L'Odyssée 1 à 6

HOMERE

 

 

L’ODYSSEE

 

 

 

 

Résumé établi par Yves Le Lannou

D’après la traduction de Médéric Dufour et Jeanne Raison

Editions Garnier-Flammarion, Paris 1965

 

 

 

 

 

I - Les dieux décident le retour d’Ulysse

A cette époque, tous les guerriers grecs qui n’étaient pas morts à la guerre devant Troie ou en mer lors de leur retour étaient déjà rentrés chez eux depuis longtemps. Tous, sauf Ulysse, le roi d’Ithaque. Il était retenu sur l’île d’Ogygie par la nymphe Calypso qui était tombée amoureuse de lui. Il était surtout poursuivi par la haine tenace de Poseidon, le dieu de la mer. Mais, pendant que celui-ci était parti recevoir des sacrifices chez les Ethiopiens, les autres dieux se réunirent sur l’Olympe. Zeus, leur roi, parla de l’assassinat d’Egisthe par Oreste, le fils d’Agamemnon. Athéna, elle, profita de l’absence de son oncle pour évoquer le sort de son protégé, Ulysse, retenu contre son gré loin de chez lui par Calypso. Zeus lui rappela qu’Ulysse avait gravement offensé Poseidon en aveuglant son fils le cyclope Polyphème. Mais il décida de faire cesser cette situation qui durait depuis trop longtemps.

Athéna lui demanda alors qu’il envoie immédiatement Hermès, le messager des dieux, donner l’ordre à Calypso de laisser son prisonnier libre de repartir. Athéna elle-même irait en personne à Ithaque encourager Télémaque, le fils d’Ulysse, à chasser les prétendants qui le ruinaient et à partir pour Pylos et Sparte chercher des renseignements sur le sort de son père. Elle s’y rendit d’ailleurs immédiatement et apparut à l’entrée du manoir d’Ulysse ayant pris l’apparence de Mentès, le chef des Taphiens. Les prétendants étaient tous là en train de jouer et de faire bombance. Télémaque aperçut le visiteur. Il le fit entrer et lui fit servir à manger. Pendant ce temps, les prétendants commençaient à banqueter en écoutant le chant d’un aède.

Après son repas, le fils d’Ulysse interrogea son hôte qui lui raconta qu’il était en route avec ses vaisseaux pour aller échanger du bronze contre du fer et qu’il faisait escale à Ithaque. Le visiteur apprit surtout à Télémaque que son père était retenu par la nymphe Calypso dans son île. Il lui demanda aussi qui étaient et ce que faisaient là ces gens qui festoyaient dans sa maison. Télémaque lui expliqua que, comme Ulysse était parti de chez lui depuis déjà vingt ans, beaucoup de gens le croyaient mort et que certains désiraient épouser sa veuve, Pénélope. Les prétendants dévoraient les provisions d’Ulysse sans compter en attendant qu’elle se décide à choisir l’un d’entre eux pour se remarier. Athéna-Mentès poussa Télémaque à réagir. Elle lui conseilla de convoquer l’assemblée du peuple à l’agora dès le lendemain et d’ordonner publiquement aux prétendants de quitter sa maison.

Elle lui suggéra aussi d’aller chercher des nouvelles de son père auprès des rois Nestor et Ménélas, lui rappelant au passage le grand renom qu’avait gagné Oreste en vengeant son père Agamemnon. Ensuite elle disparut et Télémaque retourna dans la grande salle parmi les prétendants. Pénélope vint pour demander à l’aède s’il ne pouvait chanter autre chose que toujours les malheurs des Grecs au retour de la guerre de Troie. Télémaque prit la défense du poète et renvoya sa mère dans ses appartements. Ensuite il invita les prétendants à se rendre le lendemain matin à l’agora et leur annonça qu’il leur demanderait devant tout le peuple de quitter sa maison. Antinoos, un des principaux d’entre eux, s’étonna de ce sursaut d’énergie de la part d’un si jeune homme. Un autre, Eurymaque, lui assura que personne ne voulait le priver de ses biens. Mais, là-dessus, les prétendants recommencèrent leur fête et Télémaque, qui avait bien reconnu un dieu en la personne de Mentès, alla se coucher en réfléchissant au voyage qu’il lui avait suggéré.


