Ibn Batouta - Séjour en Inde chez Mohammed Shah

Mohammed shah, sultan de l’Inde

 

Le roi Mohammed est aussi généreux qu’il est sévère. Il est simple, pieux et juste. Son palais à Delhi est appelé Dar Séra. A la porte, une fanfare joue à l‘arrivée des visiteurs mais il y a aussi des bourreaux qui attendent. La coutume est que les exécutions aient lieu à la sortie même de la salle d‘audience. Des écrivains sont chargés de noter le nom de tous ceux qui passent. Quiconque s’abstient de paraître au palais pendant trois jours n’y revient plus s’il n’obtient la permission du sultan en lui offrant un cadeau. La salle d’audience est immense. On l’appelle la « salle des mille colonnes ». Les audiences ont toujours lieu après la prière de l’après-midi avec tout un cérémonial compliqué. On y voit des éléphants aux défenses couvertes de fer et qui peuvent porter jusqu’à vingt combattants. Les musulmans sont salués au cri de « au nom de dieu » et les idolâtres au cri de « que dieu te guide ». Celui qui vient offrir un présent au sultan est introduit par des chambellans et doit accomplir des gestes bien précis. Le sultan le remercie en lui donnant un vêtement d’honneur et, à la mode indienne, une somme d’argent « pour se laver la tête », selon la formule consacrée en Inde. Les agents du sultan apportent le produit des impôts sous forme de vases d’or et d’argent, ou de lingots. J’ai vu un jour le vizir Hodja Djihan offrir un vase de porcelaine rempli de rubis, un autre d’émeraudes et un troisième de perles.

La veille des grandes fêtes religieuses, comme la fête du sacrifice et celle de la fin du jeûne, le sultan distribue des vêtements d’honneur aux personnages importants de sa cour. On orne les éléphants et les dignitaires accompagnent le sultan en cortège pour aller au devant des troupes au milieu des fanfares. Tous vont ainsi jusqu’à la mosquée. Pour la fête du sacrifice, le sultan égorge lui-même un chameau avec une courte lance après s’être protégé avec une serviette en soie. Une immense tente est dressée pour l’audience. Le trône du sultan est en or massif. Ses pieds sont incrustés de pierres précieuses. Il faut plusieurs hommes pour porter chaque élément du trône. Les assistants saluent le sultan selon un ordre fixé par le protocole. Chaque titulaire d’un fief se doit d’apporter quelques pièces d’or enveloppées dans une étoffe et tous les jettent dans une grande vasque disposée à cet effet. Dans une sorte de tour en or, des hommes sont chargés de répandre des parfums. On allume de l’aloès, de l’ambre gris et du benjoin. De jeunes garçons répandent de l’eau de rose et de fleur d’oranger sur les assistants. Des princesses infidèles chantent et dansent et le sultan les distribue ensuite à ses proches. Il marie ses parents, il affranchit et marie des esclaves et, le septième jour, il distribue des aumônes.

Quand le sultan rentre de voyage, il est entouré de seize éléphants qui portent des parasols. On construit sur son passage des édifices en bois hauts de plusieurs étages, couverts d’étoffes précieuses. Des esclaves richement vêtues dansent et chantent pour lui. Chaque construction comporte un grand réservoir d’eau de rose et de sirop que chacun peut boire. On distribue du bétel et de la noix d’arec. Les rues sont tendues de soie. J’ai assisté plusieurs fois à de telles cérémonies. On avait même mis sur des éléphants de petites catapultes qui lançaient des pièces d’or dans la foule. Le sultan mange toujours dans la salle d’audience avec une vingtaine de grands personnages. Quand il veut honorer particulièrement quelqu’un, il lui tend lui-même le pain. A côté de cela, il y a le repas du public. On sert des pains ronds, des viandes rôties, des pains fourrés, des poulets et des hachis de viande. On apporte aussi du sirop de sucre candi et une sorte de bière pour achever le repas. Enfin, on distribue le bétel et la noix d’arec. Ces festins ont lieu deux fois par jour.

