Marathon

Ainsi mourut Aristagoras, l'instigateur de la révolte de l'Ionie. Quant à Histiée, sitôt libre, il se rendit à Sardes. Artaphrénès, le gouverneur, lui demanda pourquoi, à son avis, les Ioniens s'étaient révoltés. Histiée répondit qu'il l'ignorait mais Artaphrénès comprit qu'il mentait et le lui dit. Histiée, inquiet, s'enfuit vers la mer, prit le commandement des Ioniens révoltés et passa à Chios. Les Ioniens lui demandèrent pourquoi il avait ordonné à Aristagoras de soulever l'Ionie. Au lieu d'avouer la vraie raison, il répondit que c'était parce que Darius voulait transporter les Phéniciens en Ionie et les Ioniens en Phénicie, ce qui était faux. Il écrivit ensuite à des Perses de Sardes avec qui il avait parlé de révolte mais le messager remit les lettres à Artaphrénès qui fit mourir beaucoup de Perses qui avaient trempé dans le complot. Il y eut des troubles à Sardes. Les habitants de Chios menèrent Histiée à Milet, comme il le voulait, mais les Milésiens ne voulaient pas recevoir un tyran alors qu'ils avaient goûté à la liberté. Il tenta d'entrer de force en ville mais fut blessé. Il retourna à Chios mais, ne pouvant obtenir de navires, il passa à Mytilène qui équipa huit trirèmes avec lesquelles il fit voile vers Byzance où il intercepta les vaisseaux venant du Pont-Euxin.

Les Perses, ayant rassemblé leurs forces, allèrent droit à Milet. Sur mer, les Phéniciens étaient les plus actifs. Les Chypriotes nouvellement soumis les accompagnaient avec les Ciliciens et les Egyptiens. Apprenant l'attaque, les Ioniens envoyèrent des députés au Panionion. On décida de ne pas opposer d'armée de terre aux Perses. Les Milésiens défendraient eux-mêmes leur ville et la flotte s'assemblerait à Ladé, petite île située devant Milet. Au rendez-vous, il y eut quatre-vingts navires de Milet, douze de Priène, trois de Myonte, dis-sept de Téos, cent de Chios, trois d'Erythrée, huit de Phocée;, soixante-dix de Lesbos et soixante de Samos. Cela faisait en tout trois cent cinquante-trois trirèmes du côté ionien. La flotte barbare était de six cents voiles. Lorsqu'elle fut près de la côte de Milet et que toute l'armée se trouva sur le territoire de Milet, les chefs perses craignirent de n'être pas assez forts pour vaincre la flotte ionienne et que, faute d'avoir la supériorité sur mer, ils ne puissent prendre Milet. Ils convoquèrent alors les tyrans ioniens qu'Aristagoras avait privés de leurs Etats et qui s'étaient réfugiés chez les Mèdes. Ils leur dirent que c'était le moment de montrer leur zèle pour le roi. Chacun d'eux devrait essayer de détacher ses concitoyens du reste des alliés en leur promettant qu'ils ne seraient pas punis. S'ils refusaient, ils seraient réduits en esclavage, leurs garçons seraient faits eunuques, leurs filles seraient transportées en Bactriane et on donnerait leur pays à d'autres peuples. Les tyrans d'Ionie firent part à leurs concitoyens des résolutions du conseil mais elles furent rejetées avec mépris. Personne ne voulut trahir la cause commune.

Les Ioniens tinrent conseil à l'île de Ladé. Dionysos de Phocée montra qu'ils avaient le choix entre la lutte et la répression. Il demanda que tous le suivent, promettant que les Perses n'interviendraient pas ou seraient battus. Les Ioniens lui confièrent le commandement de la flotte. Il faisait manœuvrer tous les jours les navires afin d'exercer les rameurs et de tenir en haleine les soldats, sans donner aux Ioniens un seul moment de relâche. Ceux-ci obéirent sept jours puis, épuisés, renoncèrent. Ils dressèrent des tentes sur l'île, comme une armée de terre, et restèrent à l'ombre, sans vouloir retourner dans leurs navires. Les chefs samiens, témoins de ce désordre, acceptèrent les offres d'Aiacès qui les avait priés de la part des Perses de renoncer à l'alliance des Ioniens. Il leur paraissait impossible de l'emporter sur Darius et ils étaient sûrs que si la flotte des Perses était battue il en viendrait une autre encore plus forte. Ils prirent prétexte de la mauvaise conduite des Ioniens pour les abandonner. Aiacès était tyran de Samos quand Aristagoras de Milet l'avait dépouillé de sa souveraineté.

Quand les Phéniciens firent avancer leurs navires, les Ioniens allèrent à leur rencontre et la mêlée commença. On dit que les Samiens quittèrent leurs rangs, comme ils en étaient convenus avec Aiacès, sauf onze navires dont les capitaines restèrent se battre. Les Lesbiens, voyant partir les Samiens, s'enfuirent et leur exemple fut suivit par beaucoup d'Ioniens. Les habitants de Chios furent les plus malmenés. Ils avaient fourni cent navires montés chacun par quarante combattants. Ils réalisèrent la trahison de la plupart des alliés mais livrèrent combat avec le petit nombre de ceux qui ne les quittèrent pas. Ils détruisirent un grand nombre de navires ennemis mais perdirent la plupart des leurs. Ils s'enfuirent alors vers leur île. Mais, les vaisseaux ayant souffert et étant poursuivis, ils s'échouèrent à Mycale et firent le voyage par terre. Lorsqu'ils furent sur le territoire d'Ephèse, ils s'avancèrent, à la tombée de la nuit, vers la ville où les femmes célébraient les Thesmophories. Les Ephésiens ignoraient ce qui s'était passé. Voyant ces troupes, ils pensèrent que c'étaient des brigands qui venaient enlever leurs femmes et massacrèrent ces malheureux. Dionysos de Phocée, voyant les Ioniens perdus, prit trois navires aux ennemis et alla non pas vers Phocée, sachant que cette ville serait réduite en esclavage, mais en Phénicie, où il coula quelques bateaux marchands, puis en Sicile avec l'argent qu'il leur avait pris. De là il se livra à la piraterie contre les Carthaginois et les Tyrrhéniens, en épargnant les Grecs.

