Livre 2: Les débuts de la République

La monarchie était tombée à cause de Tarquin pourtant les rois avaient été les fondateurs de Rome. Les consuls reprirent les droits et les insignes royaux mais leur autorité fut limitée à un an. Brutus fit jurer au peuple de ne plus accepter de roi et porta le sénat à trois cents membres. L’autre consul inquiétait. Brutus poussa donc Collatin, malgré ses mérites, à démissionner. Tous les Tarquins furent chassés et il prit pour collègue Publius Valerius. Des envoyés de Tarquin vinrent réclamer ses biens. Ils s'entendirent avec de jeunes patriciens pour rappeler le roi. Les fils de Brutus étaient du complot. Un esclave révéla tout et les traîtres furent arrêtés. Les biens de Tarquin furent abandonnés au peuple, on condamna les traîtres et le consul Brutus fit exécuter ses propres enfants. On donna au dénonciateur de l'argent et la liberté. Ce fut le premier esclave libéré au moyen de cette baguette qu’on appelle la vindicte parce qu’il se nommait Vindicius. Tarquin chercha alors de l’aide en Etrurie. Les Véiens et les Tarquiniens le suivirent et les consuls allèrent à leur rencontre.

Dans la bataille, Arruns Tarquin, fils de l’ancien roi, se précipita sur Brutus. Ils moururent cloués l'un à l'autre par leurs lances. Finalement, les Etrusques se retirèrent. Valerius revint à Rome célébrer les funérailles de son collègue. La plus grande gloire du mort fut la tristesse du peuple. Les femmes décidèrent de porter son deuil pendant un an, comme pour un père. On soupçonna le consul de vouloir devenir roi parce qu'il ne remplaçait pas Brutus mais les lois qu'il fit adopter effacèrent ces craintes. Il reçut même le surnom de Publicola. Celle qui autorisait les citoyens à en appeler au peuple et celle qui vouait aux dieux infernaux quiconque chercherait à devenir roi plurent beaucoup. Les comices nommèrent consul Spurius Lucretius, qui mourut peu après, puis Marcus Horatius Pulvillus. L'année suivante, Publicola fut de nouveau consul avec Titus Lucretius. Les Tarquins persuadèrent Porsenna, roi de Clusium, de marcher sur Rome. Le sénat eut peur que le peuple ne veuille acheter la paix au prix de sa liberté. On distribua alors des vivres et on exempta le peuple de tout impôt. Le soin de contribuer aux besoins de l'Etat fut laissé aux riches, les pauvres payant assez en élevant leurs enfants. Cette politique préserva l’union de tous les citoyens.

Le pont du Tibre aurait pu laisser passer l'ennemi. Horatius Coclès y était de garde. Il dit à ses compagnons que la fuite ne les sauverait pas s'ils laissaient le pont intact, leur ordonna de le détruire pendant qu’il retiendrait l’ennemi et resta seul face aux Etrusques. Tout à coup on entendit le pont qui se brisait. Alors Coclès se jeta à l’eau et rejoignit ses concitoyens sous une grêle de flèches. On lui érigea une statue et on lui donna les terres que put entourer une charrue en un jour. En pleine famine, chacun prit sur sa nourriture pour l'aider. Porsenna renonça à l’assaut. Laissant des troupes sur le Janicule, il empêcha l’entrée de blé en ville et rendit la région si dangereuse que les ruraux se réfugièrent en ville avec leurs troupeaux. Pour attirer les Etrusques, Valerius fit sortir des bêtes. L'ennemi tenta de s'emparer du butin et tomba dans une embuscade. Il perdit beaucoup d’hommes et cela mit fin à ses incursions.

