Les Métamorphoses

A l'origine, la nature était le chaos, masse informe, mélange d'éléments qui se combattaient entre eux. L'air, la terre et les eaux étaient mêlés. Un dieu les sépara. Les éléments occupèrent le rang qui leur fut assigné et reçurent les lois qui devaient maintenir la paix entre eux. Le feu brilla dans le ciel. Au-dessous vint se placer l'air. La terre fut fixée plus bas. La dernière place revint à l'eau. Ensuite ce dieu arrondit la terre et ordonna qu'elle soit entourée par la mer. Il forma les sources, les lacs et les fleuves. Les plaines s'étendirent, les vallons s'abaissèrent, les montagnes s'élevèrent. La terre fut divisée en cinq régions. Celle du milieu, brûlée par le soleil, est inhabitable. Celles qui sont vers les pôles sont couvertes de glace. Les deux dernières ont un climat tempéré. C'est dans l'air que furent rassemblés les nuages et les vents. Mais ils ne furent pas libres. Eurus fut relégué en Perse et en Arabie. Zéphyr reçut les lieux où le soleil disparaît. Borée envahit la Scythie et les climats glacés du nord. Les régions du midi furent le domaine de l'Auster. Les astres commencèrent à briller dans les cieux et les dieux y fixèrent leur séjour. Les poissons peuplèrent l'eau, les quadrupèdes la terre, les oiseaux l'air. Un être fait pour dominer les autres manquait encore à cet ouvrage. Prométhée forma l'homme à l'image des dieux. Distinct des autres animaux dont la tête est penchée vers le sol, il put contempler les cieux.

Ce fut l'âge d'or. Les hommes étaient justes et vertueux. Il n'y avait ni lois, ni juges. Les hommes ne connaissaient d'autres pays que ceux qui les avaient vus naître. Les cités n'avaient pas de remparts. Ce n'étaient pas les armes qui assuraient la sécurité. La terre produisait tout d'elle-même et l'homme était heureux de ce que la nature lui offrait. C'était un printemps éternel. Lorsque Jupiter précipita Saturne dans le Tartare, commença l'âge d'argent. Jupiter forma quatre saisons. La chaleur embrasa l'air et les vents formèrent de la glace. On chercha des abris. Ce furent d'abord des grottes et des cabanes de feuillages. Il fallut cultiver le sol. Aux deux premiers âges succéda l'âge d'airain. Les hommes, devenus féroces, ne pensaient qu'à la guerre mais n'étaient pas encore tout à fait corrompus. L'âge de fer fut le dernier. Les crimes se répandirent sur terre. La bonne foi disparut. A sa place dominèrent la trahison, la violence et l'avidité. Les bateaux allèrent sur des mers inconnues. La terre fut divisée et le paysan traça des limites autour de son champ. Les hommes creusèrent le sol et ses trésors aggravèrent le mal. Ils eurent le fer, instrument du crime, et l'or, encore pire. Partout on vécut de vol. L'hospitalité ne fut plus sacrée. L'entente devint rare dans les familles. La piété disparut et la Justice quitta la terre abandonnée des dieux. Le ciel ne fut pas à l'abri. Les Géants firent la guerre aux dieux. Ils entassèrent des montagnes jusqu'aux astres mais Jupiter ensevelit ses ennemis. La terre donna vie à ce qui en restait. De nouveaux hommes apparurent, peuple impie bien digne de son origine.

En colère, Jupiter convoqua les dieux et exprima sa colère. Les hommes étaient pervers, il fallait les éliminer. Les demi-dieux, les nymphes, les faunes, les satyres, les divinités champêtres qui séjournaient sur terre n'étaient pas en sécurité parmi eux. Et il raconta comment en Arcadie Lycaon, le roi de la contrée, avait voulu vérifier s'il était un dieu en lui faisant servir un plat de chair humaine. Jupiter avait brûlé son palais et Lycaon avait été changé en loup. Les hommes étaient tous voués au crime. Ils devaient être punis. Les dieux l'approuvèrent mais demandèrent qui désormais ferait fumer l'encens sur leurs autels. Jupiter leur promit une race d'hommes meilleure que la première. Il eut peur que l'axe du monde ne soit consumé par sa foudre, se souvint que les destins avaient fixé un temps où l'univers serait détruit et décida de faire périr le genre humain sous les eaux. Un déluge fondit du haut des cieux. Iris, la messagère de Junon à l'écharpe multicolore, aspira les eaux de la mer et en grossit les nuages. Les moissons furent détruites mais la colère de Jupiter n'était pas encore satisfaite. Son frère Neptune déchaîna les fleuves qui débordèrent. La terre ne se distinguait plus de la mer. La plus grande partie du genre humain périt dans l'eau et la faim tua ceux que l'eau avait épargnés.

C'est sur le mont Parnasse, en Phocide, seul endroit respecté par les eaux, que s'arrêta la barque de Deucalion et de son épouse Pyrrha. Quand Jupiter vit qu'il ne restait plus que ce couple pieux, il dissipa les nuages. Les vagues s'apaisèrent. Neptune appela Triton et lui ordonna de donner à l'eau le signal de la retraite. Dès que sa conque se fit entendre, les vagues se retirèrent. La terre reparut. A la vue de cette immensité silencieuse, Deucalion regretta de ne pouvoir, comme son père Prométhée, créer de nouveaux hommes. Ils voulurent consulter les oracles et se rendirent au bord du Céphise, vers le temple de Thémis. Ils implorèrent la déesse de leur dire comment la perte du genre humain pouvait être réparée. La déesse leur répondit de jeter derrière eux les os de leur mère. Ils réfléchirent longuement à ces paroles ambiguës. Enfin Deucalion trouva la solution. La terre était leur mère et les pierres étaient ses ossements. Alors ils jetèrent des pierres derrière eux. Les dieux changèrent en hommes celles de Deucalion et en femmes celles de Pyrrha. De là vient la dureté de notre race et sa force devant les plus rudes travaux.

La terre couverte de limon engendra Python, un énorme serpent qui fut tué par Apollon. En souvenir, il institua les jeux Pythiens. Le vainqueur recevait une couronne de chêne, le laurier n'existant pas encore. Daphné, la fille du fleuve Pénée, fut le premier amour d'Apollon. Celui-ci, fier de sa victoire sur Python, s'était moqué du fils de Vénus et de son petit arc. L'Amour avait alors tiré sur lui une flèche qui faisait aimer et sur Daphné une autre qui faisait haïr. Le père de celle-ci aurait voulu un gendre et une postérité mais elle lui avait demandé à rester jeune fille, comme Diane. Pénée avait accepté. En vain Apollon voulut la retenir. Elle demanda l'aide de son père et fut changée en laurier. Les fleuves voisins se rendirent auprès de Pénée, ne sachant s'ils devaient le féliciter ou le consoler de la perte de sa fille.

Seul l'Inachus ne vint pas. Il pleurait sa fille Io. Jupiter avait abusé d'elle et l'avait transformé en génisse pour échapper à la jalousie de Junon. Celle-ci demanda à qui était cette bête. Jupiter répondit que la terre venait de l'enfanter. Junon demanda qu'il la lui donne. Il ne put refuser. Junon la confia à Argus, un monstre à cent yeux dont deux seulement se fermaient tandis que les autres restaient ouverts. Il laissait Io paître le jour et l'enfermait la nuit. Les Naïades ignoraient qui elle était. Son père ne la reconnaissait pas. Mais elle les suivait et se laissait caresser. Finalement, des mots tracés de la patte sur le sable apprirent au fleuve le destin de sa fille mais Argus arracha Io des bras de son père et l'emmena ailleurs. Jupiter ordonna à Mercure de le tuer. Mercure rassembla un troupeau de chèvres qu'il conduisit en jouant du chalumeau. Argus l'appela et demanda ce que c'était. Mercure raconta que la naïade Syrinx, fuyant devant le dieu Pan, avait été transformée en roseau. Comme ces roseaux rendaient un son agréable dans le vent, le dieu en avait fait cet instrument qui portait le nom de Syrinx. Mercure s'aperçut alors qu'Argus dormait et lui coupa la tête. Junon recueillit ses cent yeux et les plaça sur les plumes du paon. La colère de la déesse s'accrut avec ce meurtre. Sa rivale épouvantée erra par tout l'univers. Au bord du Nil, elle demanda par ses mugissements à Jupiter la fin de ses malheurs. Alors la colère de Junon s'apaisa et Io reprit sa forme première.

Epaphus, le fils d'Io et de Jupiter, avait le même âge que Phaéthon, fils du Soleil. Epaphus émit un jour des doutes sur son origine. Phaéthon alla tout raconter à sa mère, Clymène. Celle-ci jura qu'il était bien fils du soleil et lui dit qu'il pouvait aller au palais de son père. Phaéton traversa l'Ethiopie et les Indes et arriva au palais du Soleil. Celui-ci lui demanda ce qui l'amenait. Phaéthon lui demande une preuve de son origine. Le Soleil jura qu'il était bien son père et qu'il lui accorderait ce qu'il voudrait. Alors Phaéthon demanda à conduire le char de son père. Le Soleil regretta aussitôt son serment. C'était dangereux et il fallait toute son expérience pour guider le char. Il lui proposa de choisir autre chose mais Phaéthon s'entêta. Alors le Soleil céda. Phaéthon s'élança sur le char. Les chevaux du Soleil se précipitèrent dans les cieux, ignorant pourquoi le char n'avait pas son poids habituel. Comme un navire dont le lest est trop faible, il roulait et sautait. Les chevaux quittèrent la route.

Pour la première, fois, les étoiles du septentrion sentirent les rayons du Soleil et le serpent placé près du pôle s'échauffa. Phébé s'étonna de voir le char de son frère passer sous le sien. La chaleur dessécha la terre. Les moissons brûlèrent. L'incendie dévora les villes et leurs habitants. Le sang des Ethiopiens, attiré par la chaleur à la surface de leur corps, leur donna cette couleur d'ébène qui depuis est la leur. La Libye devint un désert. L'incendie atteignit les fleuves. Le Nil épouvanté remonta aux extrémités de la terre où depuis il cache sa source. La terre s'entrouvrit et la lumière effraya Pluton. Jupiter vit que l'univers allait périr s'il ne réagissait pas. Alors il lança sa foudre sur Phaéthon qui tomba dans l'Eridan. Le Soleil, pleura la perte de son fils et le monde, privé de lumière, ne fut éclairé que par les feux de l'incendie. Clymène courut partout chercher les restes de son fils. La douleur des sœurs de Phaéthon égalait celui de leur mère. Nuit et jour elles restaient penchées sur son tombeau. Elles furent transformées en arbres. Leurs larmes sont de l'ambre. Cygnus, qui régnait en Ligurie, avait la même mère que Phaéthon. Ses cris de douleur retentirent. Il fut transformé en un oiseau qui semble craindre la foudre et qui nage dans les lacs. Les dieux conjurèrent le Soleil de ne pas abandonner l'univers aux ténèbres. Phébus rassembla alors ses chevaux et se vengea sur eux.

Jupiter considéra les désastres que les hommes avaient subis. L'Arcadie fut le premier objet de ses soins. Il lui rendit ses fleuves et ordonna aux forêts de reverdir. Mais, tandis qu'il allait et venait, il tomba amoureux de la nymphe Callisto, une compagne de Diane. Il l'aborda sous les traits de celle-ci et Callisto ne put lui résister. Plus tard, alors que Diane avait proposé aux nymphes de se baigner et qu'elles s'étaient dévêtues, ses compagnes découvrirent la honte de Callisto. La déesse indignée la chassa. Junon avait retardé sa vengeance. Après la naissance d'Arcas, elle transforma la nymphe en ourse. Celle dont la chasse avait été la passion fuyait devant les chasseurs. Oubliant ce qu'elle était, elle se cachait des bêtes féroces. Elle évitait les loups et Lycaon, son père, était parmi eux. Arcas ignorait le sort de sa mère. Un jour, dans la forêt d'Erymanthe, il la rencontra. Il allait la tuer mais Jupiter l'en empêcha. Il fit deux astres de la mère et du fils.

A la même époque, le Corbeau devint noir, de blanc qu'il était. Sa langue le perdit. Apollon aimait Coronis mais l'oiseau qui lui était consacré découvrit son inconstance et vola vers son maître pour la lui révéler. La Corneille voulut savoir le motif de son voyage et, l'ayant appris, lui dit que son zèle lui serait funeste. Elle lui raconta comment Minerve, voulant cacher aux hommes Erichthon, un enfant né sans mère, l'avait enfermé dans une corbeille qu'elle avait confiée, en leur défendant de l'ouvrir, aux trois filles de Cécrops. Hersé et Pandrose avaient obéi à la déesse mais Aglauros avait ouvert la corbeille et fait voir à ses sœurs un enfant aux pieds de dragon. La Corneille l'avait dit à la déesse qui, après cela, lui avait préféré la chouette. Jadis princesse poursuivie par Neptune, elle avait appelé au secours. Athéna l'avait transformée en oiseau et elle était devenue sa compagne. La chouette Nyctimène, qui avait commis l'inceste avec son père et avait été aussi changée en oiseau, l'avait remplacée. Le Corbeau alla quand même dire à son maître qu'il avait surpris Coronis avec un homme. De rage, Apollon la tua mais il le regretta vite et détesta l'oiseau qui avait révélé le crime. Le dieu retira son enfant du sein de Coronis, le porta au Centaure Chiron et punit le Corbeau en lui faisant perdre la blancheur de son plumage.