Après la défaite de la flotte ionienne, les Perses prirent Milet six ans après la révolte d'Aristagoras et réduisirent ses habitants en servitude. Ce malheur s'accordait avec un oracle. Les Argiens étant allés à Delphes consulter la pythie sur le salut de leur ville, elle leur avait fait une réponse dont une partie les regardait, et l'autre concernait les Milésiens. Elle disait que Milet serait une riche proie et que ses femmes laveraient les pieds d'hommes à longue chevelure. Cet oracle s'accomplit. La plupart des Milésiens furent tués par les Perses qui portent les cheveux longs. Leurs femmes et leurs enfants furent réduits en esclavage. On mena à Suse les prisonniers Milésiens. Darius les envoya au bord de la mer Erythrée, à Ampé, à l'embouchure du Tigre, et ne leur fit pas d'autre mal. Les Perses se réservèrent les environs de Milet et donnèrent les montagnes en propriété aux Cariens. Les Sybarites, qui habitaient Laos et Scidros depuis qu'ils avaient été chassés de chez eux, ne furent pas aussi sensibles aux maux des Milésiens que les Milésiens l'avaient été à leur égard. En effet, à la prise de Sybaris par les Crotoniates, les Milésiens avaient pris deuil.

Les Athéniens furent affligés de la prise de Milet. Les notables samiens ne furent pas contents de la conduite de leurs généraux. Ils décidèrent d'aller s'établir ailleurs avant l'arrivée d'Aiacès de peur de tomber sous le joug des Mèdes. Les gens de Zancle, en Sicile, invitèrent les Ioniens à se rendre à Calé Acté, dans la partie de la Sicile qui regarde la Tyrrhénie. Les Samiens furent les seuls à accepter. Ils partirent avec quelques Milésiens. Les Zancléens et leur roi Scythès assiégeaient une ville de Sicile qu'ils voulaient détruire. Anaxilaos, tyran de Rhegion, qui avait des démêlés avec eux, conseilla aux Samiens de s'emparer de Zancle qui était dépourvue de défenseurs. S'étant laissés persuader, ils prirent la ville. Les Zancléens appelèrent à leur secours Hippocrate, tyran de Géla, leur allié. Celui-ci arriva avec son armée mais fit arrêter Scythès et son frère Pythogénès et les envoya tous deux à Inycon. Quant au reste des Zancléens, il les remit aux Samiens. Il fut convenu que les Samiens lui donneraient la moitié des meubles et des esclaves de la ville et tout ce qui serait dans les campagnes. Il traita en esclaves la plupart des Zancléens et livra trois cents notables aux Samiens pour les faire mourir mais ceux-ci les épargnèrent. Scythès s'enfuit d'Inycon, se rendit auprès de Darius et mourut de vieillesse chez les Perses.

Les Perses firent ramener Aiacès à Samos par les Phéniciens. Ils l'estimaient beaucoup et il leur avait rendu de grands services. Les Samiens ne furent pas punis par la destruction de leur ville et l'incendie de leurs temples parce que leurs vaisseaux s'étaient retirés du combat. Après la prise de Milet, les Perses prirent la Carie. Tandis qu'Histiée interceptait les vaisseaux marchands ioniens qui sortaient du Pont-Euxin, on lui apprit les malheurs de Milet. Aussitôt il remit à Bisaltès d'Abydos !es affaires de l'Hellespont et fit voile vers Chios avec les Lesbiens. La garnison n'ayant pas voulu le recevoir, il soumit les habitants de l'île d'autant plus aisément qu'ils avaient été affaiblis par le combat naval. Les gens de Chios avaient eu de mauvais présages. D'un chœur de cent jeunes garçons envoyé à Delphes, il n'en revint que deux. Les autres périrent de la peste. Un peu avant le combat naval, le toit d'un école tomba sur des enfants. Il n'en réchappa qu'un seul. Histiée alla de Chios à Thasos avec beaucoup d'Ioniens et d'Eoliens. Tandis qu'il en faisait le siège, il apprit que les Phéniciens avaient quitté Milet pour attaquer d'autres places. Aussitôt, il leva le siège de Thasos et se rendit à Lesbos avec son armée. N'ayant plus de provisions, il passa sur le continent pour moissonner le blé de l'Atarnée et de la plaine du Caïque dont la récolte appartenait aux Mysiens. Le Perse Harpage, qui commandait la région, tailla ses troupes en pièces et le fit prisonnier. Darius lui aurait pardonné sa révolte mais Artaphrénès, gouverneur de Sardes, et Harpage le firent crucifier. On sala sa tête et on l'envoya à Suse à Darius qui lui donna une sépulture.

La flotte perse, qui avait passé l'hiver aux environs de Milet, prit les îles voisines du continent, Chios, Lesbos, Ténédos. Les Perses, se tenant par la main, formaient une ligne d'une côte à l'autre et parcouraient l'île entière, à la chasse des hommes. Ils s'emparèrent aussi facilement des villes ioniennes de la terre ferme. Les chefs perses mirent leurs menaces à exécution. Ils choisirent les plus beaux garçons pour en faire des eunuques, ils envoyèrent les plus belles filles au roi et incendièrent les villes et les temples. Les Ioniens furent ainsi soumis pour la troisième fois. Ils l'avaient été la première par les Lydiens et le furent ensuite deux fois par les Perses. La flotte passa ensuite aux côtes de l'Hellespont et s'empara, en Europe, de la Chersonèse, de Périnthe, des châteaux de Thrace, de Sélymbria et de Byzance. Les Byzantins et les Chalcédoniens n'attendirent pas. Ils s'enfuirent sur les côtes du Pont-Euxin où ils fondèrent Mésambria. Les Phéniciens, ayant parcouru ces pays la flamme à la main, se tournèrent du côté de Proconnèse et d'Artacé qu'ils brûlèrent aussi. Ils revinrent ensuite en Chersonèse pour détruire les villes qu'ils avaient épargnées. Mais ils n'allèrent pas à Cyzique. Ses habitants étaient rentrés dans l'obéissance du roi par un traité. Quant à la Chersonèse, les Phéniciens en soumirent toutes les villes, sauf Cardia.