Mohammed shah apprécie beaucoup les étrangers et j’ai été témoin de nombreux actes de générosité de sa part. Par exemple un certain Chihabeddin était l’ami d’un homme auquel le sultan avait attribué en fief la ville de Cambaie. Il avait préparé un cadeau pour le sultan et rejoint son ami qui allait porter le tribut de la ville. Mais des brigands infidèles ont attaqué le convoi et Chihabeddin a tout perdu dans la bataille. Informé de cela, le sultan a voulu le dédommager mais Chihabeddin a refusé en disant qu’il désirait seulement le voir. Il a été reçu à Delhi avec honneur, le jour même où j‘étais présenté à la cour. Il a reçu du sultan une très forte somme pour acheter des marchandises indiennes et trois navires. Il est alors allé s’installer dans l’île d’Ormuz. Je l’ai revu plus tard pauvre, ayant tout perdu dans une guerre. Il est rare qu’on profite longtemps des richesses rapportées de l’Inde. Autre exemple, le sultan avait envoyé un présent au calife Abou l’Abbas en Egypte. Celui-ci avait fait porter sa réponse par un cheikh qui a reçu des richesses considérables du roi de l’Inde. Mais le cheikh a tout perdu lors d’une révolte. Le sultan lui a alors promis de marcher contre les rebelles et de lui rendre ses biens. J’ai su qu’il l’avait réellement fait depuis. Quant à Nacireddin, qui était prédicateur à Termez, il était resté un an entier auprès du sultan. Avant son départ, celui-ci a voulu l’entendre prêcher encore une fois. On lui a préparé une chaire ornée d’or et de pierres précieuses et on l’a revêtu de vêtements somptueux. Quand il a fini, le sultan l’a fait monter sur un éléphant alors que les autres, dont moi, suivaient à pied et il lui a donné plusieurs objets en or.

Le sultan a aussi enrichi un juriste qui lui avait exposé des traditions sur Abbas et ses descendants. Un philosophe a reçu mille dinars pour un petit poème en langue persane. On pourrait multiplier les anecdotes de ce genre. Ghiyateddin, un descendant du calife abbasside al-Mostansir Billah, avait entendu parler de l’amour que le roi de l’Inde portait à la dynastie abbasside. Il lui a envoyé des émissaires qui ont été comblés de cadeaux puis il est parti lui-même pour l’Inde où il a été reçu avec des honneurs exceptionnels. Il a été traité par le sultan comme son égal et en a reçu des richesses considérables. Un jour, le roi de Ghazna est arrivé à Delhi. Or, Ghiyateddin détestait ce roi. De dépit, il a voulu rendre les cadeaux reçus et repartir. Le sultan s’est précipité chez lui et s’est même prosterné devant lui pour se faire pardonner. Je m’entendais bien avec ce Ghiyateddin. Je lui ai même laissé Ahmed, un de mes fils, quand je suis reparti. Il était extrêmement avare. Il mangeait seul pour épargner la dépense, lésinait sur l’éclairage et ramassait même du bois mort pour son chauffage. Il faisait travailler ses compagnons à l’entretien du palais. Il m’a laissé une fois avec une dette qui me poursuivait sans rien faire pour m‘aider. Plus tard, je me suis trouvé un jour à Bagdad devant une médersa et j’ai vu un jeune homme courir derrière un personnage qui en sortait. On m’a expliqué qu’il s’agissait du fils de Ghiyateddin. Il ne recevait qu’une drachme par jour pour ses fonctions d’imam et il courait derrière l’inspecteur des oeuvres pieuses pour obtenir son dû.

L’émir syrien Ghada est lui aussi arrivé un jour à Delhi et a été logé dans un ancien palais royal où il a trouvé tout le mobilier nécessaire car il est d’usage en Inde de laisser en l’état le domicile d’un souverain mort. Il a reçu de grandes richesses et a même épousé une sœur du sultan. Les cérémonies ont été magnifiques. On a distribué à manger pendant quinze jours. Les hatuns ont tenu auprès du marié, qui était étranger et seul, le rôle des femmes de sa famille. Le sultan a désigné des émirs pour être le « parti du marié ». La coutume indienne veut en effet que le « parti de la femme » garde l’entrée de l’appartement et que celui de l’homme ne puisse entrer qu’en remportant la victoire ou en payant le passage. Arabe du désert peu habitué aux coutumes des villes, Ghada a longtemps refusé de porter une couronne avec un voile. Sa troupe a remporté la victoire. Les cérémonies se sont poursuivies dans le luxe et le sultan lui a attribué plusieurs fiefs. Mais Ghada était un homme stupide. Vingt jours après le mariage, il a voulu entrer au palais du sultan sans se soucier du protocole et a frappé un émir qui s’interposait. L’affaire a été jugée et Ghada, qui n’avait rien fait pour arranger les choses, s’est retrouvé en prison. Le sultan a voulu le chasser de ses Etats. J’ai alors intercédé en sa faveur et le sultan a finalement accepté qu’il reste en le mettant au service d’un autre émir. Il est resté ainsi quatre ans en disgrâce et a fini par devenir bien élevé. Le sultan lui a redonné depuis des fiefs et des troupes à commander.

Il est arrivé plusieurs fois que le sultan, cité en justice, se rende devant le qadi à pied et accepte de bonne grâce la sentence, payant les amendes et recevant même une fois des coups de bâton. Il était très sévère pour l’accomplissement de la prière, allant jusqu’à faire exécuter des gens qui la négligeait. Il était également très strict sur l’exercice de la justice et avait chargé son frère d’assister le qadi afin que les grands personnages du royaume acceptent de se plier à ses décisions. En 741 (1340), le sultan a aboli les taxes sur les marchandises, ne percevant plus que l’aumône légale et la dîme. Il siégeait deux fois par semaine pour écouter ceux qui avaient à se plaindre. Lors d’une sécheresse il a fait distribuer à la population des vivres des magasins royaux. Mais, à côté de ces actes de bonté, il était capable d’actions violentes et cruelles. Les exécutions étaient nombreuses et personne n’était épargné.