Chiron était fier d'être le précepteur du fils d'un dieu. Un jour, sa fille Ocyrhoé, qui savait lire l'avenir, dit à l'enfant que souvent les mortels lui seraient redevables de la vie mais que les dieux seraient jaloux. La foudre de son aïeul le frapperait, il mourrait puis redeviendrait dieu. Il lui restait d'autres choses à prédire mais elle fut changée en jument. A cette époque Apollon, déguisé en pâtre, vivait en Elide et en Messénie. Un jour, il laissa ses bœufs s'égarer. Mercure les cacha dans un bois. Le berger Battus le vit. Mercure, pour le faire taire, lui donna une vache. Battus accepta et promit le silence. Mais Mercure revint sous un autre aspect, fit mine de chercher ses bœufs et offrit un taureau. Le berger, ayant comparé les deux récompenses, trahit son serment. Aussitôt Mercure le changea en une pierre qu'on appelle aujourd'hui pierre de touche et qui a la vertu de déceler dans un riche métal ce qu'il cache de faux. Mercure survola Athènes le jour où, selon la coutume, des jeunes filles portaient des offrandes au temple de Minerve. Il s'éprit d'Hersé et descendit sur terre. Au palais de Cécrops, Aglauros le vit la première. Mercure lui demanda son aide. Minerve se souvint qu'Aglauros l'avait trahie. La déesse se rendit à l'antre de l'Envie, le monstre pâle et décharné qui s'irrite du bonheur des mortels. La déesse, surmontant sa répulsion, lui demanda de verser ses poisons dans l'âme d'Aglauros. L'Envie s'introduisit dans le palais de Cécrops et souffla sur Aglauros de noirs venins. Elle fut alors tourmentée d'une rage inconnue. Jalouse du bonheur d'Hersé, elle interdit l'entrée du palais à Mercure qui la transforma en statue.

Jupiter envoya Mercure en Phénicie mener les troupeaux du roi Agénor au bord de la mer, là où Europe, la fille du roi, venait tous les jours avec ses compagnes. Jupiter prit la forme d'un taureau blanc. Europe l'admira et lui présenta des fleurs. Elle monta même sur son dos. Alors le dieu l'emporta sur l'océan jusqu'en Crète. Ignorant le destin de sa fille, le roi de Tyr ordonna à Cadmus de chercher sa sœur. Il parcourut en vain l'univers et dut fuir la colère de son père. L'oracle d'Apollon lui dit de suivre une certaine génisse, de bâtir une ville là où elle s'arrêterait et de nommer Béotie la contrée. Cadmus vit une génisse errante et la suivit. Un moment, la génisse s'arrêta, regarda ceux qui la suivaient et se coucha sur l'herbe. Voulant sacrifier à Jupiter, le tyrien ordonna à ses compagnons d'aller puiser de l'eau. La forêt voisine était la retraite du dragon de Mars. Les homes étaient à peine entrés dans le bois qu'il se jeta sur eux. Cadmus parvint à le tuer mais une voix lui prédit qu'il serait lui-même un jour changé en serpent. Minerve lui ordonna d'enterrer les dents du dragon qui seraient la semence d'un peuple nouveau. Cadmus obéit et bientôt s'éleva une moisson de guerriers qui s'entretuèrent. Il n'en restait que cinq lorsque la déesse fit cesser le combat. Avec Cadmus, ils bâtirent Thèbes. Le fils d'Agénor épousa Hermione, fille de Mars et de Vénus, et fut père d'une nombreuse postérité.

Un jour Actéon, fils de Cadmus, chassait avec ses compagnons. Il était midi et tous ne songeaient qu'au repos. Non loin étaient un vallon et une source consacrés à Diane. La déesse aimait s'y baigner avec les nymphes. Actéon, errant dans le bois, arriva dans l'enceinte sacrée. Aussitôt les nymphes, nues, crièrent et entourèrent la déesse pour la cacher. Diane rougit d'être ainsi vue par un mortel et transforma Actéon en cerf. Ses propres chiens se jetèrent sur lui. Diane ne se crut vengée qu'à sa mort. Junon se réjouissait des malheurs de la famille d'Agénor car sa haine contre Europe s'étendait à sa postérité. De plus Sémélé, fille de Cadmus, était enceinte de Jupiter. Junon se rendit au palais de sa rivale sous les traits de sa nourrice et lui suggéra que le roi des dieux vienne la voir avec tous les attributs de sa grandeur, en gage d'amour. Sémélé se laissa convaincre. Elle demanda une grâce à Jupiter. Sans même savoir laquelle, le dieu accepta. Quand elle lui demanda d'apparaître comme il le faisait auprès de Junon, il était trop tard. Accablé, Jupiter rassembla les vents, les éclairs, le tonnerre et la foudre et descendit ainsi dans le palais des enfants d'Agénor. Mais une mortelle ne pouvait soutenir cet éclat et Sémélé fut consumée dans les bras de son amant. Cependant Jupiter arracha de son sein l'enfant qui devait naître et l'enferma dans sa cuisse le temps que sa mère aurait dû le porter. C'était Bacchus. Sa tante Ino l'éleva secrètement.

Un jour Jupiter discutait avec Junon des plaisirs de l'amour pour les hommes et les femmes. N'étant pas d'accord, ils s'en rapportèrent à Tirésias qui avait connu les deux sexes. Un jour, il avait rencontré deux serpents, les avait frappés de sa baguette et, d'homme qu'il était, était devenu femme. Huit ans plus tard, il les avait revus, les avait frappés de nouveau et était redevenu un homme. Il approuva Jupiter et Junon, vexée, le rendit aveugle. Jupiter, pour alléger sa peine, car un dieu ne peut détruire ce qu'a fait un autre dieu, lui donna la science de l'avenir. Liriope en fit l'épreuve la première. Le Céphise lui avait fait un enfant très beau. Il s'appelait Narcisse. Tirésias affirma que l'enfant deviendrait vieux s'il ne se connaissait pas. Cela parut absurde. Narcisse avait seize ans quand la nymphe Echo le vit. Elle ne pouvait que répéter les derniers mots entendus. Junon aurait souvent pu surprendre son époux infidèle si elle ne l'avait retardée par ses discours et s'était vengée. Echo s'offrit à Narcisse mais il se déroba. Repoussée, elle se retira au fond des bois. Son amour la consuma. Il ne resta bientôt d'elle que les os et la voix. Ses os furent changés en rochers et sa voix répond toujours à celui qui l'appelle. Les autres Nymphes éprouvèrent aussi le dédain de Narcisse. Une d'elles souhaita dans son désespoir qu'il aime à son tour sans être aimé. Némésis exauça sa prière. Narcisse vit son image dans l'eau d'une fontaine et s'éprit de sa propre beauté. Il resta immobile, penché sur l'eau. Rien ne put l'en arracher et il en mourut. Il fut transformé en fleur.

Cela rendit Tirésias célèbre. Seul Penthée, qui méprisait les dieux, dédaigna son savoir. Le vieillard prédit qu'un jour Bacchus viendrait et que le sang de Penthée souillerait les mains de sa mère. Penthée le chassa mais la prédiction s'accomplit. Bacchus vint et la foule se précipita au devant de lui. Penthée ordonna qu'on le capture. Ses soldats, à leur retour, dirent qu'ils ne l'avaient pas vu mais qu'ils ramenaient un de ses compagnons. C'était un homme qui avait quitté l'Etrurie pour suivre le nouveau dieu. Le captif dit qu'il était pêcheur et s'appelait Acétès. Un jour, un de ses marins avait trouvé un enfant d'une grande beauté et ivre. Il avait reconnu un dieu mais les autres ne l'avaient pas cru. Bacchus, car c'était lui, leur avait demandé de le conduire à Naxos. Les traîtres avaient fait mine d'accepter mais avaient pris une autre route. Alors Bacchus s'était montré couronné de raisins, tenant un javelot. Autour de lui étaient des lynx, des tigres et des léopards. Effrayés, les marins s'étaient jetés à l'eau et avaient été transformés en poissons. Lui seul était resté et avait embrassé les mystères sacrés. Tandis qu'on préparait le supplice d'Acétès, la porte de sa prison s'ouvrit et ses fers tombèrent. Penthée courut là où allaient se célébrer les mystères de Bacchus et regarda. Agavé, sa mère, le vit sans le reconnaître. Elle lui lança son thyrse et les Bacchantes le tuèrent.

Les filles de Minyas rejetaient aussi le culte de Bacchus. Alors l'encens fumait et que l'hymne sacré retentissait, elles continuaient à filer la laine. Arsinoé proposa à ses sœurs de raconter des histoires. Elles l'approuvèrent et elle commença. Pyrame et Thisbé vivaient dans la ville de Sémiramis. Leurs parents s'opposaient à leur union mais ne pouvaient les empêcher de s'aimer. Un jour, ils décidèrent de s'enfuir et de se retrouver au tombeau de Ninus, sous un mûrier aux fruits blancs. A la nuit, Thisbé s'assit sous l'arbre. Soudain elle vit une lionne. Elle se réfugia dans une grotte mais son voile tomba. La lionne le vit, le déchira et le tâcha de sang. Arrivé plus tard, Pyrame reconnut le voile sanglant de Thisbé et se tua. Le sang qui rejaillit sur les racines du mûrier en rougit les fruits. Thisbé revint et trouva le corps de Pyrame. Voyant son voile ensanglanté, elle comprit et se tua à son tour. La mûre se teignit de pourpre en mûrissant et une même urne renferma la cendre des deux amants.

Leucippé à son tour raconta comment le Soleil avait vu Mars et Vénus ensemble et l'avait dit à Vulcain. Celui-ci, indigné, avait fabriqué des filets invisibles. Il avait attaché ce piège au lit des deux amants et, dès qu'ils avaient été réunis, les avait capturé. Alors il avait appelé les dieux pour leur montrer le couple enchaîné et honteux. Les dieux avaient beaucoup ri de l'aventure mais Vénus avait voulu se venger. Phébus était amoureux de Leucothoé. fille d'Eurynome, la plus belle femme d'Arabie, et d'Orchamus, roi de Perse. Il s'était rendu à son palais, lui avait avoué son amour et Leucothoé lui avait cédé. La nymphe Clytie aimait Phébus. Jalouse, elle l'avait dénoncé à Orchamus qui fit enterrer sa fille vivante. Depuis la mort de Phaéthon, le dieu n'avait pas éprouvé une telle douleur. Il avait versé sur Leucothoé un nectar odorant et de son corps s'était élevé un arbre à encens. Clytie, désespérée, s'était assise par terre pour suivre dans son cours ce Soleil qu'elle adorait. Elle fut transformée en fleur.

Alcithoé prit ensuite la parole. A quinze ans, Hermaphrodite, le fils de Vénus et de Mercure, partit explorer le monde. Il rencontra la Nymphe Salmacis qui s'offrit à lui mais il ignorait ce qu'était l'amour. La Nymphe implora au moins un baiser et il la repoussa. Se croyant seul, il voulut se baigner et ôta son vêtement. La Nymphe ne se tint plus. Ayant ôté sa robe, elle le saisit et l'embrassa malgré lui. Hermaphrodite se débattit. La Nymphe demanda alors aux dieux que rien ne la sépare de lui et les dieux exaucèrent sa prière. Les deux corps furent unis, paraissant avoir les deux sexes et n'en ayant aucun. Les Minéides cessèrent de parler. Tout à coup les tambours et les flûtes mêlèrent leur bruit confus. L'air fut embaumé de myrrhe et de parfums. Le toit s'ébranla. On vit briller des torches et des tigres hurlèrent parmi les feux. Saisies de terreur, les Minéides furent transformées en chauves-souris. Cette histoire renforça à Thèbes le culte de Bacchus. Ino, sa tante, racontait partout ses prodiges. Junon, jalouse, la voyant si fière de son mariage avec Athamas, de ses enfants et d'avoir été la nourrice d'un dieu, s'irrita de son bonheur.

