L'Odyssée 7 à 12

VII - Ulysse chez les Phéaciens

 

Nausicaa rentra au palais de son père Alcinoos. Après avoir un peu attendu, Ulysse entra à son tour en ville. Athéna l’entoura d’un nuage afin qu’il échappe à la curiosité des gens. Elle-même prit l’aspect d’une petite fille qui venait à sa rencontre et il lui demanda son chemin. Il traversa la ville à sa suite. Elle lui dit de ne parler à personne et en plus fit que personne ne pouvait les voir. Ulysse admirait la ville des Phéaciens. Arrivés au palais, Athéna fit à Ulysse la même recommandation que Nausicaa. Il fallait s’adresser d’abord à la reine Arété, descendante de Poseidon, comme le roi Alcinoos qui était à la fois son mari et son oncle. Laissant Ulysse à la porte du palais, Athéna repartit. La maison d’Alcinoos était magnifique. Toute l’année les chefs phéaciens pouvaient se réunir en banquet dans la grande salle. Le domaine produisait en abondance tous les biens nécessaires et les servantes étaient nombreuses et diligentes. Ulysse restait muet d’admiration.

A l’intérieur, il trouva les chefs phéaciens en train de faire une libation à Hermès avant d’aller se coucher. Il traversa la salle et s’agenouilla devant la reine Arété. C’est alors qu’Athéna le rendit de nouveau visible à tous. Après avoir imploré la pitié d’Arété, Ulysse alla s’asseoir près du foyer. Le plus âgé des assistants dit à Alcinoos qu’il fallait recevoir l’étranger dignement. Le roi installa alors Ulysse près de lui, à la place de son fils Laodamas. Une servante vint lui laver les mains et on lui donna à manger. Alcinoos fit faire une libation à Zeus qui protège les suppliants. Ensuite, il suggéra que tous aillent dormir et que, le lendemain matin, ils se retrouvent pour des sacrifices et pour reconduire l’étranger chez lui. Ulysse resta seul avec Alcinoos et Arété dans la grande salle.

La reine avait reconnu sur Ulysse les vêtements que lui avait prêtés Nausicaa. Elle lui demanda qui il était et d’où il venait. Il répondit qu’il venait de l’île Ogygie où il était arrivé seul à la suite d’un naufrage et où il avait été retenu plusieurs années par la nymphe Calypso qui s’était éprise de lui et voulait le rendre immortel s’il acceptait de rester avec elle. Il y était resté sept ans et puis la nymphe l’avait finalement laissé partir. Il raconta sa navigation, son naufrage, comment il avait enfin réussi à aborder sur la terre des Phéaciens et comment il avait rencontré Nausicaa qui avait accepté de l’aider. Alcinoos regretta que sa fille n’ait pas directement amené le naufragé au palais mais Ulysse lui expliqua les raisons de sa fille. Alcinoos proclama alors qu’il aimerait garder Ulysse auprès de lui et en faire son gendre, mais qu’il ne le retiendrait pas s’il voulait absolument rentrer chez lui. Il le ferait reconduire et fixa même le départ au lendemain. Après cela, tous allèrent dormir.

 

VIII - Jeux chez les Phéaciens

 

Dès l’aube, Alcinoos se leva, ainsi qu’Ulysse. Ils allèrent à l’agora, près du port. Athéna elle-même, sous les traits d’un héraut, rassembla les anciens. Bientôt tous furent réunis. La déesse avait rendu Ulysse plus beau et plus fort pour qu’il attire le respect et l’amitié des Phéaciens et l’emporte dans les épreuves auxquelles ils voudraient le soumettre. Quand tous furent rassemblés, Alcinoos annonça qu’un étranger était arrivé chez eux et demandait à être raccompagné chez lui. Sans savoir qui il était ni d’où il venait, Alcinoos demandait qu’on prépare un navire et un équipage et dit qu’il allait faire préparer un festin. En attendant, les chefs des Phéaciens étaient conviés à des réjouissances au palais où tous se retrouvèrent. On alla chercher l’aède aveugle qui entreprit de chanter les aventures des guerriers grecs devant Troie. En entendant cela, Ulysse se mit à pleurer et de couvrit la tête d’un pan de son manteau pour cacher ses larmes. Seul Alcinoos s’en aperçut. Il s’empressa d’interrompre l’aède et de suggérer que tous sortent pour se livrer à des jeux sportifs.