Mohammed shah a un jour soupçonné un de ses frères de comploter contre lui. Devant la menace de la torture, le prince a avoué n‘importe quoi. Il a eu la tête tranchée et son corps est resté trois jours abandonné sur le lieu de l’exécution, selon la coutume. La mère de ce prince avait elle-même été lapidée pour adultère deux ans auparavant. Le sultan a fait un jour exécuter trois cent cinquante soldats qui avaient traîné pour aller au combat. Il a voulu donner au cheikh Chihabeddin une charge dans l’Etat. Le cheikh a refusé. De rage, le sultan lui a fait arracher la barbe et l’a exilé. Sept ans plus tard, il l’a fait revenir et lui a donné des fonctions importantes. Mais le cheikh a refusé une fois de se rendre auprès du sultan et l’a accusé d’être un tyran. Il a été alors enchaîné et privé de nourriture pendant deux semaines. Puis le sultan lui a fait envoyer de la nourriture que le cheikh a refusée. Alors on lui a fait absorber de force de l’ordure et, le lendemain, devant un nouveau refus de Chihabeddin de se rétracter, le sultan lui a finalement fait couper la tête. A l’époque de la disette, le sultan avait fait creuser des puits hors de Delhi et semer des céréales au profit des magasins royaux. Un juriste qui avait douté de l’efficacité de la mesure a passé un an en prison. A sa sortie il a rencontré deux amis qui l’ont félicité un peu trop chaudement de sa libération. Les trois hommes ont eu la tête coupée.

Le sultan a voulu envoyer deux juristes avec un émir turc pour diriger une province. Il leur a dit que l’émir n’était là que pour exécuter leurs décisions. Les juristes ont suggéré que ce soit plutôt l’émir qui prenne les décisions. A cause de cette simple différence d’interprétation, ils ont été torturés jusqu’à ce qu’ils avouent qu’ils étaient des criminels qui ne cherchaient qu‘à s‘enrichir sur le dos du sultan et ils ont été décapités. Le cheikh Houd dirigeait un ermitage et le sultan lui avait accordé de nombreux honneurs. Quelques années plus tard, un émir a écrit au sultan pour lui dire que le cheikh ne s’occupait que d’amasser des richesses pour les dépenser dans les plaisirs. Houd a tenté de fuir mais il a été arrêté et conduit auprès du sultan qui lui a fait couper la tête. Le sultan a appris qu’un cheikh avait fait l’éloge d’un émir révolté. Aussitôt il l’a fait emprisonner et le cheikh est mort en prison. Il a appris qu’un autre cheikh avait prié pour un révolté. Il a été décapité. Deux frères avaient été reçus par le sultan mais ont été dénoncés quand ils ont voulu repartir sans autorisation chez eux. Ils ont été coupés en deux et leurs biens ont été donnés à celui qui les avait dénoncés, selon la coutume locale.

Le jeune fils du prévôt des marchands s’était trouvé un jour contre son gré parmi des révoltés. Le sultan l’a fait tuer à coups de flèches et le chambellan qui avait fait remarquer que cela n’était pas juste est resté plusieurs mois au cachot. Le prédicateur de Delhi avait été chargé de surveiller les pierres précieuses du trésor Des voleurs hindous en ont pris une partie. Le prédicateur a été battu à mort. Le pire a été le sort réservé à la ville de Delhi elle-même. Il arrivait aux habitants d’écrire des propos malsonnants contre le sultan dans des lettres qu’ils jetaient de nuit dans la salle des audiences. Le sultan a ordonné à tous les habitants de quitter la ville dans les trois jours pour aller à Daoulet Abad. Il a fait rechercher par les soldats ceux qui étaient restés en ville. On a ainsi trouvé un paralysé qui a été jeté en l’air par une catapulte et un aveugle qui a été traîné par terre jusqu’à Daoulet Abad. Plus tard, le sultan a voulu repeupler la ville par des gens de différentes provinces. Cela n’a pas suffi et quand je suis arrivé à Delhi, elle était dans un état de semi abandon.

