Homère - L'Iliade 7 à 12

VII

 

Hector et Pâris rejoignirent la bataille qui avait continué sans eux. En compagnie de Glaucos, ils firent de nouvelles victimes parmi les Grecs. Athéna le vit et se précipita vers Troie. Apollon, qui voulait la victoire des Troyens, s’en aperçut et l’intercepta au passage. Il lui proposa de faire cesser le combat pour ce jour. Il suggéra aussi de pousser Hector à combattre seul un champion grec. Athéna accepta. Hélénos, fils de Priam, avait compris le plan des dieux. Il s’approcha d’Hector pour lui suggérer de défier un guerrier grec en combat singulier. Il savait que son frère ne risquait rien car il avait entendu ce que se disaient les dieux. Hector alors fit asseoir les troupes troyennes et Agamemnon en fit autant avec les grecques. Athéna et Apollon s’installèrent pour assister au combat. Hector s’adressa à tous les combattants.

Il constata que Zeus n’avait pas ratifié le pacte mais il proposait de combattre seul contre un Grec. Il demanda seulement que son corps soit rendu à Troie s’il était battu et promit la réciproque en cas de victoire. Les Grecs hésitaient et puis Ménélas intervint. Il reprocha aux autres leur manque d’enthousiasme et se proposa pour affronter lui-même Hector. Mais Agamemnon l’en dissuada car Hector était beaucoup plus fort que lui. Nestor évoqua ses exploits anciens en regrettant de n’être plus assez jeune pour relever le défit du prince troyen. Mais neuf guerriers grecs se levèrent. Il y avait là Agamemnon, Diomède, les deux Ajax, Idoménée, Mérion, Eurypile, Thoas et Ulysse. Nestor leur proposa de tirer au sort entre eux. On mit leurs noms dans le casque d’Agamemnon.

Ajax fut désigné par le sort. Alors il s’équipa pour le combat et tous prièrent Zeus. A voir Ajax tout équipé, les Grecs étaient enthousiasmés alors que les Troyens s’inquiétaient. Ajax défia Hector. Il lui dit que même si Achille boudait, il y avait bien d’autres guerriers vaillants dans l’armée grecque. Hector lança sa javeline qui se ficha dans le bouclier d’Ajax sans le traverser. Ajax aussi lança sa pique mais Hector réussit à esquiver le coup. Le combat continua. Hector fut atteint au cou. Ajax lui lança une grosse pierre et il tomba. Mais Apollon le redressa aussitôt. Les deux guerriers s’apprêtaient à continuer leur duel à l’épée quand deux hérauts, un pour chaque camp, les interrompirent parce que la nuit tombait. Ils acceptèrent la trêve et se quittèrent en se faisant mutuellement des présents. Hector offrit une épée à Ajax et celui-ci donna une ceinture à Hector.

Agamemnon fit un sacrifice à Zeus et puis on festoya. Ensuite, Nestor exposa ses idées. Il y avait déjà eu beaucoup de morts. Il fallait cesser le combat et, dès le lendemain matin, ramasser les cadavres, les brûler et leur édifier un tombeau commun. Ensuite, à côté de ce tombeau, il faudrait établir un solide retranchement fortifié afin de résister aux offensives troyennes. Les chefs grecs l’approuvèrent. Pendant ce temps, les chefs troyens étaient eux aussi réunis. Anténor voulait qu’on rende Hélène et ses trésors aux Grecs. Il n’attendait rien de bon d’un combat qui se poursuivait en violation d’un pacte solennel. Pâris voulait bien rendre les trésors aux Grecs mais pas la femme. Le roi Priam dit qu’il enverrait dès le lendemain un héraut aux Grecs pour leur transmettre l’offre de Pâris. Il demanderait qu’au moins le combat cesse le temps de brûler les morts.

A l’aube, un héraut se rendit donc chez les Grecs transmettre ces propositions. Diomède exhorta ses compagnons à refuser. Pour lui les Troyens n’en avaient plus pour bien longtemps. Les autres étaient du même avis. Agamemnon confirma la réponse de Diomède mais accepta quand même la trêve. Alors dans les deux camps on s’affaira pour accomplir les cérémonies funéraires. Le lendemain très tôt, autour du bûcher, les Grecs firent un tombeau commun. Ensuite ils bâtirent un rempart pour se mettre à l’abri avec leurs navires. Ce rempart était doublé d’un fossé et des portes furent aménagées.