Ils retournèrent donc à l’agora, en particulier les jeunes gens les plus beaux et les plus vigoureux. Ils se livrèrent à des compétitions de course à pied, puis de lutte, de saut, de lancer du disque et de pugilat. Ensuite Laodamas, le fils d’Alcinoos, voulut faire participer Ulysse en constatant qu’il avait une stature de vrai athlète. Mais Ulysse commença par refuser. Alors Euryale, le plus beau des jeunes gens, le provoqua en l’imaginant simple chef de pirates peu porté sur les jeux sportifs. Cela fit réagir Ulysse qui traita Euryale de fou puis s’empara d’un disque plus lourd que les autres qu’il lança beaucoup plus loin que ne l’avaient fait les jeunes gens avant lui. Ensuite il défia lui-même tous les jeunes gens à tous les sports, sauf Laodamas qui était le fils de son hôte. Il admit qu’il ne courait le risque d’être battu qu’à la course à pied. Alcinoos calma les esprits. Il reconnaissait que les Phéaciens ne brillaient pas forcément en lutte et au pugilat mais qu’ils étaient excellents à la course, en navigation, en danse et en chant. Aussi bien fit-il chercher au palais la lyre de l’aède pour que celui-ci rythme la danse. L’aède chanta les amours d’Arès et d’Aphrodite.

Il raconta comment Aphrodite, l’épouse d’Héphaïstos, avait trompé celui-ci avec le dieu Arès, comment Hélios était allé tout raconter au mari trompé et comment celui-ci s’était vengé en fabriquant un filet qui prit au piège les amants en pleine action. Les dieux de l’Olympe s’assemblèrent pour regarder le spectacle et éclatèrent d’un énorme rire. Seul Poseidon demanda à Héphaïstos de délivrer Arès. Quand les deux amants furent libres, Arès s’enfuit en Thrace et Aphrodite à Chypre. Tous les assistants appréciaient le chant de l’aède. Ulysse admit que les Phéaciens excellaient à la danse. Après cela, Alcinoos, tout content, demanda aux chefs phéaciens de faire apporter des cadeaux pour l’étranger. Il y avait dans le pays douze rois, plus Alcinoos lui-même. Chacun devrait apporter un manteau, une tunique et un talent d’or. Le roi demanda également à Euryale de se faire pardonner par Ulysse. Euryale lui donna une épée de bronze à la poignée d’argent et au fourreau d’ivoire et Ulysse accepta le cadeau et les excuses. Alcinoos lui donna aussi une coupe en or. Après cela, on prépara le bain pour Ulysse avant le banquet. Ensuite il retourna se mêler aux convives. Nausicaa l’admirait.

Au cours du banquet, Ulysse fit apporter une part de viande à l’aède et lui demanda s’il pouvait chanter pour l’assistance l’épisode du cheval de Troie. L’aède raconta alors comment les Grecs repartaient sur leurs navires après avoir mis le feu à leurs tentes et comment le cheval où étaient enfermés des guerriers, dont Ulysse, se retrouva sur l’agora des Troyens. Certains voulaient le transpercer de leurs armes, d’autres voulaient le précipiter du haut d’un rocher mais ils décidèrent finalement de le respecter comme une offrande aux dieux. L’aède chanta aussi comment la ville de Troie fut ensuite mise à sac par les guerriers grecs sortis du cheval. De nouveau, Ulysse se mit à pleurer, très ému. Alcinoos s’en aperçut et interrompit l’aède. Intrigué, il demanda aussi à Ulysse de se nommer et de dire d’où il venait afin qu’on puisse le raccompagner même si une prédiction annonçait qu’un jour Poseidon perdrait un navire phéacien qui aurait ramené chez lui un étranger. Il lui demanda aussi de raconter ses aventures.

