Quelques points importants à connaître

Quelques points importants à connaître

 

Le prophète Mohammed

 

Mohammed est le Prophète, le fondateur de l’Islam, religion monothéiste apparue en Arabie au VIIème siècle ap.JC. Il se présente comme le « sceau des prophètes », c’est-à-dire comme celui qui délivre le dernier message de Dieu (Allah) après ceux déjà reçus et transmis aux hommes entre autres par Abraham (qui est à l’origine du judaïsme) et par Jésus (qui est le fondement du christianisme). Il est traditionnellement appelé Mahomet en français. Il est né à La Mecque, en Arabie, vers 570, dans la puissante tribu des Qorayshites. Il est orphelin jeune et devient caravanier. Il épouse Khadidjah, une riche commerçante veuve, et ne prend d’autres épouses qu’après la mort de celle-ci. A l’âge de quarante ans, il a une révélation. L'ange Gabriel lui apparaît et lui donne l'ordre de réciter (« iqra » en arabe, d‘où le mot Coran) les paroles qu’il lui transmet. Mohammed et ses premiers disciples sont combattus par les habitants de La Mecque qui sont polythéistes. En 622, le Prophète et ses compagnons doivent se réfugier dans l’oasis de Yathrib. Ce départ prend le nom d'Hégire (l'«émigration») et les musulmans comptent les années à partir de cette date. Yathrib prend alors le nom de Médine (la ville, sous-entendu du prophète) et Mohammed y organise sa communauté. Après des années de combats, il parvient à s’emparer de La Mecque en 630. Les tribus arabes voisines se convertissent à la nouvelle religion. En 632, il accomplit son dernier pèlerinage à La Mecque. Il meurt peu après et est enterré à Médine qui est ainsi la deuxième ville sainte de l’Islam après La Mecque et avant Jérusalem.

 

Un peu de géographie

 

Les pays évoqués par Ibn Batouta ne correspondent pas forcément aux frontières actuelles. Un Etat se confond le plus souvent avec le territoire, parfois fluctuant, dominé par tel ou tel souverain. Parfois aussi les noms ont changé. Voici les principales contrées citées dans le récit.

 

  • L’Anatolie est le vaste plateau qui forme le cœur de l’Asie mineure. Elle constitue l’essentiel de la Turquie actuelle.

  • L’Arabie d’Ibn Batouta est à distinguer de l’actuelle Arabie saoudite. Il s’agit de toute la péninsule d’Arabie entre la Mer rouge, le Golfe Persique et l’Océan Indien.

  • L’Asie centrale est le très vaste ensemble de plateaux et de chaînes de montagne situé entre l’Iran, l’Inde et la Chine. Cela représente actuellement l’Afghanistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan.

  • L’Asie mineure est la péninsule de forme rectangulaire qui forme l’extrémité occidentale de l’Asie et correspond à peu près à l’Anatolie et à la Turquie actuelle.

  • Le Bengale est au nord-est de l’Inde et correspond plus ou moins à l’actuel Bangla-Desh.

  • Ceylan est une grande île de l’Océan Indien, au sud-est de l’Inde. Elle est actuellement appelée Sri Lanka.

  • Ibn Batouta distingue le Catay, au sud, et la Chine, plus au nord. Il s’agit en fait du même pays, c’est-à-dire de la Chine actuelle.

  • La côte de Coromandel est la côte sud-est de l’Inde.

  • L’Empire byzantin, à l’époque d’Ibn Batouta, se résume à la ville de Constantinople (l’actuelle Istanbul) et à quelques territoires dans le sud-est de l’Europe. Il est presque totalement éliminé d’Asie mineure.

  • Le Fars (= Perse) correspond à l’est de l’Iran actuel.

  • L’Inde d’Ibn Batouta correspond à l’Inde géographique actuelle, sans distinction avec le Pakistan et le Bangla-Desh.