Les dieux aussi étaient réunis. Poseidon protesta parce que les Grecs avaient construit leur retranchement sans avoir fait auparavant les sacrifices rituels. Il redoutait surtout que la notoriété du mur des Grecs n’éclipse celle des murs de Troie qu’il avait construits autrefois en compagnie d’Apollon. Zeus lui répondit que sa gloire n’avait rien à craindre et qu’il pourrait détruire ce mur quand les Grecs rentreraient dans leur pays. Le soir même, la fortification était achevée. Les Grecs préparèrent leur repas. Ils avaient reçu du vin de Lemnos en échange de bronze, de fer, de cuir, d’animaux et d’esclaves. On entendit gronder le tonnerre et les combattants étaient inquiets.

 

VIII

 

Le lendemain matin, Zeus réunit les dieux. Il leur demanda de rester neutres entre Troie et les Grecs. Il menaça même des pires châtiments ceux qui enfreindraient cet ordre. Tout en se soumettant à la consigne de Zeus, Athéna demanda à quand même pouvoir suggérer des idées aux Grecs. Il accepta puis attela son char et alla s’installer seul au sommet du mont Ida pour contempler le champ de bataille. Pendant ce temps, Grecs et Troyens reprenaient leurs armes. Les Troyens sortirent de la ville et le combat reprit. Au bout d’un certain temps, Zeus sortit sa balance d’or et y plaça d’un côté la déesse de la mort des Grecs et de l’autre celle des Troyens. Et c’est celle des Grecs qui pesa le plus lourd. Il envoya alors une lumière flamboyante vers l’armée grecque et tous en furent effrayés.

Les chefs grecs reculèrent. Seul Nestor en fut empêché car un de ses chevaux avait été blessé par Pâris. Hector se précipita vers lui. Diomède le vit et prévint Ulysse du danger. Mais Ulysse ne l’écouta pas et se replia vers les navires. Diomède alla récupérer Nestor sur son char auquel il avait attelé les chevaux pris à Enée. En passant près d’Hector, il lui lança une javeline mais seul le cocher fut tué. Zeus fit tomber la foudre devant le char de Diomède. Nestor comprit que le mieux à faire était de fuir vers les bateaux. Comme Hector triomphait déjà, trois fois Diomède voulut se retourner contre lui et trois fois Zeus fit entendre le tonnerre. Hector encourageait ses troupes et leur promettait la victoire proche.

Héra s’indignait de voir les Troyens aussi près de gagner la guerre. Elle chercha l’aide de Poseidon qui refusa prudemment de désobéir à Zeus. Les chevaux et les combattants s’entassaient devant la nouvelle fortification grecque. Inspiré par Héra, Agamemnon s’employait à redonner de l’énergie à ses hommes. Il s’arrêta devant les bateaux d’Ulysse qui étaient situés au centre pour se faire entendre de tous. Il fit honte de leur fuite aux guerriers grecs. Il implora également la clémence de Zeus. Celui-ci entendit sa prière et envoya son aigle déposer un faon auprès de l’autel où les Grecs lui offraient des sacrifices. Les Grecs comprirent le présage et reprirent le combat avec une ardeur nouvelle. Diomède fit demi-tour et abattit le troyen Agélaos. Agamemnon, Ménélas, les deux Ajax, Idoménée et son second Mérion, Eurypyle, Teucros, tous repartirent à la bataille.

L’archer Teucros se protégeait derrière le bouclier d’Ajax pour tirer des flèches qui tuaient de nombreux guerriers troyens. Agamemnon le félicita et l’encouragea à continuer. Teucros enrageait de ne pas réussir à atteindre Hector. Il essaya encore une fois, le rata de nouveau et tua un autre fils de Priam, Gorgythion. Il essaya encore mais c’est le cocher qu’il tua, car Apollon avait détourné sa flèche. En fureur, Hector sauta à terre et vint frapper Teucros d’une pierre. Heureusement Ajax le protégeait et il fut rapidement évacué vers les bateaux. Les Troyens repartirent à l’assaut, encouragés par Zeus, et refoulèrent les Grecs dans leur retranchement. Héra et Athéna s’inquiétèrent. Athéna regrettait l’attitude de Zeus qui avait écouté la demande de Thétis. Elle rappela qu’elle avait plusieurs fois soutenu et même sauvé Héraclès, fils de Zeus, au cours de ses travaux.