II - Télémaque veut chasser les prétendants

Le lendemain matin, comme prévu, Télémaque convoqua l’assemblée des habitants d’Ithaque. Devant tous, il exposa sa situation, son père disparu et les prétendants qui gaspillaient ses richesses. Il demandait de l’aide. Tout le monde éprouva de la pitié pour lui. Mais Antinoos rejeta l’entière responsabilité de la situation sur Pénélope. Il dévoila le stratagème qu’elle avait utilisé pour retarder le moment de sa décision. Elle avait dit qu’elle ne donnerait sa réponse que lorsqu’elle aurait fini de tisser le drap mortuaire destiné au vieux Laërte, le père d’Ulysse. Or on s’était aperçu qu’elle défaisait secrètement pendant la nuit l’ouvrage réalisé pendant la journée. Cela faisait presque quatre ans qu’elle retardait ainsi frauduleusement sa décision. Une servante avait révélé la ruse aux prétendants qui avaient finalement obligé Pénélope à terminer son travail. Il fallait absolument que Télémaque oblige sa mère à se remarier au plus vite sinon les prétendants continueraient à dévorer ses biens.

Télémaque répondit qu’il ne pouvait pas, sous peine d’être condamné par les dieux, renvoyer sa propre mère de sa maison. A ce moment, Zeus envoya un présage. Deux aigles apparurent qui se battirent entre eux au-dessus de l’agora puis repartirent vers l’horizon. Un ancien interpréta cela comme un signe du retour prochain d’Ulysse et une menace contre l’arrogance des prétendants. Mais Eurymaque se moqua de lui, le menaça et intima l’ordre à Télémaque de renvoyer sa mère chez son propre père, selon les usages, pour qu’elle se choisisse un nouvel époux. Télémaque changea alors de sujet et demanda qu’on lui fournisse un bateau et un équipage pour se rendre à Pylos et à Sparte chercher des renseignements. Mentor, à qui Ulysse avait confié sa famille en partant pour Troie, adjura le peuple de soutenir Télémaque contre les prétendants. Mais l’un d’eux, Léocrite, l’insulta et congédia l’assemblée en doutant que Télémaque parte réellement.

Errant seul sur le rivage, celui-ci invoqua la déesse Athéna qui lui apparut cette fois-ci sous les traits de Mentor. Elle se chargea de trouver le navire et de recruter un équipage pour le voyage projeté. Elle dit aussi à Télémaque de retourner chez lui rassembler des provisions. Les prétendants le reçurent avec des moqueries et même des menaces à peine voilées. Il fit sortir discrètement des réserves du vin et de la farine par la vieille intendante Euryclée à qui il demanda également de garder le secret de son départ devant Pénélope. Pendant ce temps, Athéna prit l’aspect de Télémaque lui-même et parcourut la ville. Elle obtint sans difficultés un navire et rassembla un équipage. Ensuite elle poussa les prétendants à aller se coucher et, ayant repris l’aspect de Mentor, elle fit partir Télémaque. Une fois en mer, il fit une libation aux dieux avec ses compagnons et ils furent poussés par un vent favorable.


III - Télémaque chez Nestor

Télémaque et ses hommes arrivèrent à Pylos au moment où les habitants faisaient un grand sacrifice à Poseidon sur le rivage. Pisistrate, un des fils du roi Nestor, accueillit les nouveaux venus. Il fit asseoir Télémaque et Mentor parmi les assistants et leur donna du vin et de la viande. Mentor, puis Télémaque, offrirent une libation à Poseidon. Après le banquet, Nestor demanda aux nouveaux venus qui ils étaient. Télémaque, à qui Athéna donnait du courage, se présenta et demanda à Nestor ce qu’il pouvait lui apprendre à propos de son père Ulysse. Le vieux Nestor parla alors tous les maux subis par les Grecs devant Troie et évoqua les guerriers morts à la guerre. Il insista sur la valeur d’Ulysse et sur le fait qu’ils étaient tous deux d’excellents amis.