 

IX - les aventures d’Ulysse : le Cyclope

 

Ulysse alors se présenta. Il était fils de Laërte et il venait de l’île d’Ithaque. Son île, et les voisines, étaient petites et rocheuses mais il rêvait de les revoir au point que deux déesses avaient cherché sans succès à le retenir. Et il commença à raconter ses aventures.

« Peu après avoir quitté la ville de Troie avec mes douze vaisseaux, j’ai pillé Ismaros, la cité des Cicones. Après cela je voulais repartir rapidement mais mes compagnons ont préféré rester boire et manger sur le rivage. Les Cicones en ont profité pour aller chercher des renforts et plusieurs de mes hommes ont été tués au combat. Ensuite nous avons été pris dans une tempête et les vents nous ont entraînés au pays des Lotophages. Les trois hommes que j’ai envoyés en reconnaissance ont mangé de ce lotos qui enlève toute envie de repartir. J’ai dû les ramener de force aux navires et nous avons repris la mer. Après cela, nous sommes arrivés au pays des Cyclopes, des géants qui n’ont qu’un œil, qui ne cultivent pas la terre et qui n’ont aucune organisation politique. Nous sommes descendus à terre dans une île déserte où paissaient des chèvres. Nous en avons tué un grand nombre et nous sommes restés à festoyer sur la plage.

Le lendemain matin, avec un seul navire, je suis allé reconnaître la terre des Cyclopes. Après avoir tiré le bateau à terre, je suis parti avec douze compagnons. J’emportais avec moi une outre d’un excellent vin que m’avait donné le prêtre d’Apollon à Ismaros parce que je l’avais épargné. Dans cet endroit habitait le cyclope Polyphème, un géant qui vivait tout seul en gardant ses brebis. Nous sommes arrivés dans son antre. Les autres voulaient prendre des fromages et repartir tout de suite, mais j’ai eu la curiosité de voir si le géant nous recevrait et nous donnerait des présents d’hospitalité. Quand il est enfin arrivé, il a commencé par refermer l’entrée de la grotte avec une énorme pierre. Il nous aperçut alors et nous demanda qui nous étions. Je lui ai demandé l’hospitalité au nom des dieux et il m’a répondu que les cyclopes étaient bien supérieurs aux dieux. Il me demanda où était notre vaisseau. J’eus la prudence de lui dire que nous étions des naufragés. A ce moment, il saisit deux de mes hommes, leur fracassa la tête sur les parois de la grotte et les dévora. Puis il s’endormit. Je ne pouvais pas le tuer pendant son sommeil car nous aurions été coincés dans la caverne.

Nous avons attendu le matin en gémissant. Il dévora encore deux de mes hommes pour son déjeuner puis partit avec son troupeau en nous enfermant. Pendant la journée, j’ai coupé un bout d’une énorme massue qui traînait, je l’ai taillé en pointe et je l’ai durci au feu. Quand le cyclope est revenu, il a encore mangé deux de mes marins. Alors je lui ai proposé de mon vin. Il l’a trouvé très bon et en a repris plusieurs fois. Tout content, il me demanda mon nom. Prudemment, je lui ai répondu que je m’appelais Personne. Alors il me dit que pour me récompenser, il me dévorerait le dernier. Puis il s’endormit lourdement, gorgé de vin. Alors nous avons profité de son sommeil pour l’aveugler en lui crevant son œil unique avec notre pieu. Il hurla de douleur et appela à l’aide les autres cyclopes du voisinage. Mais quand ils lui demandèrent qui lui faisait du mal, il répondit Personne. Alors ils repartirent.