Arrivé au pouvoir, Mohammed shah a commencé par pardonner Ghiyateddin, l’arrière-petit-fils du sultan Balaban qui s’était révolté au Bengale et que Toghlok avait capturé. Mais Ghiyateddin a ensuite voulu montrer son indépendance et a été battu. Il a été tué et sa peau bourrée de paille a été promenée dans toutes les provinces. Behaeddin, un cousin du roi, a voulu lui aussi se rendre indépendant. Le sultan a envoyé des troupes contre lui et il a dû s’enfuir chez un rajah, c’est-à-dire un sultan idolâtre, dans les montagnes. Les États du rajah ont alors été cernés et menacés de famine. Le rajah a fait partir Behaeddin chez un autre souverain hindou puis a encouragé ses femmes à se faire brûler. Lui-même et ses principaux compagnons se sont fait tuer en combattant les troupes du sultan. Onze de ses fils ont été capturés et se sont ensuite convertis à l‘Islam. Le sultan en a fait des émirs. L’armée s’est dirigée ensuite contre le roi chez qui s’était réfugié Behaeddin. Celui-ci a été livré et a été écorché vif. Sa chair a été cuite avec du riz et envoyée à sa famille. La peau rembourrée de paille a été promenée avec celle de Ghiyateddin jusqu’à ce que Cachlou khan, le commandant du Sind, décide de les faire enterrer. Cachlou khan était un ami du sultan. Celui-ci a pourtant voulu le châtier de son audace. Lors de la bataille, le sultan a placé un homme qui lui ressemblait sous le parasol royal. Les hommes de Cachlou khan ont tué ce sosie. Ils ont cru avoir remporté la victoire et se sont mis à piller. Alors le sultan a contre-attaqué et a tué Cachlou khan. Quand je suis arrivé à Moltan, j’ai vu sa tête suspendue à la muraille. La ville de Camalpour qui s’était soulevée a elle aussi été reprise et plusieurs notables ont été écorchés vifs. Ensuite le sultan est rentré dans sa capitale.

A dix jours de Delhi, il y a une très grande montagne, longue de trois mois de marche. Son sultan était un des plus puissants princes hindous. L’armée royale s’est d’abord emparée de Djidiah, une ville située au pied de la montagne. Les troupes sont ensuite montées par une route étroite et ont pris Ouarangal. Mais les pluies ont apporté des maladies. Le sultan a autorisé l’armée à redescendre dans la plaine. Elle a été exterminée à ce moment-là par les infidèles qui attendaient son passage. Finalement, le sultan a fait la paix avec les montagnards en échange d’un tribut. Le commandant du pays de Mabar s’est révolté. Le neveu du vizir s’est entendu avec des émirs pour tuer son oncle et fuir avec les trésors auprès du révolté. Ils ont été dénoncés et envoyés au sultan. Les émirs ont été jetés aux éléphants tueurs dont les défenses sont renforcées de fer. Ils jettent en l’air les hommes qui retombent sur leurs défenses. Les émirs ont été ensuite écorchés et leurs peaux bourrées de paille. Le neveu a été remis à son oncle le vizir pour être tué. L’émir de Lahore s’est révolté lui aussi. Le vizir, à Delhi, a dû rassembler toutes les troupes disponibles. C’est ainsi que mes compagnons se sont retrouvés enrôlés dans l’armée. Lahore a été reprise. Les massacres ont été dirigés par un lieutenant du vizir surnommé « le monstre ». Il lui arrivait de mordre lui-même les criminels.

Le sultan Mohammed shah est arrivé à Badracout, au pays de Tiling. La peste a éclaté alors dans son armée. Devant cette calamité, il est retourné à Daoulet Abad et l’anarchie s’est installée dans les provinces. Il a été malade pendant son retour. Le bruit de sa mort s’est répandu dans le royaume et cela a provoqué des séditions ici et là. Le chérif Ibrahim était gouverneur des pays de Hansi et de Sarsati. J’avais épousé sa sœur et j’en ai eu une fille. Je ne sais ce qu’elles sont devenues depuis. Il a songé à se révolter. Un émir passait par là avec des trésors à destination de Delhi. Ibrahim l’a retenu sous prétexte d’insécurité, le temps de vérifier si le sultan était réellement mort. Plus tard, un page l’a dénoncé. Le sultan a fait arrêter Ibrahim. Avant d’être soumis à la torture, il a préféré tout de suite avouer qu’il avait voulu se révolter et il a été exécuté. Selon la coutume indienne, les cadavres de suppliciés sont abandonnés trois jours sur les lieux de l’exécution. Ils sont ensuite enlevés par des infidèles qui jettent les cadavres dans une fosse qu’ils surveillent ensuite pour que les familles ne les reprennent pas. Il arrive aussi qu’ils se fassent payer par les familles qui veulent reprendre un corps pour l’inhumer.

