Homère - L'Iliade 1 à 6

HOMERE

 

L’ILIADE

 

 

Résumé établi par Yves Le Lannou

D’après la traduction de Paul Mazon, Pierre Chantraine, Paul Collart et René Langumier

Collection des Universités de France

Sous le patronage de l’association Guillaume Budé

Société d’édition « Les belles lettres », Paris 1961

 

 

I

 

Le dieu Apollon envoya un jour une épidémie mortelle sur l’armée grecque qui faisait la guerre à la ville de Troie parce que le roi Agamemnon, chef de l’expédition, avait fait un affront à son prêtre Chrysès. Celui-ci était venu au camp grec pour racheter sa fille qui avait été capturée. Il offrait pour cela une forte rançon et, pour renforcer sa demande, portait les insignes de sa fonction. Il s’était adressé à Agamemnon et à son frère Ménélas en leur souhaitant la victoire et avait demandé qu’on veuille bien lui rendre sa fille Chryséis en l’honneur d’Apollon. Les Grecs auraient bien accepté mais Agamemnon avait renvoyé le prêtre avec dureté, en lui disant qu’il emmènerait sa fille à Argos pour en faire sa servante et en le menaçant. Le vieillard s’en était allé et avait demandé au dieu de le venger des Grecs. Apollon avait entendu sa prière et, de son arc, il avait répandu la maladie dans le camp grec. Dès lors, les bûchers funéraires s’étaient multipliés.

L’épidémie faisait des ravages depuis déjà dix jours quand Achille, le chef des Myrmidons, convoqua l’assemblée. Il s’adressa à Agamemnon pour lui dire que la maladie ajoutée à la guerre allait obliger les Grecs à repartir chez eux sans avoir rien obtenu. Il fallait absolument interroger un devin pour savoir ce qui avait provoqué la colère d’Apollon. Le devin Calchas accepta ce dire ce qu’il savait à la condition qu’Achille lui garantisse sa sécurité parce que ce qu’il allait dire risquait fort de déplaire à un roi. Achille accepta et Calchas révéla que l’épidémie était due à l’affront infligé par Agamemnon au prêtre d’Apollon. Elle ne cesserait que si on lui ramenait sa fille sans rançon et si on offrait au dieu une hécatombe, c’est-à-dire le sacrifice de cent bêtes. En entendant cela, Agamemnon se mit en colère. Il accusa le devin de ne lui prédire que de mauvaises nouvelles et de le rendre seul responsable, lui le roi, des malheurs des Grecs. Il affirma qu’il préférait Chryséis à Clytemnestre, sa propre épouse, mais qu’il acceptait de rendre la captive pour faire cesser la maladie à condition qu’on lui donne une compensation.

Alors Achille lui reprocha amèrement sa cupidité. Il était impossible de lui donner une autre part puisque le butin avait déjà été entièrement partagé. On pourrait à la rigueur y penser après la prise de la ville de Troie. Mais Agamemnon trouvait anormal de perdre sa part alors qu’Achille conservait la sienne. Il affirma haut et fort que si on ne compensait pas tout de suite sa perte il irait s’emparer de vive force de la part d’Achille, ou bien de celle d’Ajax, ou encore de celle d’Ulysse. Pour l’instant, il s’agissait de faire partir un bateau pour ramener Chryséis à son père avec les animaux de l’hécatombe et désigner un chef qui pratiquerait le sacrifice. Alors Achille se mit en colère. Les Troyens ne lui avaient rien fait à lui. S’il était là, c’était uniquement pour plaire à Agamemnon et à son frère Ménélas. Et maintenant on parlait de lui enlever sa part de butin ! Pourtant cette part était régulièrement inférieure à celle que recevait Agamemnon alors que lui, Achille, se dépensait plus que lui au combat. Il préférait rentrer chez lui plutôt que de continuer à se battre dans de telles conditions.

Agamemnon lui répondit alors de façon méprisante qu’il n’avait qu’à retourner régner sur ses Myrmidons, qu’il ne manquerait à personne. Il ajouta qu’il allait lui prendre sa captive Briséis pour bien lui montrer qui était le chef. Achille hésita entre tirer son épée contre Agamemnon et faire preuve de patience. Il saisissait déjà son arme quand la déesse Athéna intervint. Elle lui dit de se contenter d’humilier Agamemnon en paroles. Achille alors insulta Agamemnon. Il l’accusa de lâcheté et lui prédit qu’un jour les Grecs ressentiraient cruellement l’absence des Myrmidons au combat quand il faudrait affronter le troyen Hector. Alors le vieux et sage Nestor, roi de Pylos, prit la parole pour dire combien les Troyens seraient heureux de voir se quereller ainsi les chefs grecs entre eux. Il était déjà vieux mais il avait autrefois combattu en compagnie de guerriers réputés qui tenaient compte de ses avis. Il conseillait donc à Agamemnon de laisser sa captive à Achille, et à Achille de cesser de tenir tête au roi. Mais Agamemnon répliqua qu’Achille se croyait au-dessus de tous et Achille répondit qu’il ne voulait plus lui obéir. Qu’on lui prenne sa captive ! Il ne réagirait pas. Mais il menaça de tuer qui voudrait en faire plus. Après cela, tous se dispersèrent.