Miltiade, fils de Cimon, était alors tyran de ces villes. Il les tenait de Miltiade, fils de Cypsélos. Les Dolonces, peuple thrace, possédaient cette Chersonèse. Lors d'une guerre, ils consultèrent la Pythie qui leur répondit de pousser le premier homme qui les inviterait à loger chez lui à créer une colonie chez eux. Ils repartirent et allèrent jusqu'à d'Athènes que Pisistrate gouvernait. Assis devant sa porte, Miltiade vit passer les Dolonces, reconnut qu'ils étaient étrangers, les appela et leur offrit sa maison. Les Dolonces lui découvrirent l'oracle et le prièrent d'obéir au dieu. Ce discours le persuada d'autant plus aisément qu'il ne supportait pas Pisistrate et voulait quitter sa patrie. Il alla aussitôt à Delphes demander à l'oracle s'il devait suivre les Dolonces. La Pythie le lui ayant ordonné, Miltiade, fils de Cypsélos, s'embarqua avec eux, s'empara du pays et reçut la tyrannie. Il fit fermer d'un mur l'isthme de Chersonèse. Il mourut sans enfants; laissant le pouvoir et ses richesses à son neveu Stésagoras qui mourut assassiné, lui aussi sans enfants. Les Pisistratides envoyèrent alors en Chersonèse Miltiade, fils de Cimon et frère de Stésagoras. Il fit arrêter les notables. Par ce moyen, et grâce à une garde de cinq cents hommes, il devint maître de la Chersonèse. Il épousa Hégésipyle, fille d'Oloros, roi de Thrace. Trois ans plus tard, il s'enfuit à l'approche des Scythes mais les Dolonces le ramenèrent. Ayant appris que les Phéniciens étaient à Ténédos, Miltiade fit charger cinq trirèmes de ses affaires et partit pour Athènes. Tandis qu'il longeait la côte de Chersonèse, les Phéniciens le surprirent. Il se sauva à Imbros mais Métiochos, son fils aîné, fut pris. Les Phéniciens le menèrent au roi. Miltiade avait été de ceux qui voulaient écouter les Scythes et rompre le pont de bateaux. Pourtant Darius le combla de biens, lui donna une maison et des terres, et lui fit épouser une Perse dont il eut des enfants qui jouirent des privilèges des Perses. Miltiade parvint à Athènes.

Les Perses cessèrent les hostilités contre les Ioniens. Artaphrénès, gouverneur de Sardes, força les villes ioniennes à s'engager par traité à recourir à la justice quand elles se croiraient lésées. Il fit ensuite mesurer leurs terres et régla en conséquence les impôts que chacune devait payer. Le roi nomma Mardonios à la tête de l'armée. Il était jeune et venait d'épouser sa fille Artozostra. Il s'embarqua en Cilicie et longea la côte d'Asie. Arrivé en Ionie, il déposa les tyrans et établit la démocratie. De là, il marcha vers l'Hellespont. Lorsqu'il eut rassemblé ses troupes, il prit le chemin d'Erétrie et d'Athènes. Ces deux villes étaient le but apparent de son expédition mais il voulaient en fait soumettre le plus grand nombre possible de villes grecques. Les Thasiens furent soumis sans résistance de leur part et les Macédoniens qui ne l'étaient pas encore furent réduits en esclavage. Mais, tandis que la flotte doublait le mont Athos, il s'éleva une violente tempête qui poussa les navires à la côte. On dit qu'il périt plus de vingt mille hommes. Les uns furent enlevés par les monstres marins nombreux dans ces parages, les autres furent écrasés contre les rochers, certains périrent de froid et d'autres parce qu'ils ne savaient pas nager. Mardonios lui-même fut attaqué une nuit par les Bryges qui lui tuèrent beaucoup de monde et le blessèrent. Il fut obligé de repasser honteusement en Asie avec son armée.

Deux ans plus tard, les Thasiens furent accusés par leurs voisins de tramer une révolte. Darius leur ordonna d'abattre leurs murs et d'envoyer leurs vaisseaux à Abdère. Ils utilisaient leurs richesses, qui provenaient de mines d'or, à construire des navires de guerre et à entourer leur ville d'une muraille. Les Thasiens obéirent. Darius voulut ensuite savoir si les Grecs se soumettaient. Il envoya des hérauts demander en son nom la terre et l'eau. D'autres allèrent dans les villes maritimes qui lui payaient tribut pour leur ordonner de construire des navires de guerre et des bateaux de transport. Plusieurs peuples du continent donnèrent au roi la terre et l'eau ainsi que tous les insulaires, et entre autres les Eginètes. Les Athéniens, persuadés qu'ils ne l'avaient fait que par haine contre eux et pour leur faire la guerre de concert avec les Perses, les accusèrent de trahir la Grèce. Cléomène, roi de Sparte, alla à Egine arrêter les coupables. Des Eginètes s'y opposèrent, en particulier Crios qui l'accusa d'avoir été acheté par les Athéniens, encouragé en cela par Démarate, l'autre roi de Sparte.

Les Spartiates disent qu'ils ont été conduits dans leur pays actuel par Aristodémos. Argéia, sa femme, accoucha de jumeaux alors qu'il mourait de maladie. La loi voulait qu'on donne la couronne à l'aîné mais on ne pouvait pas les distinguer. Les Spartiates interrogèrent la mère qui leur répondit qu'elle ne le pouvait pas non plus. Ce n'était pas vrai mais elle désirait que les deux soient rois. La Pythie ordonna au Spartiates de prendre les deux enfants comme rois mais de rendre plus d'honneur à l'aîné. Un Messénien nommé Panitès leur conseilla d'observer la conduite de la mère à l'égard de ses enfants. Si elle lavait et allaitait toujours l'un avant l'autre, ils auraient ce qu'ils cherchaient. Les Spartiates remarquèrent celui qu'elle soignait toujours le premier et le considérèrent comme l'aîné. Ils lui donnèrent le nom d'Eurysthénès et à son frère celui de Proclès. On dit que ces deux princes, devenus grands, ne purent jamais s'accorder et que cette division subsiste chez leurs descendants. Les Grecs citent les ancêtres de ces rois jusqu'à Persée, fils de Danaé. Si on remonte au-delà, on trouve que les chefs des Doriens sont originaires d'Egypte. Mais, selon les traditions perses, Persée était Assyrien et devint Grec.

