Homère - L'Iliade 13 à 18

XIII

 

Après avoir ainsi permis aux Troyens d’atteindre les navires grecs, Zeus se désintéressa du combat. Mais Poseidon s’était installé à Samothrace sur un point élevé d’où il avait une vue complète des événements. Il en voulait beaucoup à son frère Zeus d’avoir infligé tous ces malheurs aux Grecs. Tout à coup, il se précipita dans son palais sous-marin d’Eges. Là, il attela son char et se dirigea vers les bateaux des Grecs. Entre Ténédos et Imbros, il y a une grotte sous-marine. Poseidon y laissa son char et ses coursiers. Les Troyens suivaient Hector vers la flotte grecque mais Poseidon était désormais présent. Le dieu de la mer avait pris l’apparence du devin Calchas. Il s’adressa aux deux Ajax pour leur recommander de protéger surtout le secteur où combattait Hector et, en les touchant de son bâton, il leur donna une force nouvelle.

Ensuite il disparut d’une telle façon que les Ajax reconnurent l’intervention d’un dieu. Poseidon alla ensuite stimuler ceux qui, désespérés et épuisés, s’étaient regroupés auprès des navires. Il leur dit que c’était un prodige de voir ces Troyens combattre loin de leur ville en plein camp grec alors qu’on les considérait jusqu’alors comme à peine capables de défendre leur rempart. Peut-être Agamemnon était-il coupable en ayant offensé Achille ? Ce n’était pas une raison. Il fallait retourner au combat. Et c’est ce que firent tous les guerriers ainsi galvanisés autour des deux Ajax. En face donc, les Troyens chargeaient avec Hector à leur tête. Il croyait arriver sans difficultés aux navires grecs et voilà qu’il se faisait accrocher par des bataillons combatifs. Son assaut fut stoppé.

Le grec Mérion atteignit Déiphobe, un des fils de Priam, de sa javeline mais l’arme se brisa. Teucros tua le troyen Imbrios. Il s’apprêtait à le dépouiller quand Hector lui lança à son tour sa pique. Teucros s’esquiva à temps et c’est Amphimaque qui fut atteint. Hector se précipita pour lui ôter ses armes. Il fut repoussé alors par Ajax. Poseidon continuait à exciter les Grecs au combat. Il rencontra ainsi Idoménée qui à son tour encouragea Mérion qui était revenu aux tentes chercher un nouvelle lance. Tous les deux repartirent au combat. Mérion demanda à son compagnon où il voulait aller se battre. Idoménée répondit que les bateaux du centre étaient protégés par les deux Ajax et Teucros. Ils sauraient bien résister à Hector. Ils devaient donc aller vers la gauche. Quand les Troyens virent Idoménée, ils se précipitèrent contre lui et le combat fit rage.

Les deux fils de Cronos poursuivaient des buts différents. Zeus voulait le succès des Troyens et d’Hector pour honorer Achille, sans pour autant vouloir la perte des Grecs. Poseidon, lui, était venu soutenir les Grecs. Il ne supportait pas l’idée qu’ils soient vaincus par les Troyens et en voulait beaucoup à Zeus. Mais comme Zeus était l’aîné et le supérieur, Poseidon n’agissait pas ouvertement. Idoménée mit en déroute ses assaillants. Il tua Othryonée à qui Priam avait promis la princesse Cassandre en échange d’un exploit contre les Grecs. Asios à son tour attaqua le Crétois mais il fut lui aussi tué et Antiloque, le fils de Nestor, put s’emparer de ses chevaux. Déiphobe vengea Asios. Il rata Idoménée mais tua Hypsénor, un autre guerrier grec.

Pendant qu’il s’en vantait bruyamment, Antiloque et deux de ses compagnons réussirent à ramener le corps d’Hypsénor dans les rangs grecs. Idoménée, soutenu par Poseidon, tua ensuite Alcathoos, le gendre d’Anchise. Idoménée à son tour se moqua de Déiphobe. Celui-ci n’avait tué qu’un seul Grec alors que le crétois venait de tuer trois Troyens. Il le provoqua en lui rappelant qu’il était un descendant de Minos, lui-même fils de Zeus. Déiphobe hésita entre reculer pour chercher un appui ou combattre tout de suite mais seul. Finalement, il alla trouver son beau-frère Enée. Celui-ci en voulait à Priam qui ne reconnaissait pas suffisamment sa bravoure. Idoménée les attendit confiant tout en appelant des compagnons à la rescousse.