Achille retourna à son campement ulcéré. Agamemnon, lui, fit équiper un vaisseau. Il y fit embarquer Chryséis et une hécatombe entière, et Ulysse en prit le commandement. En même temps, les hommes d’Agamemnon se purifièrent et on offrit des sacrifices à Apollon. Mais Agamemnon n’oubliait pas ce qu’il avait dit à Achille. Il lui envoya deux hérauts pour chercher Briséis. Les deux hommes étaient très inquiets en arrivant au campement des Myrmidons. Mais Achille les rassura tout de suite. C’était Agamemnon le coupable et pas eux. Il dit à son ami Patrocle de leur donner la fille et ils l’emmenèrent. Ensuite, furieux, il s’éloigna le long du rivage et appela sa mère, la nymphe Thétis, qui sortit alors de la mer. Il lui raconta toute l’histoire des deux captives, du refus d’Agamemnon de satisfaire la demande du prêtre d’Apollon, de l’épidémie et de sa querelle avec Agamemnon. Il l’avait souvent entendue raconter qu’elle avait autrefois aidé Zeus contre les autres dieux. Si Zeus lui était reconnaissant, qu’elle lui demande donc de soutenir les Troyens et qu’Agamemnon comprenne quelle avait été sa folie. La déesse accepta mais les dieux étaient provisoirement absents. Ils étaient allés en Ethiopie et ne devaient rentrer sur l’Olympe que dans douze jours. Elle conseilla alors à son fils de renoncer au combat.

Pendant ce temps, Ulysse arriva à bon port. Il fit débarquer les animaux l’hécatombe et la jeune Chryséis qu’il remit à son père en lui expliquant qu’Agamemnon voulait ainsi apaiser la colère d’Apollon. Le prêtre pratiqua le sacrifice et implora le dieu de faire cesser le fléau qui accablait les Grecs. Et Apollon entendit la prière de son prêtre. Le sacrifice se termina en banquet et en libations et, au matin, le bateau retourna au camp grec. Le douzième jour, les dieux regagnèrent l’Olympe et Thétis alla demander justice pour son fils à Zeus. Celui-ci craignait bien un conflit avec son épouse Héra qui l’accusait de favoriser les Troyens, mais il accepta quand même d’aider Thétis à tenir sa promesse. Ensuite il rejoignit les autres dieux. Héra vit tout de suite qu’il se passait quelque chose et demanda des explications à son époux. Il refusa de répondre mais Héra avait compris que Thétis était venue demander que l’on aide son fils aux dépens des Grecs. Zeus la fit taire. Héphaistos craignait que pour de simples histoires de mortels le plaisir des dieux ne soit gâché. Il poussa Héra, sa mère, à céder. Il ne pourrait rien faire pour elle si Zeus la maltraitait. Déjà une fois il l’avait jeté hors de l’Olympe ! Les autres dieux éclatèrent de rire en le voyant, boiteux comme il était, s’affairer autour de la table. Alors la journée s’acheva en festins et à la nuit tous allèrent tranquillement dormir.

 

II

 

Les hommes et les dieux dormaient. Seul Zeus restait éveillé. Il se demandait comment venir en aide à Achille. Finalement, il se décida à envoyer Songe à Agamemnon pour lui dire de lancer l’assaut contre Troie parce que les dieux étaient désormais d’accord pour donner la victoire aux Grecs. Songe se rendit donc dans la tente d’Agamemnon sous l’apparence du vieux Nestor. Il lui reprocha de dormir. Il ajouta qu’il parlait au nom de Zeus qui ordonnait d’attaquer Troie parce que les dieux avaient décidé, sur l’insistance d’Héra, d’en finir avec les Troyens. Puis il se retira laissant Agamemnon sûr d’une victoire proche et facile et ne se doutant pas qu’il s’agissait d’un piège tendu par Zeus. Agamemnon se leva et convoqua l’assemblée. Mais d’abord il réunit les anciens et leur rapporta les propos de Songe. Il voulait éprouver l’ardeur au combat de ses guerriers en leur proposant de renoncer et invita les autres chefs à en faire autant.

Les troupes grecques se rassemblèrent donc. La foule était houleuse mais Agamemnon obtint le silence. Il portait le sceptre fabriqué par Héphaistos qui avait d’abord été donné par Zeus à Hermès. Celui-ci l’avait transmis à Pélops et il était ensuite passé à son fils Atrée et au fils de ce dernier, Agamemnon. Celui-ci s’adressa aux soldats. Il leur dit que Zeus, qui pourtant lui avait autrefois promis la victoire sur Troie, venait de l’inviter à repartir. Les Grecs étaient au départ bien plus nombreux que les Troyens. Mais ceux-ci avaient reçu le concours de nombreux alliés venus de partout. Les navires grecs s’abîmaient depuis neuf ans qu’on guerroyait devant Troie. Il valait mieux repartir. A ces paroles, tous se précipitèrent vers les bateaux et se mirent sans attendre à préparer le départ. Les Grecs seraient aussitôt repartis si Héra n’était pas intervenue. Elle leur envoya Athéna qui se précipita au camp des Grecs et trouva Ulysse découragé. Elle lui remonta le moral et lui ordonna de faire cesser la fuite des Grecs.

Ulysse courut alors chez Agamemnon. Il prit en main le sceptre et entreprit de retenir les chefs qu’il rencontrait. Il les forçait à s’asseoir avec lui et les traitait de fous. Il leur expliquait qu’ils ne connaissaient pas le fond de la pensée d’Agamemnon, que celui-ci avait seulement voulu les tâter et que sa colère risquait d’être redoutable. Quand il rencontrait un soldat qui s’apprêtait au départ, il le frappait du sceptre et lui ordonnait de retourner écouter les ordres du roi. Finalement, il réussit à remettre de l’ordre dans le camp et tous se rassemblèrent de nouveau. Seul un nommé Thersite persistait à crier et à tenir des propos malsonnants pour essayer de faire rire aux dépens des chefs. Il était laid, boiteux, voûté et chauve. Il avait l’habitude de s’attaquer en particulier à Achille et à Ulysse qui le détestaient.