Les rois spartiates ont le privilège de porter la guerre où ils le veulent sans que personne puisse s'y opposer. Aux banquets des sacrifices officiels, ils sont assis à la première place, on les sert les premiers et on leur donne à chacun le double de ce qu'ont les autres. Les peaux des animaux immolés leur appartiennent. On leur donne à chacun deux fois par mois une victime qu'ils sacrifient dans le temple d'Apollon. Dans les jeux ils ont la place d'honneur. Ils choisissent chacun deux Pythiens qui sont nourris aux frais de l'État. C'est le nom donné aux députés qu'on envoie à Delphes consulter le dieu. Lorsque les rois ne vont pas au repas public, on leur envoie de la farine et du vin. Ils sont les dépositaires des oracles. Si une héritière n'a pas été fiancée par son père, ils décident à qui elle doit être mariée. Si quelqu'un veut adopter un enfant, il ne peut le faire qu'en leur présence. Ils assistent aux délibérations des vingt-huit sénateurs. A leur mort, les femmes parcourent la ville en frappant sur des chaudrons. A ce signal, un homme et une femme libres de chaque maison prennent un aspect sale. Les usages que pratiquent les Spartiates à la mort de leurs rois ressemblent à ceux des barbares de l'Asie. Les gens doivent se rendre aux funérailles de toute la région. Lorsqu'ils sont assemblés, ils se frappent le front à grands coups, hommes et femmes ensemble, en poussant des cris lamentables. Si un des rois meurt à la guerre, on porte son effigie au lieu de la sépulture sur un lit richement orné. Quand on l'a mis en terre, le peuple cesse ses assemblées, les tribunaux vaquent pendant dix jours et le deuil est total. Le successeur du roi mort remet, à son avènement, tout ce que les Spartiates devaient à ce prince ou à l'Etat. Il en est de même chez les Perses. Comme chez les Egyptiens, on est héraut, joueur de flûte ou cuisinier de père en fils.

Démarate accusait Cléomène par jalousie. Mais Cléomène résolut de le chasser du trône en lui intentant une action en justice. Le roi Ariston n'avait pas eu d'enfants des deux femmes qu'il avait épousées. Persuadé que c'était la faute des femmes, il en prit une troisième. Il était ami d'un homme dont la femme, après avoir été laide dans son enfance, était devenue la plus belle de la ville. Sa nourrice la voyant si laide et ses parents si affligés, la menait tous les jours au temple d'Hélène et la priait de donner la beauté à l'enfant. On dit qu'un jour, la nourrice revenait du temple quand une femme lui apparut et lui demanda de lui montrer l'enfant qu'elle tenait dans ses bras. Cette femme toucha l'enfant en disant qu'elle serait la plus belle de Sparte et, depuis ce jour, elle changea. Lorsqu'elle fut en âge d'être mariée, elle épousa Agétos, l'ami d'Ariston. Comme le roi en était épris, il eut recours à une ruse. Il promit au mari de lui donner ce qui lui plairait le plus s'il agissait de même à son égard. Agétos y consentit imprudemment. Ariston lui donna ce qu'il voulut de ses trésors et prit la femme de son ami, lié par son serment. Ainsi Ariston renvoya sa femme et épousa cette troisième qui accoucha de Démarate avant dix mois. Il siégeait avec les éphores lorsqu'on lui annonça cette naissance. Il calcula les mois et dit que l'enfant ne pouvait être de lui. Plus tard, Ariston se repentit de ce mot imprudent et fut persuadé qu'il était son fils. Il le nomma Démarate.

Ariston mourut et Démarate lui succéda. Cléomène le détestait. Pour se venger, il s'entendit avec Leutychidès, de la famille de Démarate. Il haïssait Démarate qui avait enlevé Percale, sa fiancée. Leutychidès affirma que Démarate n'était pas fils d'Ariston et que la couronne de Sparte ne lui appartenait pas légitimement. Il répétait ce qu'avait dit Ariston quand on était venu lui annoncer la naissance de son fils et prenait à témoin les éphores qui l'avaient entendu. Finalement les Spartiates demandèrent à l'oracle de Delphes si Démarate était le fils d'Ariston. Cléomène s'entendit avec Cobon, très populaire à Delphes, qui persuada Périalla, grande prêtresse d'Apollon, de dire ce que voulait Cléomène. Ainsi, lorsque les envoyés de Sparte interrogèrent la Pythie, elle décida que Démarate n'était pas fils d'Ariston. Par la suite Cobon fut banni et Périalla déposée. C'est ainsi qu'on détrôna Démarate. Mais un autre affront le força à chercher asile chez les Mèdes. Un jour qu'il assistait aux Gymnopédies, Leutychidès, devenu roi à sa place, se moqua de lui.

Démarate rentra chez lui, fit un sacrifice à Zeus et conjura sa mère de lui dire qui était son père. Elle lui raconta que, trois nuits après son mariage avec Ariston, un fantôme qui lui ressemblait avait couché avec elle. il lui avait ensuite mis des couronnes sur la tête. Ariston était entré ensuite et, voyant ces couronnes, lui avait demandé qui les lui avait données. Elle lui avait juré que c'était lui. Il reconnut qu'il y avait là quelque chose de divin. Ces couronnes venaient de la chapelle du héros Astrabacos. Celui-ci ou Ariston étaient donc son père. Ariston avait hésité parce qu'il ne savait pas que les femmes accouchent à neuf mois. Démarate, ayant appris ce qu'il voulait savoir, partit sous prétexte d'aller consulter l'oracle de Delphes. Les Spartiates le poursuivirent mais il put se retirer en Asie auprès du roi Darius qui le reçut magnifiquement et lui donna des terres. Leutychidès devint donc roi. Son fils Zeuxidamos mourut avant lui, laissant un fils nommé Archidamos. Cette perte engagea Leutychidès à se remarier. Il épousa Eurydamé dont il eut une fille nommée Lampito qu'épousa Archidamos. Leutychidès commandait l'armée en Thessalie l'armée mais il accepta de l'argent et fut pris sur le fait. Il fut banni et mourut à Tégée.

Cléomène, ayant réussi son entreprise contre Démarate, prit Leutychidès avec lui et alla attaquer les Eginètes. Ceux-ci, voyant les deux rois venir contre eux, ne résistèrent plus. On choisit dix notables et on les mena en Attique où ils furent remis aux Athéniens, leurs plus grands ennemis. Après cela Cléomène, s'étant aperçu que ses intrigues étaient découvertes, redouta la colère des Spartiates et se retira secrètement en Thessalie. De là il alla en Arcadie où il chercha à exciter des troubles contre Sparte. Il fit promettre aux Thessaliens de le suivre partout où il voudrait les mener. Il voulait faire jurer les notables sur les eaux du Styx qui coulent goutte à goutte d'un rocher. Nonacris, où se trouve cette fontaine, est une ville d'Arcadie. Les intrigues de Cléomène étant venues à leur connaissance, les Spartiates le rappelèrent. Mais, à peine arrivé, il devint fou. Il frappait les gens de son sceptre. Ses parents l'avaient fait attacher mais un jour, se voyant seul avec un garde, il lui demanda un couteau. Le garde, d'autant plus intimidé que c'était un Ilote, lui en donna un. Cléomène se déchira alors les jambes, les côtés et le ventre. Il mourut ainsi. Les Grecs disent que ce fut un châtiment pour avoir soudoyé la Pythie. Les Athéniens disent que ce fut en punition pour avoir coupé le bois consacré aux déesses sur le territoire d'Eleusis.. Les Argiens disent de leur côté que ce fut pour avoir tué des hommes réfugiés dans un bois sacré.

