La fondation de Rome et l'époque des rois

Livre I: la fondation de Rome et l'époque des rois


Lors de la prise de Troie, les Grecs épargnèrent Enée parce qu'il avait conseillé de leur rendre Hélène. Il partit en Macédoine, puis en Sicile et arriva enfin avec sa flotte sur la côte italienne. Les Aborigènes voulurent le repousser mais quand Latinus, leur roi, apprit que c’était Enée, fils d'Anchise et de Vénus, qui voulait bâtir une ville, il l’accueillit. Enée épousa Lavinia, la fille de Latinus, et eut un fils, Ascagne. Il bâtit une ville et la nomma Lavinium. Aborigènes et Troyens se défendirent contre Turnus, roi des Rutules, à qui Lavinia avait été promise. Latinus fut tué mais les Rutules furent battus. Ils s’allièrent au roi étrusque Mézence. Enée unit Aborigènes et Troyens sous le nom de Latins pour l'affronter. Les Latins l’emportèrent mais Enée mourut. Lavinia préserva le pouvoir de son fils. La population de Lavinium augmentait. Ascagne laissa la ville à sa mère et en fonda une nouvelle qui prit le nom d'Albe-la-Longue. Le fleuve Albula faisait la frontière entre Etrusques et Latins. Les descendants d'Ascagne se succédèrent longtemps de père en fils. Parmi eux, Tiberinus se noya dans l’Albula qui en tira son nom de Tibre et Aventinus donna son nom à la colline sur laquelle il fut enterré.

Numitor devint toi à son tour mais son cadet, Amulius, prit du pouvoir. Il tua les fils de son frère et fit de sa fille Rhéa Silvia une vestale, lui ôtant l'espoir d’avoir des enfants. La vestale eut pourtant des jumeaux dont elle attribua la paternité au dieu Mars. Amulius ordonna de les jeter dans le Tibre. Mais ceux qui exécutèrent l’ordre royal se contentèrent de les abandonner dans un lieu désert. Une louve accourut à leurs cris et les allaita. Le berger Faustulus les trouva et les confia à sa femme Larentia. On dit que cette Larentia était une prostituée surnommée la Louve. Ce serait l'origine de la légende. A l'adolescence, les jumeaux Romulus et Remus attaquèrent des brigands. Dès cette époque, les Lupercales était célébrées sur le mont Palatin. Le grec Evandre avait institué cette fête où des jeunes gens couraient nus en l'honneur du dieu Pan, protecteur des troupeaux. Pendant les réjouissances, Remus fut capturé par les brigands et livré à Amulius. Faustulus dévoila alors à Romulus le secret de sa naissance. Avec ses compagnons, celui-ci tua Amulius et rétablit. Numitor sur le trône d’Albe.

Les deux frères voulurent fonder une ville sur les lieux de leur enfance. Ils demandèrent aux dieux de désigner celui qui aurait cet honneur. Romulus se plaça sur le mont Palatin et Remus sur l'Aventin. Le premier, Remus vit six vautours mais Romulus en vit ensuite douze et chacun fut proclamé roi par les siens. La querelle dégénéra. Par moquerie, Remus franchit d'un bond l’emplacement du rempart tracé par son frère et Romulus le tua en s'écriant «Ainsi périsse quiconque franchira mes murailles». Romulus resta le maître et la ville prit son nom. Le Palatin fut le premier endroit qu'il fortifia. Dans les sacrifices, il suivit le rite albain sauf pour Hercule. Là, il suivit le rite grec. Hercule, vainqueur de Géryon, s'était arrêté au bord du Tibre avec ses boeufs. Pendant son sommeil, le berger Cacus vola les plus beaux et les traîna à reculons dans sa demeure pour brouiller les pistes. A son réveil, Hercule s'aperçut du vol. Il y avait une caverne non loin mais les traces allaient en sens contraire. Il repartait quand ses bêtes mugirent. Celles qui étaient dans la caverne répondirent. Il y courut et Cacus tomba sous sa massue. Evandre gouvernait la contrée. Il apprit le crime. Il demanda à l’étranger qui il était. Apprenant son nom, il salua Hercule, fils de Jupiter, et lui dit que sa mère avait prédit qu'un autel serait élevé à cet endroit en son honneur. Le premier sacrifice lui fut offert. Ce fut le seul culte étranger institué par Romulus.