  • L’Irak est à peu près le même pays que de nos jours, c’est-à-dire l’antique Mésopotamie, autour des deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate, de Bassorah, au sud, à Mossoul, au nord.

  • Java et Sumatra sont deux grandes îles au sud-est de l’Asie. elles font partie de l’Indonésie actuelle.

  • Le Liban est une montagne qui donne son nom au pays actuel.

  • Le Maghreb est l’extrême ouest du monde musulman (le mot maghreb a la même signification que le mot français occident, c’est-à-dire là où le soleil se couche). Il s’agit à peu près du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie actuels.

  • Les Maldives sont un archipel de l’Océan Indien formé de plus d’un millier de petites îles, à la pointe sud-ouest de l’Inde.

  • L’Afrique occidentale dont parle Ibn Batouta, que l’on traduit aussi par le mot Nigritie, ou « pays des Nègres », est un terme vague qui désigne des pays actuels comme le Mali et le Niger. A ce propos, il est manifeste qu’Ibn Batouta confond le fleuve Niger avec le Nil.

  • L’Oman est la pointe sud-est de la péninsule d’Arabie.

  • Le Pays de Roum signifie « pays des Romains » et désigne l’Asie mineure, qui fut byzantine avant de devenir le domaine des Turcs.

  • La Perse est l’ancien nom de l’Iran actuel.

  • Le Proche-Orient, appelé aussi Moyen-Orient, est formé de la Syrie, du Liban, d’Israël, de la Palestine et de l’Irak actuels.

  • Le mot Sind désigne chez Ibn Batouta le fleuve Indus mais aussi la région qu’il traverse au nord-ouest de l’Inde, c’est-à-dire le Pakistan actuel.

  • La Somalie est la « Corne de l’Afrique », à la pointe orientale du continent africain, au bord de l’Océan Indien.

  • L’actuelle Syrie fait partie de la Syrie dont parle Ibn Batouta mais celle-ci est nettement plus grande car elle va de l’Egypte à la Turquie actuelle. C’est toute la façade orientale de la Méditerranée.

  • Le Yémen se trouve à la pointe méridionale de l’Arabie, face à l’Afrique, à l’entrée de la Mer Rouge.

 

 

Le monde musulman au début du XIVème siècle

 

Le monde musulman que parcourt en tous sens Ibn Batouta il y a presque sept siècles n’est pas très différent dans son extension de celui d’aujourd’hui. C’est celui qui est né de la fulgurante conquête arabe des VIIème et VIIIème siècles qui, en quelques dizaines d’années, a totalement abattu l’Empire perse et a privé l’Empire byzantin de la moitié méridionale de son territoire, c’est-à-dire tout le Moyen-Orient arabe. L’Afrique du nord de l’Egypte au Maroc et le monde persan jusqu’en Asie centrale sont dès le VIIIème siècle le domaine de l’Islam. Les conquérants ont même atteint l’Europe en Espagne en traversant le détroit de Gibraltar.

 

A l’époque de notre voyageur, il ne reste plus grand’chose de l’Espagne conquise par les Musulmans six cents ans auparavant. Dans son récit, Ibn Batouta fait à plusieurs reprises allusion aux combats qui ont lieu entre chrétiens et musulmans dans le sud de la péninsule ibérique. On est alors à la fin de la Reconquista chrétienne et al-Andalous, l’Espagne musulmane, se résume désormais au petit royaume de Grenade qui va subsister encore un siècle et demi jusqu’à sa chute en 1492.

 

En revanche, le monde musulman s’est encore étendu en direction de l’Est et du Sud. Les Arabes et les Iraniens ont vu arriver en force le peuple turc qui a en grande partie repris le flambeau de la conquête. L’Asie mineure, restée byzantine après la première vague de conquête, est désormais entièrement aux mains des Turcs. Elle est même durablement « turquisée » puisque les campagnes elles-mêmes, et pas seulement quelques grandes villes, sont peuplées de populations turques, et ce presque jusqu’aux murailles de Constantinople. Le récit d’Ibn Batouta montre bien que les Grecs ne contrôlent plus du tout l’Anatolie (la Turquie actuelle). Il ne manque donc au monde musulman dans cette partie du monde que le dernier assaut des turcs Ottomans contre les Byzantins et leur conquête de l’Europe du sud-est entre le XIVème et le XVIème siècle. Le voyageur marocain a d’ailleurs l’occasion de rencontrer Orhan, le deuxième sultan ottoman, dans sa nouvelle capitale de Brousse (Bursa en turc).