A tâtons, il retira la pierre de la porte. Au matin, mes marins et moi avons réussi à sortir de la grotte en nous accrochant sous les moutons dont il tâtait le dos au passage. Nous avons ainsi pu rejoindre notre navire et nous sommes partis rapidement. Depuis mon bateau, à faible distance de la côte, je n’ai pas pu m’empêcher de me moquer de Polyphème. Il a alors lancé un énorme rocher dans notre direction. Il nous rata mais cela provoqua un remous qui manqua nous rejeter à la côte. Eloigné de nouveau, je lui ai encore lancé des railleries et je lui ai donné mon vrai nom. Polyphème se mit à se lamenter parce que ce qui lui était arrivé lui avait été prédit. Il implora aussi son père le dieu Poseidon pour que jamais je ne revienne chez moi. Quand nous sommes revenus auprès des autres navires, nous avons sacrifié quelques uns des moutons du cyclope à Zeus mais il n’agréa pas le sacrifice. Enfin, nous sommes repartis.

 

X - Les aventures d’Ulysse : Eole, Circé

 

Nous sommes alors arrivés à l’île du dieu des vents, Eole. C’est une île qui flotte. Le dieu a six fils et six filles et ils passent leur temps à festoyer. Nous avons été très bien reçus par eux et nous y sommes restés tout un mois. A notre départ, Eole me donna une outre où il avait enfermé les vents mauvais pour qu’ils ne contrarient pas notre navigation. Au dixième jour de navigation, nous étions déjà en vue de notre pays mais je m’endormis et, pendant ce temps, mes compagnons, à la fois curieux et envieux, commirent l’imprudence fatale d’ouvrir l’outre. Les vents se déchaînèrent et nous avons été aussitôt pris par une tempête qui nous ramena à l’île d’Eole. J’ai demandé au dieu de nous aider à nouveau mais, cette fois-ci, il m’a chassé en disant qu’il n’avait pas à secourir ceux qui étaient détestés par les immortels. Après encore une semaine de navigation, nous sommes arrivé au pays des Lestrygons et nous sommes entrés dans le port. Moi seul ai pris la précaution de rester à l’écart. J’ai envoyé trois hommes en reconnaissance. Ils ont rencontré une géante qui était la fille du Lestrygon Antiphatès. Elle les a conduits à ses parents. Là, son père a tué un de mes hommes pour le manger et les deux autres se sont enfuis pour me prévenir du danger. Tous les Lestrygons sont alors arrivés et ont massacré la plupart de mes compagnons. Seul mon vaisseau a pu repartir.

Nous avons ensuite abordé l’île Aiaié où habite Circé. Après deux jours de repos et de lamentations sur le rivage, j’ai aperçu une fumée à l’intérieur de l’île. J’ai aussi réussi à tuer un grand cerf et je l’ai partagé avec mes marins. Cela nous a redonné du courage. Le lendemain, nous nous sommes divisés en deux groupes, le mien et celui d’Eurylochos. Le sort a voulu que celui-ci soit désigné pour aller explorer l’intérieur de l’île. Ils sont partis très inquiets en pensant à ce qui était arrivé chez les Lestrygons et le cyclope. Arrivés devant le manoir de la déesse Circé, ils ont rencontré des bêtes sauvages qui curieusement se comportaient comme des chiens apprivoisés. Ils ont entendu Circé qui chantait en tissant et l’ont appelée. Elle les a fait entrer. Mais Eurylochos a préféré rester dehors par prudence. Elle a fait boire à mes marins une drogue qui les a transformés en cochons. Eurylochos est revenu me prévenir que tous avaient disparu. Comme il refusait de me guider, je suis parti tout seul pour la maison de Circé.

En chemin, j’ai rencontré le dieu Hermès qui avait pris l’aspect d’un tout jeune homme. Il me dit que mes hommes avaient été changés en porcs, il m’a donné des herbes pour me prémunir contre les drogues et m’a dit comment agir avec la magicienne. Circé m’a reçu, m’a donné à boire et a voulu ensuite m’entraîner vers l’étable. Alors j’ai tiré mon épée et l’en ai menacée. Circé, voyant que je n’étais pas transformé en porc malgré son breuvage, comprit que j’étais cet Ulysse dont Hermès lui avait prédit l’arrivée. Elle m’a proposé de coucher avec elle. J’ai accepté, mais en lui faisant prêter le serment de ne pas en profiter. Elle m’a fait donner un bain. Elle m’a fait servir un repas mais j’ai réclamé d’abord que mes compagnons soient délivrés, ce qu’elle fit. Elle m’a alors dit de faire tirer mon vaisseau au sec et de revenir chez elle avec mes hommes. Eurylochos a voulu les retenir et j’ai bien failli le frapper de mon épée. Finalement nous sommes retournés chez Circé.