Une fois les cérémonies religieuses établies, il fit des lois et s'entoura de douze licteurs. C’était le nombre des vautours qu’il avait vus. C'était aussi une coutume étrusque. La ville grandissait. Romulus ouvrit un asile au pied du Capitole. Tous, esclaves ou hommes libres, pouvaient s'y réfugier. Romulus institua cent sénateurs. On les nomma Pères et leurs descendants reçurent le nom de patriciens. Rome était assez puissante pour ne redouter aucun voisin mais elle manquait de femmes. Romulus envoya en vain des députés aux cités voisines pour leur offrir l'alliance du nouveau peuple. Dissimulant sa colère, il organisa des jeux en l'honneur de Neptune et le fit savoir. Les spectateurs vinrent en foule pour voir la nouvelle ville. Les Sabins arrivèrent avec leurs familles. Ils furent bien reçus et s'émerveillèrent du rapide développement de la ville. A un signal, les Romains s'élancèrent pour enlever les jeunes filles. Les Sabins s'enfuirent scandalisés par cette violation de l'hospitalité. Romulus expliqua aux filles que leurs parents étaient seuls responsables de cette violence par leur refus de mariages. Il ajouta qu’elles seraient des épouses et non des captives. Les filles se consolèrent mais leurs parents soulevèrent les cités voisines et se rassemblèrent derrière le roi Titus Tatius.

Les Céniniens attaquèrent sans attendre les autres. Romulus les dispersa, tua leur roi et déposa sa dépouille au pied d'un chêne au Capitole. Il en fit hommage à Jupiter et traça l'enceinte d'un temple où seraient désormais déposées les dépouilles prises aux ennemis. C’est l'origine du premier temple consacré à Rome. Les Romains battirent ensuite les Antemnates. Hersilie, la femme de Romulus, obtint de son mari qu’il pardonne les vaincus et les accepte dans la ville nouvelle. Il marcha ensuite contre les Crustuminiens qui résistèrent peu. On envoya des colonies chez les uns et chez les autres tandis que les familles des femmes enlevées venaient grossir la population romaine. La principale guerre fut contre les Sabins. Spurius Tarpeius commandait la citadelle de Rome. Sa fille la livra aux ennemis. Les Sabins, qui portaient des bracelets d'or au bras gauche, étaient convenus de lui donner pour prix de sa trahison «ce qu'ils avaient à la main gauche». Sitôt entrés, ils l'écrasèrent sous leurs boucliers qu’ils portaient aussi au bras gauche. Le lendemain, les deux armées s’affrontèrent. Alors, les Sabines supplièrent leurs pères et leurs époux de ne pas s’entretuer. Les hommes furent émus et es chefs décidèrent la fusion des deux Etats en un seul. Les deux rois se partagèrent le pouvoir dont le siège fut établi à Rome. Ainsi, la puissance de Rome fut doublée.

Rome inquiétait les Fidénates qui commencèrent à dévaster son territoire. Romulus leur tendit une embuscade et les refoula dans leur ville. La guerre se communiqua aux Véiens, d’origine étrusque comme eux. Ils passèrent la frontière pour piller puis, chargés de butin, rentrèrent chez eux. Romulus les poursuivit jusque sous leurs remparts et ravagea le pays en représailles. Ces dévastations ruinèrent les Véiens qui proposèrent la paix. Une trêve de cent ans leur fut accordée au prix d'une partie de leur territoire. Tels furent les événements du règne de Romulus. Un jour qu’il assistait au recensement de l'armée, un orage survint et le roi, enveloppé d'un nuage, disparut. Les sénateurs affirmèrent qu’il avait été enlevé au ciel mais certains les accusèrent de l’avoir tué. Tous saluèrent Romulus en tant que dieu et père de Rome. Mais des rivalités agitaient le sénat. Les Sabins voulaient que le roi soit l’un d’eux et les Romains refusaient. On décida que le sénat gouvernerait. La royauté resta ainsi suspendue pendant un an. On appela cela un interrègne. Le peuple se plaignit alors d’avoir cent maîtres au lieu d’un seul. Les sénateurs abandonnèrent le pouvoir mais lièrent l'élection du roi par le peuple à leur accord.