Enée lui aussi rassembla Déiphobe, Pâris et Agénor. Le combat des deux groupes fut acharné. Mérion réussit à blesser Déiphobe qui fut alors entraîné loin de la bataille par un de ses frères. Antiloque tua Thôon et parvint à lui prendre ses armes, protégé par Poseidon contre les traits des Troyens. Adamas, fils d’Asios, le frappa en vain. Ménélas alors intervint. Hélénos lui décocha une flèche qui rebondit sur sa cuirasse. Ménélas le blessa à la main de sa pique. Ménélas tua ensuite Pisandre et cria sa haine pour les Troyens qui, au mépris des lois de l’hospitalité, lui avaient enlevé sa femme et ses trésors. Le paphlagonien Harpalion se jeta sur lui mais n’atteignit que son bouclier. Mérion le tua d’une flèche. Pâris tira à son tour mais ne tua qu’un comparse.

Hector ne savait pas que les choses tournaient mal pour les Troyens dans ce secteur. Il était, lui, vers les navires d’Ajax et les Grecs avaient beaucoup de mal à contenir son assaut. Les deux Ajax étaient là, à la tête de contingents venus toute la Grèce. Le grand avait derrière lui ses guerriers en armes. Les Locriens d’Ajax le petit combattaient, eux, avec leurs arcs et leurs frondes. Ils se tenaient en arrière et accablaient efficacement les Troyens de leurs traits. Alors, sur les conseils de Polydamas qui suspendit un instant l’assaut, Hector courut rassembler les chefs de l’armée troyenne. Beaucoup étaient morts, d’autres étaient rentrés à Troie blessés. Il trouva Pâris et l’accusa d’être la cause de la mort de tant de vaillants guerriers. Une fois ses troupes regroupées, Hector tenta un nouvel effort. Ajax lui lança un défi. A ce moment, un aigle s’envola à sa droite. Les Grecs saluèrent ce présage heureux. Et le combat reprit.

 

XIV

 

Nestor entendait la clameur de la bataille. Il laissa Machaon se faire soigner et alla voir ce qui se passait. A peine sorti, il vit les troupes grecques bousculées par l’assaut troyen. Il partit alors pour rejoindre Agamemnon. Il rencontra aussi Diomède et Ulysse dont les navires étaient sur la plage loin du combat. La vue de Nestor qui semblait s’éloigner de la bataille inquiéta Agamemnon. Nestor lui annonça que le mur s’était effondré. Agamemnon vit dans ces mauvaises nouvelles la volonté des dieux de donner la victoire aux Troyens et envisagea de commencer à faire tirer les premiers bateaux à la mer pour repartir. Mais Ulysse protesta vivement. Il était clair que si les guerriers grecs voyaient qu’on tirait les navires à la mer ils ne tiendraient plus et tout serait perdu. Agamemnon se défendit d’être un lâche mais demanda qu’on lui donne un meilleur conseil. Diomède, bien qu’il soit plus jeune que les autres, rappela quelle était sa prestigieuse lignée et proposa de retourner au combat stimuler les combattants. Mais il ne fallait plus que les chefs s’exposent au premier rang.

Poseidon lui aussi continuait à encourager les guerriers grecs. Héra l’aperçut et en fut très contente. Mais elle voyait aussi Zeus et elle le craignait. Alors elle eut l’idée de se faire belle et désirable pour essayer de détourner son attention des combats. Elle demanda même l’aide d’Aphrodite bien que celle-ci soit favorable aux Troyens sous le prétexte d’aller réconcilier Océan et Téthys. Aphrodite lui confia alors le ruban qui contient les charmes. Elle rentra ensuite chez elle tandis qu’Héra allait chercher Sommeil à Lemnos. Elle lui promit un riche cadeau s’il acceptait d’endormir Zeus pendant qu’elle serait couchée à ses côtés. Sommeil lui répondit qu’une fois déjà il avait fait cela pour elle et qu’il avait ensuite dû supporter la terrible colère de Zeus parce qu’elle en avait profité pour malmener Héraclès, son fils.