Mais le blocus continuait. Gaius Mucius, un jeune patricien, se rendit au camp ennemi. On distribuait la solde aux troupes. Un secrétaire était près du roi et, comme les soldats s'adressaient à lui, Mucius le tua à la place du roi. Conduit devant Porsenna, il proclama qu’il était citoyen romain, qu’il avait voulu tuer un ennemi et que d'autres l’imiteraient. Le roi menaça de le jeter au feu s'il ne révélait pas tout du complot. Alors Mucius posa sa main sur un brasier et la laissa brûler sans un mot. Stupéfait, le roi le libéra. Alors seulement Mucius révéla que trois cents jeunes Romains avaient juré sa mort. Il n’était que le premier. Porsenna le relâcha. La perte de sa main lui valut le surnom de Scaevola. Le danger poussa le roi à proposer la paix. Les Romains refusèrent le retour de Tarquin mais livrèrent des otages et le sénat récompensa Mucius en lui donnant des terres. Cela poussa les femmes à une action d’éclat. Le camp étrusque était près du Tibre. Clélie, une jeune otage romaine, trompa les gardes. A la tête de ses compagnes, elle traversa le fleuve sous les flèches ennemies et rentra à Rome. Porsenna, indigné, réclama Clélie. Si on ne la lui rendait pas, le traité était rompu. Si elle revenait, il la renverrait sans lui faire de mal. On tint parole. Le roi, pour honorer le courage de Clélie, lui remit une partie des otages. Les Romains la récompensèrent en lui décernant une statue équestre. Porsenna, en partant, laissa aux Romains les vivres de son camp.

Il envoya alors son fils attaquer Aricie qui fut secourue par les Latins et Cumes. Les Etrusques furent battus. Les rescapés se réfugièrent à Rome et furent bien accueillis. Les uns rentrèrent ensuite chez eux et vantèrent l'hospitalité reçue. D'autres restèrent à Rome. Deux ans plus tard, des ambassadeurs de Porsenna demandèrent encore le retour de Tarquin sur le trône. Le sénat répondit que cela troublait les bons rapports que Rome entretenait avec lui. Le roi décida alors de ne plus soutenir les Tarquins, rendit les derniers otages et restitua aux Romains le territoire de Véies. Tarquin s'installa à Tusculum chez son gendre Mamilius Octavius et une paix durable s'établit entre les Romains et Porsenna. L’année suivante, on remporta une victoire sur les Sabins et les consuls Marcus Valerius et Publius Postumius eurent les honneurs du triomphe. Pendant le consulat de Publius Valerius et de Titus Lucretius, des querelles entre Sabins renforcèrent Rome. Attus Clausus, le chef du parti de la paix, s'y réfugia avec de nombreux clients. On leur donna le droit de cité et des terres. Les consuls infligèrent aux ennemis une défaite magistrale et rentrèrent à Rome en triomphe. Publicola mourut l'année suivante, si pauvre que sa famille ne pouvait payer ses funérailles. L'Etat s’en chargea et les romaines prirent le deuil comme pour Brutus.

Pometia et Cora, des colonies latines, s’allièrent aux Aurunces et la guerre éclata. Ce fut meurtrier. Même les prisonniers furent massacrés. Pometia se rendit. On exécuta portant les notables, les habitants furent vendus et la place détruite. Sous le consulat de Postumus Cominius et de Titus Largius, pendant des jeux, de jeunes Sabins enlevèrent des filles. On craignit que cela n’entraîne une révolte des Sabins. De plus, trente peuples, excités par Octavius Mamilius, s'étaient ligués contre Rome. On créa pour la première fois un dictateur. Ce fut Titus Largius et Spurius Cassius fut nommé maître de la cavalerie. Le peuple prit peur et se montra docile. On ne pouvait plus chercher un recours auprès d'un consul contre l'autre ou en appeler au peuple. Il ne restait qu'à d'obéir. Les Sabins aussi eurent peur et demandèrent la paix. Le sénat leur répondit qu'on pouvait pardonner à des jeunes gens mais pas à des anciens qui faisaient sans cesse renaître la guerre. Cependant on négocia et les Sabins auraient obtenu la paix s'ils avaient consenti à payer. La guerre fut déclarée mais une trêve tacite dura toute l’année. Deux ans plus tard, eurent lieu le siège de Fidènes, la prise de Crustumérie et la défection de Préneste qui abandonna les Latins pour Rome. La guerre contre le Latium, prévisible depuis longtemps, éclata.