Héra et elle décidèrent d’intervenir en armes dans la bataille. Mais Zeus les vit et entra dans une grande colère. Il leur envoya aussitôt Iris pour leur ordonner de renoncer à leur entreprise sous peine de le voir utiliser la foudre contre elles. Alors Héra elle-même dit à Athéna d’arrêter. Elle ne pouvait entrer en guerre contre Zeus pour de simples mortels. Les deux déesses retournèrent alors sur l’Olympe. Zeus aussi rentra. Il n’eut pas la victoire discrète ! Il réaffirma son soutien aux Troyens et se moqua de la colère d’Héra. La nuit fut accueillie avec soulagement par les Grecs. Hector harangua ses hommes en regrettant que la nuit seule les empêche de parachever la déroute des Grecs. Il demanda que des feux soient entretenus toute la nuit pour empêcher que les Grecs ne s’enfuient à la faveur de l’obscurité. Il fallait que tous les Troyens restent sur les remparts et qu’on monte la garde. Alors les Troyens prirent leur repas du soir et s’organisèrent pour passer la nuit.

 

IX

 

 

Pendant ce temps, les Grecs étaient en pleine panique. Agamemnon convoqua tout le monde à une assemblée. Il exposa dans quel piège Zeus l’avait attiré en lui promettant une victoire rapide contre les Troyens. Il proposa d’abandonner la partie et de repartir. Diomède lui reprocha alors d’avoir douté de son courage et mit même en doute ses qualités de chef. Qu’il reparte s’il en avait envie mais les autres chefs grecs resteraient jusqu’à la victoire finale contre Troie. Tous l’approuvèrent. Nestor félicita Diomède puis conseilla aux troupes d’aller dîner et de se reposer. Il demanda ensuite à Agamemnon d’inviter les anciens à un repas puisqu’il regorgeait de vivres dans ses tentes. Tous pourraient ainsi donner leur avis et en débattre. Les troupes de garde se mirent en place et les anciens se réunirent donc autour d’Agamemnon.

A la fin du le repas, Nestor exposa ses idées. Il demanda que l’on cherche le moyen de faire cesser la bouderie d’Achille. Agamemnon accepta la critique et l’idée du vieux roi. Il proposa même d’offrir à Achille sept trépieds neufs, dix talents d’or, vingt bassins, douze chevaux, sept femmes originaires de l’île de Lesbos et même de lui rendre Briséis, la captive qui était à l’origine de la brouille, en jurant qu’il ne l’avait jamais touchée. Il promit également à Achille une part importante du butin quand Troie serait prise. Il pourrait charger d’or son navire et se choisir vingt femmes parmi les captives. Il voulait même faire d’Achille son gendre quand ils seraient rentrés en Grèce. Il lui donnerait aussi sept villes de ses propres domaines. Nestor approuva ces propositions et demanda qu’on envoie au plus vite des émissaires auprès d’Achille. Il proposa qu’Ulysse et Ajax soient leurs ambassadeurs.

Les deux envoyés, guidés par Phénix, longèrent la plage en priant Poseidon qu’il accorde le succès à leur démarche. Ils trouvèrent Achille qui jouait tranquillement de la cithare en compagnie de son ami Patrocle. Les deux hommes se levèrent pour les accueillir. Achille les reçut avec chaleur et les fit asseoir. Il demanda à Patrocle d’aller préparer le vin et il fit rôtir la viande. Après le repas et les sacrifices, Ulysse prit la parole. Il exposa en détail les malheurs des Grecs, leur défaite de la journée, la certitude dans laquelle étaient les Troyens de remporter la victoire, l’arrogance d’Hector, l’appui apporté par Zeus aux Troyens. Il avoua avoir peur de l’avenir. Et il demanda à Achille de bien vouloir revenir au combat aux côtés des autres Grecs avant qu’il ne soit trop tard.