Un certain Numa Pompilius, connu pour sa piété, habitait à Cures, chez les Sabins. On lui donna la couronne. Il voulut civiliser les Romains. Il éleva le temple de Janus qui devint le symbole de la paix et de la guerre. Ouvert, il appelait les citoyens aux armes. Fermé, il annonçait que la paix régnait. Il n’a été fermé que deux fois depuis le règne de Numa. Quand il eut établi par des traités la paix entre Rome et ses voisins, il pensa adoucir les moeurs par la religion. Il fit croire qu’il avait des entretiens nocturnes avec la déesse Egérie et qu’il instituait sur ses ordres les cérémonies agréables aux dieux. Il divisa l'année en douze mois lunaires et ajouta des mois intercalaires de façon à ce que tous les vingt-quatre ans le cycle solaire soit rattrapé. Il établit aussi les jours fastes et néfastes. Il créa les flamines de Jupiter, de Mars et de Quirinus. Il fonda le collège des Vestales, emprunté aux Albains. Il institua en l'honneur de Mars douze prêtres, les Saliens, qui devaient porter les boucliers sacrés et courir par la ville en chantant et en dansant. Il nomma un grand pontife et lui confia la surveillance de tout ce qui concernait la religion. Ainsi on ne risquait pas d'oublier les rites nationaux et d'introduire des rites étrangers. Le grand pontife réglait les sacrifices et les cérémonies funéraires, et il apprenait à distinguer, parmi les prodiges, ceux qui demandaient expiation. Tout cela fit perdre à la population sa brutalité. Les peuples voisins auraient trouvé sacrilège la moindre hostilité contre une ville aussi religieuse. Ainsi deux rois agrandirent la cité de Rome, l'un par la guerre, l'autre par la paix. Romulus régna trente-sept ans, Numa quarante-trois. A la mort de Numa, le peuple élut Tullus Hostilius. C’était un roi guerrier. Persuadé qu'un Etat s'affaiblit dans l'inaction, il cherchait la guerre.

Le hasard fit que des paysans romains et albains s’agressèrent mutuellement. Albe était gouvernée par Caius Cluilius. Chaque cité envoya des ambassadeurs demander réparation mais les Romains s'arrangèrent pour que les Albains semblent responsables du conflit. C’était presque une guerre civile, car les deux peuples étaient de sang troyen. Cluilius mourut et les Albains nommèrent dictateur Mettius Fufetius. Tullus proclama que les dieux avaient puni le roi albain. Mettius lui demanda une entrevue. Le Romain, tout en rangeant son armée en bataille, accepta. L’Albain rappela à Tullus qu’ils étaient tous deux menacés par les Etrusques qui attendaient qu’ils soient affaiblis pour attaquer à la fois le vainqueur et le vaincu. Il fallait trouver un moyen pour décider lequel des deux devait commander l'autre. Tullus accepta. Il y avait dans chacune des deux armées trois frères jumeaux. C'étaient les Horaces romains et les Curiaces albains. Ces six hommes furent choisis pour se combattre. Le peuple vainqueur absorberait le vaincu. La formule des traités est immuable. Le fécial demanda à Tullus s'il lui ordonnait de conclure un traité avec le père patrat du peuple albain. Le fécial apporta ensuite l’herbe sacrée de la citadelle et demanda au roi de le nommer interprète de sa volonté et de celle du peuple romain. Le fécial était Marcus Valerius. Il créa père patrat Spurius Fusius en lui touchant la tête avec de la verveine. Le père patrat prêta serment et sanctionna le traité par des formules consacrées. Cela fait, le fécial prononça cette formule: «Ecoute, Jupiter, écoute, père patrat du peuple albain, écoute, peuple albain. Le peuple romain ne violera jamais le premier les lois. Les conditions inscrites sur ces tablettes viennent de vous être lues sans ruse ni mensonge. S'il arrivait que le peuple romain les enfreigne le premier, alors, Jupiter, frappe-le comme je vais frapper ce porc.» Puis il tua un porc avec une pierre. Les Albains prononcèrent le même serment.