Il raconta comment, après la prise et le pillage de Troie, parce qu’ils ne respectaient pas les rites, Athéna avait mis la discorde entre les deux Atrides. Ménélas voulait repartir sans attendre alors que son frère Agamemnon voulait rester pour offrir d’abord des sacrifices aux dieux. Une partie de l’armée était donc partie tout de suite mais, à Ténédos, certains, dont Ulysse lui-même, étaient retournés en arrière pour rejoindre Agamemnon. Nestor, lui, avait continué. Il avait encore vu Ménélas dans l’île de Lesbos puis il était rentré sans encombres chez lui à Pylos. Il ignorait ce qu’étaient devenus les autres. Il avait quand appris depuis son retour qu’un certains nombre de contingents grecs étaient rentrés chez eux. Il savait, comme tout le monde, comment avait péri tristement Agamemnon sous les coups d’Egisthe, et comment le fils d’Agamemnon avait vengé son père. Nestor avait aussi été informé des agissements des prétendants à Ithaque et il demanda à Télémaque s’il les laissait volontairement agir ainsi. Il souligna qu’Ulysse avait toujours été visiblement favorisé par la déesse Athéna. Télémaque montra pourtant son pessimisme. Mais Mentor-Athéna lui répondit qu’il préférerait subir de longues et dures épreuves avant de rentrer chez lui en paix plutôt que de rentrer sans difficultés et de périr misérablement comme cela était arrivé à Agamemnon.

Télémaque demanda alors à Nestor de lui raconter en détail ce qui est arrivé à Agamemnon. Nestor expliqua alors comment Egisthe, qui était resté en Grèce pendant qu’Agamemnon se battait devant Troie, en avait profité pour séduire Clytemnestre, l’épouse du roi. La reine avait d’abord résisté mais Egisthe avait réussi à exiler l’aède à qui Agamemnon avait confié sa femme en partant et il était parvenu à ses fins. Pendant ce temps, Nestor et Ménélas, le frère d’Agamemnon, rentraient ensemble de Troie. Mais le pilote de Ménélas mourut au niveau du cap Sounion. Ménélas avait dû s’arrêter pour l’ensevelir et, par la suite, Zeus lui avait réservé une navigation difficile. Sa flotte avait été dispersée. Il arriva en Crète. Ayant encore perdu une partie de ses vaisseaux sur des récifs, il fut entraîné jusqu’en Egypte avec seulement cinq navires. Il y resta longtemps, amassant au passage de grandes richesses. Egisthe put ainsi régner tranquillement sur Mycènes pendant sept années après avoir tué Agamemnon. Ensuite Oreste, le fils d’Agamemnon, était revenu d’Athènes et avait tué sa mère et le meurtrier de son père. Ménélas n’était arrivé qu’à ce moment.

Après ce récit, Nestor encouragea Télémaque à ne pas rester trop longtemps absent d’Ithaque. Il le poussa quand même à aller interroger Ménélas à Sparte. Il lui proposa même des chevaux pour y aller par voie de terre et un de ses fils pour l’accompagner. Alors ils terminèrent par de nouvelles libations. Nestor les convia à passer la nuit dans son palais. Mentor-Athéna poussa Télémaque à accepter mais, lui, il préféra retourner au vaisseau. Il les quitta en prenant la forme d’un oiseau. Nestor reconnut alors Athéna et lui promit un sacrifice. Après de nouvelles libations au palais, Nestor logea Télémaque et lui donna son fils Pisistrate pour compagnon de voyage. Le lendemain, Nestor organisa le sacrifice à Athéna. On amena une génisse dont on recouvrit les cornes d’or. Athéna elle-même assista au sacrifice. La bête fut tuée et la viande fut rôtie selon les rites. Auparavant Polycaste, la plus jeune des filles de Nestor, avait accompagné Télémaque au bain. Après cela, on équipa un char avec des provisions. Pisistrate prit les rênes et partit avec Télémaque. Le premier soir, ils firent étape à Phères, chez Dioclès. Le lendemain, ils arrivèrent dans la riche plaine de Sparte.