La Pythie ayant dit à Cléomène qu'il prendrait Argos, il fit embarquer son armée. Les Argiens l'apprirent. Ils se portèrent vers le bord de mer et établirent leur camp face aux Spartiates. Ils ne craignaient surtout la surprise. Une prophétie de la Pythie disait que lorsque la femelle aurait repoussé le mâle et aurait acquis de la gloire parmi les Argiens, beaucoup d'Argiennes se déchireraient le visage et les races futures diraient qu'un serpent dont le corps faisait trois replis avait été tué à coups de pique. Les Argiens décidèrent de régler leurs mouvements sur les ennemis. Cléomène ordonna alors à ses troupes de prendre les armes quand le héraut leur donnerait le signal du repos. Les Spartiates exécutèrent cet ordre et fondirent sur les Argiens qui se reposaient. Ils se réfugièrent dans le bois consacré à Argos. Ceux que Cléomène réussit à faire sortir par ruse furent tués. Les autres ne voulurent plus bouger. Alors Cléomène fit mettre le feu au bois sacré par les Ilotes. Cléomène alla au temple d'Héra faire un sacrifice. Le prêtre lui dit qu'il n'était pas permis à un étranger de sacrifier en ce temple. Alors Cléomène ordonna aux Ilotes d'éloigner le prêtre et de le frapper.

Dès son retour à Sparte, ses ennemis l'accusèrent devant les éphores de ne pas s'être emparé d'Argos parce qu'il s'était laissé corrompre. Il répondit qu'il avait cru l'oracle accompli par la prise du bois consacré. Lors du sacrifice au temple d'Héra, il était sorti une flamme de la poitrine de la statue. Il avait compris alors qu'il ne prendrait pas Argos. Si cette flamme était sortie de la tête de la statue, il l'aurait prise d'assaut. Il était clair qu'il avait fait ce que le dieu voulait. Cela parut plausible et il fut absous. La ville d'Argos fut tellement dépeuplée par cette défaite que des esclaves remplirent des magistratures. Mais les enfants des morts, devenus grands, reprirent la ville et les chassèrent. Les esclaves s'emparèrent de Tirynthe. La concorde fut un temps rétablie mais un devin nommé Cléandros les persuada d'attaquer leurs maîtres. Cela occasionna une longue guerre qui coûta beaucoup de peines aux Argiens. Les Argiens disent que c'est pour cela que Cléomène perdit la raison. Mais les Spartiates assurent que sa folie vint de l'abus du vin, habitude prise en fréquentant des Scythes. Les Scythes nomades, pour se venger de l'invasion de Darius, envoyèrent des ambassadeurs à Sparte pour s'allier aux Lacédémoniens. Il fut convenu que les Scythes pénétreraient en Médie du côté du Phase et que les Spartiates partiraient d'Ephèse pour se rendre en Asie supérieure. Cléomène devint ami avec les ambassadeurs Scythes et contracta avec eux l'habitude de boire du vin pur.

Dès que les Eginètes apprirent la mort de Cléomène, ils envoyèrent à Sparte des députés pour accuser Leutychidès au sujet de la détention de leurs otages à Athènes. Les juges décidèrent que les Eginètes avaient été traités indignement par Leutychidès et le condamnèrent à être remis entre leurs mains pour qu'ils l'emmènent à Egine à la place des hommes qu'on leur retenait à Athènes. Sur une intervention de Théasidès, un notable spartiate, les Eginètes renoncèrent à condition que Leutychidès les suive à Athènes pour se faire rendre leurs concitoyens. Arrivé à Athènes, il réclama les otages. Les Athéniens temporisèrent sous prétexte qu'il n'était pas juste de les rendre à un roi en l'absence de l'autre. Alors Leutychidès leur raconta une anecdote. Glaucos était réputé à Sparte par sa probité. Un Milésien lui confia la moitié de sa fortune et lui remit une marque. Il ne devait donner l'argent qu'à celui qui présenterait la même. Plus tard, les enfants du Milésien vinrent le trouver, lui présentèrent la marque et lui demandèrent l'argent de leur père mais Glaucos fit semblant d'avoir oublié l'affaire. Il alla ensuite à Delphes et la Pythie lui dit que sa victoire était agréable mais que d'un serment naissait un fils sans nom, sans mains et sans pieds, qui fondait sur le parjure et ne le quittait pas avant de l'avoir détruit. Alors Glaucos rappela les Milésiens et leur rendit le dépôt. Mais cette histoire ne fit aucun effet sur les Athéniens et il se retira.

Irrités contre les Athéniens, les Eginètes avaient capturé un navire athénien et mis aux fers les notables qui s'y trouvaient. Les Athéniens furent outrés. Nicodromos, un notable éginète, s'était exilé. Ayant appris que les Athéniens voulaient se venger, il promit de leur livrer Egine. Il s'empara de la vielle ville mais les Athéniens n'arrivèrent pas à temps. Leur flotte n'était pas assez forte pour affronter celle des Eginètes. Ils durent prier les Corinthiens de leur prêter des navires. Les Corinthiens leur fournirent vingt vaisseaux, moyennant cinq drachmes par vaisseau car la loi leur interdisait de le faire gratuitement. Mais les Athéniens arrivèrent trop tard. Ce contretemps obligea Nicodromos à s'enfuir d'Egine avec quelques partisans. On leur assigna Sounion comme résidence et, de là, ils allaient piller l’île. Les riches l'ayant emporté sur le peuple qui s'était soulevé avec Nicodromos, ils exécutèrent ceux qui tombèrent entre leurs mains. Mais ils commirent un sacrilège. Comme on conduisait au supplice sept cents prisonniers, l'un d'eux s'enfuit, se réfugia dans le temple de Déméter et saisit le marteau de la porte. Les exécuteurs lui coupèrent les mains et le menèrent ainsi au supplice.