Le sultan a fait construire un camp au bord du Gange. A ce moment, la famine régnait à l’ouest du pays alors que l’est, avec les villes de Aoudh, Zhafar Abad et Lucknow, vivait dans l’abondance. Le gouverneur de ces villes, l’émir indien Ain Almolc, envoyait des vivres et le sultan lui avait confié ses éléphants et ses chevaux pour qu’ils puissent paître. L’émir a voulu s’emparer des bêtes et se révolter. Mais le sultan a l’habitude de placer auprès de ses émirs des mamelouks et des femmes esclaves qui lui servent d’espions. Mohammed shah a donc appris la tentative de rébellion. Les émirs étrangers lui ont alors conseillé de réagir vite, sans doute à cause de l’hostilité qui règne entre les étrangers et les Indiens. Le sultan a donc rameuté ses troupes et a rejoint la ville de Canoge, à trois jours de là. J’étais là, avec les courtisans. Ain Almolc a attaqué à la fin de la nuit. Il s’est heurté aux troupes du vizir composées de Persans, de Turcs et de Khorassaniens, tous très hostiles aux Indiens.

Les rebelles ont été mis en fuite. Le sultan s’est emparé du camp ennemi et ses soldats l’ont pillé. Beaucoup de rebelles se sont alors noyés dans le Gange. Ain Almolc lui-même a été conduit devant le sultan, nu sur un taureau. On lui a fait revêtir par dérision une tenue d’ânier et il a été remis aux mains du vizir. Sa femme a refusé de fuir et a menacé de se faire brûler si son mari mourait. Le sultan a eu pitié d’elle. Le rebelle a quand même assisté au massacre de soixante de ses compagnons livrés aux éléphants. Nous avons mis plusieurs jours à traverser le Gange puis nous sommes arrivés à Bahraidj, au bord du Sérou. Le sultan a traversé le fleuve pour faire un pèlerinage au tombeau du conquérant de la région. Pendant ce voyage, j’ai été attaqué par un rhinocéros dans une forêt de roseaux. Après tous ces événements, le sultan est rentré à Delhi après deux ans d’absence. Ain Almolc a finalement été pardonné et a été nommé inspecteur des jardins royaux.

Le sultan s’est fâché contre un émir et a réduit sa pension. Alors cet émir, avec des amis, s’est emparé des biens d’un autre émir mort de la peste et s’est enfuit. Arrivés devant le fleuve du Sind, ils ont demandé une barque pour traverser en se faisant passer pour de simples marchands. Le gouverneur de la région s’est méfié. L’un des conjurés a avoué toute l’affaire. Ils ont été tous enfermés à Delhi. L’émir fautif a été condamné à recevoir chaque jour cent coups de fouet. Plus tard, il a été envoyé dans une province éloignée puis il est rentré en grâce au point d’épouser une sœur du sultan. Celui-ci avait ordonné d’arrêter tous les Afghans de ses Etats. Un certain Djélaleddin et une troupe d’Afghans étaient établis vers Cambaie. Ils ont été convoqués par le roi Mokbil, représentant du vizir, mais, avertis du danger, ils sont arrivés en armes. Mokbil a renoncé à les arrêter. Ils sont alors allés piller Cambaie. Plusieurs troupes envoyées contre eux ont été battues. Djélaleddin s’est proclamé sultan. Les Afghans de Daoulet Abad se sont révoltés eux aussi et ont pris pour chef un nommé Nacireddin. Le sultan s’est mis alors en route lui-même pour Cambaie. Djélaleddin a fait sa jonction avec Nacireddin à Daoulet Abad mais leur armée n’a pas résisté longtemps. Ils se sont réfugiés au château de Douaiguir. Ils n’acceptaient d’en sortir qu’en échange d’une promesse d’amnistie que le sultan ne voulait pas leur donner. Je n’en sais pas plus sur cette histoire. Pendant l’absence du sultan, la famine est devenue critique. La mesure de blé coûtait très chère. J’ai vu un jour des femmes découper la peau d’un cheval mort pour la manger. On buvait le sang des bœufs égorgés. On m’a même raconté avoir vu des scènes de cannibalisme. Le sultan a alors fait distribuer des vivres pour six mois.

 

Séjour auprès de Mohammed shah

 

A mon arrivée à Delhi, mon premier soin a été d’aller saluer le trône du sultan avec mes compagnons, même si le sultan lui-même était absent. Nous sommes ensuite allés saluer la sultane-mère. Elle était devenue aveugle. Elle nous a fait apporter à manger, nous avons bu le sorbet et on nous a donné de la bière et du bétel. Elle nous a ensuite fait distribuer des vêtements d’honneur. Les serviteurs ont enfin apporté des plats de fruits secs. Pour remercier, la coutume indienne est de prendre le plat, de le placer sur son épaule et de toucher le sol de l’autre main. C’est le vizir lui-même qui m’a montré comment il fallait faire. Après cette entrevue, on nous a attribué une maison aménagée. Les lits indiens sont très légers. Les voyageurs font porter le leur par un esclave. Ils sont simplement faits de quatre pieds reliés par quatre morceaux de bois entre lesquels on tend un filet de coton ou de soie. Nous avions des coussins, des tapis et des couvertures en quantité. On nous a aussi fait livrer le repas de l’hospitalité. Le lendemain, je suis retourné au palais. Le vizir m’a alors donné deux sacs d’argent en prononçant la formule rituelle « pour te laver la tête ! ». Il m’a aussi fait cadeau d’une robe. Il a inscrit sur un registre le nom de tous mes compagnons et de mes esclaves. Au total, cela représentait quarante personnes qui ont toutes reçu une gratification. La quantité de nourriture que devait nous fournir le sultan a ensuite été fixée.