Héra lui répondit que la situation n’était pas du tout la même et que Zeus tenait beaucoup moins aux Troyens qu’à son fils. Elle ajouta qu’elle lui donnerait une des Grâces comme épouse. Sommeil lui demanda alors de jurer qu’elle lui donnerait bien la Grâce Pasithée. Héra accepta et ils se rendirent tous les deux au sommet du mont Ida. Sommeil se cacha et Héra rejoignit Zeus. Celui-ci, aussitôt en proie au désir, lui demanda ce qu’elle faisait là. Héra lui raconta à lui aussi qu’elle allait réconcilier Océan et Téthys et qu’elle venait le prévenir pour qu’il ne se mette pas en colère contre elle. Zeus alors la retint et voulut s’unir à elle. C’est ainsi qu’il s’endormit dans les bras d’Héra. Alors Sommeil se précipita vers le champ de bataille devant Troie pour prévenir Poseidon et lui dire qu’il pouvait désormais aider franchement les Grecs pendant qu’Héra retenait le maître des dieux.

Aussitôt le dieu de la mer se mit à la tête des guerriers grecs qu’il relança à l’assaut. Tous les rois grecs, même ceux qui étaient blessés, reprirent en main leurs troupes. Hector, de son côté, rangea les Troyens. Et tous se ruèrent les uns sur les autres. Hector frappa Ajax mais celui-ci était bien protégé par son armure. Ajax à son tour le frappa d’une pierre et le blessa. Les Grecs se précipitèrent sur lui mais il était gardé par ses compagnons Polydamas, Enée, Agénor, Sarpédon et Glaucos. Ils réussirent à le ramener vers la ville. L’énergie des Grecs fut redoublée par la blessure et le départ d’Hector. Des deux côtés, des guerriers tombèrent et des invectives fusèrent. Les Troyens finalement battirent en retraite, pressés par les combattants grecs.

 

XV

 

Les Troyens repassèrent en déroute les défenses grecques et se regroupèrent près de leurs chars. C’est à ce moment que Zeus se réveilla. Il vit tout de suite la situation, les Troyens battus et Poseidon au milieu des Grecs. Il vit aussi Hector à terre. Zeus comprit qu’il avait été joué et rappela à Héra le châtiment qu’elle avait déjà une fois subi pour avoir voulu autrefois nuire à Héraclès. Héra effrayée rejeta toute la responsabilité de l’affaire sur Poseidon. Zeus lui demanda alors de faire venir Iris et Apollon. Il voulait envoyer Iris ordonner à Poseidon de retourner immédiatement chez lui et ensuite Apollon irait réconforter Hector. Zeus dévoila même ses projets plus lointains. Il voulait que les Troyens repoussent les Grecs jusqu’aux navires d’Achille. A ce moment, celui-ci ordonnerait à son ami Patrocle d’intervenir. Patrocle serait tué par Hector qui serait à son tour tué par Achille. A ce moment seulement Zeus provoquerait un retour offensif de l’armée des Grecs jusqu’à leur victoire.

Jusque là il ne voulait par qu’on apporte la moindre assistance aux Grecs. Héra se rendit aussitôt sur l’Olympe et y trouva les dieux assemblés. Thémis lui demanda pourquoi elle avait l’air si troublée. Elle lui répondit qu’il était vain et même risqué de vouloir contrecarrer les volontés de Zeus. A ce moment, Héra apprit à Arès que son fils Ascalaphe avait été tué à la bataille. Aussitôt Arès voulut aller le venger en s’attaquant aux Grecs. Mais Athéna le retint pour qu’il n’attire pas sur lui, et sur tous les autres dieux, la colère de Zeus. Elle le força à se rasseoir. Pendant ce temps, Héra prévint Iris et Apollon que Zeus les appelait sur l’Ida. Ils partirent tout de suite et Zeus, en les voyant, fut satisfait. Il ordonna à Iris d’aller trouver Poseidon et de lui dire de quitter immédiatement le champ de bataille sinon il lui en cuirait. Iris repartit tout de suite et délivra son message à Poseidon.