Les Eginètes furent ensuite attaqués par les Athéniens. Ils implorèrent le secours des Argiens mais ceux-ci refusèrent. Ils se plaignaient de ce que les vaisseaux d'Egine, que Cléomène avait pris de force, avaient abordé en Argolide, que leurs troupes avaient débarqué avec celles des Spartiates et que des vaisseaux de Sicyone s'étaient joints aux leurs dans cette invasion. Les Argiens avaient condamné les Eginètes et les Sicyoniens à une amende de mille talents. Les Sicyoniens avaient reconnu leur tort et, moyennant cent talents, les Argiens leur avaient remis le reste de l'amende. Mais les Eginètes n'avaient pas voulu reconnaître leur faute. Aussi, quand ils prièrent les Argiens de les aider, l'Etat ne leur en accorda pas. Mais mille volontaires passèrent à leur service avec à leur tête Eurybatès. Ils périrent presque tous. La flotte d'Egine fut victorieuse.

Pendant ce temps, Darius n'oubliait pas l'insulte des Athéniens. Les Pisistratides ne cessaient de l'assiéger. Ce roi, qui désirait soumettre les peuples de Grèce qui lui avaient refusé la terre et l'eau, saisit ce prétexte. Il donna le commandement de l'armée au mède Datis et à son neveu Artaphrénès et les envoya contre Athènes et Erétrie avec ordre d'en réduire les habitants en esclavage et de les lui amener. Sitôt nommés, ces deux chefs se mirent en marche. Ils furent rejoints en Cilicie par la flotte et les vaisseaux de transport commandés l'année précédente aux peuples tributaires. L'armée se rendit en Ionie avec six cents trirèmes. De là les Perses prirent par la mer Icarienne à travers les îles afin d'éviter le mont Athos. Ils abordèrent à Naxos. Le souvenir de l'affront subi précédemment les animait. Les Naxiens s'enfuirent dans les montagnes. Les Perses mirent le feu aux temples et à la ville et réduisirent en esclavage tous ceux qui tombèrent entre leurs mains. Les Déliens s'enfuirent aussi et se réfugièrent à Ténos. Quand Datis eut appris le lieu de retraite des Déliens, il leur envoya un héraut pour leur dire qu'il ne voulait aucun mal au pays qui avait vu naître Apollon et Artémis. Il fit ensuite brûler trois cents talents d'encens sur l'autel. Cela fait, il s'avança avec la flotte vers Erétrie.

A son départ de Délos, il y eut un tremblement de terre. C'est le seul que cette île ait jamais essuyé. Le dieu voulut ainsi faire connaître aux hommes les maux qui allaient fondre sur eux car la Grèce en éprouva plus sous les règnes de Darius, de Xerxès et d'Artaxerxès que pendant les vingt générations qui les ont précédés. Ces maux sont venus en partie des Perses et en partie des plus puissants de ses peuples qui se sont disputé, les armes à la main, le commandement sur le reste du pays. L'oracle l'avait annoncé. Darius signifie en grec celui qui réprime, Xerxès un guerrier et Artaxerxès un grand guerrier.

Les barbares levèrent des troupes dans les îles où ils abordèrent et prirent pour otages les enfants des insulaires. Ils abordèrent à Carystos dont les habitants ne voulaient ni donner d'otages, ni marcher contre les Erétriens et les Athéniens. Leur territoire fut ravagé tant qu'ils ne se furent pas rendus aux Perses. Les Erétriens, ayant su que la flotte perse avançait vers eux, demandèrent du secours aux Athéniens. Ceux-ci leur envoyèrent quatre mille hommes. Mais les Erétriens n'étaient pas tous d'accord. Les uns voulaient se retirer parmi les écueils de l'Eubée. Les autres se préparaient à trahir leur patrie. Eschine, un notable, en informa les Athéniens et leur dit de repartir pour ne pas être entraînés dans la ruine d'Erétrie. Les Athéniens suivirent son conseil. Les Perses débarquèrent. Dès qu'ils y furent arrivés, ils se disposèrent à attaquer les ennemis. Les Erétriens avaient décidé de ne pas se battre et de s'occuper seulement de défendre leurs murs. L'attaque fut vive et, en six jours, il périt beaucoup de monde de part et d'autre. Le septième jour, Euphorbos et Philagros, deux notables, livrèrent la ville aux Perses qui pillèrent les temples, y mirent le feu pour venger l'incendie de ceux de Sardes et réduisirent les habitants en esclavage, selon les ordres de Darius. Ils remirent à la voile pour aller en Attique, pensant traiter les Athéniens comme ils avaient traité les Erétriens.

Hippias, fils de Pisistrate, les fit débarquer à Marathon, le lieu le plus commode pour la cavalerie et le plus proche d'Erétrie. Les Athéniens se rendirent aussi à Marathon. Ils étaient commandés par dix généraux. Miltiade, fils de Cimon, était le dixième. Cimon s'était expatrié pour se soustraire aux menées de Pisistrate. Pendant son exil il avait remporté un prix aux jeux olympiques mais il avait fait proclamer Pisistrate vainqueur à sa place. Il se réconcilia ainsi avec le tyran et retourna dans sa patrie. Plus tard, les enfants de Pisistrate le firent assassiner. Miltiade avait évité deux fois la mort. La première, lorsque les Phéniciens le poursuivirent jusqu'à Imbros pour le mener au roi. La seconde, lorsqu'il fut attaqué par des ennemis qui l'accusèrent de s'être emparé de la tyrannie en Chersonèse. S'étant justifié, il fut élu général par le peuple. Avant de partir, les généraux envoyèrent à Sparte Phidippidès, courrier de profession, comme héraut. Pan lui apparut près du mont Parthénion, l'appela par son nom et lui demanda pourquoi les Athéniens ne lui rendaient aucun culte, lui qui leur avait déjà été utile en plusieurs occasions et qui le serait encore dans la suite. Les Athéniens crurent Phidippidès et, lorsqu'ils virent leurs affaires prospérer, ils bâtirent une chapelle à Pan en bas de l'Acropole.