Nous y sommes restés un an, parfaitement bien traités. Au bout de cette année, mes compagnons m’ont persuadé de repartir. Alors Circé m’a annoncé qu’avant de rentrer chez moi il me fallait d’abord aller au royaume des morts pour y interroger le devin Tirésias. Cela m’a rempli d’effroi. Circé m’a expliqué comment il fallait faire. Le vent nous porterait au bon rivage à l’endroit où le Cocyte, dont les eaux viennent du Styx, et le Pyriphlégéthon se jettent dans l’Achéron. Là, je devrais creuser une fosse, y verser une libation et promettre un sacrifice aux morts à mon retour à Ithaque. Ensuite mes compagnons tueraient des bêtes mais je devrais empêcher les morts de toucher au sang avant que Tirésias ne m’ait indiqué comment rentrer chez moi à Ithaque. Le lendemain, à l’aube, j’ai rassemblé mes compagnons pour le départ. Mais Elpénor, qui était encore ivre, se tua en tombant du toit. Mes marins furent terrorisés quand je leur ai annoncé qu’il fallait d’abord aller visiter le royaume d’Hadès.

 

XI - Les aventures d’Ulysse : les enfers

 

Le vent nous conduisit vers le pays des Cimmériens, dans les brumes, et nous sommes bien arrivés au lieu qui m’avait été indiqué par Circé. Là, j’ai creusé une fosse selon ses indications. J’y ai versé la libation. J’ai fait les prières et j’ai fait égorger les animaux. Les âmes des morts sont alors arrivées en foule et j’étais terrorisé. Avec mon épée, j’empêchais les morts d’approcher du sang avant Tirésias. Le premier que j’ai vu a été Elpénor qui m’a demandé qu’on accomplisse pour lui les rites funéraires en repassant dans l’île de Circé. J’ai vu ensuite Anticlée, ma mère. Tirésias est arrivé après elle. Il m’a reconnu. Après avoir bu du sang des animaux sacrifiés, il m’annonça que le dieu Poseidon m’en voulait d’avoir aveuglé son fils Polyphème. Malgré cela, nous pourrions quand même rentrer à Ithaque si, en faisant escale dans l’île du Trident, nous ne touchions pas aux troupeaux d’Hélios. Il me dit qui si ce n’était pas le cas je rentrerais quand même, mais tout seul, très tard, et je trouverais des gens en train de dévorer mes biens. Il me dit que j’en tirerais vengeance et qu’il me faudrait ensuite aller offrir un sacrifice à Poseidon dans une contrée loin de la mer. Puis Tirésias s’en est allé.

Ma mère but du sang à son tour et put me dire que ma femme me restait fidèle, que mon père vivait dans le chagrin et qu’elle-même en était morte. J’ai voulu l’embrasser mais ce n’était qu’un fantôme. J’ai vu ensuite Tyro qui donna des enfants à Poseidon, Antiope qui eut de Zeus des enfants qui fondèrent Thèbes, Alcmène mère d’Héraclès, Epicaste mère et épouse d’Œdipe, Chloris mère de Nestor, Léda mère de Castor et Pollux, Phèdre, Ariane et tant d’autres ». A ces mots, Ulysse s’est interrompu et a suggéré d’aller se coucher. Mais les Phéaciens ont réclamé la suite de son récit. Il a donc repris. « Après les ombres des femmes, j’ai vu Agamemnon qui m’a raconté comment il avait été assassiné avec la princesse troyenne Cassandre par sa femme Clytemnestre et Egisthe son amant. Agamemnon m’a demandé des nouvelles de son fils, mais je les ignorais moi-même. J’ai ensuite vu Achille à qui j’ai pu dire que son fils s’était montré vaillant à la guerre et était reparti vivant de Troie. J’ai aussi vu Ajax, qui était toujours fâché contre moi. Après eux j’ai encore vu Minos qui rendait justice aux morts, Tityos dont deux vautours déchiraient le foie parce qu’il avait violenté Léto épouse de Zeus. J’ai vu Tantale qui mourait de soif et de faim mais ne pouvait ni boire ni manger. J’ai vu Sisyphe qui poussait sans cesse une pierre vers le sommet d’une colline. J’ai vu aussi Héraclès. Les morts devenaient trop nombreux autour de moi. Je suis reparti rapidement son mon vaisseau.