 

Au moment où parle Ibn Batouta, Constantinople est donc encore une ville chrétienne pour environ un siècle mais on est bien loin de l’Empire byzantin triomphant. Le récit du voyageur montre que les empereurs byzantins entretiennent souvent des rapports diplomatiques et pacifiques avec leurs voisins musulmans puisqu’il est question à plusieurs reprises d’artisans fournis par l’empereur grec pour la construction de telle ou telle prestigieuse mosquée. A l’époque d’Ibn Batouta, il y a même des princesses grecques et chrétiennes qui épousent des émirs turcs musulmans malgré la différence de religion. Ces filles se font musulmanes pour l’occasion, ce qui ne les empêche pas de revenir au christianisme quand elles en ont la possibilité. Que les empereurs grecs donnent ainsi leurs filles à des chefs musulmans montre bien leur position de faiblesse et la nécessité dans laquelle ils sont de composer avec leurs puissants voisins. Néanmoins, Ibn Batouta parle aussi d’expéditions guerrières menées contre les Byzantins par tel ou tel souverain musulman comme le maître de Smyrne (Izmir en turc).

 

L’Asie centrale est désormais complètement islamisée et se remet de la chevauchée du chef mongol Gengis Khan et des ruines qu’elle a semées au début du XIIIème siècle. Les descendants de Gengis sont devenus des sultans en Irak et en Iran. L’Inde a été en partie conquise par les musulmans à partir du XIème siècle. Delhi a été prise dès la fin du XIIème siècle. Dans la première moitié du XIVème siècle, la péninsule indienne est presque entièrement sous la domination du sultan musulman de Delhi mais, hors le fait que les révoltes sont nombreuses et fréquentes dans son empire, les « infidèles » y sont toujours présents, parfois soumis, parfois rebelles.

 

Par ailleurs les marchands arabes et musulmans ont fait progresser pacifiquement l’influence de l’Islam en Afrique noire aussi bien occidentale, en direction du fleuve Niger qu’Ibn Batouta confond allègrement avec le Nil, qu’orientale, sur les côtes de l’Océan indien. De nombreuses populations locales ont adopté la nouvelle religion. L’Islam a également gagné du terrain en Asie du sud-est et dans les îles entre l’Océan indien et l’Océan pacifique. Ceylan et les îles Maldives sont musulmanes. Les archipels du sud-est asiatiques sont en grande partie islamisés. Nous constatons même la présence de musulmans en Chine, mais cela semble assez superficiel et Ibn Batouta, qui paraît partout très à l’aise tant qu’il est dans le cadre de sa civilisation, ne se plait pas en Chine.

 

Notons au passage que l’uniformisation, relative, des coutumes née de l’Islam n’implique pas forcément l’unité linguistique de ce vaste territoire. Le monde musulman ne doit pas être confondu avec le monde arabe. Il recouvre des peuples nombreux. La langue arabe sert de langue véhiculaire car elle est la langue du Coran et on trouve dans tous les pays musulmans non arabes des gens qui ont appris l’arabe. Mais les différents peuples continuent à parler leur propre langue et parfois ne savent d’arabe que quelques formules religieuses. Il arrive plusieurs fois à Ibn Batouta d’avoir des difficultés parce qu’il n’entend pas encore le turc ou le persan, et que ses interlocuteurs ne parlent pas l’arabe.