IV - Télémaque chez Ménélas

Ils entrèrent dans la ville et se rendirent aussitôt au palais de Ménélas. Celui-ci était en train de célébrer le mariage de sa fille avec le fils d’Achille et celui de son fils avec une jeune fille de Sparte. Sans même s’être présentés, les deux jeunes gens furent bien reçus. Ils prirent un bain, reçurent des vêtements propres et furent accueillis au banquet. Ils s’émerveillaient devant tant de richesses. Voyant cela, Ménélas leur expliqua qu’il avait pu amasser ces richesses au prix de sept années d’errance au retour de la guerre de Troie et que, pendant ce temps-là, on assassinait son frère Agamemnon. Il poursuivit en rappelant le souvenir des guerriers qui n’étaient pas revenus de la guerre de Troie et évoqua en particulier Ulysse. En entendant cela, Télémaque se mit à pleurer. Ménélas en fut surpris. A ce moment, Hélène rejoignit l’assemblée et reconnut les traits d’Ulysse dans ce jeune homme qui pleurait. Pisistrate, le fils de Nestor, leur dit alors qu’il s’agissait bien de Télémaque, le fils d’Ulysse. Alors tous fondirent en larmes. Pisistrate rappela le souvenir de son frère Antiloque, mort lui aussi devant Troie.

Hélène mélangea alors au vin une drogue qui faisait oublier toute douleur et elle raconta comment, alors qu’elle était à Troie, Ulysse était venu dans la ville sous un déguisement de mendiant. Ménélas à son tour raconta comment Hélène avait inspecté le cheval dans lequel il était enfermé avec d’autres guerriers grecs, dont Ulysse. Hélène avait appelé les principaux guerriers grecs par leur nom et imité la voix de leurs épouses. C’est Ulysse qui avait obligé tout le monde à ne pas réagir. Après ces récits, Télémaque demanda à aller dormir. Le lendemain matin, Ménélas alla le trouver pour lui demander la raison de sa visite à Lacédémone. Télémaque lui décrivit la situation à Ithaque, avec les prétendants qui dévoraient les richesses d’Ulysse, et demanda si Ménélas avait des nouvelles de son père. Ménélas s’indigna des agissements des prétendants et entreprit de raconter à Télémaque ce qu’il avait lui-même appris en Egypte. Il était retenu depuis plusieurs jours par les vents contraires dans l’île de Pharos quand Idothée, la fille de Protée, le vieillard de la mer, lui avait conseillé de capturer son père pour obtenir de lui des informations. Elle lui avait même dit comment faire.

Avec trois compagnons de confiance, Ménélas était arrivé le lendemain matin sur la plage. Idothée les avait cachés sous des peaux de phoque. Vers midi, le vieillard était arrivé avec ses phoques. Profitant de son sommeil, les Grecs se sont emparés de lui. Il avait bien essayé toutes les métamorphoses possibles mais finalement s’était rendu et avait donné à Ménélas les informations qu’il souhaitait. D’abord, il lui faudrait retourner sur le rivage égyptien pour offrir les sacrifices rituels aux dieux. Il raconta la mort en mer d’Ajax puis l’assassinat d’Agamemnon par Egisthe. Le vieillard consola Ménélas en lui disant qu’il pourrait rentrer chez lui venger son frère, à moins qu’Oreste, le fils d’Agamemnon, ne s’en soit déjà chargé. Protée lui raconta enfin qu’Ulysse était vivant, retenu depuis plusieurs années par la nymphe Calypso. Après cela, le vieillard était reparti dans la mer. Ménélas ajouta qu’après ces révélations, il était retourné faire les sacrifices requis en Egypte et qu’il avait enfin pu rentrer chez lui.