Elle descendit aux Enfers et appela les trois sœurs, filles de la Nuit, assises devant les portes de diamant qui ferment le Tartare. Les Furies, reconnaissant la déesse, se levèrent. Le lieu qu'elles gardent est celui des tortures. Là, Tityos voit ses entrailles dévorées par un vautour, Tantale est tourmenté par la soif, Sisyphe roule un rocher qui retombe, Ixion tourne sur sa roue et les Danaïdes puisent sans relâche des eaux qui s'écoulent toujours. Junon demanda pourquoi Sisyphe, seul de sa famille, devait souffrir un supplice éternel tandis qu'Athamas et son épouse bravaient sa puissance. Elle voulait que la maison de Cadmus périsse. L'horrible Tisiphone accepta et Junon repartit sûre de sa vengeance. Tisiphone prit sa torche et sortit des Enfers. Avec elle marchaient le Deuil, l'Epouvante, la Terreur, et la Rage. Elle arriva au palais d'Athamas. Les portiques tremblèrent, les portes se ternirent et l'astre du jour pâlit. Epouvantés, Athamas et son épouse se préparèrent à fuir. Tisiphone lança un serpent sur Athamas et un autre sur Ino. Leur raison s'égara. Tisiphone avait apporté de l'écume de Cerbère et du venin de l'Hydre. Elle y joignit les erreurs, l'oubli de la raison, le crime, les pleurs et le meurtre. Elle fit bouillir cette mixture avec de la ciguë et du sang et répandit ce poison sur les époux. Ensuite elle redescendit aux Enfers.
Saisi de fureur, Athamas lança ses compagnons contre une lionne et ses deux lionceaux. C'était en fait sa femme qu'il poursuivait. Elle tenait le jeune Léarque qui tendait les bras à son père. Il le tua. Ino s'enfuit, portant dans ses bras Mélicerte, et se jeta à la mer avec lui. Voyant les malheurs de sa petite-fille, Vénus demanda à Neptune d'accepter les siens parmi les dieux marins. Les compagnes d'Ino accusèrent Junon d'injustice. La déesse les pétrifia. Cadmus, effondré, abandonna sa cité. Après avoir longtemps erré avec son épouse Hermione, il arriva en Illyrie. Agés et malheureux, les deux époux se rappelèrent les premières infortunes de leur maison et se soulagèrent en se les racontant. Ils furent transformés en serpents inoffensifs. La gloire de leur petit-fils Bacchus les consolait. Il était adoré en Inde et la Grèce lui avait élevé des autels. Seul Acrisius lui interdisait Argos et niait qu'il soit fils de Jupiter. Il contestait également cette origine à Persée, fils de sa fille Danaé.

Persée, tenant la tête de la Gorgone, survola la Libye. Des gouttes de sang tombèrent. C'est l'origine des serpents d'Afrique. Le soir, le héros arriva chez Atlas et demanda l'hospitalité. Atlas était fils de Japet et régnait dans les dernières régions de la terre. Ses arbres portaient des pommes d'or. Thémis lui avait prédit qu'un fils de Jupiter les lui volerait et il chassa Persée. Alors celui-ci lui montra la tête de Méduse et le géant fut changé en montagne. Au matin, Persée reprit son vol. Il vit l'Ethiopie, le pays où régnait Céphée. Là, Andromède expiait les propos de sa mère, attachée à un rocher. Séduit, Persée lui demanda qui elle était et pourquoi elle était enchaînée. Un monstre sortit alors de l'Océan. Andromède cria. Ses parents ne pouvaient que pleurer. Persée offrit son aide s'ils voulaient la lui donner. Céphée et Cassiopée acceptèrent. Le héros s'élança dans les airs, fondit sur le dos du monstre et le tua. Céphée et Cassiopée, heureux, le saluèrent comme leur gendre. Le vainqueur posa la tête de Méduse sur des feuilles. Les tiges rougirent et durcirent. Les Nymphes de l'Océan renouvelèrent ce prodige sur d'autres rameaux. C'est l'origine du corail.

Persée fit des sacrifices aux dieux et épousa Andromède. Lors du banquet, on lui demanda de raconter comment il avait pu vaincre Méduse. il expliqua que sous l'Atlas se trouvait un lieu presque inaccessible dont l'entrée était habitée par les deux filles de Phorcus à qui les Destins n'avaient donné qu'un œil qu'elles se prêtaient. Il l'avait pris et était arrivé au palais des Gorgones. Il avait vu des hommes et des bêtes pétrifiés. Il avait coupé la tête de Méduse pendant son sommeil et n'avait vu que le reflet de son visage sur son bouclier. Le cheval ailé Pégase et son frère Chrysaor étaient nés de son sang. Un convive demanda pourquoi seule Méduse avait des serpents sur la tête. Persée raconta que Méduse avait été belle et que Neptune, épris de ses charmes, avait osé profaner avec elle le temple d'Athéna. Pour se venger, la déesse avait changé ses cheveux en serpents.

Tout à coup, on entendit des cris. Phinée s'avançait à la tête de ses compagnons et accusait Persée de lui avoir pris son épouse. Son frère Céphée lui reprocha de n'avoir rien fait pour sauver Andromède. Le combat s'engagea. Minerve vola au secours du fils de Jupiter en le couvrant de son égide. Phinée et ses compagnons pressaient le héros. Voyant qu'il allait succomber sous le nombre, il leur montra la tête de la Gorgone. Deux cents guerriers avaient échappé au glaive. Ils furent pétrifiés. Phinée reconnut alors sa défaite et fut lui aussi changé en statue. Persée retourna chez lui avec son épouse. Il entra dans Argos et, pour venger son aïeul Acrisius, attaqua Prétus qui l'avait détrôné. Rien ne put le défendre de la tête du monstre. Polydectès, qui régnait sur Sériphos et qui détestait le héros, prétendait que le vainqueur de la Gorgone n'était qu'un imposteur. Persée leva la tête de la Gorgone et Polydectès devint un rocher.

Minerve, quittant Persée, s'arrêta sur l'Hélicon et aborda les neuf Muses. Elle voulait voir la source née des sabots de Pégase. Elle trouva les filles de Mnémosyne bien heureuses. Une des neuf sœurs lui dit qu'elles seraient plus heureuses si elles étaient plus tranquilles. Elle raconta comment le barbare Pyrénée avait tenté de les retenir. Elles avaient dû s'envoler et Pyrénée s'était tué en cherchant à les suivre. A ce moment, l'air frémit d'un battement d'ailes. La déesse leva les yeux. C'était neuf pies. La muse expliqua qu'il s'agissait des neuf filles d'Evippé et de Piéros, roi de Pella, qui les avaient défiées. Les Nymphes avaient été les arbitres. Les Piérides avaient chanté la guerre des Géants en se moquant les dieux. Poursuivis par Typhée, les immortels s'étaient dérobés sous la forme d'animaux. C'était depuis ce temps que la Libye adorait Jupiter cornu sous le nom d'Ammon. Apollon avait pris l'aspect d'un corbeau, Bacchus celui d'un bouc. Diane s'était changée en chatte, Junon en génisse, Vénus en poisson et Mercure en ibis.

Ce fut ensuite le tour des Muses. Calliope raconta comment la Sicile recouvrait le corps de Typhée, géant foudroyé par Jupiter parce qu'il avait osé lui disputer l'Olympe. Il luttait pour briser ses fers et la terre tremblait. Pluton, craignant qu'elle ne s'ouvre, parcourut l'île pour en examiner les bases. Vénus le vit et lui envoya son fils Cupidon. Elle voulait qu'il épouse sa nièce Proserpine, la fille de Cérès. Cupidon tira une flèche sur Pluton. Proserpine jouait près d'un lac. Pluton la vit, s'enflamma et l'enleva. La nymphe Cyané vit le ravisseur et s'opposa à son passage. Pluton en colère lança son sceptre dans le lac. La terre lui ouvrit le chemin des Enfers et la nymphe disparut dans les eaux. Cérès chercha sa fille par toute la terre. Un jour, épuisée, elle vit une cabane et frappa. Une vieille parut. La déesse lui demanda à boire. Tandis que Cérès buvait, un enfant rit de son avidité. Cérès le changea en lézard. La déesse revint enfin en Sicile, au lac de Cyané. La Nymphe n'avait plus de voix mais elle montra à la déesse la ceinture de sa fille qui flottait. Cérès la reconnut. Ignorant où était Proserpine, elle maudit la Sicile qui perdit sa fertilité. Aréthuse lui demande d'épargner l'île et lui révéla où était sa fille, devenue l'épouse du roi des Enfers.

La déesse demanda alors à Jupiter qu'il la lui rende. Il répondit qu'un gendre tel que Pluton ne saurait la faire rougir mais que sa fille pouvait encore lui être rendue si elle n'avait goûté à aucun fruit des Enfers. Tel était l'arrêt des Parques. Cérès croyait déjà retrouver Proserpine mais, tandis qu'elle errait dans les jardins de Pluton, la jeune déesse avait cueilli une grenade. Ascalaphus l'avait vue, lui ôtant ainsi tout espoir de retour. Il fut changé en hibou. Les compagnes de Proserpine, après avoir parcouru toute la terre pour la retrouver, voulurent la chercher sur les mers et demandèrent des ailes. Les dieux exaucèrent leur vœux et, pour conserver leurs chants, leur laissèrent les traits et le langage humains. Ce sont les sirènes. Finalement, Jupiter partagea l'année entre Pluton et Cérès. Il ordonna que Proserpine accorde six mois à sa mère et six mois à son époux. Alors le calme revint dans l'âme de Cérès. La déesse voulut savoir pourquoi Aréthuse était devenue une source. La Naïade raconta qu'elle se baignait dans un ruisseau quand un murmure était sorti des eaux. C'était Alphée. Elle s'était enfuie et Alphée l'avait poursuivie. Elle avait imploré Diane qui l'avait changée en fontaine. Alphée était redevenu fleuve et avait voulut mêler ses flots aux siens mais Diane l'avait protégée. Cérès se rendit ensuite à Athènes où elle remit à Triptolème des semences pour fertiliser la terre. En Scythie, le roi Lyncus, jaloux, voulut le tuer. Cérès le changea en lynx. Les Nymphes, unanimes, décernèrent le prix aux déesses de l'Hélicon et les Piérides, vaincues, furent changées en pies.

Minerve approuva la vengeance des neuf Sœurs et se dit qu'elle ne devait pas accepter qu'on la brave impunément. Elle pensa à Arachné qui se vantait de la surpasser dans l'art de fabriquer une toile. Elle prit les traits d'une vieille femme pour l'aborder et lui conseiller de modérer son orgueil. Arachné se mit en colère et demanda pourquoi Minerve ne venait pas se mesurer à elle. La déesse se fit alors reconnaître et accepta le défi. Aussitôt les deux rivales se mirent à l'ouvrage. Minerve représenta une scène entre elle et Neptune et, afin que sa rivale comprenne ce qui l'attendait, elle représenta dans les coins Hémus, roi de Thrace, et Rhodope, son épouse, transformés en montagnes pour avoir osé prendre les noms de Jupiter et de Junon. Elle représenta aussi la reine des Pygmées qui avait défié Junon et avait été changée en grue. Ailleurs elle traça l'aventure d'Antigone qui s'était comparée à Junon et avait été changée en cigogne. Dans le dernier coin on voyait Cyniras embrassant ses filles pétrifiées par Junon. Arachné, elle, représenta des scènes où des dieux se transformaient pour enlever des femmes. La déesse, irritée, déchira sa toile et frappa Arachné. Celle-ci, désespérée, voulut se pendre. Minerve la transforma en araignée.

La Renommée raconta partout cette histoire mais Niobé n'en tira aucune leçon. Elle aurait pu être la plus heureuse des mères si elle n'avait été trop fière de ce bonheur. La fille de Tirésias, Manto, appelait un jour les Thébaines aux autels de Latone et de ses enfants. Niobé demanda pourquoi préférer Latone à elle-même qui était fille de Tantale, fille d'une sœur des Pléiades, petite-fille d'Atlas, petite-fille et bru de Jupiter, qui régnait sur la Phrygie et possédait des richesses immenses. Surtout elle avait sept filles et sept fils, et bientôt sept gendres et sept brus. Latone, elle, n'avait eu que deux enfants. Les Thébaines interrompirent alors leurs sacrifices. Latone se plaignit à ses enfants. Apollon et Diane s'élancèrent vers Thébes. Les sept fils de Niobé furent tués par les flèches d'Apollon. La Renommée annonça leur mort à Niobé, en même temps que celle d'Amphion, son époux. Elle continua pourtant à provoquer Latone. Ses filles furent tuées par Diane. Veuve, ayant perdu ses enfants, Niobé fut transformée en rocher.

Un vieillard raconta que son père lui avait demandé de lui amener des bœufs de Lycie et lui avait donné pour guide un homme du pays. Tandis qu'il parcourait ses pâturages, il avait aperçu au milieu d'un lac un autel noirci par la fumée des sacrifices. Son guide s'était arrêté avec respect. Il lui avait demandé à qui cet autel était consacré. Le guide avait répondu que l'autel appartenait à la déesse que Junon avait exilée et qui avait trouvé asile à Délos, île qui flottait alors sur la mer. Latone y avait donné le jour à des jumeaux. Plus tard, obligée de fuir sa rivale, elle était arrivée en Lycie. Un jour elle découvrit une source dans un vallon où des paysans coupaient l'osier. Elle allait se désaltérer quand ils voulurent s'y opposer. Sans s'abaisser à des prières indignes d'elle, Latone les condamna à vivre dans la boue des marais et ils furent transformés en grenouilles. On se souvint aussi de l'histoire du Satyre écorché vif par Apollon, vainqueur au combat de la flûte inventée par Minerve. Les Faunes, les Satyres, les Nymphes et les bergers pleurèrent et cela fit un fleuve qui, sous le nom de Marsyas, roule les eaux les plus limpides de Phrygie. Les Thébains pleurèrent Amphion et ses enfants mais seul son frère Pélops pleura Niobé. On disait que, son père l'ayant autrefois tué pour le servir aux dieux, ceux-ci avaient rassemblé ses membres pour le reconstituer et que, n'ayant pu retrouver une épaule, ils l'avaient remplacée par une pièce d'ivoire.