Phidippidès arriva à Sparte le lendemain de son départ d'Athènes. Aussitôt il se présenta devant les magistrats et leur demanda de porter secours à Athènes. Les Spartiates acceptèrent mais il leur était impossible de partir sur-le-champ parce qu'une loi leur interdisait de se mettre en marche avant la pleine lune. Pendant ce temps, Hippias faisait débarquer les barbares à Marathon. Il avait eu une vision en dormant et s'était imaginé qu'il était couché avec sa mère. Cela lui faisait penser qu'il retournerait à Athènes, qu'il retrouverait le pouvoir et mourrait de vieillesse en son palais. Pour lors, il faisait placer les vaisseaux en rade de Marathon à mesure qu'ils abordaient et rangeait en bataille les barbares descendus à terre. Il lui survint un fort éternuement. Comme ses dents étaient ébranlées par l'âge, cela lui en fit tomber une sur le sable. Cet accident lui fit penser que son songe était accompli.

Pendant que les Athéniens étaient en ordre de bataille, les Platéens arrivèrent à leur secours avec toutes leurs forces. Accablés par les Thébains, les Platéens avaient voulu se mettre sous la protection de Cléomène et des Spartiates mais ceux-ci leur avaient conseillé de s'adresser aux Athéniens. Les Spartiates faisaient cela surtout pour affaiblir les Athéniens en les mettant aux prises avec les Béotiens. Les Platéens suivirent le conseil et se donnèrent aux Athéniens. Les chefs athéniens n'étaient pas d'accord. Les uns ne voulaient pas combattre parce qu'ils étaient trop peu nombreux. Les autres, dont Miltiade, voulaient livrer bataille. Miltiade s'adressa au polémarque. Celui-ci se prononce le dernier et sa voix est d'un poids égal à celle des généraux. C'était alors Callimaque d'Aphidna. En cas d'inaction, Miltiade craignait des dissensions entre Athéniens. Mais, si on se battait, on pouvait espère une victoire avec l'aide des dieux. Si Callimaque joignait son suffrage au sien, leur patrie serait libre et la première de Grèce. Convaincu, le polémarque joignit sa voix à celle de Miltiade et la bataille fut décidée.

Les généraux qui avaient été d'avis de combattre remirent à Miltiade leur tour de commandement. Les Athéniens se rangèrent en bataille. Callimaque se mit à la tête de l'aile droite, place traditionnelle du polémarque. Ensuite les tribus se suivaient suivant le rang qu'elles tenaient dans l'Etat. Les Platéens étaient à l'aile gauche. Depuis cette date, quand les Athéniens offrent des sacrifices, le héraut comprend aussi les Platéens dans les vœux qu'il fait pour la prospérité d'Athènes. Le front de l'armée athénienne était égal à celui des Mèdes. Il n'y avait au centre que peu de rangs mais les ailes étaient fortes. Au signal, les Athéniens coururent aux Perses qui, voyant leur petit nombre, les prirent pour des insensés. Les Athéniens sont les premiers Grecs qui aient supporté sans effroi la vue des Perses. Après un long combat, ceux-ci enfoncèrent le centre athénien et poursuivirent les vaincus. Mais Athéniens et Platéens remportèrent la victoire aux ailes. Ils réunirent les deux ailes, se retournèrent contre les Perses du centre et les battirent, taillant en pièces tous ceux qu'ils rencontraient.

Le polémarque Callimaque et Stésilaos, un des généraux, périrent à cette bataille. Cynégire, ayant saisi un vaisseau par la poupe, eut la main coupée d'un coup de hache. Les Athéniens s'emparèrent de sept vaisseaux ennemis. Les barbares se retirèrent avec leur flotte et doublèrent le cap Sounion pour arriver à Athènes avant l'armée. On dit que l'idée leur fut inspirée par les Alcméonides. Les Athéniens accoururent à toutes jambes au secours de leur ville et devancèrent les barbares. Les Perses jetèrent l'ancre au-dessus de Phalère, qui servait alors de port aux Athéniens, et, après y être restés quelque temps, reprirent la route de l'Asie. Il mourut à Marathon six mille quatre cents hommes du côté des barbares et cent quatre-vingt-douze Athéniens. Datis, en retournant en Asie, eut une vision. Il fit faire des perquisitions sur toute la flotte et, ayant trouvé sur un navire phénicien une statue d'Apollon, il demanda à quel temple on l'avait prise. Il se rendit ensuite lui-même à Délos, mit en dépôt la statue dans le temple et enjoignit aux Déliens, qui étaient de retour dans leur île, de la rendre au Délion des Thébains. Datis et Artaphrénès menèrent à Suse les Erétriens réduits en esclavage. Darius était irrité contre eux mais, dès qu'il les vit en son pouvoir, il ne leur fit aucun mal et les envoya à Ardéricca, en Cissie, qui lui appartenait en propre. Cette localité est à deux cent dix stades de Suse, et à quarante du puits qui fournit du bitume, du sel et de l'huile. Il y a une machine à tirer de l'eau. On y attache la moitié d'une outre qu'on plonge sous ces substances et avec laquelle on les puise. On les verse ensuite dans un réservoir. Le bitume épaissit, le sel se cristallise et on récolte l'huile dans des vases. Cette huile est noire et d'une odeur forte. Darius envoya les Erétriens habiter en ce lieu. Deux mille Spartiates arrivèrent à Athènes après la pleine lune. Quoique arrivés après le combat, ils avaient un tel désir de voir les Mèdes qu'ils allèrent les contempler à Marathon. Ils félicitèrent les Athéniens pour leur victoire et repartirent.

On fit courir le bruit que les Alcméonides s'entendaient avec les Perses. C'est surprenant car ils détestaient les tyrans. Les Alcméonides se sont toujours distingués à Athènes. Alcméon rendit des services aux Lydiens que Crésus avait envoyés pour consulter l'oracle de Delphes. Ce prince l'appela à alors Sardes et lui donna tout l'or qu'il pourrait emporter en une seule fois. Ayant pris un habit ample et ses plus larges brodequins, Alcméon entassa des paillettes d'or dans ses souliers et dans son habit. Il en poudra ses cheveux et, en ayant empli sa bouche, il sortit du trésor les joues bouffies, le corps bossu et traînant à peine ses pieds. Crésus se mit à rire en le voyant. Non seulement il lui donna cet or mais il y ajouta d'autres cadeaux considérables. Cette maison devint ainsi très riche. La deuxième génération après, Clisthène, tyran de Sicyone, l'éleva encore plus haut. Il avait une fille nommée Agaristé qu'il ne voulait marier qu'au meilleur des Grecs. Pendant les jeux olympiques, il fit proclamer que quiconque se croirait digne de devenir son gendre devait se rendre à Sicyone. Tous ceux qui espéraient épouser Agaristé se rendirent à Sicyone où les retint Clisthène qui avait fait préparer un stade et une palestre pour les éprouver. Smindyridès vint de Sybaris, ville italienne florissante. Damasos de Siris arriva aussi d'Italie. Amphimnestos d'Epidamne vint du golfe Ionien. On vit aussi un Etolien nommé Malès. Léocèdès, Amiantos, Laphanès et Onomastos vinrent du Péloponnèse. Vinrent d'Athènes Mégaclès, fils d'Alcméon, et Hippoclidès. Lysanias arriva d'Erétrie. Il vint aussi de Thessalie Diactoridès et Alcon du pays des Molosses.