Il invita Télémaque à rester plusieurs jours à Sparte. Mais le fils d’Ulysse refusa. Il devait rentrer rapidement. Il refusa aussi des chevaux que Ménélas voulait lui donner en cadeau parce qu’il n’y avait pas de place pour eux à Ithaque. Ménélas lui promit alors en cadeau un cratère d’argent forgé par Héphaïstos et rapporté de Phénicie. Pendant ce temps, à Ithaque, les prétendants apprirent par hasard que Télémaque était parti. Inquiets de cet acte d’autorité, ils décidèrent alors de se mettre en embuscade sur un bateau pour l’assassiner à son retour. Pénélope en fut informée. Elle commença par se lamenter puis, sur les conseils de la nourrice Euryclée, elle pria Athéna. Pendant que les prétendants allaient se mettre en embuscade, Athéna envoya à Pénélope un fantôme à l’image de sa sœur Iphthimé. Celui-ci apprit à Pénélope qu’Athéna était aux côtés de Télémaque. Reconnaissant une déesse, Pénélope lui demanda des nouvelles d’Ulysse mais Athéna refusa de lui répondre. Pendant ce temps un bateau armé par les prétendants attendait en mer le retour de Télémaque.


V - Ulysse quitte Calypso

Les dieux tinrent de nouveau conseil. Athéna intervint encore une fois pour décrie la douleur d’Ulysse retenu par Calypso. Zeus alors encouragea sa fille à protéger Télémaque. Lui-même envoya Hermès auprès de la nymphe lui ordonner de laisser partir Ulysse. Il devrait rentrer seul et difficilement mais atteindre en vingt jours le pays des Phéaciens qui lui feraient de riches cadeaux et le reconduiraient chez lui. Aussitôt Hermès obéit. Il trouva Calypso chez elle, dans sa grotte. Ulysse n’y était pas. Il pleurait sur son sort sur le rivage. Après s’être restauré, le messager des dieux délivra l’ordre de Zeus. Calypso se plaignit de ce que les immortels ne supportaient pas que les déesses soient amoureuses de simples mortels. Mais elle se plia à la décision du roi des dieux et Hermès repartit. Calypso alla alors trouver Ulysse pour lui annoncer la nouvelle. Celui-ci lui demanda de jurer que ce n’était pas un piège et qu’elle ne méditait pas sa perte. La nymphe prêta serment et Ulysse la suivit dans sa grotte où ils dînèrent. Il expliqua à Calypso qu’il préférait rester un simple mortel et retrouver sa femme plutôt que de rester avec elle, même immortel.

Le lendemain matin à l’aube, ils préparèrent ensemble son départ. Elle lui fournit des outils et lui montra où il pouvait trouver de grands arbres. Il en abattit vingt, les polit, les ajusta et les fixa ensemble. Il construisit ainsi un radeau auquel il adapta un mât et un gouvernail. Calypso donna aussi de quoi fabriquer une voile. Ulysse acheva son ouvrage en quatre jours. Le cinquième, Calypso lui apporta du vin, de l’eau et des vivres qui furent chargés sur le radeau. Elle suscita un vent favorable et Ulysse prit la mer. Le dix-huitième jour de navigation, Ulysse aperçut les montagnes du pays des Phéaciens. Mais Poseidon revint du pays des Ethiopiens et vit Ulysse sur la mer. Il voulut lui infliger encore des épreuves. Il déchaîna une grande tempête. Le radeau fut disloqué par les lames et Ulysse fut jeté à la mer.