Cette fois-ci, il s’en prit à Agamemnon, profitant du ressentiment des Grecs contre leur chef. Il l’accusa d’avoir amassé un butin énorme sur le dos de ses troupes. Il traita les autres soldats de femmelettes s’ils continuaient à le suivre. Il fallait le laisser tout seul devant Troie. Achille lui-même avait eu bien de la patience pour avoir supporté le dernier affront qu’il lui avait infligé. Ulysse le fit taire, le traita de lâche, lui dit qu’on ne savait pas de quoi serait fait l’avenir. Il lui promit, en jurant sur sa tête et celle de son fils Télémaque, s’il le reprenait à se faire remarquer, de le renvoyer de l’assemblée nu et roué de coups. Et il le frappa de son sceptre sur les épaules. De douleur, Thersite s’assit en pleurant. Et tous rirent de lui. La foule, qui reconnut qu’Ulysse était toujours de bon conseil, repassa du côté du roi. Alors Ulysse, qui avait toujours le sceptre en main, accompagné d’un héraut qui n’était autre qu’Athéna, imposa à tous le silence et s’adressa à Agamemnon.

Il constata qu’apparemment les Grecs ne voulaient pas tenir la promesse qu’ils avaient faite au départ de ne rentrer chez eux qu’après la chute de Troie. Il comprenait bien qu’au bout de neuf années de lutte sans résultats les combattants soient fatigués puisque déjà un mois loin de chez soi et de sa famille était difficile à supporter. Pourtant il estimait honteux de revenir au pays les mains vides. Il demanda aux hommes d’avoir encore un peu de courage. Il rappela qu’à Aulis, au moment du départ, alors que tous sacrifiaient des hécatombes aux dieux, était apparu un terrible présage. Un affreux serpent, envoyé par Zeus, s’était élancé vers un arbre voisin et avait dévoré une couvée de petits oiseaux puis il avait été changé en pierre. Le devin Calchas avait interprété cet événement en disant qu’il faudrait combattre devant Troie durant neuf années qui correspondaient au nombre d’oiseaux dévorés par le serpent, huit petits plus leur mère.

Les Grecs ne devaient donc obtenir la victoire que lors de la dixième année de guerre. Les prévisions de Calchas s’accomplissaient. Il fallait encore rester un peu. Tous trouvèrent qu’Ulysse avait bien parlé et l’acclamèrent. Nestor intervint à son tour pour dire aux combattants qu’ils se conduisaient comme des enfants à discourir au lieu de respecter leurs serments. Il demanda à Agamemnon de montrer l’exemple de la fermeté et de guider les Grecs dans la bataille. Il fallait abandonner ceux qui voulaient renoncer. Zeus avait donné un présage favorable le jour du départ en faisant tonner sur la droite de l’armée. Il fallait attendre que chaque guerrier grec ait couché avec la femme d’un Troyen pour venger Hélène avant de repartir. Ceux qui voulaient retourner aux vaisseaux risquaient bien de périr les premiers. Il conseilla aussi à Agamemnon de regrouper ses soldats par pays et par clans pour distinguer plus facilement les lâches et les vaillants.

Agamemnon admit la valeur des conseils de Nestor bien que Zeus n’ait encore apporté aux Grecs que souffrances et vaines querelles. Il reconnut qu’il avait été le premier à s’emporter contre Achille pour une simple histoire de filles. Il faudrait désormais se montrer tous unis pour obtenir une victoire rapide sur les Troyens. Il invita chacun à prendre son repas et à se préparer au combat. Ensuite, ils tous iraient ensemble à la bataille. Sitôt dit, les Grecs l’acclamèrent et allèrent se préparer. Ils mangèrent et firent des sacrifices. Agamemnon immola un bœuf à Zeus et convia Nestor, Idoménée, les deux Ajax, Diomède et Ulysse à la cérémonie. Son frère Ménélas arriva sans avoir été appelé.

Devant ses invités, Agamemnon adressa une prière à Zeus. Il lui demanda que Troie tombe le jour même. Zeus agréa l’offrande mais n’était pas disposé à exaucer la prière. Le sacrifice se termina en banquet. Ensuite, le vieux Nestor les invita tous au combat. Agamemnon ordonna aux hérauts de sonner le rassemblement. Les chefs, assistés par Athéna, s’employèrent à ranger tout le monde en ordre de bataille. La déesse portait l’égide et insufflait du courage à tous. Les troupes innombrables s’assemblèrent dans la plaine du dieu-fleuve Xanthe, celui que les humains appellent le Scamandre. Les Grecs se disposèrent en ordre face aux Troyens et Agamemnon était à leur tête.

Les Béotiens étaient venus à la guerre montés sur cinquante bateaux. Les gens d’Orchomène représentaient trente bateaux. Les Phocidiens en avaient quarante. Les Locriens d’Ajax le petit avaient quarante navires. Les habitants d’Eubée en avaient eux aussi quarante. Les Athéniens disposaient de cinquante vaisseaux. Ajax le grand était venu de Salamine avec douze navires. Les gens d’Argos et de Tirynthe suivaient Diomède sur quatre-vingts navires. Les Mycéniens et les Corinthiens sous les ordres d’Agamemnon disposaient de cent vaisseaux. Les Lacédémoniens de Ménélas, son frère, étaient arrivés montés sur soixante bateaux. C’était eux surtout qui voulaient venger Hélène, l’épouse de leur roi. Le contingent de Pylos était commandé par Nestor qui possédait quatre-vingt-dix bateaux. Les Arcadiens alignaient soixante bateaux qui leur avaient été fournis par Agamemnon car ils n’étaient pas des marins.