Les villes de Grèce envoyèrent leurs rois consoler Pélops. Athènes seule y manqua mais les barbares la menaçaient. Térée, roi de Thrace, vint à son aide. Pandion, roi d'Athènes, lui témoigna sa reconnaissance en lui donnant sa fille Progné. De leur union naquit Itys. Quelques années plus tard, Progné voulut voir sa sœur. Térée alla à Athènes, exposa les motifs de son voyage et Pandion se laissa convaincre. Mais, quand parut Philomèle, heureuse d'aller voir sa sœur, Térée s'enflamma. Dès que le navire arriva en Thrace, il la conduisit dans une tour, au fond d'une forêt, et la viola. Philomèle voulait le dire à tout le monde. Le tyran lui coupa la langue. Il se présenta ensuite devant Progné, lui fit croire que sa sœur était morte et la reine prit le deuil. Une année passa. Philomèle, dans sa prison, réussit à broder le récit du crime de Térée. Elle confia cet ouvrage à une de ses femmes et le fit porter à la reine. Progné y lut l'histoire de sa sœur et médita une vengeance terrible. On célébrait des fêtes de Bacchus. Progné sortit du palais déguisée en bacchante, arriva à la tour qui enfermait Philomèle, enleva sa sœur et la conduisit au palais. Itys s'approcha de sa mère pour l'embrasser. Progné le poignarda. Avec Philomèle, elles le firent cuire et Progné fit servir ce mets à Térée, invoquant un banquet sacré où, selon un usage d'Athènes, la reine seule était admise auprès de son époux. Térée mangea son fils. Quand il demanda qu'on fasse venir Itys, Progné éclata de rire et Philomèle lui jeta la tête de son fils. Le roi de Thrace poursuivit les filles de Pandion l'épée à la main mais elles furent changées en oiseaux. Térée aussi fut changé en huppe. Pandion mourut de chagrin. Le sceptre d'Athènes passa à Érechthée.

Borée soupira longtemps en vain pour sa fille Orithye puis l'enleva et l'emmena en Thrace. Elle donna le jour à des jumeaux qui eurent les ailes de leur père. Plus tard, ils accompagnèrent Jason à la conquête de la toison d'or et, en chemin, délivrèrent Phinée des Harpies. A Colchos, les héros grecs demandèrent au roi la toison du bélier de Phryxus. Tandis qu'Aiétès leur faisait connaître ses conditions, Médée, sa fille, vit Jason et s'enflamma. Quand Jason demanda son secours et promit son cœur, Médée lui donna des herbes magiques. Au jour, le peuple accourut vers le champ consacré à Mars. Des taureaux qui crachaient du feu se précipitèrent. Jason les soumit et laboura le champ. Le peuple admira ce prodige. Jason prit alors les dents du dragon de Mars et les sema. Il en naquit des hommes armés. Il lança un caillou parmi eux et ils s'entretuèrent. Il dut encore endormir le dragon qui gardait la toison pour s'en emparer. Puis il retourna avec Médée à Iolchos.

Les parents des Argonautes fêtèrent leur retour mais Eson, trop vieux, ne put prendre part à la liesse. Jason demanda à Médée d'ôter quelques années à sa vie pour les ajouter à celle de son père. Médée, émue, implora Hécate de rajeunir Eson sans abréger la vie de Jason. Dans un char tiré par des dragons ailés, elle s'envola. Elle alla cueillir des plantes dans la montagne et revint neuf jours plus tard. Egorgeant alors une brebis noire, elle versa son sang dans deux fosses, répandit du vin dans l'une et du lait dans l'autre, prononça des mots magiques et pria Pluton. Elle ordonna ensuite qu'on amène Eson. L'ayant endormi, elle le purifia par le feu, l'eau et le soufre. Elle fit dissoudre ses plantes et jeta dans le vase des pierres apportées d'Orient et de l'Océan. Elle ajouta à ce mélange les influences de la lune, les ailes d'une strige, les entrailles d'un de ces loups qui prennent un aspect humain, la peau d'un serpent du Cynips, le foie d'un vieux cerf et la tête d'une corneille de neuf siècles. Elle mélangea le tout avec une branche d'olivier sèche. Le bois en ressortit chargé d'olives. Médée égorgea alors le vieillard et remplaça son sang par ce mélange. Aussitôt sa barbe et ses cheveux noircirent, ses rides s'effacèrent et il se retrouva tel qu'il était à quarante ans.

Médée feignit alors la colère contre Jason et se réfugia chez Pélias, qui était très vieux. Reçue par ses filles, elle leur raconta ce qu'elle avait fait pour Eson. Elles espérèrent alors voir rajeunir leur père. Sur la demande de Médée, on amena un vieux bélier. Elle l'égorgea, le coupa en morceaux et le plongea dans un vase avec des substances magiques. Un agneau en sortit. Les filles de Pélias furent alors convaincues. A la nuit, Médée prépara un vase rempli d'eau et d'herbes banales. Elle endormit Pélias et ordonna à ses filles de l'égorger. Médée l'acheva et s'enfuit. Elle passa là où Cérambus avait été transformé en oiseau pour échapper au déluge. Elle laissa Pitane où un serpent avait été changé en rocher par Apollon, Cos dont les femmes avaient vu des cornes leur pousser, Ialysus habitée par les Telchines que Jupiter avait couverts d'écailles et Carthée où Alcidamas avait vu une colombe naître de sa fille. Elle vit le lac d'Hyrié. Un jour, de dépit, son fils s'était jeté d'un rocher et avait été changé en cygne. Ignorant que les dieux l'avaient sauvé, elle avait formé ce lac en pleurant. Médée vit ensuite Calaurie dont le roi et son épouse avaient été changés en alcyons, les lieux où Céphise avait pleuré son petit-fils changé en phoque par Apollon et le palais où Eumelus avait gémi sur sa fille changée en oiseau. Elle arriva enfin à Corinthe. Après avoir donné une robe empoisonnée à la nouvelle épouse de Jason et brûlé le palais de Créon, Médée se vengea en tuant ses propres enfants et alla ensuite à Athènes.

Egée l'épousa. Thésée venait d'arriver après avoir purgé l'isthme de ses brigands. Elle conspira contre lui. Il y a en Scythie une caverne qui mène à l'empire des morts. Hercule y traîna Cerbère attaché. En résistant, celui-ci bava sur la terre. Cela donna une plante empoisonnée que les habitants des campagnes appellent aconit. Trompé par les ruses de son épouse, Egée présenta ce poison à son fils et Thésée, sans méfiance, tenait déjà la coupe quand Egée le reconnut et écarta le breuvage de sa bouche. Médée disparut alors dans un nuage.

Tandis qu'Egée était tout à la joie d'avoir retrouvé son fils, Minos voulut venger sur Athènes la mort de son fils Androgée et chercha des alliés. Pour lui se déclarèrent plusieurs cités dont Sithone que, dans son avarice, Arné vendit à ses ennemis. Elle est maintenant changée en corneille. Mais bien d'autres lui refusèrent leur concours. Le roi d'Egine, Eaque, lui répondit qu'Athènes n'avait pas de plus fidèle alliée que lui. Les Crétois à peine repartis, l'athénien Céphale arrivait. L'envoyés d'Athènes exposa à Eaque ce qui l'amenait. Eaque l'assura que ses forces lui étaient acquises. Céphale le remercia mais remarqua qu'il ne voyait plus les guerriers auxquels il était habitué. Eaque soupira et répondit qu'ils étaient morts, comme presque tous ses sujets. Junon avait envoyé la peste. La contagion avait touché les animaux puis les hommes. Bientôt les cadavres avaient été laissés sur les places publiques ou entassés sur d'immenses bûchers. La terre ne suffisait pas aux tombeaux, ni le bois aux bûchers. Eaque avait imploré Jupiter qui avait entendu sa prière. Non loin du palais s'élevait un chêne né d'un gland cueilli dans la forêt de Dodone. Eaque y vit des fourmis et dit qu'il souhaitait, pour repeupler son île, un peuple aussi nombreux qu'elles. Pendant la nuit, il crut voir pleuvoir des légions de fourmis qui prenaient figure humaine. A son réveil, les hommes du rêve étaient là. Eaque les nomma Myrmidons d'après leur origine. C'était une race économe, patiente au travail et ardente pour acquérir qui suivrait Athènes au combat.

Le lendemain, tandis que les fils d'Eaque assemblaient les phalanges qui devaient embarquer, Phocus remarqua à la main de Céphale un javelot étonnant. Un des Athéniens affirma que l'arme ne manquait jamais son but et revenait d'elle-même à celui qui l'avait lancée. Phocus demanda d'où venait cette arme. Céphale répondit à contrecoeur. Il avait épousé Procris, fille d'Erechthée. Un jour, il avait été enlevé par l'Aurore mais, comme il aimait Procris, il lui avait résisté et la déesse avait été vexée. Il avait alors été pris de jalousie et avait voulu tenter la fidélité de Procris, poussé par l'Aurore. Arrivé incognito à Athènes, il avait été reçu par son épouse et lui avait tant promis qu'à la fin il avait cru l'avoir vaincue. En colère, il s'était fait reconnaître. Procris avait fui un époux injuste mais il avait imploré son pardon et les années s'étaient écoulées sans voir s'altérer leur bonheur. Elle lui avait donné un chien inégalable à la course et le javelot qu'il tenait. Oedipe avait résolu l'énigme du Sphynx qui s'était jeté du haut de son rocher. Thémis, voulant venger sa mort, envoya à Thébes un autre monstre. Les chasseurs lâchèrent leurs chiens contre lui. Lélape, le chien de Procris, s'élança mais le monstre et la bête furent changés en marbre, un dieu n'ayant pas voulu décider entre eux de la victoire. Quant au javelot, Céphale raconta qu'il chassait en chantant une chanson qui parlait d'une nommée Aure. Un témoin l'entendit, crut que c'était le nom d'une Nymphe et alla le dire à Procris. Elle voulut vérifier d'elle-même. Le lendemain, Céphale entendit du bruit dans un fourré et lança son javelot. C'était Procris.

Pendant ce temps, Minos portait la guerre devant Mégare où régnait Nisus qui, parmi ses cheveux blancs, cachait un cheveu de pourpre auquel était attaché le salut de son empire. Un mois plus tard, la victoire était encore incertaine. Scylla, la fille de Nisus, ne pouvait maîtriser son trouble en voyant Minos. Une nuit, elle approcha du lit de son père, détacha le cheveu fatal puis sortit de la ville et se présenta à Minos. Elle lui avoua son amour et lui livra sa patrie en lui donnant le cheveu. Minos, indigné, la chassa. Une fois maître de la ville, il repartit. Scylla se jeta dans la mer et s'attacha à la poupe de son navire. Son père, changé en aigle de mer, la vit. Il s'élança sur elle pour lui donner des coups de bec. Elle fut elle aussi transformée en oiseau. Minos rentra en Crète. Le Minotaure, fruit de l'adultère de Pasiphaé, grandissait de jour en jour. Minos l'enferma dans le labyrinthe dont l'architecte Dédale avait tracé le plan. Le monstre, mi-homme mi-taureau, s'engraissa deux fois du sang athénien puis tomba sous les coups de Thésée. Celui-ci, à l'aide du fil d'Ariane, put ressortir du labyrinthe et partit avec sa libératrice vers Naxos où il l'abandonna. Bacchus parut et, dans les bras du dieu, le héros fut oublié. La couronne d'Ariane, lancée dans le ciel, fut changée en étoiles.

Dédale voulut revoir sa patrie mais Minos le retenait. Il prit alors des plumes et s'en fit des ailes. Avec du lin il attacha les plumes du milieu et avec de la cire celles des extrémités. Son fils Icare était près de lui. Quand le travail fut achevé, Dédale put s'envoler. Il conseilla à son fils de rester au milieu des airs. Trop bas, l'humidité appesantirait ses ailes. Trop haut, le soleil ferait fondre la cire. Les gens s'étonnèrent d'un tel prodige. Ils se trouvaient vers Lébynthos et Calymné lorsque Icare voulut monter. Le soleil amollit la cire de ses ailes. Ses bras, privés de plumage, ne le soutinrent plus. Il tomba dans la mer qui conserve son nom. La perdrix vit la douleur de Dédale. La sœur de Dédale lui avait confié son fils Perdrix qui était avide d'apprendre et qui inventa même la scie et le compas. Jaloux, Dédale le jeta d'une tour et dit que c'était un accident. Mais Minerve l'avait retenu et en avait fait un oiseau qui, se souvenant de sa chute, craint de s'élever. Dédale arriva en Sicile où régnait Cocale qui le protégea contre Minos.

Athènes fêta Thésée. Toutes la Grèce réclama son aide. Oenée avait offert des sacrifices aux dieux en oubliant Diane. Celle-ci, en colère, avait envoyé à Calydon un sanglier qui détruisait tout. Méléagre rassembla les héros grecs pour tuer le monstre. Atalante se joignit à eux et Méléagre en tomba amoureux. Ils trouvèrent la bête dans un vallon. Le monstre se précipita sur la meute. Plusieurs javelots ratèrent l'animal protégé par Diane. Finalement Atalante l'atteignit d'une flèche sous l'oreille. Finalement, Ancée le blessa mortellement de sa hache et Méléagre, à son tour, plongea son épieu dans ses flancs. Méléagre fit hommage de la dépouille à Atalante mais cela excita l'envie. Les oncles de Méléagre la lui arrachèrent et Méléagre les tua. La mère du vainqueur, Althée, vit rapporter les corps de ses frères et ne songea qu'à se venger. Elle conservait un tison que les Parques avaient jeté au feu à la naissance de Méléagre. L'enfant devait vivre autant que la bûche, avaient-elles dit. Althée l'avait arrachée aux flammes et l'avait cachée. Elle la retrouva et la jeta le dans le brasier. Méléagre sentit ses entrailles brûler et mourut sitôt le tison consumé. La mère coupable se donna la mort. Ses sœurs pleurèrent. Elles furent changées en oiseaux, sauf Déjanire et Gorgé, et Diane se trouva enfin assez vengée.