Celui-ci se mit en colère. Il s’insurgea contre le fait que Zeus se croyait supérieur aux autres dieux alors qu’ils étaient trois frères, Hadès, Zeus et lui-même, qui s’étaient partagés le monde. Iris lui demanda si elle devait rapporter ces propos à Zeus. Poseidon alors s’inclina mais il ajouta que si Zeus persistait à refuser la victoire aux Grecs malgré Athéna, Héra, Hermès, Héphaistos et lui-même, il devrait faire face à leur durable rancune. Alors Poseidon quitta les rangs grecs et les combattants réalisèrent aussitôt son absence. Zeus dit à Apollon d’aller trouver Hector. Il lui confia son égide afin qu’il repousse l’assaut grec. Zeus voulait qu’Apollon ranime l’énergie d’Hector jusqu’à ce qu’il ait repoussé les Grecs jusqu’à leurs navires. Alors il veillerait à épargner les Grecs.

Apollon partit immédiatement. Il trouva Hector déjà levé et lui redonna de l’espoir. Hector expliqua comment il avait bien cru mourir du coup reçu d’Ajax. Mais Apollon lui dit que Zeus l’envoyait pour être son allié et le conduire à la bataille. Les Grecs qui poursuivaient les Troyens perdirent courage en voyant qu’Hector était de retour. L’étolien Thoas, constatant qu’Hector qu’on croyait mort était de nouveau présent, en conclut qu’il était visiblement protégé par un dieu et conseilla au gros des troupes grecques de se replier pendant que lui et quelques champions essaieraient de le retenir. C’est ce qui se passa. Thoas resta en avant avec Ajax, Idoménée, Teucros, Mérion et Mégès pour protéger le mouvement de repli des autres. Hector marchait accompagné d’Apollon qui tenait l’égide de Zeus. Quand le dieu tenait l’égide immobile, le combat était égal entre les deux armées. Mais quand il se mettait à l’agiter, le courage quittait le cœur des champions grecs. Les Troyens firent de nombreuses victimes.

Les Grecs revinrent en vitesse au fossé et à la palissade. Hector exhortait ses troupes à foncer vers les navires sans se préoccuper de ramasser les dépouilles des morts. Apollon combla une partie du fossé pour faciliter leur passage et les Troyens se précipitèrent. Il fit ensuite s’écrouler le mur des Grecs. Ceux-ci se regroupèrent près de leurs navires et implorèrent le secours des dieux. Nestor adressa une prière fervente à Zeus qui alors tonna montrant ainsi qu’il l’avait entendu. Mais les Troyens poursuivaient leur attaque. Tant que le combat se déroulait près du mur, Patrocle restait à soigner Eurypyle. Mais quand le combat se déplaça près des navires, il courut chez Achille pour essayer de le fléchir. Pendant ce temps, la bataille se poursuivait avec rage. Les Grecs ne pouvaient pas repousser les Troyens qui eux-mêmes ne pouvaient parvenir jusqu’aux navires grecs. Hector était en face du groupe d’Ajax. Les morts étaient nombreux des deux côtés.

Teucros essayait d’atteindre Hector de ses flèches mais Zeus protégeait très efficacement le troyen. Alors Teucros renonça à son arc et se mit à combattre en fantassin. Hector aussi avait constaté qu’il était protégé par Zeus. Il en profita pour exciter encore plus le zèle de ses hommes. Ajax, lui, exhortait ses guerriers à défendre coûte que coûte les bateaux. Et les morts s’accumulaient. Untel tuait tel autre qui était ensuite vengé par ses amis et ses parents. Zeus attendait de voir un navire grec en flammes avant de retourner la situation. Hector cherchait à toute force à rompre le front des Grecs qui, eux, protégeaient sans faiblir leurs navires. Pourtant ils furent obligés de se regrouper près de leurs baraques et les premiers bateaux restèrent sans défenses. Nestor se dépensait sans compter pour maintenir le courage des combattants. Ajax restait en avant pour protéger les bateaux. Mais Hector s’attaqua à un navire, celui de Protésilas, et Ajax fut forcé de reculer.