Alors les combattants s'avancèrent entre les deux armées et s'élancèrent. Aussitôt deux Romains tombèrent morts et les trois Albains furent blessés. Heureusement le dernier Horace était indemne. Trop faible contre ses trois ennemis réunis, il s'enfuit pour les séparer, persuadé qu'ils le suivraient selon le degré de leurs blessures. C’est ce qui se passa. Un seul le serrait de près. Il se retourna, le tua et courut vers le suivant. Sans donner au troisième Curiace le temps d'approcher, Horace tua le deuxième. Ils restaient deux, l'un sans blessure et l'autre épuisé par sa course. Horace lui plongea son épée dans la gorge et le dépouilla. Les Romains firent un triomphe au vainqueur et les deux armées se retirèrent. Horace, chargé de ses trophées, marchait à la tête des Romains. Sa soeur était fiancée à l'un des Curiaces. Elle reconnut l’armure de celui-ci. S'arrachant les cheveux, elle appela son fiancé en sanglotant. Indigné, Horace la tua. Cet assassinat révolta le peuple. Il fut traîné devant le roi. La loi était sévère. On voilait la tête des condamnés, on les liait à un arbre et on les battait à mort. Publius Horatius fut condamné. Déjà le licteur lui passait la corde quand il en appela au peuple. Tous furent émus en entendant son père approuver la mort de sa fille et supplier qu’on ne le prive pas de tous ses enfants. Les citoyens acquittèrent le coupable mais le père dut racheter son fils par une amende.

La paix fut de courte durée. Les Albains reprochaient à leur chef d'avoir abandonné l'Etat à trois guerriers. Il poussa alors les peuples voisins contre Rome. Les Fidénates et les Véiens prirent les armes. Tullus ordonna à Mettius de venir avec ses troupes et marcha contre l’ennemi. Les Véiens formaient l'aile droite, près du fleuve. A gauche étaient les Fidénates, près des montagnes. Tullus mena ses soldats contre les Véiens et opposa les Albains aux Fidénates. Mettius, n'osant passer ouvertement à l'ennemi, se rapprocha des montagnes. Il voulait se porter du côté du vainqueur. Les Romains s'étonnèrent d'un mouvement qui laissait leur flanc découvert. On informa Tullus de la défection albaine. Il répondit de façon à être entendu de l'ennemi que ce mouvement s'exécutait sur son ordre. Il ordonna en même temps aux cavaliers de tenir les lances hautes pour dissimuler à l'infanterie romaine la retraite des Albains. Quant à ceux qui avaient tout vu, ils furent rassurés par les paroles du roi. Les Fidénates avaient entendu. Craignant que les Albains ne leur coupent le chemin de la ville, ils s'enfuirent. Tullus revint contre les Véiens qui ne prirent eux aussi la fuite. Jamais les Romains n'avaient encore versé tant de sang ennemi. Alors l'armée albaine redescendit dans la plaine. Mettius félicita Tullus de sa victoire. Tullus le remercia. Le lendemain, il convoqua les deux armées. On fit avancer les Albains les premiers. Les Romains se rangèrent autour, en armes. Tullus dévoila alors la trahison de Mettius. Il fit transférer à Rome les habitants d’Albe et fusionna les deux peuples. Mettius fut écartelé. C'est le seul exemple d'un supplice aussi barbare à Rome. Albe existait depuis quatre cents ans. Elle fut rasée. Rome doublait ainsi sa population. Le mont Celius fut ajouté à la ville et Tullus ouvrit le sénat à plusieurs grandes familles albaines.