 

Les dynasties musulmanes

 

Le monde musulman a d’abord été théoriquement uni sous l’autorité des quatre califes « orthodoxes » qui résidaient à La Mekke (Abou Bakr, Omar, Othman et Ali) puis des califes de la dynastie omeyyade dont la capitale était Damas, en Syrie. Mais, dès le moment de la succession du Prophète, certains groupes ont refusé le mode de désignation et l’autorité des califes (voir plus bas la différence entre sunnites et chiites). Othman et Ali furent même assassinés. En 750, les califes Omeyades sont renversés par les Abbassides de Bagdad qui forment une nouvelle dynastie. C’est le début d’un morcellement politique visible puisque un calife de la famille omeyyade réapparaît peu après à Cordoue, en Espagne. Il y a donc dès lors deux califes rivaux à la tête du monde musulman.

 

A partir de ce moment, les dynasties de chefs locaux de plus en plus indépendantes se multiplient, qui reconnaissent tel ou tel calife. Il y a jusqu’à trois califes en même temps au Xème siècle quand il y a en même temps un calife abbasside à Bagdad, un calife omeyyade à Cordoue et un calife fatimide, chiite de surcroît, au Caire. Les califes abbassides parviennent à refaire l’unité du califat mais perdent eux-mêmes la réalité du pouvoir qui est réellement exercé par des sultans, c’est-à-dire des chefs politiques et militaires, souvent turcs, qui ne leur laissent qu’une autorité religieuse toute relative. En 1258, le calife abbasside al-Mustasim est même assassiné à Bagdad par le chef mongol Hulagu.

 

Après cela, la dynastie abbasside réapparaît officiellement au Caire, en Egypte, sans la moindre autorité, sous la protection des sultans Mamelouks, des esclaves-soldats d’origine turque qui ont pris le pouvoir. Le titre de calife est ensuite repris au début du XVIème siècle par les sultans turcs ottomans de Constantinople et a disparu officiellement en 1924 avec la fin de l’Empire ottoman et son remplacement par la République turque, sans que qui que ce soit ait songé à le remettre en vigueur. Ibn Batouta ne cite quasiment jamais le nom du calife du Caire, ou alors au hasard d’anecdotes, alors qu’il parle longuement du sultan d’Egypte, de celui de l’Inde et d’autres qu’il a l’occasion de rencontrer au cours de son voyage.

 

Sunnites, Chiites et Kharéjites

 

A la mort du prophète Mohammed, en 632, il a fallu lui trouver un successeur qui a alors reçu le titre de calife (khalifa = adjoint). Mohammed n’avait pas de fils vivant. Abou Bakr fut désigné comme calife par les chefs de la communauté musulmane. Mais certains voulaient que le calife soit Ali parce qu’il était à la fois le cousin et le gendre de Mohammed, ayant épousé sa fille Fatima. Il était également le père de deux garçons, Hassan et Hussein, qui étaient donc les petits-fils de Mohammed. Ali fut calife de 656 à 661, après les règnes d’Abou Bakr, d’Omar et d’Uthman, mais il ne fut pas capable de résister à la révolte de Moawiya, le gouverneur de Syrie. Il fut finalement assassiné. Moawiya prit le titre le calife qui passa ensuite à ses descendants, formant ainsi la dynastie des califes omeyyades qui régna à Damas de 661 à 750.

 

Les sunnites ceux qui ont accepté l’autorité d’Abou Bakr et qui ont ensuite reconnu celle des califes Omeyyades. Ils sont largement majoritaires parmi les musulmans. Ils appuient leur croyance sur le texte du Coran et la tradition (sunna) des hadiths (récits de la vie de Mohammed). Il n’y a pas de clergé sunnite, tout homme instruit peut diriger la prière.

 

Les chiites voulaient un calife de la famille de Mohammed. Ils ont contesté l’autorité des premiers califes. Ils ont ensuite refusé de reconnaître les Omeyyades après la mort de Ali et ont formé dans l‘Islam une branche à part elle-même divisée en plusieurs tendances. Ils attendent toujours le retour d’un « imam caché » et le clergé chiite a une grande influence. Le chiisme est actuellement la religion officielle de l’Iran. Ibn Batouta est un sunnite fervent et il montre son mépris pour les chiites qu’il qualifie d’hérétiques.