Le dictateur Aulus Postumius et le maître de cavalerie Titus Aebutius rencontrèrent l'ennemi près du lac Régille. Les Tarquins étaient dans l'armée latine. La bataille fut acharnée. Tarquin, Aebutius et Octavius Mamilius furent blessés. Les Latins firent avancer les exilés romains commandés par le fils de Tarquin. Marcus Valerius, frère de Publicola, se jeta sur lui et fut tué. La cohorte du dictateur intervint alors et tailla en pièces les exilés. Mamilius fut tué. Finalement, l'armée latine plia. Le dictateur voua un temple à Castor et promit des récompenses aux deux premiers soldats qui entreraient dans le camp latin qui fut rapidement pris. Telle fut la bataille du lac Régille. Le dictateur rentra en triomphe à Rome. Les trois années suivantes furent calmes. La fête des Saturnales fut instituée. Tarquin mourut à Cumes. Cela enchanta les Romains. Mais la joie déchaîna les patriciens. Le peuple, jusqu'alors ménagé, fut alors malmené par les puissants. Les Volsques avaient levé des troupes pour aider Latins. Pour les punir, on envahit leur territoire. Ils livrèrent aussitôt des otages et l’armée revint sans combattre. Plus tard, ils s’associèrent aux Herniques et essayèrent de soulever le Latium. Mais la défaite du lac Régille avait inspiré aux Latins une telle peur de la guerre qu'ils arrêtèrent les envoyés volsques et les livrèrent aux consuls. Le sénat fut tellement satisfait qu'il rendit aux Latins mille prisonniers et reprit le projet d'une alliance. Les Latins envoyèrent une couronne d'or à Jupiter Capitolin. Les députés qui apportaient cette offrande furent accompagnés par les anciens prisonniers qui allèrent dans les maisons où ils avaient été esclaves remercier leurs anciens maîtres des bons traitements dont ils avaient été l'objet. Jamais union plus étroite n'avait encore existé entre les Latins et Rome.

Malgré le risque de guerre, la discorde régnait entre les patriciens et le peuple à propos des détenus pour dettes. Un jour un homme âgé couvert de haillons arriva au forum. C’était un ancien centurion. On se souvenait de ses récompenses militaires. Pendant qu'il servait contre les Sabins, sa récolte avait été détruite et sa ferme brûlée. Obligé de payer quand même l'impôt, il avait emprunté. Sa dette et ses intérêts l'avaient ruiné. Son créancier était un bourreau. Il montra ses épaules meurtries de coups. A cette vue l’agitation se répandit dans toute la ville et la foule se rendit en criant au forum. Les sénateurs auraient couru un grand danger si les consuls Publius Servilius et Appius Claudius n’étaient intervenus. Elle exigeait que le sénat soit convoqué et encercla la curie. Les sénateurs arrivèrent. Appius voulait qu'on arrête les meneurs. Servilius préférait négocier. Au milieu de l'agitation, on annonça qu’une armée volsque approchait. Le peuple s'écria que les dieux allaient le venger et refusa de s’enrôler. Le sénat, pris entre deux craintes, demanda au consul Servilius, le plus populaire, de trouver une solution. Il expliqua à la foule qu'il était impossible, quand l'ennemi était aux portes de Rome, de faire autre chose que la guerre. Pour qu’on lui fasse confiance, il publia un édit qui interdisait de retenir en prison un citoyen romain, de saisir ou de vendre les biens d'un soldat et d’arrêter sa famille tant qu'il serait à l'armée.

Aussitôt les détenus s'enrôlèrent. C’est leur troupe qui se distingua le plus au combat. Les Volsques, comptant sur les querelles entre Romains, s'approchèrent du camp, espérant une trahison, mais les sentinelles donnèrent l’alerte et la tentative échoua. Le lendemain ils attaquèrent et furent taillés en pièces. La cavalerie les poursuivit jusqu'à leur camp qui fut pris et pillé. L'armée fut ensuite conduite devant Suessa Pometia où s'était réfugié l'ennemi. La ville fut prise et saccagée. Ce fut une aubaine pour les soldats pauvres. Le consul, couvert de gloire, rentra à Rome. En cours de route il reçut une ambassade des Volsques d'Ecetra que la prise de Pometia avait effrayés. On leur accorda la paix mais en les privant de leur territoire. Peu après, on annonça que les Sabins arrivaient. On envoya contre eux Aulus Postumius, l’ancien dictateur, avec la cavalerie et il fut suivi par le consul Servilius à la tête de l'infanterie. Les Sabins ne purent résister. En une nuit, tout fut fini. Chacun pensait la paix revenue quand une délégation d’Aurunces vint menacer les Romains de guerre s’ils n'évacuaient pas le territoire volsque. Leur armée était déjà en campagne. On se porta à marche forcée contre elle et la guerre fut vite achevée.