Il lui détailla longuement les richesses qu’Agamemnon se proposait de lui donner pour l’amadouer. Il acheva son discours en demandant à Achille d’intervenir par pitié pour les autres Grecs même s’il gardait encore rancune à Agamemnon. Achille lui répondit qu’Agamemnon n’arriverait jamais à le convaincre. Il expliqua que jusqu’alors il avait peu gagné à se battre sans répit. Tout le butin qu’il avait obtenu, il l’avait apporté à Agamemnon qui, lui qui était resté en arrière, en gardait beaucoup et en redistribuait peu. Le roi accordait bien des parts d’honneur aux différents chefs. Mais la sienne, à lui Achille, lui avait été enlevée par Agamemnon. Les Atrides avaient entraîné les Grecs devant Troie à cause d’Hélène. Seraient-ils les seuls à aimer leurs femmes ? Lui, Achille, aimait Briséis et on la lui avait reprise. Quand Achille participait aux combats, Hector avait peur de quitter ses murailles. Maintenant qu’il s’était écarté du combat, c’est Agamemnon qui restait enfermé dans ses fortifications.

Il ajouta qu’il pouvait très bien être dans trois jours de retour dans son pays. Agamemnon ne le roulerait pas une nouvelle fois. Il avait le choix entre une mort glorieuse devant Troie et une très longue vie chez lui. Il conseillait aux autres chefs grecs de faire comme lui et de rentrer. Zeus visiblement protégeait Troie. Achille suggéra même à Phénix de rester avec lui pour repartir en Grèce le lendemain matin. Phénix lui répondit en pleurant qu’il ne saurait rester loin de lui puisque Pelée lui avait confié son fils Achille quand ils étaient tous partis pour la guerre. Phénix avait autrefois quitté son pays plutôt que de devenir parricide pour une histoire de femme et s’était réfugié auprès de Pelée. C’est ainsi qu’il avait presque élevé Achille enfant. Il dit cependant que les dieux eux-mêmes se laissaient parfois fléchir par les mortels qui leur adressaient des sacrifices. Alors il implora Achille d’accepter les présents offerts par Agamemnon et de ne pas repousser ses envoyés.

Phénix raconta aussi l’histoire des Courètes qui avaient autrefois fait la guerre aux Etoliens. Artémis en voulait à Oenée, chef des Etoliens, qui avait oublié un jour de lui adresser un sacrifice. Elle avait suscité contre lui un gigantesque sanglier qui ravageait ses vignes. Méléagre, fils d’Oenée, avait tué le sanglier mais une dispute s’était élevée entre Courètes et Etoliens pour le partage des dépouilles de la bête. Tant que Méléagre combattait, tout allait mal pour les Courètes. Mais un jour, en colère contre sa mère, Méléagre décida de se retirer de la bataille. Dès lors, la situation se retourna. Tout le monde suppliait Méléagre de revenir. Il refusa obstinément jusqu’au jour où sa ville faillit être emportée par les ennemis. Alors il accepta de reprendre le combat et la ville fut sauvée.

Phénix racontait cette histoire pour essayer de fléchir la mauvaise volonté d’Achille. Mais celui persista dans son refus. Il demanda même à Phénix de choisir entre lui et Agamemnon. Il lui dit de rester, lui fit dresser un lit et signifia aux autres qu’il fallait partir. Ajax dit à Ulysse qu’ils devaient faire leur rapport à Agamemnon et il reprocha à Achille son intransigeance. Celui-ci répondit qu’il n’oublierait jamais l’affront subi et qu’il ne réagirait que lorsque son propre camp serait attaqué par les Troyens. Les deux envoyés rentrèrent alors au camp grec. Tous se levèrent pour les interroger. Ulysse annonça la réponse négative d’Achille. Ils restèrent silencieux en entendant la mauvaise nouvelle. Puis Diomède dit à Agamemnon qu’ils n’avaient fait que renforcer l’orgueil d’Achille en le sollicitant ainsi avec d’aussi somptueux présents. Il fallait l’oublier. Tous allèrent dormir avant une nouvelle journée qui s’annonçait difficile.