 

XVI

 

Patrocle arriva en pleurs auprès d’Achille. Il plaida en faveur des Grecs et reprocha à Achille sa dureté. Il lui demanda d’au moins lui confier le commandement des Myrmidons pour aller secourir lui-même les Grecs. Il lui demanda aussi de lui prêter ses armes afin que les Troyens croient le grand Achille en personne de retour sur le champ de bataille. Tout en rappelant encore une fois ses griefs à l’égard d’Agamemnon, Achille accepta l’idée de Patrocle. Il ne voulait pas que les Troyens incendient les bateaux et privent ainsi les Grecs du moyen de rentrer chez eux. Il ordonna donc à Patrocle d’écarter les Troyens du camp grec mais de se garder, si les choses allaient bien, de les poursuivre jusque sous les murs de Troie. Il le prévint que certains dieux comme Apollon les protégeaient.

Pendant ce temps, Ajax avait de plus en plus de difficultés à résister. Hector réussit à briser sa lance. Ajax recula et aussitôt le navire qu’il défendait fut incendié. Voyant cela, c’est Achille lui-même qui pressa son ami Patrocle d’intervenir. Patrocle alors s’équipa des armes d’Achille ne laissant que la lourde lance que seul Achille était capable de porter. Automédon attela son char. Pendant ce temps, Achille surveillait l’équipement des hommes. Il avait conduit cinquante navires à Troie. Dans chacun il y avait cinquante guerriers. Achille les encouragea tous au combat. Il prit une coupe qui ne servait qu’aux libations destinées à Zeus. Il versa le vin et remercia le dieu d’avoir voulu l’honorer en infligeant tant de malheurs aux Grecs. Mais maintenant il lui demandait d’aider Patrocle à repousser les Troyens loin des navires grecs et de le faire revenir au camp sans dommages.

Zeus entendit bien la prière mais n’accepta qu’une seule des deux demandes d’Achille. Alors Patrocle et les Myrmidons se ruèrent sur les Troyens. Ceux-ci furent effrayés de cette intervention inattendue et cherchèrent à fuir. Patrocle tua le chef des Péoniens qui furent aussitôt pris de panique et furent chassés des bateaux. L’incendie fut éteint. Les Grecs reprirent courage mais les Troyens ne furent que peu à peu repoussés. De nombreux guerriers tombèrent encore de part et d’autre. Finalement les Troyens lâchèrent pied et Hector lui-même dut reculer. Le fossé grec gênait le repli des Troyens. Patrocle était partout à la fois et ne leur laissait pas le moindre répit. Il aurait bien voulu atteindre Hector mais celui-ci était déjà parti.

Patrocle massacra de nombreux Troyens avant qu’ils n’aient pu rejoindre leur ville. Sarpédon, fils de Zeus, rameuta les Lyciens et l’affronta lui-même. Zeus hésitait à le protéger et Héra l’en dissuada. Alors Patrocle le tua. Sarpédon confia en mourant ses Lyciens à son compagnon Glaucos. Mais celui-ci avait été blessé d’une flèche au bras lors de l’assaut. Alors il implora Apollon de le guérir. Et le dieu l’exauça. Glaucos put ensuite rassembler les chefs troyens, même Hector, qu’il ramena au combat. Patrocle, lui, excitait encore le zèle des Grecs. La bataille faisait rage autour du corps de Sarpédon. Les Grecs voulaient le dépouiller de ses armes. Les Troyens voulaient le protéger. Un chef myrmidon qui portait déjà main sur le corps fut tué par Hector. Zeus méditait la fin de Patrocle mais il poussa d’abord les Troyens à s’enfuir, Hector le premier.