Tullus déclara alors la guerre aux Sabins. Les deux peuples se plaignaient d’injustices réciproques. Rome l'emporta. On fêtait la victoire lorsqu'on annonça au roi qu'une pluie de pierres était tombée sur le mont Albain. On entendit aussi une voix qui ordonnait aux Albains de faire des sacrifices selon leur rite. Cela avait été négligé comme si les Albains avaient abandonné leurs dieux en quittant leur patrie. Les Romains, en expiation de ce prodige, célébrèrent des sacrifices publics pendant neuf jours. Peu de temps après, Rome fut touchée par une épidémie. Tullus lui-même fut atteint. Lui qui faisait peu de cas de la religion, il devint superstitieux. Il pratiqua de mystérieuses cérémonies et négligea des rites essentiels. Jupiter, irrité, le frappa de sa foudre. Il avait régné trente-deux ans. Ancus Marcus, le petit-fils de Numa, lui succéda. Les Latins reprirent courage et firent des incursions sur les terres de Rome, imaginant qu'Ancus passerait sa vie dans les temples comme son grand-père. Mais Ancus sentait que si la paix était importante, il ne pouvait éviter la guerre. Numa avait fondé des institutions religieuses pour la paix, Ancus en créa pour la guerre. Il voulut un rite particulier pour la déclaration de guerre. Le fécial, sur la frontière, se couvrait la tête d'un voile et prononçait des formules en demandant réparation des griefs invoqués. S'il n'obtenait pas satisfaction, après trente-trois jours, il déclarait la guerre. Il rentrait alors à Rome et le roi interrogeait les sénateurs. Si la majorité l’acceptait, la guerre était décidée. Le fécial, en présence de trois adultes, prononçait la formule de déclaration de guerre et lançait son javelot en territoire ennemi. Ancus prit d'assaut Politorium. Il fit transférer à Rome tous ses habitants et les installa sur le mont Aventin. Tellènes et de Ficana connurent le même sort. Medullia résista longtemps mais fut finalement vaincue. Ancus revint à Rome avec un immense butin et admit comme citoyens plusieurs milliers de Latins. Il les établit entre le Palatin et l’Aventin. Le Janicule fut relié au reste de la ville par un mur et par un pont en bois, le premier construit sur le Tibre. Avec cet accroissement de la ville, l’insécurité augmentait. Ancus fit construire une prison qui dominait le Forum. Sous son règne, le territoire de Rome s'accrut jusqu'à la mer et Ostie fut fondée à l'embouchure du Tibre.

A cette époque, un étranger nommé Lucumon arriva à Rome. Démarate, son père, obligé de fuir Corinthe, s'était retiré à Tarquinies. Il avait deux enfants, Lucumon, et Arruns. Lucumon avait recueilli tout l'héritage car Arruns était mort laissant sa femme enceinte et Démarate, mort peu après, n’avait pas mentionné son petit-fils dans son testament. L'enfant fut laissé dans un état de misère qui lui valut le surnom d'Egerius. Héritier des richesses paternelles, Lucumon en conçut un orgueil que sa femme Tanaquil encouragea. Elle était de haute naissance et ne supportait pas le mépris des Etrusques pour son mari étranger. Elle décida d’aller à Rome espérant qu'il trouverait sa place dans un peuple nouveau. A leur arrivée, un aigle prit le bonnet de Lucumon puis le lui remit sur la tête. Tanaquil y vit un heureux présage. Lucumon prit le nom de Lucius Tarquinius Priscus. Il gagna l’amitié du roi qui le nomma tuteur de ses enfants. Ancus avait déjà régné vingt-quatre ans. Ses fils grandissaient et Tarquin insistait sur la nécessité d'élire un nouveau roi. Lors des comices, il avait éloigné les jeunes princes. Il fut le premier à demander la royauté au peuple qui lui donna unanimement la couronne. Pour affermir son autorité, il nomma cent nouveaux sénateurs de ses amis. Sa première guerre fut contre les Latins. Il prit d'assaut Apioles. Le butin permit de célébrer des jeux. C’est alors qu'il traça l'enceinte du grand Cirque. Les jeux étaient des courses de chevaux et des combats d'athlètes venus d'Etrurie. Ils devinrent annuels. Tarquin fit distribuer le terrain autour du Forum pour qu'on y élève des boutiques.