 

X

 

Agamemnon ne dormait pas. Il était angoissé. Il apercevait les nombreux feux des Troyens. Il voulut voir s’il pouvait établir un plan avec Nestor. Ménélas non plus ne dormait pas. Il alla trouver Agamemnon et le rencontra au moment même où il partait réveiller Nestor. Agamemnon l’envoya chercher Ajax et Idoménée. Nestor, lui, irait donner des instructions aux hommes de garde. Tous devaient ensuite se retrouver devant la tente du roi. Agamemnon réveilla Nestor. Il lui exposa sa peur et lui demanda de venir discuter avec les autres chefs. Nestor affirma sa confiance dans l’avenir. Il demanda qu’on réveille également Diomède et Ulysse. Il trouvait que Ménélas laissait tout faire à son frère. Celui-ci reconnut que Ménélas se laissait souvent guider par lui mais il ajouta que cette nuit c’était Ménélas tout seul qui était venu le trouver.

Nestor s’équipa et alla d’abord réveiller Ulysse et ils allèrent ensemble appeler Diomède. Ils le trouvèrent qui dormait hors de sa tente, en armes. Diomède s’émerveilla de l’activité déployée par Nestor malgré son âge. Celui-ci invoqua la gravité de la situation. Diomède alla à son tour appeler Ajax. Les chefs rassemblés rejoignirent les gardes qu’ils trouvèrent parfaitement éveillés. Nestor les en félicita. Les rois grecs passèrent le fossé et s’installèrent pour discuter au milieu des cadavres, aux avant-postes. C’est Nestor qui parla le premier. Il dit qu’il serait bien d’aller capturer un Troyen ou d’écouter d’une façon ou d’une autre ce qu’ils disaient pour savoir quelles étaient leurs intentions. Diomède voulait bien y aller à condition que quelqu’un vienne avec lui. Les volontaires furent nombreux pour l’accompagner. Agamemnon lui dit alors de choisir lui-même, et Diomède désigna Ulysse que tout le monde savait être le favori d’Athéna.

Les deux hommes s’armèrent et partirent. Athéna leur envoya un héron dont le cri était un présage favorable. Ils lui adressèrent une courte prière et lui promirent des sacrifices à leur retour. Pendant ce temps, Hector ne laissait pas non plus dormir ses guerriers. Il convoqua lui aussi les chefs troyens et exposa ses projets à l’assemblée. Il proposa une forte récompense à celui qui oserait s’introduire dans le camp grec pour savoir si les ennemis dormaient, s’ils montaient la garde ou s’ils s’apprêtaient à prendre la fuite.

Un seul homme fut volontaire. C’était un certain Dolon. Il demanda seulement qu’Hector lui jure qu’il lui donnerait bien le char et les chevaux promis. Hector jura et Dolon partit. Diomède et Ulysse le virent arriver. Ils se cachèrent parmi les morts et Dolon passa devant eux sans méfiance. Les deux Grecs se précipitèrent alors sur lui. Il reconnut des ennemis et essaya de fuir. Mais Diomède et Ulysse l’empêchent de retourner vers ses rangs. Diomède lui intima l’ordre de s’arrêter et lança volontairement sa pique juste à côté de lui. Dolon s’arrêta et implora la pitié des deux hommes. Il leur offrit même une grosse rançon en échange de sa vie. Ulysse l’interrogea. Le Troyen lui apprit qu’il avait été envoyé par Hector pour espionner le camp grec. Ulysse lui demanda des renseignements sur les intentions d’Hector.

Dolon répondit qu’Hector était en train de délibérer à ce propos, qu’il n’y avait pas de véritable corps de garde et que les alliés des Troyens dormaient tous. Il indiqua même où étaient campés les différents contingents. Ayant obtenu tous les renseignements souhaités, Diomède le tua. Ulysse lui prit son équipement, le voua à Athéna et le mit dans un arbre afin d’avoir un point de repère. Ensuite Diomède et lui se rendirent au camp des Thraces qui dormaient autour de Rhésos, leur chef. Diomède en fit un grand carnage. Pendant ce temps Ulysse s’emparait de leurs chevaux et ils repartirent vers leurs rangs. Mais Apollon lui aussi surveillait le champ de bataille.