Zeus permit donc aux Grecs de s’emparer des armes de Sarpédon puis il ordonna à Apollon de transporter son corps jusqu’en Lycie afin qu’il y soit enterré dignement par sa famille. Patrocle, malgré les conseils d’Achille, se mit alors à poursuivre les Troyens en déroute. Sans l’intervention d’Apollon, il se serait même emparé du rempart troyen. Sous les traits de son oncle Asios, Apollon s’adressa à Hector et l’encouragea fermement à repartir au combat. Patrocle tua Cébrion, un bâtard de Priam, le cocher d’Hector. Hector et Patrocle combattirent l’un contre l’autre autour de son corps. Vers le soir, les Grecs parvinrent enfin à s’emparer du cadavre. Alors Apollon intervint lui-même. Il donna un coup à Patrocle qui, déséquilibré, fut alors blessé par le troyen Euphorbe et dut se retourner vers ses compagnons. C’est alors qu’il fut atteint par Hector qui l’acheva.

 

XVII

 

Ménélas se précipita aussitôt pour protéger le corps de Patrocle des ennemis. Euphorbe le provoqua et voulut dépouiller le cadavre mais Ménélas le tua. Celui-ci se serait même emparé de ses armes si Apollon n’était encore intervenu en stimulant l’ardeur guerrière d’Hector. Il lui apparut sous les traits de Mentès, le chef des Cicones. Ménélas craignit alors de se retrouver seul au milieu des Troyens qui revenaient au combat. Il comprit surtout qu’Hector était encore guidé par un dieu. Alors il fut obligé de reculer et d’abandonner le corps de Patrocle. Il aperçut Ajax occupé à rassurer ses hommes à qui Apollon avait inspiré la peur. Il l’appela pour qu’ils aillent ensemble récupérer le corps de leur compagnon. Hector avait déjà réussi à prendre les armes que portait Patrocle. Il voulait aussi s’emparer du corps mais Ajax et Ménélas parvinrent à l’en empêcher.

Hector repartit en arrière avec les armes. Glaucos lui reprocha de n’avoir pas été capable de rapporter le corps de Sarpédon et lui prédit que les Troyens allaient se retrouver seuls, sans leurs alliés. S’ils avaient montré plus de courage, ils auraient pu prendre le corps de Patrocle et s’en servir de monnaie d’échange contre les armes et même le cadavre de Sarpédon. Hector lui répondit en invoquant la volonté de Zeus. Il revêtit alors les armes d’Achille prises à Patrocle. Zeus assistait à la scène. Il savait qu’Hector n’avait plus longtemps à vivre et lui accorda ce dernier triomphe. Il adapta même les armes à sa taille. Hector rassembla tous les chefs troyens et leurs alliés et promit une récompense glorieuse à qui réussirait à ramener le corps de Patrocle dans les rangs troyens, c’est-à-dire la moitié de ses dépouilles.

Tous se précipitèrent contre les Grecs mais Ajax et Ménélas appelèrent eux aussi du secours. Ajax le petit, Idoménée et beaucoup d’autres accoururent. Ils formèrent un rempart vivant autour du corps de Patrocle. Ils plièrent d’abord sous le choc de l’assaut troyen mais Zeus lui-même les aida à résister. Ajax mena la contre-attaque et tua un troyen qui venait de passer une courroie au pied de Patrocle pour l’entraîner dans ses rangs. Plusieurs valeureux guerriers perdirent encore la vie dans cet affrontement. Les Troyens reculèrent mais Apollon intervint de nouveau en stimulant Enée qui rappela au combat ceux qui commençaient à reculer. Les Grecs étaient désormais groupés autour du cadavre de Patrocle et Ajax interdit à quiconque d’engager des combats singuliers en avant des lignes. En restant groupés, les Grecs avaient moins de pertes que les Troyens. Seuls et à part, Thrasymède et Antiloque ignoraient la mort de Patrocle et combattaient comme Nestor le leur a recommandé. La bataille dura longtemps autour de Patrocle et épuisa les hommes.