Il s'apprêtait à fortifier la ville lorsque les Sabins attaquèrent. La première bataille fut indécise. Tarquin vit que sa faiblesse venait de la cavalerie. Il la renforça. L’augure Attus Navius prétendit qu'on ne pouvait rien changer sans l'autorisation des auspices. Le roi lui demanda si ce qu’il pensait était faisable. Le devin répondit oui. Le roi dit qu’il pensait que le devin couperait une pierre avec un rasoir. Navius trancha la pierre. Dès ce moment, on n'osa plus rien entreprendre sans avoir consultés les augures. Tarquin livra une deuxième bataille aux Sabins. Il fit jeter dans le fleuve du bois enflammé ce qui mit le feu au pont. Cela effraya les Sabins. Beaucoup se noyèrent. La cavalerie les força à fuir. Tarquin envoya le butin et les prisonniers à Rome et prit l’offensive. Une nouvelle défaite obligea les Sabins à demander la paix. Ils perdirent Collatie qui fut donnée à Egerius, le neveu de Tarquin. Le roi rentra triomphant dans Rome et tourna ses armes contre les Latins à qui il prit plusieurs villes. La paix revenue, il entreprit de grands travaux. Il acheva les fortifications de la ville. Il fit aménager des égouts pour mener les eaux stagnantes jusqu'au Tibre. Il traça ensuite l'enceinte du temple qu’il avait voué à Jupiter Capitolin. Vers cette époque, un prodige se produisit au palais. La chevelure d'un enfant endormi nommé Servius Tullius prit feu. La reine défendit que l’on touche à l’enfant et la flamme disparut à son réveil. Alors Tanaquil prédit à son mari que cet enfant soutiendrait un jour son pouvoir affaibli. Ils le traitèrent alors comme leur fils et Tarquin lui donna plus tard sa fille. Certains crurent que Servius Tullius était fils d'esclave. En fait, à la prise de Corniculum, son chef mourut laissant sa veuve enceinte. Cette femme fut libérée et logée au palais de Tarquin. C’est là qu’elle accoucha de Servius. L'enfant, né et élevé au palais, était aimé de tous. Tarquin avait alors atteint la trente-huitième année de son règne.

Les fils d'Ancus, indignés d’avoir été écartés du trône par un étranger, ressentirent comme un affront de voir que le pouvoir allait tomber aux mains d'un homme peut-être esclave. Ils envoyèrent au palais deux hommes qui, introduits auprès de Tarquin sous prétexte de lui demander justice, l'assassinèrent. Tanaquil fit aussitôt fermer les portes du palais et conjura Servius de venger son beau-père. D'une fenêtre, elle affirma au peuple que le roi était sauf mais qu’il fallait obéir à Servius Tullius qui s'installa sur le trône en faisant semblant de consulter le roi. En fait, Tarquin était mort et Servius affermissait son pouvoir. Quand la vérité éclata, Servius s'empara de la royauté. Les fils d'Ancus s'exilèrent. Servius fit épouser ses deux filles aux deux jeunes Tarquins. La trêve avec les peuples d'Etrurie était expirée et la guerre recommença. Servius remporta la victoire et revint à Rome, désormais accepté par tous. C’est lui qui établit le cens qui impose à chacun l'obligation de subvenir aux besoins de l'Etat selon ses revenus. Il forma les classes des citoyens et les centuries. La première classe groupait ceux qui possédaient plus de cent mille as. Elle était partagée en quarante centuries de jeunes gens chargés de faire la guerre et quarante d'hommes mûrs chargés de garder la ville. Ils avaient un armement complet. La deuxième classe comprenait ceux qui possédaient entre soixante-quinze mille et cent mille as. Ils n'avaient pas de cuirasse. Ceux de la troisième et de la quatrième classe n'avaient que la lance et le poignard. La cinquième était armée de frondes. Le cens de cette classe était de onze mille as. Le reste du peuple fut exempté de service militaire. Servius leva parmi les riches douze centuries de cavaliers. Ainsi retombaient sur le riche les charges dont le pauvre était soulagé mais les riches étaient privilégiés dans les votes en étant consultés les premiers.