Quand il vit Athéna aider les deux guerriers grecs, il réveilla les autres Thraces et les Troyens qui accoururent, mais il était trop tard. Diomède et Ulysse arrivaient déjà à leur camp. Nestor entendit le bruit des chevaux. Il n’eut pas le temps de s’inquiéter que ses deux compagnons étaient déjà de retour. Tout joyeux, il les interrogea sur la provenance de tous ces animaux. Ulysse lui répondit qu’ils étaient thraces et que beaucoup de leurs maîtres avaient été tués. Les Grecs en furent tout ragaillardis. Les chevaux furent attachés près du campement de Diomède. Ulysse accrocha les armes de Dolon à son bateau. Tous les deux allèrent ensuite se purifier dans la mer et ils firent le sacrifice promis à Athéna.

 

XI

 

Dès l’aube, Zeus envoya Lutte dans le camp des Grecs. Elle s’arrêta près des bateaux d’Ulysse qui étaient au milieu des autres, alors que les extrémités étaient tenues par Ajax et Achille. Là elle poussa un grand cri et insuffla à tous les guerriers le désir de la bataille. Agamemnon ordonna à tous de se préparer. Les chefs grecs demandèrent à leurs cochers de garder leur char et s’avancèrent seulement équipés en fantassins. Au même moment, les Troyens se regroupaient autour d’Hector et les deux armées se ruèrent l’une contre l’autre. A part Lutte, qui se plaisait dans les combats, les dieux étaient restés dans leurs palais respectifs de l’Olympe. Ils voyaient bien que Zeus méditait de donner la victoire aux Troyens.

Dans la matinée, les Grecs réussirent à enfoncer les bataillons troyens. Agamemnon était à leur tête. Il tua deux des fils du roi Priam, Isos et Antiphe, sur leur char. Ils avaient déjà une fois été faits prisonniers par Achille qui les avait ensuite rendus contre rançon. Agamemnon les dépouilla de leurs armes et les Troyens ne purent rien faire pour retirer leurs corps du combat. Agamemnon captura ensuite Pisandre et Hippoloque, les deux fils du riche troyen Antimaque. Ils demandèrent la vie sauve en échange d’une grosse rançon. Mais Agamemnon leur reprocha d’être les fils d’un homme qui avait proposé à l’assemblée troyenne de tuer Ménélas et Ulysse venus porter un message. Il les tua tous les deux. La bataille était un horrible massacre.

Mais Zeus protégeait Hector. Les Troyens en fuite parvinrent aux portes de la ville et s’y attendirent mutuellement. Les Grecs étaient sur le point d’atteindre les remparts quand Zeus envoya Iris, sa messagère habituelle, porter à Hector l’ordre de se tenir à l’écart tant qu’il verrait Agamemnon combattre en avant. Mais, dès qu’il le verrait blessé remonter sur son char, alors il faudrait qu’il essaye de le tuer avant qu’il ne rentre à ses vaisseaux. Hector descendit donc de son char et parcourut les rangs des combattants troyens pour leur redonner de l’énergie. Les Troyens se ressaisirent, les Grecs ne faiblirent pas et le combat continua.

Agamemnon était toujours à la tête de ses troupes. Le Thrace Iphidamas voulut l’affronter et y perdit la vie. Son frère avait tout vu. Par surprise, il réussit à blesser Agamemnon au bras avec sa lance. Il essayait de retirer le corps de son frère du combat quand Agamemnon le tua. Et puis, sa blessure étant devenue douloureuse, il remonta sur son char pour rentrer au camp en confiant le commandement de l’armée aux autres chefs grecs. Hector avait vu toute la scène. Se souvenant du message de Zeus, il stimula l’ardeur de ses guerriers en revenant au premier rang. Il tua plusieurs guerriers grecs. Alors Ulysse appela Diomède et ils repartirent ensemble à la charge. Mais Zeus rétablit rapidement l’équilibre de la bataille.