Ceux d’Elide avaient quarante vaisseaux. Ceux de Doulichion en avaient quarante. Ulysse conduisait les Céphallènes et il avait douze navires. Les Etoliens en avaient quarante. Idoménée était à la tête des Crétois avec quatre-vingt navires. Les Rhodiens avaient neuf bateaux. Trois bateaux étaient venus de Symé. Trente bateaux avaient amené les gens de Nysire. Achille était venu à la guerre avec les Myrmidons sur cinquante bateaux mais il ne voulait plus participer aux combats. Les gens de Phylaque étaient venus sur quarante navires sous les ordres de Protésilas qui avait été le premier chef grec tué au combat. Onze vaisseaux étaient venus de Phères. Il y avait aussi sept navires de Méthone, montés surtout par des archers. Le contingent de Trikké comportait trente bateaux. Les gens d’Orménion avaient quarante navires. Les gens d’Argisse en avaient quarante. Vingt-deux navires provenaient de Cyphe. Les Magnètes avaient quarante vaisseaux. Le meilleur guerrier était Achille. Mais, tant que durait sa colère, le plus vaillant était Ajax le grand. Le contingent des Myrmidons resta au repos sur la plage mais toute la plaine retentissait de la marche des guerriers.

Zeus avait chargé Iris d’un message pour les Troyens assemblés devant le palais de Priam. Iris vint sous les traits de Politès, un des fils du roi chargé de monter la garde. Il annonça l’arrivée de l’armée grecque et demanda à Hector de faire aussitôt prévenir les différents contingents alliés. Hector comprit qu’il s’agissait d’un avis des dieux. Tout le monde courut aux armes. L’armée troyenne était commandée par Hector, fils du roi Priam. Les Dardaniens étaient commandés par Enée, fils d’Anchise et de la déesse Aphrodite. Il y avait aussi là des hommes de Zélé, au pied du mont Ida, d’Adrestée et de Percote. Il y avait des Pélasges, des Thraces, des Cicônes, des Péoniens, des Paphlagoniens, des Alizones, des Mysiens, des Phrygiens, des Méoniens, des Cariens de Milet et des Lyciens.

 

III

 

Les armées étaient rangées face à face. Les Troyens s’avancèrent en poussant des cris. Les Grecs, eux, restaient silencieux. Un nuage de poussière se souleva. Les armées arrivèrent au contact l’une de l’autre. Le prince troyen Pâris, qui portait une peau de panthère, un arc, une épée et deux piques, s’avança pour défier les chefs Grecs. Alors Ménélas, tout heureux, sauta de son char. En le voyant, Pâris prit peur et rentra précipitamment dans les rangs troyens. Son frère Hector le prit durement à parti. Il le traita de coureur de femmes. Il regrettait qu’il ne soit pas mort avant que d’attirer le malheur sur Troie. Il lui reprocha surtout de ne pas oser affronter Ménélas, celui-là même dont il avait enlevé l’épouse, Hélène, provoquant ainsi la guerre. Pâris répondit à son frère qu’il avait le cœur dur et qu’il était injuste de lui reprocher de n’être qu’un séducteur. Il proposa que les deux armées s’arrêtent et que lui seul se batte avec Ménélas. Hélène serait l’enjeu du combat, et ensuite chacun pourrait rentrer chez soi.

Cette proposition plut à Hector qui fit arrêter et asseoir les combattants troyens. Agamemnon en fit autant. Hector s’adressa aux Grecs. Il leur annonça que Pâris, qui était le seul responsable de la guerre, invitait tout le monde à déposer les armes et qu’il voulait bien se battre seul à seul avec Ménélas. Celui-ci accepta la proposition mais demanda que le roi Priam en personne vienne conclure un pacte solennel avec les Grecs. Les combattants grecs et troyens étaient très contents de la tournure prise par les événements. Hector fit appeler son père le roi Priam et amener des agneaux. Agamemnon fit lui aussi apporter un agneau. Iris, la messagère divine, alla trouver Hélène en prenant l’apparence de sa belle-sœur la princesse Laodice. Elle lui annonça que la bataille n’avait pas eu lieu et que Pâris et Ménélas allaient se battre seuls.

La déesse inspira à Hélène l’envie de revoir son premier époux, sa ville et ses parents. Alors elle sortit avec ses suivantes. Priam et les anciens du conseil la virent monter sur le rempart. Ils se dirent en eux-mêmes qu’on ne pouvait blâmer les hommes de se battre pour une si belle femme mais qu’il valait bien mieux pour Troie qu’elle reparte. Priam l’invita à venir s’asseoir avec eux. Il ne lui en voulait pas de ce qui se passait. Il lui demanda le nom d’un guerrier grec de grande taille qu’il apercevait au loin. Hélène, désespérée des événements, lui nomma Agamemnon. Priam admirait les guerriers grecs et rappelait souvent qu’il avait autrefois combattu aux côtés de certains d’entre eux contre le peuple des Amazones.

Il demanda ensuite le nom d’un autre grec moins grand qu’Agamemnon mais plus musclé que lui. Il s’agissait d’Ulysse qu’Hélène présenta comme un expert en ruses. Anténor, un des anciens, le confirma. Ulysse était déjà venu dans la ville porteur d’un message qui concernait Hélène, accompagné de Ménélas. C’est Anténor qui les avait reçus. Debout, Ménélas était le plus grand des deux. Mais, assis, Ulysse était plus imposant. Au conseil, Ménélas parlait bien. Mais quand Ulysse avait pris la parole, après un début difficile, il avait provoqué l’admiration de tous. Priam demanda encore le nom d’un autre guerrier grec. Il s’agissait cette fois d’Ajax. A ses côtés se trouvait Idoménée. Hélène voyait bien tout le monde. Elle s’étonna cependant de ne pas apercevoir ses frères Castor et Pollux.