La déesse Leucothée l’aperçut alors et le prit en pitié. Elle lui apparut sous la forme d’une mouette. Elle lui conseilla de se débarrasser de ses vêtements et de nager vers la côte. Elle lui donna un voile qui le protégerait de la souffrance et de la mort, mais il devrait le rejeter à la mer quand il aurait atteint le rivage. Puis elle repartit. Ulysse hésitait à quitter ce qui restait de son radeau car il craignait une nouvelle ruse d’un dieu malveillant. Mais Poseidon envoya une énorme vague qui dispersa les planches du radeau. Ulysse quitta alors ses vêtements et se mit à nager. A ce moment, Poseidon rentra dans son palais et Athéna en profita pour calmer les flots. Ulysse resta deux jours dans l’eau. Le troisième, il atteignit la côte mais réalisa que c’étaient des falaises et qu’il courait le risque d’être fracassé contre elles par les vagues. Finalement, inspiré par Athéna, il nagea le long du rivage et découvrit l’embouchure d’un cours d’eau. Il adressa une prière au fleuve qui suspendit un instant son cours pour l’accueillir. Sitôt à terre, Ulysse rejeta à la mer le voile de la déesse. Il était en triste état. Il se réfugia dans la forêt et aménagea un lit de feuillages où il s’endormit, épuisé.


VI - Ulysse est recueilli par Nausicaa

Pendant qu’Ulysse dormait, Athéna partit pour le pays des Phéaciens. Ce peuple avait été d’abord voisin des Cyclopes puis il était venu s’installer à l’écart, à Schérie. La déesse, sous les traits d’une de ses compagnes, inspire à la belle Nausicaa, la fille d’Alcinoos, le roi du pays, l’idée d’aller avec ses suivantes faire la lessive à l’embouchure de la rivière en prévision de son mariage. Elle lui suggéra aussi de demander des chariots et des mules à son père pour s’y rendre. Dès l’aube, Nausicaa en fit part à son père qui accepta facilement ce qu’elle demandait. On entassa les vêtements à laver dans un chariot. La reine donna un panier de vivres, du vin et de l’huile pour se frotter après le bain. Nausicaa partit ainsi avec ses suivantes. Elles arrivèrent à l’embouchure du fleuve. Le linge fut aussitôt lavé et mis à sécher. Ensuite les jeunes filles se baignèrent, déjeunèrent et se mirent à jouer à la balle. Athéna fit que la balle tomba dans l’eau. Les jeunes filles crièrent et Ulysse se réveilla.

Après avoir hésité, et voyant qu’il n’y avait pas de danger, Ulysse sortit de sa cachette et leur apparut, nu et sale. A cette vue, les jeunes filles s’enfuirent. Seule Nausicaa resta. Ulysse, pour ne pas l’effrayer, la supplia à quelque distance. Il expliqua qu’il était naufragé, qu’il venait de l’île Ogygie. Il demandait un vêtement et qu’on lui montre où était la ville. Nausicaa lui dit qu’il était chez les Phéaciens, que leur roi était Alcinoos et qu’elle était sa fille. Elle rappela ses servantes, leur ordonna de baigner Ulysse et de lui donner à manger. Quand il fut propre et habillé, les jeunes filles lui trouvèrent belle allure et lui donnèrent à manger. Après cela, Nausicaa expliqua à Ulysse qu’elle allait le conduire. Elle lui demanda seulement de s’écarter quand ils arriveraient en ville afin que le peuple ne se demande pas quel était cet homme qui l’accompagnait. Ulysse devrait attendre à l’entrée de la ville le temps nécessaire pour qu’elle rentre seule au palais. Ensuite, il trouverait facilement le palais d’Alcinoos. Là, Ulysse devrait implorer la reine en premier. Nausicaa repartit. Ulysse adressa une prière à Athéna mais celle-ci ne lui apparut pas par respect pour son oncle Poseidon dont la colère contre Ulysse était encore très forte.

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