Un mois plus tard, j’ai perdu une fille qui n’avait pas encore un an. Le vizir s’est chargé de la faire inhumer dans un ermitage qu’il avait fondé près de la ville et en a avisé le sultan qui était alors à la chasse. Les Indiens ont l’habitude d’aller sur les tombeaux des morts trois jours après l’enterrement. Ils y déposent des tapis, des fleurs, des branches d’orangers et de citronniers avec des fruits. On lit le Coran, on distribue du sirop et du bétel et on répand de l’eau de rose. Le vizir avait tout préparé et plusieurs personnages importants de la cour participèrent à la cérémonie. Quelques jours plus tard, les serviteurs de la sultane-mère sont arrivés devant chez moi avec un palanquin. Ce véhicule est très courant en Inde. C’est une sorte de fauteuil porté par quatre hommes pendant que quatre autres se reposent. Le palanquin destiné aux femmes est recouvert d’une étoffe de soie. Ils y ont fait monter mon esclave, la mère de la petite fille disparue. Le lendemain, elle est revenue avec de l’argent, des bijoux et des vêtements. J’ai distribué le tout à mes créanciers pour rembourses mes dettes. J’ai aussi fait cadeau d’une esclave turque à la sultane en remerciement de ses bontés.

Le sultan m’a assigné, pour mon entretien, les revenus de quelques villages. Ceux des environs de Delhi sont répartis en « centaines ». Chaque centaine a un cheikh hindou et un administrateur. Il m’a aussi envoyé dix captives infidèles. Elles sont très nombreuses et n’ont donc presque aucune valeur. Les infidèles occupent des territoires à côté de ceux des musulmans et se retranchent dans les montagnes et les lieux difficiles d’accès, comme les forêts de roseaux. A la fin du ramadan, le sultan n’était pas encore revenu à Delhi. Le prédicateur et les muezzins sont montés sur des éléphants. La grande mosquée avait été richement décorée. Après la prière un repas a été offert aux dignitaires qui étaient presque tous étrangers au pays. Lorsque le sultan est enfin arrivé, le vizir nous a demandé d’aller à sa rencontre. Chacun apportait en cadeau des chevaux, des chameaux, des fruits, des sabres, des mamelouks. Le sultan nous a reçus et a fait cadeau à chacun d’une robe d’honneur. Je lui ai été présenté sous le nom de maître Bedreddin. Il m’a pris la main et m’a parlé en persan. Il m’a demandé d’où je venais et, quand j’ai répondu que je venais du Maghreb, il m’a demandé si c’était bien le pays d’Abdelmoumin. Je lui ai baisé la main et il m’a revêtu d’une robe d’honneur. Après cela, il y a eu un grand banquet.

Le lendemain, chacun de nous a encore reçu un cheval des écuries impériales, tout sellé et bridé. Nous formions l’avant-garde du cortège pour l’entrée du sultan dans sa capitale. Les éléphants étaient chamarrés et on portait devant le sultan leurs housses de selles incrustées d’or et de diamants. Certains portaient aussi des catapultes qui jetaient des pièces d’or et d’argent dans la foule. Le lendemain vendredi, nous sommes allés rendre visite au sultan dans son palais. J’ai reçu cinq mille dinars sur les aumônes distribuées par la sultane-mère à l’occasion du retour de son fils. Nous avons mangé avec le sultan qui nous a assigné des pensions. La mienne s’élevait à douze mille dinars par an et il a ajouté deux villages à ceux qu’il m’avait déjà attribués. Plus tard, le sultan nous a proposé des fonctions dans ses Etats. Pour ma part, j’ai répondu que j’acceptais volontiers et que celles de qadi ou de cheikh correspondaient parfaitement à mes capacités. Et en pensant à d’éventuelles fonctions militaires, j’ai rappelé que beaucoup de gens avaient été convertis à l’Islam par le sabre des Arabes.

Le soir même, le sultan nous a tous réunis et nous a distribué des charges officielles. L’un a été fait responsable de la justice, fonction accompagnée d’un traitement de cinquante mille dinars par an, un autre a été chargé d’examiner les comptes des bureaux en compagnie du vizir, un troisième a été fait chambellan chargé des ambassades. Quant à moi, le sultan m’a attribué la charge de qadi à Delhi, avec un traitement de douze mille dinars par an. Il m’a expliqué que c’était là une fonction particulièrement importante. Mais, si le comprenais bien quand il me parlait, j’avais du mal à lui répondre dans sa langue. Lui-même comprenait correctement l’arabe mais ne le parlait pas couramment. J’ai donc objecté que j’étais de rite malékite alors que ses sujets étaient hanéfites, et que je ne parlais pas leur langue. Mohammed shah m’a répondu qu’il avait déjà choisi mes adjoints et que je n’aurais qu’à légaliser leurs actes.