Les hérauts traversèrent la ville avec ce qui était destiné à sceller le pacte avec les Grecs, les agneaux, du vin, un cratère et des coupes. L’un d’eux invita Priam à venir avec eux pour conclure l’accord. Le roi fit atteler son char et se rendit entre les rangs troyens et grecs. Agamemnon se leva à son tour, suivi d’Ulysse. Les hérauts préparèrent le vin dans le cratère. Agamemnon commença le sacrifice. Il coupa des poils sur le front des agneaux et les fit distribuer à tous les chefs. Il prit les dieux à témoin et jura que si Pâris l’emportait dans son combat, il garderait Hélène et les trésors dont il s’était emparé, et les Grecs rentreraient chez eux. Si, au contraire, Ménélas était le vainqueur, les Troyens rendraient Hélène et les trésors et verseraient en plus une forte indemnité aux Grecs.

Si Priam se refusait à donner ce qui était promis, Agamemnon lui-même combattrait pour l’obtenir de vive force. Après cela, il égorgea les agneaux et tous prêtèrent serment avec une libation de respecter ce pacte. Mais Zeus avait d’autres projets en tête. Priam ensuite remonta sur son char et rentra dans sa ville car il ne voulait pas assister au combat. Hector et Ulysse mesurèrent le terrain du duel et tirèrent au sort lequel des deux combattants lancerait le premier sa javeline. Tous prièrent les dieux. C’est Pâris qui l’emporta. Tous les soldats s’assirent. Pâris s’équipa. Il mit ses jambières, sa cuirasse, son casque, il prit son épée, son bouclier et sa pique. Ménélas en fit autant. Ensuite ils s’affrontèrent.

Pâris lança sa pique qui rebondit sur le bouclier de Ménélas. A son tour, celui-ci lança sa pique qui traversa le bouclier de son adversaire et perça même sa cuirasse. Mais celui-ci esquiva le coup. Ménélas tira alors son épée et en frappa le casque de Pâris mais son épée se brisa. Alors, il empoigna le Troyen par son casque et l’entraîna vers les rangs grecs en l’étranglant à moitié. Aphrodite vit cela et fit en sorte que la jugulaire du casque se casse, libérant ainsi Pâris, son protégé. Ménélas repartit au combat après avoir récupéré sa pique. Alors Aphrodite dissimula Pâris derrière un nuage et l’enleva des lieux du duel pour le ramener chez lui. Ensuite, la déesse, qui avait pris l’aspect d’une vieille servante, apparut à Hélène qui était au milieu des troyennes sur les remparts et lui annonça que Pâris était à l’abri.

Hélène reconnut la déesse. Elle lui répondit qu’elle n’avait qu’à s’occuper elle-même de son protégé et qu’elle, Hélène, ne le rejoindrait pas. Aphrodite se mit alors en colère et menaça Hélène qui finalement accepta de la suivre. Arrivée chez elle, Hélène reprocha amèrement sa conduite à Pâris. Celui-ci répondit qu’il n’avait été vaincu qu’à cause de la déesse Athéna et qu’il aurait un jour sa revanche sur Ménélas. Et, affirmant qu’il était encore plus amoureux d’elle que le jour où il l’avait enlevée à son mari dans la ville de Lacédémone, il attira Hélène vers son lit. Pendant ce temps, Ménélas cherchait Pâris partout. Même les Troyens lui auraient dit où il était si on avait pu le voir car il s’était rendu odieux à tous. Agamemnon proclama la victoire de Ménélas et demanda que le pacte juré soit respecté.

 

IV

 

Les dieux étaient assemblés et regardaient le spectacle. Zeus lança à Héra que si elle-même et Athéna soutenaient de loin Ménélas, Pâris, lui, bénéficiait de l’assistance très efficace d’Aphrodite. Il s’interrogeait sur ce qu’il fallait faire. Si tout se passait normalement, Troie devait continuer d’exister et les Grecs allaient ramener Hélène chez eux. Héra et Athéna n’étaient pas contentes du tout. Héra manifesta hautement son désaccord. Zeus lui demanda pourquoi elle tenait tant à la destruction de Troie mais il la laissa libre d’agir à son gré, en la prévenant toutefois que s’il voulait un jour lui aussi la perte d’une autre ville, elle devrait le laisser libre à son tour. Il proclama pourtant qu’il aimait Troie. Héra répondit qu’elle aimait particulièrement Argos, Sparte et Mycènes mais qu’elle accepterait leur ruine à condition qu’on lui abandonne Troie. Elle rappela aussi à Zeus qu’elle était une déesse du même rang que lui.

Elle lui demanda quand même l’autorisation d’envoyer Athéna au cœur de la bataille pour qu’elle pousse les Troyens à rompre le pacte les premiers, se mettant ainsi dans leur tort. Zeus accepta. Aussitôt Athéna se précipita au milieu des combattants. Tous se demandaient avec inquiétude si la guerre allait reprendre ou si chacun allait enfin pouvoir rentrer chez lui en paix. Sous une apparence humaine, la déesse apparut à Pandare, un des chefs troyens, et le persuada, en lui promettant des récompenses de la part de Pâris, de tirer une flèche contre Ménélas. Pandare crut tout ce qu’elle lui disait et fit ce qu’elle lui demandait. Il tira sur Ménélas. Celui-ci, protégé en même temps par la déesse, ne fut que légèrement blessé, mais il ruisselait de sang et c’était spectaculaire.