 

Les kharéjites ont d’abord soutenu Ali puis l’ont trouvé trop faible face à la révolte des Omeyyades. Ils ont alors refusé aussi bien le chiisme que le sunnisme (le mot kharéjite vient du verbe qui signifie partir en arabe). Ils ont formé plusieurs sectes qui ne reconnaissaient pas la légitimité des califes comme celle des Ibadites, nombreux en Oman

 

Les quatre rites sunnites

 

L’Islam sunnite reconnaît officiellement quatre écoles juridiques.

 

Les Hanéfites sont majoritaires en Turquie, en Asie centrale et en Egypte. Ils se fondent sur l’enseignement d’Abou Hanifa (mort en 767) qui admet le recours à l’opinion personnelle quand le Coran et la Sunna ne suffisent pas.

 

Les Malékites sont présents dans le Maghreb et en Afrique occidentale. Ils suivent les théories de Malik ibn Anas (mort en 795) qui préfère l’opinion personnelle et le raisonnement par analogie plutôt que le recours unique à la sunna. En bon Marocain, ibn Batouta est de rite malékite.

 

Les Chaféites sont nombreux en Arabie méridionale, en Afrique orientale et en Asie du sud-est. Ils reconnaissent l’enseignement de l’imam ach-Chafii (mort en 820) qui utilise le raisonnement par analogie en plus du recours au Coran et à la sunna.

 

Les Hanbalites dominent en Arabie. Ils reprennent l’enseignement d’Ahmed ibn Hanbal (mort en 855). C’est une école très stricte, étroitement fondée sur la lettre du Coran et des hadiths.

 

Ibn Batouta évoque parfois des libertés accordées par telle ou telle « école » par rapport aux interdits rituels. Ainsi, les Hanéfites auraient droit à certaines boissons alcoolisées, ce que réprouve notre Marocain malékite.

 

Titres religieux et politiques

 

Ibn Battuta utilise un certain nombre de titres pour qualifier les personnages dont il parle. Certains correspondent à une fonction précise dans l’Etat ou dans la religion, d’autres sont plus interchangeables.

 

  • Le calife est le chef religieux de la communauté musulmane, successeur du Prophète Mohammed. Il devrait être unique, mais ce n’a pas toujours été le cas. A l’époque d’Ibn Batouta, le calife appartient à la dynastie abbasside et réside au Caire, en Egypte, où il joue un rôle très effacé.

  • Le sultan est celui qui gouverne parfois réellement à côté du calife qui, lui, est alors cantonné dans un rôle purement religieux. Pour Ibn Batouta, le mot désigne simplement le roi d’un pays.

  • Un vizir est un ministre.

  • Un émir est un officier du calife ou du sultan, parfois représentant du pouvoir dans telle ville ou telle province.

  • Un atabeg est l’équivalent d’un sultan dans les peuples de langue turque.

  • Le mot khan signifie seigneur en turc.

  • Un chérif est un homme qui appartient théoriquement à la famille du Prophète Mohammed.

  • On appelle cheikh n’importe quel personnage notable ou instruit.

  • L’imam est celui qui dirige la prière à la mosquée. Pour les sunnites, il suffit d’être suffisamment instruit pour cela. Ce n’est pas nécessairement une fonction bien établie.

  • Le qadi est un juge. Il est chargé de faire appliquée la charia, c’est-à-dire la loi musulmane.

  • Le muezzin est l’homme qui chante l’appel à la prière du haut du minaret cinq fois par jour ; c’est un employé de la mosquée.

  • Les derviches sont des membres de confréries religieuses, un peu comme des moines chrétiens sauf qu’un derviche musulman n’est pas nécessairement célibataire.