Thésée retourna à Athènes. Achéloüs l'arrêta en chemin et l'invita dans sa grotte. Thésée et ses amis prirent place à table et les Nymphes servirent un festin. Regardant la mer, il demanda quelle était l'île qu'il voyait. Achéloüs répondit qu'il y avait en fait cinq îles qu'on appelait Echinades et qui se confondaient. Ces îles avaient été des Naïades. Un jour elles avaient immolé des taureaux. Les dieux des champs étaient invités à la fête mais il avait été oublié. Il avait précipité dans la mer le lieu du sacrifice et les Nymphes. Plus loin il y avait une autre île. Périmèle allait donner un enfant à Achéloüs lorsque son père, Hippodamas, l'avait jetée à la mer pour la punir. Achéloüs avait alors imploré Neptune et elle avait été changée en île. Le fleuve se tut. Son récit avait impressionné les convives. Seul, le fils d'Ixion railla leur crédulité. Les autres condamnèrent ses propos et Lélex raconta à son tour une histoire.

Il y avait en Phrygie un tilleul et un chêne dans un enclos près d'un marais qui était autrefois une terre peuplée. Jupiter et Mercure avaient voulu un jour visiter ces lieux. Ils avaient demandé partout l'hospitalité, en vain. Une seule maison s'était ouverte. C'était une pauvre cabane où vivaient Philémon et Baucis. Celle-ci avait ranimé le feu et préparé des légumes du jardin. Philémon avait lavé les pieds des voyageurs. Les deux époux avaient étendu un tapis usé sur un lit et les dieux s'y étaient placés. Après avoir dressé la table bancale, Baucis avait servi, dans des vases d'argile, des olives, des cormes confites dans du vin, des laitues, du lait caillé et des œufs, puis le potage et le vin du dernier automne. A ce premier service avait succédé le second composé de noix, de figues, de dattes, de prunes, de pommes et de raisin. Du miel couronnait le banquet. Les dieux furent satisfaits de cet accueil. Les époux s'aperçurent que plus le vin remplissait la coupe, moins le vase qui le contenait se vidait. Effrayés, ils prièrent leurs hôtes d'excuser ce pauvre repas. Ils se disposaient à égorger leur unique oie mais l'animal se réfugia aux pieds des dieux qui interdirent de le tuer. Ils dirrent que les voisins du couple seraient châtiés et emmenèrent les deux vieux sur une hauteur. Tout fut submergé. La cabane seule subsista. Elle devint un temple. Philémon et Baucis demandèrent à en devenir les prêtres et à mourir ensemble. Leur vœu fut exaucé. Un jour qu'ils étaient assis sur les marches du temple, ils furent changés en arbres.

Achéloüs raconta à son tour que certains pouvaient se changer à volonté comme Protée, tantôt homme, tantôt lion, sanglier, taureau ou serpent. Mestra, la fille d'Erysichthon, possédait aussi un don merveilleux. Son père méprisait les dieux. Il osa profaner une forêt consacrée à Cérès en abattant un chêne. On hésitait, il prit la hache des mains d'un esclave. Dès que la cognée frappa l'arbre, du sang jaillit. Les esclaves tremblèrent. L'un d'eux osa blâmer son maître qui lui coupa la tête puis frappa le chêne qui tomba. Les dryades demandèrent à Cérès qu'il soit puni. La déesse envoya une nymphe aux confins de la Scythie, dans un désert où vivent le Froid, la Pâleur, la Fièvre et la Faim. Elle devait ordonner à celle-ci de se cacher dans l'impie. L'oréade arriva en Scythie, s'arrêta au sommet du mont Caucase et vit la Faim qui arrachait des brins d'herbe dans un champ caillouteux. Elle était horrible. L'oréade lui transmit les ordres de Cérès et se hâta de repartir. Un tourbillon emporta la Faim au palais de l'impie. Pendant qu'il dormait, elle souffla ses poisons dans sa bouche et quitta ensuite une terre pour elle trop fertile. Erysichthon s'éveilla. Une faim ardente le dévorait. Sur sa table les mets se succédaient en vain. On dépeupla pour lui les airs, les forêts et les mers. Ce qui nourrissait un peuple entier ne lui suffisait pas. Il eut bientôt englouti toutes ses richesses. Il vendit sa fille Mestra qui implora Neptune de la sauver de l'esclavage. Neptune exauça sa prière en lui donnant les traits d'un homme. Son maître ne put la reconnaître et s'éloigna. Alors elle reprit sa forme. Erysichthon, voyant que sa fille avait ce don, la vendit et la revendit sans cesse. Mais sa faim s'accrut encore et il se dévora lui-même.

Achéloüs ajouta qu'il pouvait aussi se transformer. Parfois fleuve, parfois roi des troupeaux, il avait alors des cornes mais il ne lui en restait plus qu'une. Thésée voulut savoir pourquoi. Le fleuve raconta comment il était allé avec ses rivaux au palais du père de Déjanire pour la demander en mariage. Hercule étant sur les rangs, les autres prétendants s'étaient retirés et il était resté seul face au héros. Hercule alléguait le sang de Jupiter et la renommée de ses travaux. Achéloüs avait demandé alors si un dieu pouvait céder à un mortel. Hercule proposa un combat. Achéloüs ne pouvait reculer. Après une longue lutte, il mordit la poussière. Comme il avait prit l'aspect d'un taureau, Hercule l'avait renversé et lui avait arraché une corne. Les Naïades l'avaient consacrée et elle était devenue la corne d’abondance. Une Nymphe l'apporta pour couronner le banquet. Au matin, Thésée et ses compagnons repartirent.

Le centaure Nessus, qui aimait aussi Déjanire, en mourut. Hercule retournait à Thèbes avec son épouse quand, au bord de l'Evénus, Nessus proposa de porter Déjanire sur l’autre rive. Hercule accepta. Tout à coup, il entendit les cris de Déjanire que Nessus enlevait et le blessa mortellement d'une flèche. Son sang se mêla aux poisons de l'hydre dont le fer était sali. Pour se venger, le centaure donna à Déjanire sa tunique ensanglantée comme une chose qui pouvait retenir un époux. Quelques années plus tard, Déjanire apprit qu'Hercule, infidèle, était auprès d'Iole. Elle pensa tuer sa rivale puis décida d'envoyer au héros la robe du Centaure. Elle ordonna à Lichas de la lui porter. Hercule la reçut sans méfiance et la revêtit. Il faisait brûler de l'encens. Le feu échauffa le venin qui pénétra son corps. Vaincu par la douleur, il hurla et voulut rejeter la robe mais le tissu collait à sa peau. Il jeta dans l'Eubée Lichas qui fut changé en rocher. Il prépara un bûcher et s'y coucha. Jupiter dit qu'il recevrait son fils au ciel et les dieux applaudirent, même Junon. Hercule fut ainsi placé au rang des immortels.

Accablée par l'âge, Alcmène se confiait à Iole qui était enceinte de son époux Hyllus. Elle lui souhaita l'aide des dieux. Pour elle, Junon avait été impitoyable. A la naissance d'Hercule, elle avait appelé Lucine sept jours et sept nuits, à grands cris. Lucine était enfin venue mais, sur ordre de Junon, elle avait prononcé des formules qui prolongeaient les douleurs. Galanthis, une des esclaves, eut des soupçons. Elle dit à Lucine qu'Alcmène avait accouché. Alors Lucine partit et Hercule put voir le jour. Galanthis éclata de rire et fut aussitôt transformée en belette. Iole raconta à son tour à Alcmène ce qui était arrivé à sa demi-sœur Dryope. Elle avait cueilli du lotos et avait vu du sang en sortit. Les bergers lui apprirent trop tard que, fuyant le dieu des jardins, la nymphe Lotis avait été changée en cette plante qui porte son nom. Dryope avait été changée en arbre.

Tandis qu'Iole et Alcmène conversaient, lolaus leur apparut sous les traits qu'il avait étant jeune. C'était un don qu'avait obtenu pour lui Hercule, époux d'Hébé. La fille de Junon voulut jurer qu'elle n'accorderait plus de tels bienfaits mais Thémis l'avait arrêtée. Elle annonça qu'à Thébes la guerre s'allumait, que Capanée serait vaincu par les foudres de Jupiter, qu'Amphiaraüs descendrait aux enfers, que son fils le vengerait en tuant sa mère et que, poursuivi par les Furies, il errerait jusqu'à ce que Callirhoé lui demande le collier de sa première épouse. Les frères de celle-ci laveraient dans son sang l'injure faite à leur sœur et Callirhoé supplierait Jupiter d'avancer l'âge de ses enfants pour qu'ils vengent leur père. Jupiter ordonnerait alors à Hébé d'exaucer sa prière.

Les dieux avaient alors demandé pourquoi la jeunesse ne seraient pas rendue à d'autres mortels qu'ils aimaient. L'Aurore pensait à Tithon, Cérès à Iasion, Vulcain à son fils Erichthon, Vénus à Anchise. Jupiter rappela que tous, même lui, étaient soumis au Destin. Les dieux cessèrent de se plaindre en voyant Rhadamante, Eaque et Minos très âgés. Minos, jadis redoutable, tremblait devant Milet, fils d'Apollon, qui envahissait la Crète. C'est lui qui fonda en Asie la ville qui porte son nom. Il rencontra Cyanée, fille du Méandre. De là naquirent Byblis et Caunus. Byblis aimait Caunus comme une femme et non comme une sœur. Ne voyant pas d'autre solution, Caunus s'exila. Byblis suivit son frère, errant comme une Bacchante en Carie et en Lycie. Enfin, épuisée, elle tomba dans l'herbe qu'elle arrosait de ses larmes. Emues, les Nymphes la changèrent en fontaine. Cela aurait surpris la Crète si cette île n'avait connu un autre prodige. Ligdus était pauvre. Sa femme allait accoucher lorsqu'il lui dit qu'il voulait un fils, ne pouvant supporter la charge d'une fille. Si le sort lui en donnait une, il la tuerait. Téléthuse touchait au terme lorsqu'au milieu de la nuit elle vit devant elle Isis, Anubis et Osiris qui lui dirent de désobéir à son époux et lui promirent qu'elle n'aurait pas à s'en plaindre. La naissance se passa bien mais c'était une fille. Téléthuse la déguisa. Ligdus rendit grâce aux dieux et l'appela Iphis. Ce nom commun aux deux sexes plut à Téléthuse. La beauté d'Iphis convenait aussi aux deux. Iphis avait atteint sa treizième année et son père lui destinait pour épouse Ianthé. Téléthuse retarda le mariage le plus possible mais cela ne pouvait se prolonger. Téléthuse alla prier Isis. A la sortie du temple, Iphis, qui la suivait, fut changée en homme. Le lendemain, il épousait Ianthé.

Hymen alla en Thrace unir Orphée et Eurydice mais il ne dit pas les bonnes paroles. Après ce mauvais présage, tandis que la jeune épouse courait dans l'herbe, un serpent la mordit et elle mourut. Après avoir imploré les dieux de l'Olympe, Orphée traversa le Styx pour fléchir ceux du royaume des morts. Arrivé devant Proserpine et Pluton, il s'accompagna de sa lyre pour dire qu'il venait chercher son épouse. Si les Destins s'y opposaient, il renoncerait lui-même à retourner sur terre. Les Euménides pleurèrent pour la première fois. Le dieu des morts ne put résister. Eurydice fut rendue à son époux. Mais si, avant d'être sorti, il se retournait pour la regarder, sa grâce serait révoquée. Ils approchaient de la porte quand Orphée, impatient, se retourna et Eurydice disparut. Orphée se retira sur le mont Rhodope et sur l'Hémus, fuyant les femmes. Dès qu'il fut assis au sommet d'une colline et qu'il toucha les cordes de sa lyre, les arbres accoururent. Parmi eux était le cyprès, jadis jeune homme cher à Apollon. Un jour, Cyparissus avait tué un cerf consacré aux nymphes et avait demandé aux dieux de ne pas lui survivre. Il avait alors été changé en arbre. Il est chez les mortels le symbole du deuil. Assis au milieu des animaux et des arbres, Orphée chantait les jeunes mortels que les dieux avaient aimés.

Ainsi Jupiter avait enlevé Ganymède qui lui servait d'échanson. Phébus aurait aussi placé Hyacinthe dans le ciel si le Destin l'avait permis. Un jour qu'il s'exerçait au disque avec Apollon, Hyacinthe avait été tué par accident et le dieu l'avait changé en fleur. Si Sparte s'honorait d'avoir vu naître Hyacinthe, Amathonte reniait les Cérastes qui immolaient les étrangers. Vénus les avait transformés en taureaux. Les Propétides, qui niaient sa divinité, furent les premières prostituées avant d'être changées en rochers. Témoin de ces crimes, Pygmalion détestait les femmes. Mais il sculpta dans l'ivoire une femme si belle que rien ne l'égalait et il aima éperdument sa statue. Dans toute l'île de Chypre on célébrait la fête de Vénus. Pygmalion porta ses offrandes à l'autel et lui demanda une épouse semblable à sa statue. Vénus savait ce que Pygmalion désirait. Sa statue devint une vraie femme et Vénus présida à leur mariage. Paphus naquit de cette union et c'est de lui que Chypre a reçu le nom de Paphos.