Voyant cela, Agamemnon eut très peur pour son frère et s’indigna du parjure des Troyens. Ménélas le rassura sur la gravité de sa blessure mais Agamemnon fit tout de suite appeler Machaon, guérisseur réputé et fils du dieu de la médecine Asclépios. Machaon retira la flèche, suça le sang de la plaie et mit dessus des poudres calmantes. Pendant ce temps, les guerriers troyens avaient repris leurs armes et commençaient à avancer. Alors Agamemnon, laissant son char à son écuyer, parcourut à pied les rangs grecs. Il encouragea tous ceux qu’il voyait prêts au combat et fit honte à ceux qui s’apprêtaient à repartir. Il complimenta Idoménée et le contingent crétois qui étaient prêts à monter en ligne. Il félicita aussi les deux Ajax dont les bataillons s’ébranlaient.

Il rencontra ensuite Nestor qui disposait ses chars en avant en leur donnant l’ordre de rester groupés au lieu de rechercher l’exploit individuel. Agamemnon le félicita lui aussi tout en regrettant qu’il ne soit plus un homme jeune. Nestor lui répondit que son âge ne l’empêcherait pas de tenir sa place dans la bataille. Agamemnon vit ensuite Ménesthée et ses Athéniens et Ulysse et ses Céphalléniens. Ils n’avaient pas encore entendu le signal du combat et commençaient à peine à se préparer. Agamemnon leur reprocha amèrement ce retard, ajoutant perfidement qu’ils n’étaient pourtant pas les derniers aux festins. Ulysse montra qu’il n’appréciait pas cette réflexion. Agamemnon retira alors ses paroles imprudentes et passa à d’autres groupes. Il voulut faire honte à Diomède de n’être pas encore au combat en lui rappelant les exploits de son père. Diomède l’écouta sans broncher mais son lieutenant Sthénélos répliqua avec vivacité qu’ils avaient pris Thèbes avec une armée moins nombreuse que celle d’Agamemnon. Diomède le fit taire. Il comprenait bien que le roi ne cherchait qu’à exciter tout le monde avant le combat.

Les bataillons grecs montèrent à la bataille en ordre et en silence, encouragés par leurs chefs. L’armée troyenne au contraire ressemblait à un troupeau de moutons agités et bruyants. Ses combattants poussaient des clameurs dans des langues différentes les unes des autres. L’une des deux armées était guidée par Arès. L’autre était menée par Athéna. Les combattants se rencontrèrent et un tumulte énorme s’éleva. Le sang coula. Antiloque, le fils de Nestor, planta son arme dans le front du troyen Echépole. Eléphénor voulut dépouiller le cadavre de ses armes mais Agénor le tua à son tour. Ajax abattit Simoisios mais Antiphe, un des fils de Priam, lui lança sa javeline. Il le rata mais tua Leucos, un compagnon d’Ulysse. Celui-ci, voyant cela, frappa Démocoon, un autre fils de Priam. Les Troyens reculèrent. Apollon les excitait au combat en leur rappelant qu’Achille n’était pas là. Mais Athéna encourageait les Grecs de son côté. Par centaines les Troyens et les Grecs gisaient dans la poussière.

 

V

 

Athéna poussa Diomède à se lancer à pied dans la bataille. Les Troyens Phégée et Idée, fils d’un prêtre d’Héphaistos, l’attaquèrent montés sur leur char. Phégée lui lança sa javeline et le rata. Mais Diomède l’atteignit en pleine poitrine. Le dieu Héphaistos cacha Idée pour le protéger. Athéna entraîna Arès avec elle à l’écart du champ de bataille, sur les bords du Scamandre, pour laisser les hommes se battre sans assistance divine. Aussitôt les Troyens plièrent. Agamemnon abattit Odios, chef de Alizones, qui avait tourné bride devant lui. Idoménée tua Pheste le Méonien. Scamandrios fut tué par Ménélas. Mérion abattit Phérècle, celui qui avait construit les navires de Pâris. Eurypile tua Hypsénor qui fuyait. Diomède était partout à la fois. Pandare, le fils de Lycaon, l’atteignit d’une flèche et cria victoire mais le Grec n’était que blessé. Sthénélos arracha la flèche. Diomède demanda de l’aide à Athéna et la déesse l’exauça.

Elle lui permit également de distinguer les dieux des humains et lui ordonna de ne pas s’attaquer à des dieux sauf s’il s’agissait d’Aphrodite. Il reprit le combat avec encore plus de fougue. Il tua Astynoos, Hypeiron, Abas et Polyidos, puis Xanthe et Thôon. Il s’en prit enfin à deux fils de Priam, Echemmon et Chromios. Le prince troyen Enée demanda à Pandare de tirer encore sur Diomède. Pandare répondit qu’il l’avait déjà touché une fois et qu’un dieu devait combattre à ses côtés. Il regrettait de n’avoir pas avec lui son char et ses chevaux et de s’être contenté de son arc. Il avait déjà touché Ménélas et Diomède en vain. Enée le prit sur son char. Il conduisait les chevaux et Pandare combattait. Sthénélos prévint Diomède de leur arrivée mais il refusa de se dérober. Il combattrait à pied. Il recommanda aussi à Sthénélos de s’emparer des chevaux d’Enée car ils étaient de race divine.