Tullius rassembla les citoyens au Champ de Mars, rangea les troupes en bataille et les purifia en offrant à Mars un suovetaurile. Quatre-vingt mille hommes en état de porter les armes furent inscrits. L’accroissement de population obligea Tullius à ajouter à la ville les monts Quirinal et Viminal et les Esquilies. Il l’entoura d'un mur et porta plus loin l'espace sacré du pomerium. Le temple de Diane, à Ephèse, était célèbre. Servius demanda aux chefs latins de se joindre aux Romains pour construire à Rome un temple de Diane commun aux deux peuples. C'était affirmer la suprématie de Rome. Un Sabin crut avoir trouvé l'occasion de la donner à sa patrie. Il possédait une superbe génisse. Les devins annoncèrent que celui qui l'immolerait à Diane assurerait le pouvoir à son pays. Mais le prêtre du nouveau temple l’apprit. Lorsque le Sabin arriva avec sa bête, il lui dit d’aller se purifier dans le Tibre. Pendant ce temps, le Romain l'immola. Servius croyait son pouvoir solide mais il apprit que le jeune Tarquin le contestait. Le roi se gagna la faveur de la population en partageant les terres prises à l'ennemi puis demanda au peuple s'il voulait qu'il règne. Il ne lui manqua aucune voix. Mais Tarquin s'aperçut de l’hostilité du sénat contre le partage des terres. Dévoré d’ambition, ce Lucius, fils de Tarquin l'Ancien, avait un frère, Arruns, jeune homme inoffensif. Les deux filles de Servius Tullius avaient épousé ces deux princes. Mais la plus ambitieuse avait épousé Arruns et admirait Lucius. L’assassinat d'Arruns et de l’épouse de Lucius leur permit de se marier. Dès ce moment Tullius leur fut insupportable. Lucius Tarquin commença à fréquenter les derniers sénateurs nommés en leur rappelant les bienfaits de son père. Ses libéralités lui gagnèrent les jeunes gens et ses promesses grossirent le nombre de ses partisans. Quand il jugea le moment favorable, suivi d'une troupe de gens armés, il monta sur le trône royal et convoqua les sénateurs. Ils accoururent, complices ou effrayés. Servius arriva et demanda des explications. Tarquin répondit qu'il reprenait la place de son père et précipita Servius du haut des marches du sénat. Les gardes du roi s’enfuirent. Servius repartait lorsque des tueurs l'assassinèrent. La femme de Tarquin arriva sur son char au milieu du Forum et, sans s’émouvoir devant tout ces hommes, salua son mari du nom de roi. En repartant, le conducteur du char lui montra le cadavre de son père. Elle fit rouler sur son corps ! Servius Tullius avait régné quarante-quatre ans. Avec lui disparut la monarchie légitime.

Tarquin fut surnommé le Superbe. Il refusa une sépulture à son beau-père sous prétexte que Romulus n'en avait pas eu et fit tuer les sénateurs favorables à Servius Tullius. Sentant que cet exemple pourrait tourner contre lui-même, il s'entoura de gardes. Son droit était sa force, il n'avait eu ni les suffrages du peuple, ni l’accord du sénat, il devait régner par la terreur. Il réduisit le nombre des sénateurs et cessa de consulter le sénat. Il fit la paix ou la guerre à son gré, conclut des traités et des alliances sans s'occuper de la volonté du peuple. Il recherchait l'amitié des Latins pour s'en faire un appui contre ses sujets. Il maria sa fille à Octavius Mamilius de Tusculum qui, disait-on, descendait d'Ulysse et de Circé. Il exerçait déjà une grande influence sur les chefs latins quand il leur donna rendez-vous pour parler d’intérêts communs. Ils se réunirent un matin. Tarquin ne vint que le soir. Turnus Herdonius d'Aricie s'irrita de ce retard. Le roi dit qu'il avait été retenu. Turnus n’admit pas cette excuse et partit. Tarquin fit porter secrètement chez lui des épées. Le lendemain, il dit aux chefs latins que Turnus avait voulu l'assassiner. Seul son retard avait fait échouer le projet. Il les invita à le suivre chez Turnus. Celui-ci dormait lorsqu'ils arrivèrent. On trouva des épées partout dans la maison. La conspiration semblait évidente. Turnus fut noyé. Tarquin proclama qu’il pouvait réclamer la souveraineté sur tous les Latins mais qu'il préférait renouveler l’alliance. Ce traité reconnaissait la domination romaine mais les Latins se laissèrent faire. Les jeunes furent incorporés dans l’armée romaine. Tarquin entreprit contre les Volsques une guerre qui dura plus de deux cents ans. Il prit leur ville, Suessa Pometia, vendit le butin et en tira quarante talents d'or et d'argent. Il voulut alors élever à Jupiter un grand temple avec l'argent pris à l'ennemi. Il entreprit ensuite contre Gabies une guerre qui ne fut pas aussi facile qu'il l'avait cru. Repoussé, il employa la ruse.