Cinyras fut aussi le fruit de cette union. Une des Furies empoisonna sa fille Myrrha. Haïr son père est un crime mais l'amour que Myrrha ressentait pour le sien était pire. Les princes d'Orient se disputaient sa main. Cinyras interrogea sa fille. Elle répondit qu'elle voulait un époux comme lui. Cinyras loua cette réponse sans la comprendre. Une nuit, Myrrha voulut se pendre mais sa nourrice arriva à temps et comprit. Elle essaya en vain de vaincre cette folie puis se résolut à l'aider. C'était le temps où les femmes célébraient les fêtes de Cérès et, pendant neuf jours, quittaient le lit conjugal. La reine absente, la nourrice, trouva le roi ivre et lui proposa une femme. Il accepta, reçut ainsi sa fille dans son lit et un enfant fut conçut. Quand Cinyras vit qui était l'inconnue, il fut saisi d'horreur. il dégaina son épée et Myrrha s'enfuit. Neuf mois se passèrent. Elle s'arrêta en Sabée et demanda aux dieux à changer de forme. Elle fut exaucée et devint un arbre. Ses larmes sont un parfum précieux. Et de l'arbre sortit un enfant. C'était Adonis.

Adonis, devenu jeune homme, plut à Vénus qui le suivait partout, même à la chasse. Pour le mettre en garde contre les fauves, elle lui raconta l'histoire d'Atalante. Celle-ci surpassait tout le monde à la course. Un oracle lui ayant dit de fuir le mariage, elle prévint ses prétendants qu'elle appartiendrait à celui qui la vaincrait à la course mais que le vaincu périrait. Beaucoup essayèrent quand même et moururent. Malgré cela, Hippomène s'approcha d'elle. Il lui dit qu'il était fils de Mégarée, roi d'Oncheste, et petit-fils de Neptune. Un peu émue, elle lui conseilla de renoncer mais le peuple et demandait que la course commence. Alors Hippomène implora Vénus. Il y avait à Chypre un arbre consacré à Vénus qui portait des pommes d'or. La déesse en avait cueilli trois, par hasard. Elle les donna à Hippomène et lui dit quoi en faire. Atalante et lui s'élancèrent. Plusieurs fois Atalante, redoutant de vaincre, ralentit. Hippomène, fatigué, jeta une des pommes d'or. Atalante, surprise, la ramassa mais elle rattrapa le temps perdu. Il en jeta une autre mais il fut encore devancé. Le but approchait. Hippomène lança loin sa dernière pomme. Atalante hésita puis courut après elle. Ainsi retardée, Atalante fut vaincue et Hippomène l'épousa. Mais il oublia de remercier Vénus qui se vengea des deux époux en les poussant à profaner une grotte consacrée à la Mère des dieux. Junon les avait changés en lions et Cybèle les avait attelés à son char. Vénus, par ce récit, voulait conseiller à Adonis de fuir ces bêtes. Mais Adonis blessa un sanglier qui se retourna contre lui et le tua. Vénus entendit son cri et se précipita. Elle le changea en une fleur qui devient vite le jouet du vent. C'est l'anémone.

Tandis qu'Orphée attirait les bêtes, les arbres et les rochers, les Ménades en transes l'aperçurent. Une d'elles s'écria qu'il les méprisait et le frappa. Une autre lui lança une pierre. Leur fureur était à son comble. Ses chants les auraient apaisées mais leurs cris couvraient le son de la lyre. Ces femmes sacrilèges consommèrent leur crime. Orphée expira. Ses membres furent dispersés. Apollon le pétrifia un serpent qui menaçait sa tête. Orphée retrouva Eurydice chez les morts. Bacchus, pour venger le poète, changea les Ménades en arbres.

Il se rendit ensuite sur les bords du Pactole. Silène était absent. Des bergers l'avaient surpris ivre et l'avaient conduit à Midas, roi du pays. Ce prince connaissait les mystères de Bacchus. Il reconnut le ministre du dieu et célébra son arrivée par une orgie de dix jours. Puis il le rendit au dieu. Heureux d'avoir retrouvé son compagnon, Bacchus accorda un vœu à Midas. Celui-ci demanda que tout se change en or sous sa main. Cela lui fut accordé et il se retira tout joyeux. Il touchait tout ce qui s'offrait à lui jusqu'à ce que les esclaves dressent sa table. Mais alors, il sentit durcir son pain. Il portait de l'or à sa bouche. A la fois riche et misérable, il maudit ses trésors et implora le pardon de Bacchus. Les dieux sont indulgents. Bacchus retira ce funeste don à l'infortuné. Midas dut pour cela se laver dans le Pactole. Depuis, le fleuve roule un sable d'or. Dès lors, Midas n'aima plus que les champs et les bois. Il suivit le dieu Pan. Celui-ci osa défier Apollon. Le dieu du mont Tmole fut pris pour juge. Les pipeaux rustiques de Pan charmèrent l'oreille grossière de Midas mais le Tmole donna la victoire à la lyre d'Appolon. Midas protesta. Vexé, Apollon lui fit des oreilles d'âne. Une tiare cachait sa honte mais il ne put le dissimuler à l'esclave qui lui coupait les cheveux. N'osant révéler ce qu'il avait vu, mais ne pouvant se taire, l'esclave creusa un trou dans la terre et lui confia le secret de Midas. Bientôt on vit croître des roseaux. Dès que le vent les agitait, ils répétaient que le roi Midas avait des oreilles d'âne.

Ainsi vengé, Apollon franchit l'Hellespont. Il vit Laomédon construisant Troie. Neptune et lui prirent forme humaine et bâtirent les remparts. Ils avaient convenu avec Laomédon du prix de leur travail. L'ouvrage achevé, le roi refusa le salaire promis. Neptune inonda alors la Phrygie. Mais ce n'était pas assez pour sa vengeance. La fille de Laomédon devait devenir la proie d'un monstre marin. Elle était enchaînée à un rocher quand Hercule la délivra et réclama les chevaux promis. De nouveau parjure, Laomédon refusa et le héros indigné saccagea Troie. Télamon reçut la main d'Hésione, la fille de Laomédon. Son frère Pélée, lui, était l'époux d'une déesse. Le vieux Protée avait dit un jour à Thétis qu'elle devait donner naissance un héros qui, par sa gloire, effacerait celle de son père. Thétis plaisait à Jupiter mais, voulant que le monde n'ait rien de plus grand que lui, celui-ci ordonna que Pélée, son petit-fils, l'épouse. Thétis résista en prenant différents aspects. Protée dit alors à Pelée qu'il fallait surprendre Thétis endormie et l'enchaîner. Quelque forme qu'elle prenne, il fallait la tenir captive jusqu'à ce qu'elle ait repris ses véritables traits. Le soir, la Néréide vint se reposer dans son antre. Pélée l'attacha, elle s'éveilla, prit mille formes et, voyant qu'elle était enchaînée, reprit sa forme naturelle. Le héros l'embrassa, elle lui céda et devint la mère d'Achille.

Pélée aurait été heureux s'il n'avait tué son frère Phocus. Banni, il trouva asile à Trachis où régnait Céyx, fils de l'Astre du matin. Le roi l'accueillit avec bonté mais en pleurant. Pélée le pressa de raconter la cause de sa douleur. Ceyx lui répondit que son frère Daedalion avait eu une fille, Chioné. Apollon et Mercure en étaient tombés amoureux en même temps et, par des artifices, étaient parvenus à leur fin. Neuf mois plus tard, Chioné était devenue mère de jumeaux, Autolycus, fils de Mercure, et Philammon, fils d'Apollon. Mais l'orgueil avait perdu Chioné. Elle avait méprisé Diane et la déesse l'avait tuée. Alors Daedalion s'était jeté du Parnasse. Apollon avait eu pitié de lui et l'avait transformé en épervier. Le gardien des troupeaux de Pélée accourut alors. Un loup monstrueux les avait attaqués. Pélée sentit que la Néréide, mère de Phocus, voulait le punir du meurtre de son fils. Céyx ordonna aux siens de prendre les armes. Pélée le remercia pour son offre mais ne voulut pas de violence. Près du rivage était une tour qui, la nuit, par des feux, annonçait un asile aux navires. Céyx y monta avec Pélée. Celui-ci conjura Psammathé de lui pardonner son crime et d'avoir pitié de lui. Mais jamais il n'aurait désarmé sa colère sans l'intercession de Thétis. Le monstre fut pétrifié. Finalement, Pélée alla en Magnésie où Acaste le purifia du meurtre de son frère.

Céyx voulut aller consulter l'oracle de Claros au grand désespoir d'Alcyone, son épouse. Fille d'Eole, elle craignait les vents et les naufrages. Elle voulut l'accompagner mais il refusa et promit d'être de retour avant deux mois. Mais la tempête se déchaîna et le navire fut englouti. Céyx appela au secours Eole dont il était le gendre et son père l'Astre du matin mais il se noya. Alcyone ignorait son malheur et comptait les jours. Elle invoquait Junon pour un époux déjà mort. La déesse envoya Iris au palais du Sommeil pour lui demander d'envoyer à Alcyone un Songe qui, sous les traits de Céyx, lui apprendrait son naufrage. Iris vola vers l'antre du Sommeil, au pays des Cimmériens. Jamais le soleil ne pénètre ces lieux. Là fleurissent des pavots. La Nuit répand leurs sucs apaisants dans l'univers. Là, le dieu se repose au milieu des Songes. Iris lui transmit l'ordre de Junon. Parmi ses mille enfants, le Sommeil choisit Morphée, habile à prendre les traits des mortels. Un autre imite les animaux. Un troisième se change en objets inertes. Tous les trois volent, la nuit, dans le palais des rois. Les Songes subalternes visitent les simples mortels. En un instant, Morphée arriva à Trachine, prit les traits de Céyx, s'arrêta devant le lit d'Alcyone et lui apprit la triste réalité. Au jour, elle courut au rivage, à l'endroit où s'était embarqué Ceyx. Elle vit un cadavre sur la mer et reconnut son époux. Elle fut alors transformée en oiseau. Les dieux, émus, changèrent aussi Ceyx en oiseau. Dans leur nouveau destin, ils sont toujours unis. Au milieu de l'hiver, pendant sept jours, l'Alcyon couve dans des nids suspendus sur les mers. Alors le marin ne craint pas les tempêtes. Eole enchaîne les vents et veut que ses petits-fils éclosent sur des flots paisibles.

Un vieillard, montrant alors un oiseau qui plongeait dans l'eau, dit que c'était Esaque, le demi-frère d'Hector. Un jour il avait rencontré Hespérie, fille du fleuve Cébrène, et l'avait poursuivie. Mais elle avait été mordue par un serpent et était morte. Désespéré, il s'était jeté à la mer et Thétis l'avait transformé en oiseau. Indigné d'être toujours vivant, il plonge et replonge sans cesse. Priam et ses fils pleurèrent sa disparition mais Pâris n'était pas là. Il allait bientôt ramener à Troie l'épouse de Ménélas et la guerre. La vengeance des Grecs aurait été rapide si les vents ne les avaient retenus. Ils virent sur un arbre un serpent dévorer huit oisillons et leur mère puis être pétrifié. Le devin Calchas annonça alors que les Grecs triompheraient au bout de neuf ans. Il déclara aussi que la colère de Diane devait être apaisée par le sang d'Iphigénie, la fille d'Agamemnon. Celui-ci accepta pour le bien commun. Diane, désarmée, répandit un nuage autour de l'autel et substitua une biche à Iphigénie. Sa colère cessa et les Grecs atteignirent Troie.

Entre ciel et terre s'élève un palais d'où l'œil peut tout découvrir et l'oreille tout entendre. C'est le séjour de la Renommée. Là résident la Crédulité, l'Erreur, la Joie, la Crainte, la Sédition et les Bruits. Elle avait annoncé le départ des Grecs. Les Troyens ne furent donc pas surpris. Protésilas tomba le premier sous la lance d'Hector et le promontoire de Sigée fut rougi du sang des deux partis. Le troyen Cycnus, fils de Neptune, terrassa mille ennemis. Achille lui lança un javelot qui l'atteignit sans le blesser. Achille fut surpris. Le Troyen lui dit qu'il était invulnérable. Achille n'était que le fils d'une Néréide alors que Cycnus était celui du dieu qui commandait à Nérée et à ses filles. En fureur, Achille sauta de son char, l'épée à la main, et fonça sur lui. Il perça son bouclier, fendit son casque et sa cuirasse mais n'entama pas son corps. Alors, de son bouclier, il le frappa au visage. Cycnus trébucha et Achille l'étrangla. Neptune changea son fils en cet oiseau blanc qui porte son nom.

