11 - En Inde (1)

XI – En Inde (1)



A mille milles vers l'ouest d'Angaman se trouve la grande île de Seilan. Elle était autre fois plus grande mais une tempête a provoqué la disparition d'une partie de l'île. Le roi s'appelle Sendernam. Les gens sont idolâtres et ne paye pas de tribut. Ils portent un simple tissu pour cacher leur sexe. Ils vivent de riz. Le bois de brésil est abondant. On trouve dans l'île des rubis, des saphirs, des topazes, des améthystes et des grenats. Le roi possède le plus gros rubis du monde. Il est aussi gros que le bras d'un homme. Kubilai Khan a envoyé des ambassadeurs pour l'acheter. J'étais l'un d'entre eux. Mais le roi a refusé en disant qu'il tenait cette pierre de ses ancêtres et qu'il devait la léguer à son successeur. Les gens de l'île sont chétifs. Quand ils ont besoin de soldats, ils engagent des mercenaires musulmans.

Soixante milles à l'ouest de Seilan, sur la terre ferme, il y a la riche province de Maabar, également appelée Inde Majeure. Elle est dirigée par cinq rois qui sont frères entre eux. On y trouve de très belles perles. D'ailleurs les meilleures perles et pierres précieuses viennent de Maabar et de Seilan. Il y a un golfe où la profondeur de la mer est faible. Les marchands affrètent des navires qui portent des barques destinées aux pêcheurs engagés pour la campagne. En avril et mai, ils vont nombreux dans ce golfe, à Bettala.

Il y a de gros poissons dangereux mais les marchands embarquent avec eux des magiciens appelés Braaman qui neutralisent ces poissons pendant le jour par leurs enchantements. Le soir, ils rompent ces enchantements pour empêcher certains pêcheurs de s'enfuir en volant des perles. Les marchands donnent eu roi le dixième de ce qu'ils prennent, et un vingtième à l'enchanteur. Quand les navires marchands sont arrivés à destination, les pêcheurs sortent sur leurs barques et plongent. Ils trouvent au fond de l'eau des huîtres de mer et les ramassent. A bord, on ouvre ces huîtres et on les met dans une bassine d'eau douce. Là, elles se décomposent et les perles restent au fond du bassin. A partir de la mi-mai, on ne trouve plus rien.

Dans cette province de Maabar, le climat est toujours doux, à tel point que les gens restent nus, à part une pièce de tissus autour de la taille. Le roi lui-même ne porte qu'un pagne mais il a un large collier d'or et de pierres précieuses. Il porte aussi au cou une cordelette de soie sur laquelle sont enfilées cent quatre perles et rubis parce qu'il doit dire cent quatre prières aux idoles matin et soir. Il porte également de nombreux bracelets précieux aux bras et aux jambes et des bagues non moins précieuses aux doigts. Tout cela représente une immense fortune. Il est interdit de faire sortir du royaume les perles et les pierres au-dessus d'un certain poids. Chaque année, le roi ordonne que les propriétaires de pierres et de perles les apportent au palais. Là on les leur achète le double de leur valeur.

Ce roi a cinq cents femmes car il épouse toutes les plus belles. Et les femmes de ce pays sont très belles. Un jour, il a même pris la femme d'un de ses frères. C'est leur mère qui a empêché que la guerre n'éclate entre eux. Le roi est entouré de compagnons, appelés les fidèles, qui l'accompagnent partout et se jettent dans le feu quand le roi meurt et que son corps est brûlé. Les fils et successeurs du roi mort se gardent bien de toucher au trésor de leur père et chaque roi en rajoute.

On n'élève pas de chevaux dans ce royaume et une très grande partie de ses revenus est consacrée à leur importation. Les marchands de Curmos, Chisci, Dufar, Scier et Aden viennent les vendre très cher. Le roi et ses frères en achètent plus de deux mille chacun chaque année. Au bout de l'année, il n'en reste que quelques centaines parce que les gens du pays ne savent pas les soigner. Je pense aussi que le climat ne leur convient pas. Les marchands font en sorte que leurs clients n'apprennent pas à soigner leurs montures pour faire durer leur commerce, très profitable.

Quand un homme commet un crime et est condamné à mort, il demande à se tuer lui-même en l'honneur d'une idole. Sa famille le promène dans une charrette dans toute la ville, puis il se larde de coups de couteau et finit par se couper lui-même la tête avec une lame très tranchante. La famille brûle alors le corps en pensant qu'il a eu de la chance. Il est courant aussi que la femme se fasse brûler sur le bûcher de son mari mort. Celles qui ont peur de mourir avec leur époux sont mal vues.