Il a ajouté à ces fonctions de qadi la responsabilité d’une zaouia. Le sultan a également distribué de l’argent et des vêtements à mes gens dont la tenue lui avait plu. Quelques jours plus tard, un chambellan m’a demandé quelques pièces de monnaie pour me délivrer le diplôme par lequel le sultan m’attribuait les douze mille dinars. Sur ces diplômes, le donneur d’ordre écrit son nom, trois émirs les contresignent, les secrétaires en prennent copie et l’ordre est enfin enregistré aux services des visas et de l’inspection. Ensuite le vizir envoie au trésorier l’ordre de débloquer la somme promise. Chaque jour le trésorier écrit un résumé des sommes données par le sultan. Celui-ci peut faire verser ces sommes aussitôt ou plus tard. Je n’ai reçu mes douze mille dinars que six mois plus tard. Et il est de coutume en Inde de ne recevoir que les neuf dixièmes des sommes promises.

Je m’étais fortement endetté pour mon voyage auprès de marchands qui ont voulu être remboursés afin de pouvoir rentrer chez eux. Alors j’ai écrit un poème à la louange du sultan. Il fut très apprécié. Quelques jours plus tard, je lui ai fait transmettre une supplique et le sultan a donné l’ordre au vizir de payer mes dettes. Mais le vizir a été obligé de s’absenter et le sultan est parti à la chasse. J’ai alors suggéré un stratagème à mes créanciers. Ils ont fait mine de m’agresser devant le palais. Les secrétaires l’ont aussitôt rapporté au sultan qui a fait demander aux marchands les raisons de leur acte. Ils ont répondu que je leur devais cinquante cinq mille dinars et qu’ils voulaient être remboursés rapidement. Le sultan a alors chargé un émir de me verser la somme nécessaire. Mais cet émir a voulu une gratification et celle que je lui ai proposée ne lui suffisait pas. J’ai fait alors connaître l’affaire au vizir qui en a parlé au sultan. Cet émir était coutumier de ce genre de malhonnêteté. On a fait une enquête à son sujet et cela a encore retardé mon paiement.

Mohammed shah est parti à la chasse et je l‘ai accompagné. Un jour, un de ses proches lui a parlé d’un certain Maghrébin qui n’était pas content à cause des dettes qu’il avait, qu’on avait promis de lui payer et qui faisait des discours incompréhensibles en arabe toute la journée. C’est de moi qu’il parlait. Le sultan a encore ordonné qu’on me verse la somme sitôt rentré à Delhi. Pendant la chasse, Mohammed shah m’a demandé si le roi Nacir montait à chameau. Je lui ai répondu que les chameaux d’Inde n’étaient pas de la même espèce que ceux qui vivaient en Egypte. Or je possédais justement un dromadaire. Sitôt de retour dans la capitale, j’ai fait fabriquer une selle de méhari et j’ai fait parvenir au souverain le dromadaire tout harnaché, plus des pâtisseries yéménites. Il a été enchanté de ce cadeau. Il m’a invité à manger avec lui. On nous a porté la bière et le bétel. Peu après, j’ai enfin vu arriver chez moi les cinquante cinq mille dinars de mes dettes plus les douze mille dinars précédemment promis.

Le 9ème jour de jumada awwal, le sultan est parti en guerre contre des rebelles du pays de Mabar. J’avais payé tous mes créanciers et j’étais prêt au voyage mais le sultan m’a ordonné de rester à Delhi. Selon la coutume, j’ai dû contresigner son ordre. Il m’a nommé responsable de la tombe de son prédécesseur le sultan Kothbeddin, un homme qu’il révérait au point de mettre les babouches du mort sur sa tête lors de ses visites au tombeau. En Inde on a en effet l’habitude d’exposer les babouches du défunt sur un coussin devant la sépulture. Au moment du départ, le sultan m’a demandé quels étaient mes besoins. Je lui ai répondu que je n’avais pas encore eu l’occasion de siéger comme qadi. Il a alors confirmé ma nomination. J’ai ensuite dit que je manquais d’argent pour l’entretien de la chapelle de Kothbeddin. Il m’a aussitôt fait verser une avance sur les récoltes et m’a fait en plus cadeau de cinq mille dinars que les employés du trésor me réclamaient. Enfin, il a accepté de faire réparer ma propre maison. En partant, il m’a quand même conseillé de ne pas contracter de nouvelles dettes parce qu‘il ne serait pas toujours là pour m‘aider.

