. Ils n'ont qu'un chant, qui est connu aussi en Phénicie et à Chypre. Les Grecs l'appellent Linos. Il s'appelle en égyptien Manéros. On dit que ce Manéros était le fils unique de leur premier roi. Il mourut jeune et ils chantèrent en son honneur cet air lugubre. En Grèce, seuls les Spartiates s'accordent avec les Egyptiens dans le respect que les jeunes gens ont pour les vieillards. Si un jeune homme rencontre un vieillard, il lui cède le pas. Si un vieillard survient dans un endroit où se trouve un jeune homme, celui-ci se lève. Lorsque les Egyptiens se rencontrent, ils se font une révérence en baissant la main jusqu'aux genoux. Leurs habits sont en lin, avec des franges autour des jambes. Ils les appellent calasiris. Par-dessus, ils s'enveloppent d'une espèce de manteau de laine blanche mais ils ne le portent pas dans les temples et on ne les ensevelit pas avec. Cela est conforme aux cultes orphiques, ou bacchiques, qui sont d'origine égyptienne et les pythagoricienne. En effet, il n'est pas permis d'ensevelir dans un vêtement de laine quelqu'un qui a participé à ces mystères.

Les Egyptiens ont imaginé à quel dieu chaque mois et chaque jour du mois est consacré. En observant le jour de la naissance de quelqu'un, ils prédisent son avenir. Personne en Egypte n'exerce la divination. Elle n'est attribuée qu'à certains dieux. Il y a dans ce pays des oracles d'Héraclès, d'Apollon, d'Athéna, d'Artémis, d'Arès et de Zeus mais on vénère surtout celui de Léto, à Bouto. En Egypte, un médecin ne s'occupe que d'une sorte de maladie. Les uns sont pour les yeux, les autres pour la tête, pour les dents, pour les maux de ventre, d'autres enfin pour les maladies internes. Quand meurt un notable, les femmes de sa maison se couvrent de boue la tête et le visage. Elles laissent le mort à la maison, se découvrent les seins et se frappent la poitrine en parcourent la ville avec leurs parentes. Les hommes en font autant. Après cela, on porte le corps à l'embaumement.

Il y a en Égypte des personnes chargées des embaumements. Quand on leur apporte un corps, ils montrent des modèles de morts en bois peint, de différents prix, et demandent suivant lequel des trois modèles on souhaite que le mort soit embaumé. Ensuite les parents se retirent et les embaumeurs travaillent chez eux. D'abord ils retirent la cervelle par les narines, en partie avec un crochet, en partie par des produits qu'ils introduisent dans la tête. Ils font ensuite une incision dans le flanc et retirent les intestins. Ils les passent au vin de palme et dans des aromates. Ensuite ils remplissent le ventre de myrrhe, de cannelle et d'autres parfums, l'encens excepté, et le recousent. Lorsque cela est fini, ils salent le corps en le couvrant de natron pendant soixante-dix jours. Ce temps écoulé, ils enveloppent le corps de bandes de toile de coton enduites de gomme dont les Egyptiens se servent ordinairement comme de colle. Les parents reprennent ensuite le corps. Ils font faire en bois un sarcophage de forme humaine, l'y enferment et le mettent dans une salle destinée à cet usage, droit contre la muraille. C'est l'embaumement le plus cher.

Autrement on injecte dans le ventre du mort, sans y faire d'incision et sans en retirer les intestins, un liquide tiré du cèdre. Ensuite on sale le corps pendant le temps prescrit. Le dernier jour, on fait sortir du ventre le liquide injecté. Il dissout les entrailles et les entraîne avec lui. Le natron consume les chairs et il ne reste du corps que la peau et les os. Cette opération finie, ils rendent le corps sans y faire autre chose. La troisième espèce d'embaumement est réservée aux pauvres. On injecte dans le corps un liquide nommé syrmaïa, on le met dans le natron pendant soixante et dix jours et on le rend ensuite à ceux qui l'ont apporté. Le corps des belles femmes n'est livré aux embaumeurs que quelques jours après leur mort de peur qu'ils n'en abusent. Si on trouve un cadavre, qu'il ait été enlevé par un crocodile ou qu'il se soit noyé dans le fleuve, la ville sur le territoire de laquelle il a été jeté est obligée de l'embaumer de la manière la plus chère et de le mettre dans un tombeau. Il n'est permis à aucun de ses parents d'y toucher. Les prêtres du Nil ont seuls ce privilège.