Achille aussi ignorait la mort de son ami. Il était trop loin du lieu de la bataille. Un peu à l’écart se tenaient ses chevaux divins. Ils refusaient aussi bien de rentrer vers les bateaux que de retourner vers la bataille. Ils pleuraient leur cocher. Zeus les prit en pitié. Il voulait bien encore accorder aux Troyens la gloire de hauts faits jusqu’au soir mais il ne tolérerait pas que ces chevaux soient pris par Hector. Il poussa alors l’attelage, conduit par Automédon, contre les rangs troyens. Mais Automédon ne pouvait à la fois diriger les chevaux et se battre. Il rencontra Alcimédon et lui confia les rênes. Hector demanda à Enée de l’aider à s’emparer du char. Automédon dit alors à Alcimédon de tenir le char près de lui pendant qu’il combattrait à pied, et il appela à la rescousse les deux Ajax et Ménélas. Devant eux, Hector et Enée reculèrent. Zeus envoya Athéna encourager les Grecs. Elle s’adressa d’abord à Ménélas. Celui-ci, qui n’avait pas reconnu la déesse, adressa une prière à Athéna pour qu’elle le soutienne contre Hector visiblement aidé par Zeus. Athéna fut flattée et lui insuffla une grande force.

Apollon, de son côté, excitait Hector et, en même temps, Zeus brandit l’égide et donnait la victoire aux Troyens. C’est le béotien Pénéléos qui donna le signal de la fuite. Idoménée atteint Hector de sa lance mais l’arme se brisa sur sa cuirasse. Les plus vaillants des Grecs comprirent que Zeus favorisait leurs ennemis et reculèrent sans honte vers les navires. Zeus consentit quand même à dissiper la brume dont il entourait les combats et le soleil se mit à briller. Ajax suggéra à Ménélas d’envoyer Antiloque prévenir Achille de la mort de Patrocle. Ménélas s’éloigna de la dépouille de Patrocle en la confiant aux deux Ajax. Il trouva Antiloque qui combattait vers la gauche et lui demanda d’aller prévenir Achille en espérant une intervention de celui-ci. Antiloque fut consterné d’apprendre la nouvelle et il se dépêcha d’obéir à Ménélas qui retourna au combat. Malgré la supériorité des Troyens, les Grecs voulaient absolument sauver le corps de Patrocle. Ménélas et Mérion s’en emparèrent tandis que les Ajax protégeaient leur manœuvre. Les Troyens se précipitèrent sur eux mais l’ardeur des deux Ajax suffit à les contenir. Et le combat continua.

 

XVIII

 

Pendant ce temps, Antiloque arriva au campement d’Achille au moment où celui-ci commençait à s’inquiéter du sort de son ami. Le fils de Nestor lui apprit l’affreuse nouvelle. Patrocle était mort, Hector s’était emparé de ses armes et on se battait pour sauver son corps. De douleur, Achille se couvrit la tête de cendre, il se roula par terre et s’arracha les cheveux. Les femmes du camp commencèrent à hurler. Antiloque veilla à ce qu’Achille ne se tranche pas lui-même la gorge. La déesse Thétis, sa mère, entendit son désespoir et toutes les Néréides se lamentèrent. Thétis et ses soeurs se rendirent auprès d’Achille. La déesse demanda à son fils la raison de sa douleur. Zeus avait pourtant accompli son souhait de voir les Grecs battus. Achille dit son désespoir d’avoir perdu un ami très cher. Il savait que sa fin était proche et il se reprochait d’avoir causé la mort de Patrocle et de nombreux guerriers grecs. Il voulait aller venger Patrocle en tuant Hector.

Thétis l’approuva mais lui demanda d’attendre jusqu’à ce qu’elle revienne le lendemain avec de nouvelles armes qu’elle allait demander à Héphaistos. Elle envoya ses sœurs annoncer la nouvelle à leur père, le Vieux de la mer, et elle se rendit sur l’Olympe auprès d’Héphaistos. Pendant ce temps, les Grecs fuyaient devant Hector et se repliaient vers leurs bateaux. Trois fois déjà les Troyens avaient failli reprendre le corps de Patrocle et les deux Ajax peinaient à le défendre. C’est alors qu’Héra envoya discrètement Iris prévenir Achille de ce qui se passait. Après avoir demandé quel dieu le faisait ainsi prévenir, il se demanda comment il allait faire puisque ses armes étaient aux mains des Troyens et que sa mère ne devait lui en porter de nouvelles que le lendemain. Iris l’encouragea à s’approcher de la bataille sans armes en lui disant que les Troyens pourraient bien être pris de panique à sa simple vue. Achille se leva alors et Athéna mit l’égide sur ses épaules. Il alla jusqu’au fossé et poussa trois fois un grand cri. La panique s’installa aussitôt dans le camp troyen.