 

Calendrier et fêtes

 

Le calendrier dit grégorien (ainsi appelé en l’honneur du pape du XVIème siècle Grégoire XIII) que nous utilisons couramment est un calendrier solaire car fondé sur les positions de la terre par rapport au soleil, ce qui fait que les dates correspondent toujours à la même saison, et c’est un calendrier d’origine chrétienne puisqu’il compte les années à partir de la date théorique de la naissance de Jésus.

 

Le calendrier musulman, lui, compte les années à partir de l’Hégire qui a eu lieu en 622 après J.C. selon le calendrier grégorien et son année est fondée sur les mouvements de la lune. Elle ne dure que 354 ou 355 jours. Les dates ne sont donc pas liées à une saison et les fêtes ont lieu à peu près dix jours plus tôt chaque année par rapport au calendrier grégorien. Ainsi le 20 janvier 2007 correspond au 1 muharram, premier jour de l’année 1428 de l’Hégire et le 1 muharram 1429 a lieu le 10 janvier 2008. Il est donc impossible de donner une correspondance entre les mois du calendrier musulman et ceux du calendrier grégorien auxquels nous sommes habitués.

 

Les mois de l’année musulmane sont, dans l’ordre :

  • Muharram

  • Safar

  • Rabia awwal

  • Rabia thani

  • Jumada awwal

  • Jumada thani

  • Radjab

  • Shaaban

  • Ramadan, le mois du jeûne.

  • Shawal

  • Dhoul qaada

  • Dhoul hidjah; le mois du pèlerinage à La Mekke.

 

Les fêtes musulmanes sont, tout au long de l’année :

  • Le 1 Muharram, premier jour de l‘année et commémoration de l’Hégire.

  • L’Achoura, le 10 du mois de muharram, souvenir de la mort de Hussein, fils du calife Ali.

  • Le Mouloud (Aïd al-Mawlid), le 12 du mois de Rabia awwal, c’est-à-dire l’anniversaire de la naissance du Prophète.

  • Lailat al Miraj (la nuit du voyage), le 27 du mois de rajab, qui célèbre le voyage du Prophète Mohammed de la Mecque jusqu’à Jérusalem puis vers le ciel et son retour sur terre. C’est lors de ce voyage que lui fut révélé le commandement des cinq prières quotidiennes.

  • Lailat al Bara’a, la « nuit de la remise des péchés », le 15 shaban Les musulmans cherchent le pardon de leurs fautes.

  • Ramadan : le mois du jeûne.

  • La Nuit du destin, le 27 du mois de Ramadan, qui célèbre le début de la révélation du Coran au Prophète.

  • L’Aïd al-Fitr, le 1er jour du mois de Shawal, fête qui marque la fin du mois de jeûne (appelée souvent Aïd es-séghir, la petite fête, en Afrique du nord, et Şeker Bayramı, fête du sucre, en Turquie).

  • Le Jour de Arafat, le 9 du mois de Dhoul hidjah, point fort du pèlerinage à La Mecque.

  • L’Aïd al-Adha, le 10 du mois de Dhoul hidjah: les Musulmans sacrifient des animaux en souvenir du sacrifice d’Abraham (appelée souvent Aïd el-kébir, la grande fête, et parfois « fête du mouton », en Afrique du nord).

 

Les « piliers de l’Islam »

 

Les musulmans sont tenus impérativement d’accomplir cinq obligations que l’ont appelle traditionnellement les « piliers de la foi ». Il s’agit de :

 

  • Réciter la shahada, ou profession de foi, qui proclame « il n’y a pas d’autre Dieu qu’Allah et Mohammed est son prophète ».

  • Faire la prière cinq fois par jour, à des heures et avec des gestes précis, dont des prosternations, tourné en direction de La Mecque.

  • Payer l’aumône légale, une sorte d’impôt destiné à l’entretien de la communauté et à assister les plus pauvres.

  • Jeûner pendant le mois de ramadan, c’est-à-dire s’abstenir de manger et de boire du lever au coucher du soleil pendant tout le mois.