Les Egyptiens sont très éloignés des coutumes des Grecs et de tous les autres hommes. Cela se constate dans toute l'Egypte, sauf à Chemmis, grande ville de la Thébaïde, près de Néapolis, où l'on voit un temple de Persée, fils de Danaé. Les Chemmites disent que ce héros vient souvent dans le pays, qu'on trouve quelquefois une de ses sandales et qu'après qu'ensuite l'abondance règne dans toute l'Egypte. Ils célèbrent en son honneur, à la manière des Grecs, des jeux gymniques. Les prix qu'on y propose sont du bétail, des manteaux et des peaux. Ils disent que Persée est originaire de leur ville. Les Egyptiens n'ont qu'une femme chacun.

Ils ont imaginé des moyens pour se procurer des vivres aisément. Lorsque le fleuve a débordé, il y a dans l'eau une grande quantité de lis que les Egyptiens appellent lotus. Ils les cueillent et les font sécher au soleil. Ils en prennent ensuite la graine qui ressemble à celle du pavot, la pilent et en font du pain. On mange aussi la racine de cette plante. Elle est ronde et de la taille d'une pomme. Il y a une autre espèce de lis qui pousse aussi dans le Nil. On y trouve des grains comestibles de la taille d'un noyau d'olive qu'on mange verts ou secs. Le papyrus est une plante annuelle. On en coupe la partie supérieure qu'on emploie à différents usages. On mange l'intérieur cru mais on peut aussi le faire rôtir. Certains ne vivent que de poissons. On les fait sécher au soleil et on les mange quand ils sont secs. Dans le fleuve, on trouve peu de ces poissons qui vont par troupes. Ils vivent clans les étangs. Quand ils veulent frayer, ils se rendent à la mer par bandes. Les mâles vont devant et répandent sur leur route la liqueur séminale. Les femelles, qui suivent, la dévorent et c'est ainsi qu'elles conçoivent. Lorsqu'elles se sont fécondées dans la mer, les poissons remontent la rivière pour regagner leur demeure. Ce sont alors les femelles qui conduisent la troupe. Elles jettent leurs œufs, qui sont de la grosseur des grains de millet, et les mâles les avalent. Ceux qui restent deviennent des poissons. Quand le Nil gonfle, l'eau remplit les lagunes qui sont près du fleuve. A peine sont-elles pleines qu'on y voit fourmiller une multitude de petits poissons. Lorsque le Nil se retire, les poissons qui, l'année précédente, avaient déposé leurs œufs dans le limon, se retirent aussi. Lorsque le Nil déborde à nouveau, ces œufs éclosent.

Les Égyptiens des marais se servent de l'huile de ricin. Ils l'appellent kiki. Ils sèment ce fruit sur les bords du fleuve. En Grèce, cette plante vient d'elle-même. Elle porte une grande quantité de fruits d'une odeur forte. Lorsqu'on les a cueillis, on en tire l'huile en les broyant ou en les faisant cuire. Elle est aussi bonne pour les lampes que l'huile d'olive mais a une odeur désagréable. Il y a en Egypte beaucoup de moucherons. Les Egyptiens s'en protègent en dormant en haut d'une tour car le vent empêche les moucherons de voler si haut. Ceux qui vivent dans la partie marécageuse dorment sous le filet qui sert le jour pour prendre du poisson.

Les vaisseaux de charge sont faits d'acacia qui ressemble au lotus de Cyrène et dont il sort une gomme. Ils en tirent des planches qu'ils attachent avec des chevilles. Ils consolident cet assemblage avec des liens de papyrus. Ils font ensuite un gouvernail qu'ils passent à travers la carène puis un mât en acacia et des voiles avec le papyrus. Ces navires, appelés baris, ne peuvent pas remonter le fleuve. Aussi est-on obligé de les tirer du rivage. En descendant, on attache une claie avec une corde à l'avant du vaisseau et on la laisse aller au gré de l'eau. On attache une pierre à l'arrière avec une autre corde. La claie, emportée par le courant, entraîne avec elle le baris et la pierre sert à diriger sa course. Ils ont un grand nombre de vaisseaux de cette espèce.

Quand le Nil a inondé le pays, on n'aperçoit plus que les villes qui paraissent au-dessus de l'eau comme les îles de la mer Egée. Tant que dure l'inondation, on ne navigue plus sur le fleuve mais par le milieu de la plaine. Ceux qui vont de Naucratis à Memphis longent alors les pyramides. Anthylla est une grande ville. Elle fait partie du revenu de la femme du roi et lui est particulièrement assignée pour sa chaussure. Cet usage existe depuis que ce pays appartient aux Perses.

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