Clisthène les interrogea puis les retint un an près de lui afin d'éprouver leurs mérites dans les entretiens qu'il avait avec eux, dans les exercices où il les engageait et surtout dans les festins où il les invitait. Ceux d'Athènes étaient le plus à son goût, surtout Hippoclidès. Le jour fixé par Clisthène pour déclarer celui qu'il choisissait pour gendre, ce prince immola cent bœufs et régala tous les Sicyoniens. Le repas fini, Hippoclidès dit au joueur de flûte de jouer et il se mit à danser. Clisthène en fut irrité. Hippoclidès dansa à la manière de Lacédémone puis à celle d'Athènes. Enfin, il gesticula avec les jambes comme on gesticule avec les mains. Clisthène ne voulait pas faire d'éclat mais il ne se contint plus quand il le vit agiter les jambes et lui dit que sa danse avait détruit son mariage. Il proclama qu'il donnait un talent d'argent à chacun de ceux qu'il ne choisissait pas et annonça qu'il fiançait sa fille à Mégaclès. C'est ainsi que les Alcméonides acquirent en Grèce une grande célébrité. Le premier enfant qu'eut Mégaclès de ce mariage fut appelé Clisthène, du nom de son aïeul maternel. C'est lui qui partagea le peuple en dix tribus et qui établit le gouvernement démocratique. Il eut ensuite Hippocrate dont naquirent un autre Mégaclès et une autre Agaristé qui, elle-même, épousa Xanthippe. Tandis qu'elle était enceinte, elle crut en songe qu'elle enfantait un lion et, quelques jours après, elle accoucha de Périclès.

La défaite des Perses à Marathon augmenta la considération qu'on avait déjà à Athènes pour Miltiade. Il demanda des vaisseaux, des troupes et de l'argent sans dire ce qu'il voulait en faire mais promit des richesses. Les Athéniens les lui accordèrent. Il fit voile vers Paros sous prétexte de punir les Pariens qui avaient accompagné les Perses à Marathon. En fait, il était poussé par la haine qu'il avait contre eux depuis que le parien Lysagoras avait voulu le rendre odieux au perse Hydarnès. Arrivé à Paros, il investit la ville et demanda cent talents pour se retirer. Les Pariens renforcèrent leurs murailles. Timo, prêtresse des dieux infernaux, prisonnière de Miltiade, lui donna des conseils pour prendre la ville. Il se rendit à la colline qui est devant la ville et, ne pouvant ouvrir les portes du lieu consacré à Déméter, il sauta par-dessus le mur d'enclos et marcha droit au temple. On ignore ses intentions. A la porte, il fut saisi d'une si grande frayeur qu'il repartit mais, en sautant par-dessus le mur, il se blessa au genou. Cet accident le força de repartir sans apporter d'argent aux Athéniens. Les Pariens voulurent punir Timo. La Pythie leur interdit de la faire mourir. Elle n'avait servi de guide à Miltiade que pour le conduire à son malheur. Xanthippe accusa Miltiade d'avoir trompé la nation. Celui-ci ne comparut pas en personne pour se défendre. La gangrène, qui s'était mise à sa jambe, le retenait au lit. Mais ses amis prirent en main sa défense et, rappelant la gloire dont il s'était couvert à Marathon et lors de la prise de Lemnos, ils mirent le peuple dans ses intérêts. Il évita la peine de mort mais fut condamné à une amende de cinquante talents. Il mourut de la gangrène quelque temps plus tard et Cimon, son fils, paya les cinquante talents.

Les Athéniens avaient chassé les Pélasges de l'Attique. Hécatée dit que les Athéniens, voyant que le terrain qu'ils avaient cédé aux Pélasges au pied du mont Hymette pour les récompenser d'avoir élevé le mur qui environne la citadelle était bien cultivé, les chassèrent par jalousie. Mais les Athéniens disent que les Pélasges faisaient des incursions sur leurs terres et insultaient les filles qui allaient puiser de l'eau à la fontaine appelée. Il n'y avait pas alors d'esclaves à Athènes, ni ailleurs en Grèce. Chaque fois que ces jeunes filles venaient à la fontaine, les Pélasges les agressaient. Ils voulurent même se rendre maîtres de l'Etat. Les Pélasges, forcés d'abandonner l'Attique, se dispersèrent. Une partie alla à Lemnos. Pour se venger, ils enlevèrent des Athéniennes qui célébraient la fête d'Artémis à Brauron et les prirent pour concubines. Ils eurent des enfants à qui elles apprirent les usages d'Athènes.

Cela fit réfléchir les Pélasges qui les massacrèrent avec leurs mères. Après cela, la terre, les femmes et les troupeaux devinrent stériles. La Pythie ordonna aux Pélasges de donner aux Athéniens la compensation qu'ils exigeraient. Ils allèrent alors à Athènes et promirent de subir la peine qu'on leur imposerait. Les Athéniens dressèrent au Prytanée un lit avec toute le luxe possible et une table avec toutes sortes de mets et dirent aux Pélasges de leur livrer Lemnos dans l'état où était cette table. Ils répondirent qu'ils le feraient lorsqu'un navire athénien arriverait par vent de nord-est de son pays à Lemnos en un jour. Or l'Attique est loin au sud de Lemnos. Les choses en restèrent là mais, plus tard, la Chersonèse de l'Hellespont ayant été conquise par les Athéniens, Miltiade passa en un jour d'Eléonte, port de Chersonèse, à Lemnos. Il rappela l'oracle aux Pélasges et leur ordonna de partir. Les habitants d'Héphaistia obéirent, ceux de Myrina résistèrent mais les Athéniens s'emparèrent de Lemnos.

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