  • Aller une fois dans sa vie en pèlerinage à La Mecque, si on en a les moyens physiques et financiers.

 

Ils respectent par ailleurs certaines traditions. Les garçons sont circoncis vers leur dixième année. Les musulmans s’abstiennent de consommer du porc, de la viande d’animaux non saignés, ce qui provoque l’indignation d’Ibn Batouta quand il voit des musulmans manger des bêtes qui n’ont pas été égorgées. Il est également interdit de boire de l’alcool, malgré la relative que montreraient les hanéfites dans ce domaine. Les femmes musulmanes se voilent généralement le visage mais cette habitude est plus ou moins strictement observée d’un pays à l’autre. Ibn Batouta est très surpris de constater que les femmes turques ne pratiquent pas cette coutume. Nous en reparlerons à propos des femmes et de la famille telles qu’elles sont évoquées par notre voyageur. La loi musulmane autorise aussi la polygamie. Nous en parlerons également un peu plus loin.

 

Le pèlerinage à La Mecque

 

La visite aux lieux saints de l’Islam est une obligation pour tous les croyants adultes et libres qui sont dans la possibilité physique et matérielle de faire le voyage. Pour pénétrer sur le territoire sacré de La Mecque, le pèlerin revêt l’ihram, un vêtement fait de deux pièces de tissu blanc non cousues. Le petit pèlerinage, ou umra, s‘effectue à n‘importe quel moment de l’année et n‘est pas obligatoire. Le fidèle fait sept fois le tour de la Kaaba en récitant des prières, trois fois à pas rapides et quatre fois normalement. La Kaaba est, selon la tradition musulmane une construction qui matérialise l’emplacement du premier sanctuaire construit par Adam et rebâti par Abraham et Ismaël. Elle est au centre de la grande mosquée de La Mecque. Le pèlerin doit toucher les murs du bâtiment ainsi que la pierre noire enchâssée dans l’un de ses angles. Il boit l’eau de la source de Zemzem et court ensuite sept fois entre les hauteurs voisines de Safa et de Marwa.

 

C’est le pèlerinage majeur, le hadj, qui est obligatoire. Généralement, les pèlerins combinent la umra et le hadj. Le pèlerinage majeur se fait impérativement du 8 au 12 du mois de Dhoul hidjah. Les pèlerins passent la nuit du 8 au 9 à Mina, à l’écart de La Mecque. Le 9, ils se rendent à Arafat où ils doivent rester debout de midi au coucher du soleil. Puis, à l’appel du muezzin, ils partent en courant en direction de Mozdalifa où ils passent la nuit. Le 10, ils retournent à Mina et jettent sept cailloux ramassés à Mozdalifa sur des stèles qui symbolisent le diable. Ensuite, ils égorgent un mouton en souvenir du sacrifice d’Abraham. Les musulmans du monde entier s’y associent. C’est l’aïd al-adha. Après cela, le pèlerin abandonne l’ihram et repart vers son pays.

 

Voyage et logement

 

Ibn Batouta n’est sans doute pas pauvre quand il part pour son interminable voyage. Mais il profite surtout de la tradition d’hospitalité qui règne dans le monde musulman. Il est reçu par des notables qui le logent, le nourrissent et lui font des cadeaux qu’il considère comme un dû, au point de protester quand tel ou tel roi africain se montre avare à son égard. Quand il n’est pas accueilli par des habitants des villes qu’il traverse ou par quelque grand personnage, il se loge dans des medersas ou des zaouias, plus rarement dans des caravansérails.

 

Une medersa est un établissement d’enseignement qui dispose de chambres pour les étudiants et les voyageurs lettrés comme Ibn Batouta. Les zaouias sont des ermitages, des sortes de monastères avec des logements construits autour de l’habitation d’un pieux personnage, ou pour une confrérie religieuse. Certaines sont des fondations destinées particulièrement à l’entretien et au logement des voyageurs. Les

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