Hector dirigeait l’assaut troyen. Ulysse et Diomède résistèrent vaillamment. Diomède réussit à atteindre le casque d’Hector de sa javeline, mais sans parvenir à lui faire de mal. Pourtant Hector battit en retraite et Diomède enragea. Mais à ce moment Pâris réussit à l’atteindre d’une flèche à un pied. Pâris exulta, Diomède l’insulta. Ulysse se précipita et arracha la flèche du pied de son camarade qui dut rentrer vers le camp en char tellement il souffrait. Ulysse se retrouva seul en première ligne et les Troyens avancèrent pour l’encercler. Il se défendit vaillamment et fit de nombreuses victimes autour de lui. Il fut lui-même atteint d’un coup de javeline mais Athéna ne permit pas qu’il soit gravement blessé. Cependant son sang jaillit et cela encouragea les Troyens. Ulysse dut reculer et appeler ses camarades à la rescousse. Ménélas l’entendit et en avertit Ajax.

Ils partirent le secourir et réussirent à le dégager. Ménélas entraîna Ulysse vers son char tandis qu’Ajax tuait encore de nombreux ennemis. Hector combattait dans un autre secteur, vers les berges du Scamandre. C’est là aussi que se trouvaient Nestor et Idoménée. Là encore, Pâris réussit à toucher d’une flèche le chef grec Machaon et cela entraîna une sorte de panique dans les rangs grecs. Idoménée demanda à Nestor d’emmener Machaon vers les navires sur son char. A ce moment, le cocher d’Hector vit les rangs troyens qui pliaient devant Ajax et tous deux décidèrent d’intervenir. Leur arrivée fit reculer les Grecs et Zeus inspira de la peur à Ajax qui commença à se replier peu à peu. Il se retournait fréquemment contre ses assaillants et empêcha ainsi les Troyens de se précipiter vers le camp grec. Eurypyle vint le soutenir mais fut blessé lui aussi par une flèche de Pâris.

Achille, devant ses vaisseaux, vit Nestor rapporter Machaon blessé et comprit que les choses allaient très mal. Il appela son ami Patrocle et l’envoya aux nouvelles. Il voulait savoir qui était le blessé conduit par Nestor. Celui-ci et ses compagnons entrèrent dans leur tente pour se réconforter. La captive Hécamède leur présenta des oignons, du miel, du blé et prépara un breuvage à base de vin dans lequel elle râpa un fromage de chèvre et ajouta de la farine. C’est à ce moment que Patrocle arriva. Nestor lui demanda pourquoi Achille s’inquiétait d’un blessé alors qu’il devait bien savoir dans quelle situation étaient les Grecs. Le vieux roi énuméra le nom de tous les chefs grecs qui avaient déjà été blessés ou tués. Lui-même rappela ses anciens exploits guerriers en se plaignant de ce que l’âge ne lui permettait plus d’être aussi vaillant.

Pour un rapt de bétail, il autrefois avait tué un chef des Eléens et avait ramené à Pylos un nombre considérable de bêtes. Pylos n’était pas une très grande cité et les peuples voisins l’agressaient fréquemment. Nestor lui-même était le seul survivant de douze garçons. Sur le butin, les gens de Pylos s’étaient remboursés des dettes contractées à leur égard. Le roi Nélée avait retenu une bonne part du bétail. Il voulait en particulier se dédommager pour quatre chevaux de course qui avaient été retenus par Augias. Le reste des bêtes avait été distribué au peuple. A ce moment, un grand nombre de guerriers étaient arrivés. Ils cherchaient à prendre Thryoesse, une ville dépendant de Pylos. Athéna en avertit les gens de Pylos. Le vieux roi Nélée, son père, avait voulu empêcher Nestor de partir en cachant ses chevaux, parce qu’il l’estimait trop jeune. Nestor s’était alors distingué parmi les fantassins. Il avait tué le gendre du roi Augias et s’était emparé de cinquante chars ennemis et Zeus avait donné une splendide victoire aux gens de Pylos.

Nestor affirma qu’Achille pleurerait de remord quand les Grecs auraient été exterminés. Il rappela aussi à Patrocle les recommandations que lui avait faites son père Ménoetios en le confiant à l’armée d’Agamemnon. Nestor et Ulysse eux-mêmes étaient présents et l’avaient entendu. Pelée avait bien dit à son fils Achille de se montrer toujours le meilleur de tous. Ménoetios avait dit à Patrocle qu’Achille lui était supérieur mais que, en tant que son aîné, il lui incombait de lui faire entendre raison en toutes circonstances. Nestor chargea Patrocle d’aller rappeler tout cela à Achille.