Achille vit son compagnon mort et le pleura. Héra hâta la fin du jour et les combats cessèrent. Les Troyens rentrés dans leur camp se réunirent en assemblée. La réapparition d’Achille faisait peur à tous. Polydamas conseilla de rentrer à Troie au lieu de rester dans la plaine. Il craignait qu’une bonne partie des forces troyennes ne soient détruites par Achille quand le jour réapparaîtrait. Il valait donc mieux préserver l’armée en se repliant derrières les murailles de la ville. Et là, même Achille ne pourrait rien contre eux. Hector n’était pas de cet avis. Il ordonna aux combattants troyens et alliés de prendre leur repas dans le camp et d’organiser la garde. Dès le lendemain matin, ils repartiraient au combat et il en cuirait à Achille d’être revenu. Athéna poussa les Troyens à donner raison à Hector.

Les Grecs passèrent la nuit à pleurer Patrocle. Achille se lamentait. Il regrettait le jour où il avait entraîné Patrocle loin de chez lui pour faire la guerre à Troie. Il jura de lui apporter les armes et la tête d’Hector et même d’égorger douze Troyens devant sa tombe. Avant cela, Patrocle devait rester ainsi, gisant et entouré des gémissements des troyennes capturées par les Grecs. Achille ordonna de laver le corps. Le cadavre fut ensuite placé sur un lit et recouvert d’un tissu. Toute la nuit les Myrmidons le veillèrent. Zeus fit la remarque à Héra qu’elle était arrivée à ses fins en faisant cesser la bouderie d’Achille. Elle lui répondit qu’il aurait été dommage qu’elle, la plus importante de des déesses, ne puisse tramer la perte des Troyens puisqu’ils avaient provoqué sa rancune.

Pendant ce temps, Thétis se rendit chez Héphaistos. Charis, l’épouse du dieu, l’aperçut et la reçut avec empressement. Apprenant que Thétis était chez lui, le dieu forgeron se précipita à sa rencontre en rappelant qu’elle l’avait recueilli quand il avait été lui-même jeté hors de l’Olympe par sa mère sous le prétexte qu’il était boiteux. Thétis et Eurynome l’avaient caché pendant neuf ans. Thétis à son tour lui raconta ses malheurs. Elle était la seule déesse marine que Zeus avait unie à un mortel. Elle avait eu un superbe fils de cette union, Achille, qu’elle avait envoyé combattre avec les Grecs contre Troie. Mais elle savait qu’il devait mourir bientôt. Pour l’instant, il était au désespoir. On lui avait ravi la fille qu’il avait reçue prisonnière et il avait perdu son très cher ami Patrocle pour avoir voulu aider les Grecs en l’envoyant à sa place contre les Troyens, revêtu de ses armes.

Apollon avait causé la perte de Patrocle et Achille avait perdu ses armes. C’était pourquoi Thétis venait demander à Héphaistos un bouclier, un casque, des jambières et une cuirasse pour son fils au divin forgeron. Aussitôt celui-ci se dirigea vers sa forge et se mit au travail. Il fabriqua d’abord un grand bouclier qu’il décora richement. Il y représenta la terre, la mer et le ciel. Il y représenta aussi deux villes. Dans l’une il y avait des noces et un jugement. Devant l’autre campait une armée et les défenseurs allaient à sa rencontre. On voyait aussi les travaux des champs, un vignoble, des troupeaux et des scènes de danse. Après cela, il fabriqua le reste de l’armement dont un casque au cimier d’or et des jambières d’étain. Il donna ensuite tout cela à Thétis qui partit immédiatement porter cet équipement à son fils.

 

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