Pandare brandit sa lance et atteignit le bouclier de Diomède. Mais celui-ci, qui n’avait pas été touché, le tua. Enée sauta aussitôt à terre pour défendre le cadavre de son ami contre les Grecs mais Diomède le frappa à la hanche avec une grosse pierre. Enée s’écroula mais Aphrodite, sa mère, le protégea. Pendant ce temps, Sthénélos récupéra son attelage et le conduisit dans les rangs grecs. Diomède, lui, poursuivit Aphrodite qu’il avait bien reconnue mais qu’il savait sans force. Quand il la rejoignit, il la toucha de sa lance au bras et la blessa un peu au dessus du poignet. L’ichor coula, puisqu’une déesse n’a pas de sang. Apollon reprit Enée pour le retirer des combats et Aphrodite s’enfuit, aidée par Iris.

Elle souffrait beaucoup. Elle rencontra Arès à l’écart de la bataille. Il lui prêta son char pour retourner sur l’Olympe. Là, elle retrouva sa mère, Dioné. Elle lui raconta ce qui lui était arrivé et accusa les Grecs de faire désormais la guerre aux dieux eux-mêmes. Dioné la consola en lui rappelant certaines aventures déjà arrivées à d’autres dieux. Ainsi Arès avait été enfermé pendant treize mois dans une jarre par deux mortels avant qu’Hermès ne puisse le délivrer. Héra elle aussi avait été blessée. Hadès lui-même avait reçu un jour une flèche. Dioné révéla à sa fille que c’était Athéna qui avait guidé le bras de Diomède et prédit un sombre avenir à celui-ci. Athéna et Héra regardaient le spectacle en ricanant. Athéna osa dire à Zeus qu’Aphrodite s’était blessée avec l’agrafe de son vêtement. Zeus sourit et conseilla à sa fille Aphrodite de ne plus s’occuper des affaires de la guerre.

Pendant ce temps, Diomède s’était élancé contre Enée. Il le savait protégé par Apollon mais n’en avait cure. Le dieu dut repousser ses assauts furieux et à la fin le menaça. Diomède alors recula et Apollon alla déposer Enée dans son temple de Pergame où Léto et Artémis se chargèrent de le réconforter. Ensuite il fabriqua une effigie d’Enée autour de laquelle les Troyens se lamentèrent. Il demanda ensuite à Arès d’écarter Diomède du combat. Arès, prenant l’apparence d’Acamas, le chef des Thraces, alla encourager les Troyens à la lutte. Sarpédon demanda à Hector où étaient passés ses frères et ses beaux-frères qu’il accusa de rester terrés dans la ville pendant que les alliés se battaient pour eux. Piqué au vif, Hector descendit de son char et courut ranimer l’ardeur des guerriers troyens qui repartirent à l’assaut. Arès enveloppa la bataille d’obscurité pour favoriser les Troyens. Enée revint parmi les siens et leur ardeur en fut ravivée.

Les deux Ajax, Ulysse et Diomède stimulaient les combattants grecs. Agamemnon aussi encourageait ses hommes. Il atteignit Deicoon, un compagnon d’Enée. Celui-ci en revanche tua les jeunes Créthon et Orsiloque, les fils de Dioclès. Ménélas aussi était en première ligne. Arès l’y poussait parce qu’il voulait qu’il soit tué par Enée. Mais Antiloque, fils de Nestor, vint le seconder. Alors Enée renonça à les affronter tous les deux ensemble. Ménélas et Antiloque réussirent à récupérer les cadavres des fils de Dioclès puis repartirent au combat. Ménélas tua Pylémène, le chef des Paphlagoniens. Antiloque frappa d’une pierre Mydon, son cocher, et l’acheva. Hector vit la scène et se précipita vers eux assisté par Arès. A cette vue, Diomède lui-même conseilla aux Grecs de reculer.

Hector tua Ménesthée et Anchiale. Ajax frappa Amphios mais les Troyens l’empêchèrent de le dépouiller de ses armes. Lui aussi recula. Le grec Tlépolème se trouva face à face avec le troyen Sarpédon, le chef des Lyciens. Ils s’insultèrent et se défièrent mutuellement. Tlépolème fut tué mais Sarpédon fut blessé. Leurs compagnons les retirèrent du combat. Voyant le corps de Tlépolème, Ulysse, sur les conseils d’Athéna, tua un grand nombre de combattants lyciens jusqu’à ce qu’Hector intervienne. Sarpédon implora son secours mais Hector continua de combattre. Sarpédon fut porté à l’écart et on put lui retirer la pique qui était restée plantée dans sa cuisse. Les Grecs étaient en difficulté face à Hector et à Arès. De nombreux guerriers y laissèrent la vie.

Aussitôt Héra ordonna à Athéna d’intervenir pour les soutenir. Héra fit équiper son char pendant qu’Athéna abandonnait sa robe pour revêtir une armure. Héra demanda à Zeus l’autorisation d’aller calmer la frénésie d’Arès. Il accepta. Héra fouetta ses chevaux, le char arriva rapidement dans la plaine de Troie et les deux déesses se précipitèrent à l’aide des Grecs. Héra prit l’aspect de Stentor dont la voix était si forte. Elle s’arrêta près de ceux du groupe de Diomède et encouragea les combattants. Pendant ce temps Athéna allait trouver Diomède lui-même, amoindri par une blessure. Elle voulait lui redonner de l’énergie mais Diomède lui rappela qu’elle-même lui avait interdit de s’attaquer aux dieux, à part Aphrodite. Et il avait reconnu bien Arès en personne qui menait les rangs troyens.