Il lui suggéra même d’emprunter les armes d’Achille pour mener lui-même les Myrmidons au combat. Leur troupe, fraîche, n’aurait pas de peine à repousser l’assaut des Troyens. Patrocle, ému, revint en courant au camp d’Achille. Sur son chemin, il trouva Eurypyle blessé près des bateaux d’Ulysse. Son émotion augmenta encore. Il demanda à Eurypyle s’il ‘était encore temps d’arrêter Hector. Eurypyle était découragé et pensait qu’il était trop tard. Il supplia Patrocle d’essayer de le soigner. Des deux médecins grecs, l’un était lui-même blessé et l’autre était au combat. Patrocle réussit tout de même à soigner Eurypyle.

 

XII

 

Pendant ce temps, le combat continuait et les Troyens se rapprochaient dangereusement de la fortification établie par les Grecs pour protéger leur camp, leurs navires et leurs biens. Cette fortification construite sans que les sacrifices nécessaires aient été faits avait suscité la colère d’Apollon et de Poseidon. Plus tard, après la chute de Troie, ils l’anéantirent. Pour l’instant, les Grecs se replièrent derrière leur rempart. Hector pressait ses guerriers de franchir le fossé. Mais il était puissamment fortifié et les chars ne pouvaient passer. Les fantassins eux-mêmes hésitaient. Polydamas s’adressa à Hector pour lui dire qu’il était impossible de franchir le fossé protégé par des pieux pointus juste devant le mur grec. Il suggéra que les conducteurs de char mettent pied à terre et que tous attaquent derrière Hector comme des fantassins. Hector accepta cet avis.

Les Troyens s’organisèrent en cinq groupes. Les plus nombreux et les plus braves étaient avec Hector et Polydamas. Le deuxième groupe était mené par Pâris. Le troisième par Hélénos et Déiphobe, deux fils de Priam. Le quatrième corps était conduit par Enée. Le cinquième enfin, formé des contingents alliés, était commandé par Sarpédon. Tous marchèrent contre le retranchement grec. Seul Asios avait refusé de laisser son char. Il se précipita vers une porte laissée ouverte par les Grecs pour permettre à leurs camarades de se réfugier dans le camp. La porte était défendue par des Lapithes qui résistèrent longuement, malgré le nombre et la fougue des assaillants. Le groupe d’Hector se heurta au mur et aperçut un présage inquiétant. C’était un aigle qui tenait un énorme serpent rouge. Le serpent réussit à échapper à l’aigle et tomba à terre au milieu des Troyens. Polydamas dit à Hector que cela annonçait que si les Troyens réussissaient à forcer le mur grec, ils ne pourraient pas revenir. Mais Hector refusa de l’écouter et il monta à l’assaut.

Zeus alors poussa une bourrasque de poussière vers les navires grecs. Pourtant le camp résista. Les deux Ajax animaient la résistance. Zeus poussa Sarpédon en avant. Celui-ci s’attaqua au mur. Il dit à Glaucos que la puissance et la richesse dont ils jouissaient leur imposaient de se montrer également les meilleurs au combat. Ils avancèrent tous les deux à la tête des Lyciens. Celui qui défendait cette partie du rempart chercha des secours. Il aperçut les deux Ajax et Teucros. Il leur envoya un héraut pour les appeler. Ajax le grand et son frère Teucros confièrent la garde de leur secteur à l’autre Ajax et partirent au secours du point menacé.

Ils arrivèrent juste au moment où les Troyens commençaient à forcer le passage. Glaucos fut blessé par une flèche de Teucros. Sarpédon réussit à arracher une partie du parapet. Il fut touché lui aussi par Teucros et Ajax mais il était protégé par Zeus, son père. Il encourageait toujours les Lyciens à l’assaut, mais les Grecs s’étaient repris. Les Lyciens ne pouvaient plus s’approcher des navires et les Grecs ne pouvaient pas les repousser du mur. Le combat était acharné. Hector lança alors un assaut général contre le camp grec. Il réussit à soulever une énorme pierre avec laquelle il défonça une des portes du camp.

 

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