Les gens du pays sont idolâtres et adorent particulièrement le bœuf Personne n'en tuerait, ni n'en mangerait. Certains, qu'on appelle les gavi, en mangent quand même si l'animal est mort d'accident mais ils enduisent leur maison et eux-mêmes de bouse pour profiter de la sainteté de la bête. Le roi et ses compagnons s'assoient par terre, estimant que la terre est un élément honorable. Les gavi sont les descendants de ceux qui ont jadis tué l'apôtre Thomas. Aucun d'entre ne pourrait s'approcher du tombeau de l'apôtre qui se trouve dans une petite ville de cette province de Maabar.

Il ne pousse que du riz. De l'accouplement des chevaux naissent des animaux de petite taille aux pattes tordues, impropres à être montés. Quand les gens du pays vont à la guerre, ils sont nus, ne portant qu'une lance et un bouclier. Ce sont de mauvais soldats. Quand ils veulent manger de la viande, il font abattre les bêtes par des musulmans. Tous se lavent à grande eau matin et soir, autrement ils ne mangent pas. En mangeant, ils ne se servent que de la main droite. L'usage de la main gauche est réservé aux choses dégradantes. Il boivent dans des coupes, chacun la sienne, et la coupe ne doit pas toucher la bouche. Si un étranger n'a pas de gobelet personnel, ils lui versent la boisson dans les mains.

La justice est sévère. Si un débiteur remet de jour en jour le remboursement d'une dette, le créancier trace un cercle autour de lui et il n'en sortira pas avant d'avoir donné des garanties. S'il sortait de ce cercle, il serait mis à mort. J'ai vu moi-même le roi traité ainsi par un marchand, et le roi s'est soumis à la coutume. La plupart des gens s'abstiennent de boire du vin. Ceux qui boivent et ceux qui vont en mer ne sont pas retenus comme garants car ils sont réputés être des désespérés qui ne craignent pas la mort. En revanche, le libertinage n'est considéré comme un péché. Il fait très chaud et il ne pleut qu'en juin, juillet et août.

Il y a beaucoup de sages qui reconnaissent en la voyant si une personne est bonne ou non. Ils pratiquent également les augures. Si quelqu'un entend une personne qui ronfle ou qui éternue, il s'arrête car cela semble néfaste. Si celui qui a éternué recommence, c'est considéré comme favorable. Les gens pensent qu'il y a des heures favorables ou non. Ils les déterminent en mesurant la longueur de leur ombre. Tout cela est écrit dans leurs livres. Ils cessent toute activité lors des heures néfastes et recommencent dès qu'elles sont passées. Dans les maisons, il y a des sortes de lézards qu'on appelle tarentules. Quand deux personnes qui discutent d'une affaire en voient une, ils concluent leur affaire ou non selon la position de l'animal.

A la naissance d'un enfant, le père fait mentionner par écrit la date et l'heure pour que les astrologue puissent faire son horoscope. Quand le fils a treize ans, on lui donne une certaine somme puis on le renvoie de la maison et on lui coupe les vivres car on estime qu'il est en âge de gagner sa vie. Ces jeunes garçons se démènent alors pour acheter et revendre en faisant un petit bénéfice et deviennent habiles aux affaires. En Inde, les animaux sont différents des nôtres. Les chauves-souris sont aussi grandes que les autours qui, eux-mêmes, sont noirs. On donne à manger aux chevaux de la viande mêlée au riz. C'est pour cela qu'ils crèvent aussi vite.

Il y a de nombreuses idoles dans des monastères et les parents leur consacrent de nombreuses jeunes filles. Ces filles continuent à vivre chez elles mais les moines les convoquent lors des fêtes. Alors elles vont au monastère et chantent, dansent et font de la musique. Plusieurs fois par mois elle apportent à manger à leur idole. Elles dressent la table devant elle, font la fête tout le temps qu'aurait mis un grand seigneur à manger puis, estimant que l'idole a pris son repas, elles se partagent les plats avec les moines. Elles agissent ainsi jusqu'à leur mariage.

Les prêtres des idoles prétendent souvent que le dieu est fâché contre la déesse et qu'il faut les réconcilier sinon les affaires des hommes iront mal. C'est alors que l'on convoque toutes ces filles pour qu'elles fassent de la musique et dansent presque nues pour faire plaisir au dieu et rétablir la paix dans le couple divin. Et quand les prêtres annoncent que le dieu n'est plus fâché, les gens sont joyeux. Ces filles ont la chair très drue ce qui fait que, même en prenant de l'âge elles gardent des seins bien fermes.

Les gens aisés ont des lits en bambou légers et, quand ils sont dedans, ils les élèvent en l'air par des cordes pour éviter les tarentules et trouver les courants d'air rafraichissants. En fait, une grande partie de la population dort dans la rue. La justice du roi est telle que les voyageurs qui dorment dans la rue peuvent garder avec eux des objets précieux sans danger. S'ils disparaissent, le roi les leur rembourse, mais seulement si cela s'est passé dans la rue.

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