De retour en ville, j’ai donné les ordres nécessaires pour les travaux à réaliser dans ma maison et j’ai fait bâtir une mosquée juste à côté. Mohammed shah avait demandé qu’on construise une coupole sur le tombeau de Kothbeddin et qu’on achète trente villages pour en faire un legs pieux. Je devais garder pour moi le dixième de ces sommes. Pour les morts, les gens de l’Inde agissent comme pour les vivants. Ainsi, on amène des chevaux et des éléphants à la porte du tombeau. C‘est ce que j‘ai fait. J’ai établi cent cinquante lecteurs du Coran, des étudiants, des répétiteurs, un professeur, un imam, des muezzins et divers chambellans. J’ai engagé aussi des domestiques, des cuisiniers, des porteurs d’eau. Il y avait en tout quatre cent soixante personnes payées sur mon budget. J’ai également augmenté les quantités de nourriture servies. On nourrissait ainsi tous les employés mais aussi les gens de passage, ce qui a fait beaucoup de bien en ces temps ce famine. Le roi a appris tout cela depuis Daoulet Abad et s’en est montré satisfait. Nous célébrions surtout les grandes fêtes comme la fin du Ramadan et la fête du sacrifice, l’anniversaire du prophète, l’achoura, la nuit du 15 Chaban et l’anniversaire de la mort du sultan Kothbeddin. En Inde, on a l’habitude de placer après le repas devant chaque personnage important une sorte de berceau sur lequel on place des gâteaux, un mouton rôti, des pains farcis de pâte aux amandes et au miel et des sucreries. Les gens moins importants n’ont qu’une moitié ou un quart de mouton. La première fois que j’ai vu cela, à Séra, je ne connaissais pas encore cet usage.

Le vizir m’avait fait livrer une partie des grains attribués par le sultan et je devais aller à Amrouha chercher le reste. Mes employés se plaignaient également des malhonnêtetés du gouverneur local, alors j’y suis allé moi-même. Il y a trois jours de marche depuis Delhi et on était à la saison des pluies. J’ai été reçu par le qadi de la localité. Le gouverneur, lui, se trouvait dans un village de l’autre côté du Sérou. On ne doit pas boire l’eau de ce fleuve pendant la saison des pluies car il vient de l’Himalaya et passe sur des reptiles venimeux. Ceux qui en boivent meurent aussitôt. La montagne est longue de trois mois de marche. A son pied se trouve le Tibet où on trouve les gazelles qui donnent le musc. Une querelle opposait le gouverneur et le commandant des troupes. Le vizir m’a demandé d’examiner l’affaire et d’envoyer à Delhi celui des deux qui avait tort. J’ai fait fouetter un serviteur accusé de vol chez le trésorier et qui avait avoué avoir consommé du vin. Je suis ensuite rentré à Delhi après une absence de deux mois, laissant sur place quelques compagnons chargés de récupérer les grains promis par le sultan. En Inde, la bête de somme est le bœuf et non l’âne. D’ailleurs les ânes locaux sont très petits.

A son départ, un important personnage m’avait remis en dépôt une grosse somme d’argent dont je m’étais servi. Mais, à mon retour à Delhi, j’ai appris que la somme devait être transférée à un adjoint du vizir plus tôt que je ne l’avais imaginé. J’ai réussi à restituer un tiers de la somme et je suis retourné chez moi très ennuyé. J’ai vendu à une connaissance plusieurs bêtes qu’il estima à trois mille dinars mais il en retint deux mille que je lui devais déjà. De plus en plus gêné, j’ai voulu vendre encore des bêtes et des esclaves à un prince de mes amis. Celui-ci m’a renvoyé mon bien et m’a donné gracieusement de quoi rembourser ma dette, à mon très grand soulagement. Après que la peste se soit déclarée dans son armée, le sultan était retourné à Daoulet Abad puis s’était installé près du Gange. Je l’y ai rejoint et je suis rentré à Delhi avec lui.

Mais j’ai attiré la colère de Mohammed shah en rendant visite à un certain cheikh qui a été par la suite emprisonné. J’ai alors moi aussi été gardé par des esclaves du sultan. Très inquiet, j’ai passé une semaine en jeûne et en prières. La mort du cheikh m‘a finalement sauvé. Mais j’avais eu très peur et j’ai renoncé volontairement au service du sultan. J’ai abandonné mes biens à mes compagnons et je suis resté pendant cinq mois comme simple derviche auprès d’un cheikh. Le sultan était alors dans le Sind. Apprenant tout cela, il m’a invité à reprendre mes fonctions de qadi. Mais j’ai refusé et j’ai demandé la permission de retourner en Arabie. Il a finalement accepté. On était en jumada thani de l’année 742 (décembre 1341). J’ai encore passé deux mois en jeûne. Et puis le sultan m’a fait de nouveau chercher et j’ai accepté ses présents tout en gardant en souvenir ma tenue de derviche. Il me demandait d’être son ambassadeur auprès du roi de Chine, connaissant mon amour pour les voyages.

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