 

XII - Les aventures d’Ulysse : les Sirènes, Charybde et Scylla, les troupeaux d’Hélios

 

Nous sommes retournés à l’île d’Aiaié, l’île de Circé, où nous avons rendus les honneurs funéraires à Elpénor. Circé est venue nous voir. Le soir, pendant que mes compagnons dormaient, elle m’a interrogé sur ce que j’avais fait puis m’a annoncé ce qui allait se passer par la suite. Nous allions passer chez les Sirènes qui attirent les marins par leurs chants mélodieux et provoquent leur perte. Elle m’indiqua la moyen de les entendre sans danger, en bouchant les oreilles de mon équipage et en me faisant lier au mat du navire. Après cela il me faudrait passer entre deux rochers dangereux. Seul l’Argo de Jason avait pu y passer sans mal grâce à la protection d’Héra. Dans l’un gîte Scylla, un monstre affreux et immortel qui a six têtes et qui dévore les marins qui passent trop près. Mais au pied de l’autre il y a Charybde qui trois fois par jour engloutit et rejette l’eau de la mer. Aucun bateau ne peut passer par là. Circé me conseilla de plutôt perdre six hommes en passant devant Scylla. Ensuite, nous arriverions à l’île de Thrinacie où paissent les troupeaux du dieu Hélios. Circé m’avertit que si nous maltraitions ces bêtes, je perdrais mon équipage et mon vaisseau et que je rentrerais seul chez moi après avoir subi de grandes peines.

A l’aube, nous sommes partis. J’ai expliqué à mes compagnons ce qu’il faudrait faire en arrivant chez les Sirènes. J’ai bouché les oreilles des marins avec de la cire et je me suis fait attacher au mât. J’ai ainsi pu entendre leur chant. Les marins m’ont délié sitôt passés ces parages dangereux. Mais nous sommes ensuite arrivés en vue de Charybde et de Scylla. Mes compagnons étaient terrorisés. J’ai ordonné au pilote de gouverner en s’éloignant du remous. Charybde a emporté d’un coup six rameurs mais nous sommes quand même passés. Après cela, nous sommes arrivés à l’île où se trouvaient les troupeaux d’Hélios. Invoquant ce que m’avaient dit Tirésias et Circé, j’ai voulu dissuader mes hommes d’y aborder. Mais Eurylochos, approuvé par les autres, a invoqué la fatigue et le besoin de repos pour débarquer. Je leur ai alors fait jurer de ne pas toucher aux bêtes. Mais, pendant un mois entier, le mauvais temps nous a empêchés de repartir et nos vivres se sont épuisés. Alors, profitant de mon sommeil, mes hommes tuèrent plusieurs bêtes des troupeaux divins. J’ai appris plus tard qu’Hélios avait immédiatement réclamé un châtiment pour eux auprès de Zeus. J’étais consterné. Une semaine plus tard, nous avons enfin pu repartir mais nous avons été pris par une tempête. Le vent nous a poussés vers Charybde et Scylla. Le bateau a été englouti. J’ai réussi à agripper l’arbre au sommet du rocher et à retomber sur ce qui restait du bateau quand il a été recraché par le monstre. Dix jours plus tard, j’ai abordé à l’île Ogygie où vit la nymphe Calypso comme je l’ai déjà raconté ».

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site