Après ces premiers combats, il y eut une trêve. Achille, pour célébrer son triomphe, sacrifia une génisse à Minerve. Les rois grecs prirent part au banquet. Chacun se demandait comment Cycnus pouvait émousser le fer. Nestor leur apprit qu'il était le seul mortel de leur âge invulnérable mais que lui, jadis, il avait vu Cénée recevoir des traits sans être blessé. Ce qui était étonnant, c'est qu'il était né fille. Surpris, les convives lui demandèrent d'en dire plus. Il raconta que Cénis était la plus belle fille de Thessalie. Un jour, Neptune l'avait violée et, en échange, lui avait demandé de formuler un vœu. Elle avait demandé à devenir un homme pour ne plus subir un tel outrage. Le dieu avait, de plus, voulu que son corps ne puisse succomber sous le fer. Les centaures et les rois de Thessalie étaient réunis au mariage de Pirithoüs et d'Hippodamie quand le centaure Eurytus, ivre, s'empara d'Hippodamie. Les Centaures enlevèrent alors les femmes au hasard et ce fut le désordre d'une ville prise d'assaut. Les victimes avaient été nombreuses de part et d'autre et Nestor détailla les exploits de chacun. Cénée avait tué cinq centaures. Latrée s'adressa à lui comme si c'était encore une femme et le frappa, mais la pique rebondit. Le Centaure l'attaqua à l'épée, en vain, et Cénée le tua. Les autres Centaures, furieux, s'unirent contre lui mais Cénée restait indemne. Ce prodige les étonna. Finalement, ils l'ensevelirent sous des troncs d'arbres. Le devin Mopsus vit sortir de ces troncs un oiseau au plumage fauve. Après cela, le carnage ne cessa qu'avec la mort ou la fuite des Centaures. Tlépolème s'étonna que Nestor n'ait rien dit d'Hercule. Nestor répondit que celui-ci avait autrefois porté le deuil au palais de son père et que, des douze enfants de Nélée, lui seul n'était pas tombé sous ses coups. Leur ancêtre Neptune avait donné à Périclymène le pouvoir de changer de forme. Il s'était transformé en aigle et Hercule l'avait tué d'une flèche.

Neptune avait gardé contre Achille une haine implacable. Le siège de Troie durait depuis dix ans lorsqu'il demanda à Apollon de lui envoyer une flèche. Apollon descendit au milieu des Troyens et vit Pâris tirer sur des inconnus. Le dieu lui montra Achille, tourna lui-même son arc contre lui et guida la flèche. Ce fut la seule joie de Priam depuis la mort d'Hector. Vainqueur de tant de héros, Achille périt de la main du ravisseur d'Hélène. Ajax le Grand et Ulysse se disputèrent ses armes. Les chefs de l'armée furent juges. Ajax tint des propos méprisants sur la parenté d'Ulysse et l'accusa de fourberie et de lâcheté. Lui-même était fils d'un compagnon d'Hercule et de Jason. Achille était son cousin. Ulysse, lui, avait tenté ne pas aller à la guerre. C'était à cause de lui que Philoctète avait été abandonné et que Palamède avait été accusé de trahison. Ses exploits avaient été accomplis de nuit. Les armes d'Achille ne convenaient pas à un tel homme. Ajax demanda qu'on jette les armes au milieu des ennemis et qu'on les accorde à celui qui les rapporterait. Ulysse répondit en rappelant qu'il était, comme Ajax, arrière-petit-fils de Jupiter et, comme Mercure était le père de sa mère, il avait des deux côtés des dieux pour ancêtres. C'était lui qui avait forcé Achille à venir à Troie. C'était lui qui avait fait accepter par Agamemnon le sacrifice d'Iphigénie. C'était lui qui était allé à Troie réclamer Hélène. Thétis n'avait pas fait fabriquer ces armes par Vulcain pour qu'elles reviennent à un soldat grossier. Puisqu'un oracle voulait Philoctète pour vaincre Troie, il irait le chercher comme il s'était emparé du Palladium de Minerve au milieu des Troyens parce que les oracles disaient que Troie était imprenable sans cela. Il conclut en demandant que, si les armes d'Achille ne lui étaient pas données, elles le soient à Minerve. Ulysse l'emporta. Ajax se tua et, de son sang, naquit une fleur de pourpre.

Ulysse ramena de Lemnos Philoctète et les flèches d'Hercule. Troie et Priam tombèrent. Le jeune Astyanax fut jeté du haut des remparts. Les Troyennes furent emmenées captives. Ulysse avait trouvé la reine Hécube errant au milieu des tombeaux de ses fils, ayant avalé les cendres d'Hector. Priam avait confié le jeune Polydore et des richesses au roi Polymestor, en Thrace. A la chute de Troie, celui-ci égorgea le jeune prince et le jeta la mer. La tempête poussa les Grecs vers la Thrace et l'ombre d'Achille apparut. Il voulait, pour honorer son tombeau, le sacrifice de Polyxène, fille de Priam. Hécube se lamentait sur le sort de sa famille, pensant qu'il ne lui restait que Polydore. Tout à coup, elle vit son corps sur le sable. Elle resta muette et ne songea qu'à punir le tyran. Elle alla le trouver et feignit de vouloir lui confier un nouveau trésor. Elle l'entraîna dans un lieu écarté et lui arracha les yeux. Poursuivie par les Thraces. Hécube fut transformée en chienne. L'Aurore avait vu son fils Memnon tomber sous les traits d'Achille. Elle demanda à Jupiter d'honorer ses funérailles de quelque prodige. Des oiseaux naquirent alors de la cendre. Ils volèrent autour du bûcher puis ils se séparèrent en deux troupes et s'entretuèrent. On les appela Memnonides. Ils reviennent tous les ans honorer ainsi le tombeau de Memnon. L'Aurore pleure encore son fils et ses larmes tombent en rosée sur la terre.

Les destins ne permirent pas que Troie périsse complètement. Enée, fils de Vénus, emporta les dieux de sa patrie, son père Anchise et son fils Ascagne. Il arriva à Délos chez le roi Anius. Anchise demanda à Anius des nouvelles de son fils et de ses quatre filles. Il répondit tristement que son fils régnait sur l'île d'Andros. Ses filles avaient reçu un don de Bacchus. Sous leurs mains, tout se changeait en épis, en grappes, en olives. Quand Agamemnon l'avait su, il les avait enlevées pour nourrir la flotte grecque. Elles avaient pris la fuite et Bacchus les avait transformées en colombes. Le lendemain, l'oracle dit aux Troyens d'aller chercher leur mère et les rivages habités par leurs ancêtres. Anius donna à Enée un vase sur lequel on voyait les filles d'Orion se dévouant pour sauver le peuple de la peste. Elles avaient été transformées en comètes. Se souvenant qu'ils tiraient leur origine de Teucer, les Troyens allèrent vers la Crète mais une épidémie les en écarta. Ils cherchèrent alors les rivages d'Ausonie mais la tempête dispersa leurs navires. Ils furent repoussés des îles Strophades par l'effroi qu'inspiraient les Harpies. Ils virent Ambracie, le temple d'Apollon sur le promontoire d'Actium, les chênes parlants de Dodone et les champs de Chaonie où, changés en oiseaux, les fils du roi Molossus échappèrent aux flammes.

Ils abordèrent en Epire, où régnait Hélénus, fils de Priam, qui leur dévoila leur avenir, puis allèrent en Sicile. Leurs vaisseaux entrèrent dans le port de Zancle. Scylla et Charybde rendent cette mer dangereuse. Charybde dévore et vomit les navires. Scylla était autrefois une fille. Beaucoup d'hommes recherchaient sa main mais elle était insensible à leur amour. Un jour qu'elle tressait les cheveux de Galatée, celle-ci lui raconta qu'elle, fille de Nérée, n'avait pu se soustraire à la poursuite du Cyclope qu'en se jetant dans les flots. Acis était fils de Faune. Ils s'aimaient. Mais Polyphème la poursuivait de son amour. Il la vit un jour sur l'Etna. Epouvantée, elle avait plongé dans la mer. Acis avait pris la fuite et le Cyclope l'avait écrasé avec un rocher. De son sang était née une source d'où un jeune homme s'était élevé, portant des cornes et couronné de joncs. C'était Acis, changé en fleuve.

Galatée se tut et Scylla alla se promener sur le rivage. Glaucus la suivit. Elle crut que c'était un monstre en voyant sa couleur bleuâtre, ses longs cheveux et la partie inférieure de son corps recourbée en replis tortueux. Il lui dit qu'il était un dieu des eaux. Autrefois il était un simple pêcheur. Un jour, il avait vu ses poissons s'élancer dans la mer. Soupçonnant l'effet d'une certaine herbe, il l'avait goûtée. Aussitôt il s'était jeté à la mer. Les dieux marins l'avaient reçu et l'avaient associé à leurs honneurs. Mais Scylla s'échappa. Glaucus, irrité, alla voir Circé et lui demanda d'intervenir. Circé s'offrit à lui. Glaucus la repoussa. La haine de la fille du Soleil s'enflamma contre celle qu'il lui préférait. Il y avait là vers Rhégium une grotte que Scylla aimait. Circé y répandit ses poisons. Scylla était à peine descendue dans l'eau qu'elle fut entourée de monstres qui se fixèrent à elle. Glaucus pleura celle qu'il aimait et Scylla se vengea de sa rivale en faisant périr les compagnons d'Ulysse. Elle allait couler les navires troyens quand elle fut changée en rocher.

Les Troyens voyaient déjà les rivages d'Ausonie quand une tempête les jeta sur la côte africaine. Didon reçut Enée. Elle l'aima et, lorsqu'il la quitta, elle se tua. Après avoir quitté la Libye, Enée fut porté vers le mont Eryx puis il laissa derrière lui le royaume d'Eole, les îles où le soufre enflammé s'élance dans les airs et les écueils des Sirènes. Il côtoya les îles d'Inarimé, de Prochyté et de Pithécuses où Jupiter, irrité de leur mauvaise foi, avait changé les Cercopes en singes. Après avoir dépassé les murs de Parthénope et le tombeau du trompette Misène, Enée aborda à Cumes où il pria la Sibylle de le conduire auprès des mânes de son père. Il vit ainsi l'ombre d'Anchise et apprit les dangers qui l'attendaient. Revenant sur ses pas, toujours guidé par la Sibylle, il promit d'élever des temples en son honneur. La Sibylle lui répondit qu'elle n'était pas une déesse. Apollon avait voulu la séduire en lui promettant de réaliser un vœu. Elle lui avait alors montré du sable et lui avait demandé de lui accorder autant d'années qu'il y avait de grains, oubliant de demander aussi à ne pas vieillir. Sept siècles s'étaient écoulés et il lui en restait encore trois. Le héros troyen aborda ensuite au rivage qui ne portait pas encore le nom de sa nourrice.

Là vivait Macarée, un compagnon d'Ulysse. Il reconnut dans l'équipage d'Enée Achéménide qui lui expliqua comment, après avoir été abandonné sur l'Etna, alors que le Cyclope maudissait Ulysse, il avait vécu caché avant d'être recueilli par un vaisseau troyen. A son tour Macarée raconta comment Eole avait enfermé les vents dans des outres et les avait remises à Ulysse. Dix jours plus tard les compagnons d'Ulysse, les croyant pleines d'or, les avaient ouvertes. Les vents s'étaient échappés et avaient ramené le navire en arrière. Chez les Lestrygons, ils avaient été reçus à coup de rochers. Un seul navire avait pu se sauver. Ils avaient ensuite abordé chez Circé. Le sort l'avait désigné avec quelques autres pour aller au palais de la magicienne. Dès que celle-ci avait vu les Grecs, elle les avait transformés en animaux. Seul Euryloque avait pu prévenir Ulysse. Avec l'aide de Mercure, le héros était entré chez Circé. Elle s'était donnée à lui et il avait obtenu qu'elle lui rende ses compagnons. Ils y étaient restés un an.

Pendant ce temps, Macarée avait été témoin de beaucoup de prodiges. Une suivante de Circé lui avait montré la statue d'un jeune homme portant sur la tête un pivert et lui avait raconté son histoire. Picus, fils de Saturne, régnait en Ausonie. Il était beau et intelligent. Canente, fille de Janus, lui avait plu et était devenue sa compagne. Un jour qu'il était à la chasse, Circé avait vu le jeune prince et en était tombée amoureuse. Elle avait alors lancé ses sortilèges. Le ciel s'était couvert de ténèbres et les compagnons de Picus avaient été dispersés dans cette nuit soudaine. Saisissant l'occasion, Circé s'était offerte à lui mais Picus l'avait repoussée. Alors elle l'avait transformé en oiseau qui perce les arbres de son bec. Ses compagnons avaient été changés en animaux des forêts. Le soir, Canente avait attendu son époux puis l'avait cherché et s'était égarée dans les campagnes du Latium. Six jours plus tard, le Tibre l'avait vue assise sur ses bords. D'une voix faible, elle chantait sa douleur. Enfin, consumée par sa peine, elle s'était évanouie dans l'air.