Il faisant semblant d'oublier la guerre quand son fils Sextus s'enfuit chez les Gabiens en se plaignant de sa cruauté. Il fut admis dans les conseils où il adoptait toujours l'opinion des anciens. Il poussait à la révolte contre Rome. Il finit par obtenir le commandement de l'armée. Tous voyaient son arrivée comme une faveur divine. Quand il se crut assez fort, il prévint son père. Tarquin ne répondit rien au messager mais, dans les jardins du palais, il abattit avec un bâton les têtes des pavots les plus hauts. Le messager rapporta ce qu'il avait vu et Sextus comprit. Il fit périr les principaux citoyens de Gabies et la ville tomba sans résistance au pouvoir de Rome. Tarquin fit ensuite la paix avec les Eques et renouvela le traité avec les Etrusques. Il donna ensuite toute son attention aux travaux de Rome. Les plus importants étaient ceux du temple de Jupiter, sur le mont Tarpéien. Afin que le Capitole soit réservé à Jupiter, il décida de faire disparaître les petits temples élevés par Tatius. Les augures permirent qu'on enlève tous les autels sauf celui du dieu Terme. On interpréta cela en disant que cela annonçait la longue durée de la puissance romaine. On trouva aussi une tête humaine parfaitement conservée qui montrait que là serait la tête de l'empire. Les richesses de Pometia suffirent à peine pour les fondations. Il mit alors le peuple à contribution. Il l'employa aussi à la construction de galeries autour du cirque et au percement d'un égout. Il envoya des colons à Signia et à Circei, places qui devaient protéger Rome du côté de la terre et du côté de la mer. On vit alors un prodige. Un serpent sortit d'une colonne. Cela inquiéta Tarquin. Il voulut consulter l'oracle de Delphes. Il envoya en Grèce deux de ses fils, Titus et Arruns, avec leur cousin Brutus qui passait pour faible d’esprit. Après avoir exécuté les ordres du roi, voulurent savoir lequel d'entre eux lui succèderait. Une voix répondit que le premier qui embrasserait sa mère possèderait la puissance. Brutus fit alors semblant de tomber et embrassa la terre, mère de tous les hommes.

La guerre fut déclarée aux Rutules pour renflouer le trésor. On dut faire le siège d’Ardée. Les princes trompaient l’ennui par des festins. Un jour qu'ils soupaient avec Collatin, le fils d'Egerius, chacun fit l’éloge de sa femme. La discussion s'échauffant, Collatin suggéra qu’ils aillent les surprendre à Rome. Ils coururent à Rome à bride abattue et arrivèrent en pleine nuit. Ils trouvèrent les belles-filles du roi au milieu d'un repas somptueux. Au contraire, Lucrèce, la femme de Collatin, était occupée à filer la laine au milieu de ses servantes. Elle reçut aimablement les deux Tarquins et son mari. C'est alors que Sextus Tarquin la désira. Peu de jours après, il revint seul. Pendant que tous dormaient, il alla retrouver Lucrèce et lui déclara son amour. Comme elle résistait, il la menaça de la tuer puis de placer près d’elle un esclave égorgé pour faire croire qu'elle était morte en plein adultère. Elle céda alors et Tarquin repartit fier de sa victoire. Lucrèce fit venir son père et son mari. Spurius Lucretius arriva avec Publius Valerius et Collatin avec Brutus. Lucrèce leur raconta tout et se tua.

Brutus jura alors de ne plus supporter de rois à Rome. Les trois autres, surpris de cette ardeur chez un homme qu'ils croyaient stupide, répétèrent ce serment. Ils transportèrent le corps de Lucrèce à l’extérieur. Le peuple fut horrifié et Brutus appela à prendre les armes. Une troupe marcha vers Rome avec Brutus. A l’annonce du crime, les Romains accoururent au Forum. Brutus raconta le viol et le suicide de Lucrèce. Il rappela le despotisme de Tarquin, les Romains transformés en maçons, l'assassinat de Servius et sa fille qui faisait passer son char sur le corps de son père. La foule déchaînée condamna Tarquin à l’exil. Le roi accourut à Rome pour étouffer la révolte mais il trouva les portes fermées. L'armée reçut Brutus avec enthousiasme et chassa de ses rangs les enfants du roi. Le règne de Tarquin le Superbe fut de vingt-cinq ans et celui de tous les rois depuis la fondation de Rome de deux cent quarante-quatre. Les comices nommèrent deux consuls, Lucius Junius Brutus et Lucius Tarquin Collatin.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×