Alors elle lui dit d’aller frapper Arès. Elle fit descendre Sthénélos du char et prit sa place à côté de Diomède. Elle coiffa le casque d’Hadès qui rend invisible. Arès vit Diomède qui fonçait vers lui et il lui fit face. Il le frappa de sa lance mais Athéna détourna le coup. Au contraire, elle guida l’arme de Diomède quand celui-ci frappa à son tour le dieu. Celui-ci fut touché au ventre et poussa un grand cri qui effraya Grecs et Troyens. Sous les yeux de Diomède, Arès se précipita vers l’Olympe où il alla se plaindre à Zeus des méfaits d’Athéna. Zeus le traita de tête creuse. Il lui dit qu’il lui était le plus odieux de tous dieux de l’Olympe et qu’il ressemblait bien à Héra sa mère. Il le fit cependant soigner. Au même moment, les deux déesses rentrèrent aussi, satisfaites d’avoir pu l’écarter du champ de bataille.

 

VI

 

Le combat connut alors des hauts et des bas dans les deux camps. Ajax enfonça tout un bataillon troyen en tuant le chef thrace Acamas. Diomède frappa Axyle et son écuyer. Euryale abattit Drèse, Opheltios, Esèpe et Pédase. Polypoetès tua Astyale. Ulysse tua Pidytès. Teucros tua Arétaon. Antiloque frappa Ablère. Agamemnon frappa Elate. Leite abattit Phylaque et Eurypile tua Mélanthe. Ménélas, lui, captura vivant Adraste dont les chevaux avaient rompu leur attelage. Adraste implora la pitié de son vainqueur et lui proposa une importante rançon en échange de la vie sauve. Ménélas se laissait déjà fléchir quand intervint son frère Agamemnon qui lui rappela qu’il n’avait pas à se louer des Troyens et qui frappa lui-même le prisonnier.

Nestor en personne, malgré son grand âge, encourageait ses hommes au combat. Les Troyens s’apprêtaient à fuir vers leur ville quand Hélénos, un fils de Priam, s’approcha d’Hector et d’Enée pour les pousser à encore résister. Il suggéra à Hector de retourner à Troie demander à leur mère de convoquer les anciennes de la ville, d’aller prendre dans ses coffres le plus beau voile qu’elle possède et qu’elles aillent le déposer en procession au temple d’Athéna en offrande. La reine Hécube devrait également promettre à la déesse un sacrifice si elle acceptait de prendre Troie en pitié et d’écarter la fureur de Diomède. Hector sauta aussitôt de son char, donna des ordres pour organiser la résistance et partit pour la ville.

Diomède rencontra le troyen Glaucos entre les lignes. Il l’apostropha en lui demandant s’il était un dieu, auquel cas il serait vain de le combattre. Mais s’il n’était pas un dieu, lui, Diomède, se proposait de le tuer. Glaucos se présenta en évoquant ses aïeux. Autrefois, en Argolide, vivait Sisyphe, fils du dieu Eole. Il avait eu un fils nommé Glaucos qui avait lui-même engendré Bellérophon. La femme du roi était amoureuse de Bellérophon mais ce n’était pas réciproque. Alors, de dépit, elle poussa son mari à le tuer. Le roi recula devant le meurtre mais il envoya Bellérophon au roi de Lycie porteur d’un message qui demandait sa mort. Le roi de Lycie demanda à Bellérophon de tuer la Chimère, un monstre en partie chèvre, en partie serpent et en partie lion qui crachait du feu, et il réussit. Il lui fit ensuite affronter les Amazones. Finalement le roi reconnut en lui une origine divine et lui donna sa fille. Bellérophon en eut trois enfants dont Laodamie qui eut Sarpédon avec Zeus et Hippoloque, père du Glaucos qui était en ce moment face à Diomède. Ils réalisèrent qu’ils avaient entre eux des rapports d’hospitalité depuis leurs grands-pères respectifs. Alors, ne pouvant combattre l’un contre l’autre, ils échangèrent leurs armes et se détournèrent vers d’autres adversaires.

Hector arriva à Troie. Au palais, il trouva sa mère qui lui proposa du vin pour faire une libation à Zeus. Il refusa parce qu’il était sale du combat et n’avait pas le temps de se purifier. Mais il demanda à sa mère d’aller elle-même implorer Athéna. Lui, il alla cherche Pâris. La reine choisit un superbe voile fabriqué par des femmes de Sidon et alla le porter au temple d’Athéna. La prêtresse d’Athéna était la jolie Théano, l’épouse d’Anténor. Mais Athéna n’agréa pas ce don. Hector trouva Pâris qui fourbissait tranquillement ses armes en compagnie d’Hélène et de ses servantes. Il lui reprocha de ne pas être au combat alors qu’il en était la cause. Pâris répondit qu’il allait le suivre.

Hélène se reprochait d’être cause de tous ces maux et d’être la compagne d’un homme faible. Elle invita Hector à rester un peu mais celui-ci devait impérativement retourner au combat. Il demanda seulement à Hélène d’encourager Pâris à le suivre sans tarder. Il passa ensuite chez lui mais sa femme Andromaque était sur le rempart avec les autres Troyennes. Il l’y retrouva en compagnie de la servante qui portait son fils Astyanax. Andromaque se lamentait. Son père et ses sept frères avaient été tués par Achille. Elle n’avait plus que son mari et elle l’implora de rester auprès d’elle. Mais Hector ne voulait pas passer pour un lâche. Il était cependant pessimiste et imaginait déjà son épouse emmenée captive en Grèce. Il voulut prendre son fils dans ses bras mais il lui faisait peur. Il retourna alors au combat en laissant sa femme éplorée et son fils. Pâris rejoignit son frère.

 

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