Enée fit écrire sur le tombeau de sa nourrice Caïète qu'il avait brûlé son corps après l'avoir sauvée des flammes de Troie. Il largua ensuite les amarres et, évitant Circé, arriva à l'embouchure du Tibre. Reçu par Latinus, fils de Faune, il épousa sa fille. Mais ce mariage entraîna la guerre. Turnus, furieux, réclama Lavinie qui lui avait été promise. La Toscane s'arma contre le Latium. La victoire fut longtemps disputée. Enée reçut le secours d'Evandre. Diomède, installé en Iapygie, refusa d'aider Turnus, ne voulant pas exposer le peuple de son beau-père. Pour montrer que son refus n'était pas un prétexte, il raconta ses malheurs. Après la chute de Troie, les navires grecs avaient été pris dans la tempête. Minerve l'avait sauvé du naufrage mais il avait été chassé de sa patrie par la vengeance de Vénus. La plupart de ses compagnons avaient été transformés en oiseaux. Enfin il était arrivé sur ces rives et était devenu le gendre de Daunus. Vénulus, l'envoyé de Turnus, arriva en Messapie. Il y vit la demeure du dieu Pan. Un berger qui avait voulu imiter les nymphes en tenu des propos obscènes avait été transformé en olivier sauvage.

Turnus voulut incendier la flotte des Troyens mais la mère des dieux se souvint que les navires d'Enée étaient faits avec les pins de l'Ida. Elle ne pouvait accepter que les flammes brûlent des arbres nés dans une forêt qui lui était consacrée. Cybèle les plongea dans l'eau. Ils prirent la forme de corps humains. Ces nouvelles Naïades conservent la couleur bleuâtre des navires et jouent dans les flots. Elles ne se souviennent pas de leur origine mais n'ont pas oublié les périls de la mer et soutiennent les vaisseaux pris dans la tempête, s'ils ne sont pas grecs. Enfin Turnus tomba et la ville d'Ardée avec lui. De ses cendres s'éleva un oiseau maigre et pâle, au cri lugubre. Il conserve le nom d'Ardée.

Les vertus d'Enée désarmèrent la haine de Junon. Il était temps que le fils de Vénus, après avoir fondé l'empire d'Iule, prenne place dans le ciel. Vénus implora Jupiter, les dieux approuvèrent, Junon donna son accord et Jupiter accepta. Aussitôt, sur un char traîné par des colombes, Vénus descendit au bord du Numicius. Elle ordonna au fleuve d'ôter tout ce qu'Enée avait de mortel, répandit un baume sur le corps ainsi purifié et fit d'Enée un dieu que les Romains honorent sous le nom d'Indigète. Après lui Ascagne, aussi appelé Iule, gouverna Albe et le pays latin. Il eut pour successeur Silvius dont le fils hérita du sceptre de Latinus qui passa ensuite aux mains d'Alba et de son fils Epytus. Capétus et Capys régnèrent ensuite. Tibérinus reçut d'eux le pouvoir et, s'étant noyé dans l'Albula, lui donna son nom. Ses enfants furent Rémulus et Acrota. Rémulus, l'aîné, voulut imiter la foudre et fut brûlé par elle. Acrota laissa le trône à Aventin. Celui-ci fut enseveli sur la montagne qui garde son nom. Procas régna ensuite. Sous son règne vivait Pomone. Des nymphes du Latium, aucune n'était plus habile dans la culture des jardins et des vergers. Un jour, sous les traits d'une vieille femme, le dieu Vertumne pénétra dans ses jardins, admira les fruits et plus encore la nymphe. Il lui conseilla de choisir Vertumne pour époux. Il lui dit aussi de craindre les dieux et lui raconta l'histoire d'Iphis, un homme simple qui était tombé amoureux la noble d'Anaxarète. Celle-ci l'avait méprisé. Il n'avait pu le supporter et s'était pendu. Le convoi de funérailles était passé devant la maison d'Anaxarète. A la vue d'Iphis celle-ci s'était transformée en statue. Alors Vertumne se montra et sa beauté charma Pomone.

Après Procas, Amulius usurpa le pouvoir mais Numitor, son frère, fut rétabli sur le trône par ses petits-enfants. Romulus, fils de Mars, jeta les fondements de Rome. Tatius et les Sabins lui déclarèrent la guerre. Tarpéia leur ouvre le chemin du Capitole mais elle paya sa trahison, écrasée par les boucliers entassés sur elle. Une porte fut ouverte par Junon. Vénus l'aurait refermée s'il était permis à un dieu de défaire l'ouvrage d'un autre. La déesse réclama le secours des naïades. Elles ouvrirent toutes les sources et, comme l'inondation ne suffisait pas, elles chargèrent de soufre une fontaine et enflammèrent le bitume dans ses canaux souterrains. Une vapeur brûlante s'éleva, qui permit aux Romains de s'armer. Enfin la paix revint et Tatius partagea le trône de Romulus. A la mort de Tatius, Romulus gouverna seul. Mars demanda à Jupiter une place pour son fils dans le ciel. Jupiter accepta. Romulus rendait la justice sur le Palatin. Mars l'enleva et il devint Quirinus. Hersilie pleura la disparition de son époux. Junon envoya Iris la consoler. Une étoile s'arrêta devant Hersilie et disparut avec elle dans les airs. C'est aujourd'hui la déesse Hora que les Romains honorent avec Quirinus.

On chercha un successeur à Romulus. Ce fut Numa. Poussé par la soif de savoir, il avait quitté Cures, sa patrie, et avait visité la ville où Croton avait reçu Hercule. Celui-ci était apparu au grec Myscélos et lui avait ordonné de quitter sa patrie pour l'Italie. Myscélos s'était alors préparé à partir, malgré la loi qui l'interdisait. Le bruit de ce départ se répandit et il fut accusé de mépriser la loi. Les Grecs, dans les jugements criminels, employaient des cailloux noirs et blancs pour absoudre ou pour condamner. Dans le jugement de Myscélos, il n'y eut que des cailloux noirs dans l'urne mais, quand elle fut renversée, les pierres noires étaient devenues blanches. Par ce prodige, Hercule rendit la sentence favorable et Myscélos put partir. Après avoir côtoyé l'Italie, il trouva la tombe de Croton. C'est là qu'il bâtit la ville qui prit le nom du sage enseveli à cet endroit.

Numa y rencontra un savant de Samos qui expliquait l'origine du monde, les principes des êtres et les mystères cachés aux mortels. Pour lui, tous les maux venaient de la consommation de viande. Les âmes ne mouraient pas mais passaient d'un corps à un autre, de l'animal à l'homme et le contraire. En tuant les animaux, on chassait de leur asile les âmes de ses parents. Rien n'était stable dans l'univers. Le temps roulait comme un fleuve. L'année imitait les âges de la vie. Au printemps, elle avait la faiblesse de l'enfant. Devenue plus robuste, elle passait à l'été. L'automne était l'âge de la maturité. Enfin l'hiver arrivait d'un pas tremblant. Les éléments n'étaient pas plus stables. Des quatre corps élémentaires, la terre et l'eau étaient pesants et descendaient, l'air et le feu s'élevaient. Ces corps se changeaient l'un en l'autre et revenaient à leur premier état. Ce qu'on appelait naître, c'était commencer à être autre chose que ce qu'on était auparavant et ce qu'on appelait mourir n'était que cesser d'être ce qu'on était.

Des terres étaient sorties de la mer. Les secousses de la terre avaient fait naître des fleuves et disparaître d'autres. Pharos et Tyr avaient été des îles. Zancle était autrefois réunie à l'Italie. Il fut un temps où l'île d'Ortygie flottait. Les feux de l'Etna s'allumaient dans le soufre et le bitume mais cette source devait tarir. D'un taureau enterré sortaient des abeilles. La chenille devenait papillon. Dans les marais, une semence engendrait la grenouille. L'ours à la naissance n'était qu'une masse de chair à peine vivante. Sa mère, en le léchant, lui donnait sa forme. L'oiseau sortait d'un œuf. Il y avait un oiseau qui s'engendrait lui-même. Les Assyriens l'appelaient le phénix. Au bout de cinq siècles, il construisait un nid, le remplissait de plantes aromatiques, se couchait sur ce bûcher et mourait. Un jeune phénix naissait alors des cendres de son père et vivait un même nombre de siècles. L'hyène était femelle et mâle tour à tour et le caméléon prenait la couleur des objets qu'il touchait. Des nations s'élevaient et d'autres tombaient. Troie était en ruines, Sparte misérable et Mycènes n'existait plus. Au contraire Rome était la base d'un grand empire. Hélénus avait à Enée dit que Troie ne tomberait pas totalement. Aux enfants de Phrygie était promise une ville qui s'élèverait au-dessus des autres et un descendant d'Iule la rendrait maîtresse de l'univers.
De retour dans sa patrie, Numa fut appelé au trône des Latins. Inspiré par la nymphe Egérie dont il était l'époux, il enseigna les rites sacrés et fit aimer la paix à un peuple ami de la guerre. Lorsqu'il mourut, tous le pleurèrent. Egérie se retira dans la forêt d'Aricie. Ses sanglots troublèrent le culte de Diane. Les nymphes voulurent la consoler et le fils de Thésée lui raconta son histoire. Hippolyte avait été victime de la crédulité de son père et des ruses d'une marâtre. Celle-ci avait fait croire à Thésée qu'il avait voulu abuser d'elle et il l'avait chassé. A Corinthe, un taureau était sorti de la mer, ses chevaux avaient jeté son char dans les rochers et il avait été tué. La vie lui avait été rendue par le fils d'Apollon. Diane avait changé ses traits, l'avait transporté dans ces lieux et lui avait donné le nom de Virbius. Depuis, il habitait cette forêt. Mis au rang des dieux inférieurs, il vivait sous la protection de la déesse. Mais la peine d'Égérie ne diminuait pas. Elle pleura jusqu'à ce que, touchée de sa douleur, Diane fasse d'elle une fontaine, prodige qui étonna les nymphes.

Un laboureur fut également surpris de voir un homme naître de la terre et prédire l'avenir. Les indigènes l'appelèrent Tagès. Il enseigna aux Etrusques l'art de connaître le futur. Romulus ne fut pas moins étonné quand il vit le javelot qu'il avait lancé sur le Palatin se couvrir de feuillage. Tel fut encore l'étonnement de Cipus lorsqu'il vit des cornes sur son front. Il revenait en vainqueur à Rome. Un haruspice lui annonça qu'il serait roi de Rome. Cipus convoqua alors le peuple et le sénat, cachant ses cornes, et leur annonça qu'un homme qui portait des cornes serait leur roi s'ils ne le chassaient pas. Quelqu'un demanda qui était cet homme. Cipus découvrit alors son front. Le sénat lui donna tout le terrain que pouvait entourer un sillon tracé en un jour et fit graver son image sur les portes de la ville pour perpétuer la mémoire de cet événement.

Une épidémie ravageait le Latium. Ses habitants consultèrent l'oracle de Delphes qui leur répondit qu'ils avaient besoin du fils d'Apollon. Des ambassadeurs partirent alors pour Epidaure. Ils prièrent les Grecs de donner à Rome ce dieu qui devait mettre fin à tant de funérailles. Les Grecs étaient partagés. Les uns pensaient qu'on ne pouvait refuser ce secours. Les plus nombreux conseillaient de ne pas en priver Epidaure. Tandis qu'on délibérait, Esculape parut aux Romains et leur dit qu'il viendrait sous l'aspect d'un serpent. Au matin, les Grecs s'assemblèrent dans le temple et prièrent le dieu de faire savoir ce qu'il voulait. Un serpent apparut. Il traversa la ville et monta sur le navire latin qui, en six jours, atteignit l'embouchure du Tibre. Tous accoururent au-devant du dieu pour le saluer. Enfin le navire entra dans Rome. Le Tibre se divise en deux bras entourant une île. C'est là que le serpent se retira. Sa présence mit fin au deuil du Latium.

Mais Esculape n'est qu'un dieu venu de l'étranger. César, né à Rome, est dieu dans sa patrie. Sa gloire la plus éclatante est d'être le père d'Auguste. Afin que celui-ci ne sorte pas d'un sang mortel, il fallait faire un dieu de César. Quand Vénus vit les conjurés, elle demanda l'aide des dieux mais ceux-ci ne pouvaient changer le décret des trois Sœurs. Vénus voulut envelopper César du nuage dans lequel elle avait soustrait Pâris à la fureur de Ménélas et Enée au glaive de Diomède. Mais Jupiter lui dit que celui pour qui elle s'affligeait avait rempli son temps. Il fallait que César soit reçu parmi les dieux du ciel. Son fils porterait après lui le poids de l'Empire et vengerait sa mort. Tous les peuples obéiraient à ses loi. Lorsque il aurait donné la paix à la terre, il appliquerait ses soins aux lois civiles. Législateur juste et sage, c'est par son exemple qu'il réglerait les mœurs. Jupiter dit à Vénus de recevoir l'âme de César, d'en faire un astre pour que le dieu Jules veille du haut du ciel sur le Forum et sur le Capitole. Vénus, invisible à tous, descendit au milieu du sénat. Elle sépara son âme du corps de César et l'emporta vers les astres. En s'élevant, la déesse la vit s'embraser et la laissa échapper. Ce nouvel astre s'envola au-dessus de la Lune, traînant une chevelure enflammée. C'est du ciel que, voyant les hauts faits d'Auguste, César avoue qu'ils sont au-dessus des siens et qu'il se réjouit d'être surpassé par lui. Auguste ne veut pas qu'on préfère ses actions à celles de son père mais la Renommée leur donne, malgré lui, la préférence. Jupiter commande dans le ciel et la terre est soumise à Auguste. Tous deux sont souverains et pères de l'Univers. Que les dieux éloignent le jour où, abandonnant le monde qu'il gouverne, Auguste ira s'asseoir parmi eux.

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