Le peuple attendait l'effet des promesses de Servilius mais Appius fit rendre les détenus aux créanciers. Les gens demandèrent à Servilius de soumette l'affaire au sénat et de protéger ses concitoyens mais les nobles étaient tous dans le parti opposé. Il ne put ni éviter la haine du peuple, ni se concilier le sénat. Les consuls se disputaient l'honneur de faire la dédicace du temple de Mercure. Le peuple le confia à un simple centurion pour leur faire un affront. Il s’ameutait dès qu’il voyait un débiteur traîné en justice et personne n'obéissait. Les créanciers prirent peur quand ils virent qu’on osait les maltraiter sous les yeux du consul. Le risque d'une guerre avec les Sabins aggrava la situation. On ordonna une levée de troupes. Personne ne répondit à l'appel. Appius fit arrêter un des meneurs qui en appela au peuple et les sénateurs poussèrent Appius à céder. Enfin Appius et Servilius sortirent de charge. Aulus Verginius et Titus Vetusius leur succédèrent. Le peuple continuait à comploter. Le sénat ordonna aux consuls d’activer l'enrôlement mais la foule déclara qu'il n'y aurait pas un soldat avant que les promesses ne soient tenues. Les consuls firent alors citer un citoyen qui était sous leurs yeux. Comme il ne répondait pas, ils envoyèrent un licteur le saisir. Il fut repoussé. Les sénateurs voulurent intervenir. Le peuple se jeta sur eux.

Le calme revenu, Publius Verginius demanda que la mesure ne s’applique qu’à ceux qui s’étaient enrôlés. Titus Largius estima que ce serait de la provocation. Appius Claudius réclamait un dictateur. L''esprit de parti le fit triompher. Il faillit même être nommé dictateur mais cette magistrature fut confiée à un homme conciliant, Manius Valerius. Le peuple comprit que c'était contre lui qu'on avait créé un dictateur mais, comme la loi sur l'appel était l’œuvre du frère de Valerius, il croyait n’avoir rien à redouter de lui. L'édit publié par le dictateur rassura les esprits. Il était semblable à celui du consul Servilius mais, comme on avait confiance, on se fit inscrire sans résistance. Jamais armée n'avait été aussi nombreuse. On forma dix légions. On en donna trois à chacun des consuls et le dictateur se réserva les quatre autres.

Les Eques avaient envahi le Latium. A l’arrivée du consul Vetusius, ils se replièrent dans la montagne. L'autre consul obligea les Volsques à accepter la bataille. Ils étaient les plus nombreux et marchèrent au combat en désordre. Le consul ordonna aux soldats d'attendre. Les Volsques prirent cela pour de la peur. Mais quand ils virent les Romains se mettre en mouvement ils s'enfuirent. Leur camp fut pris et ils furent poursuivis jusqu'à Vélitres. Tous se précipitèrent pèle-mêle dans la ville et ce fut un massacre. Pendant ce temps, le dictateur dispersait les Sabins. Il rentra dans Rome en triomphe. En plus des honneurs habituels, on lui accorda, ainsi qu’à ses descendants, une place dans le Cirque. Les Volsques vaincus perdirent le territoire de Vélitres. Peu après, on se battit avec les Eques, contre l'avis du consul qui trouvait sa position défavorable. Mais, accusé par ses soldats de traîner pour contrecarrer les promesses du dictateur, il se décida à gravir la montagne. L’entreprise ne réussit que grâce à la lâcheté des Eques. Le butin fut considérable et il n'y eut pas de victimes. Malgré ce triple succès, les patriciens et le peuple ne cessaient de penser aux affaires intérieures. Valerius fit un rapport sur ce qu’il fallait faire pour les débiteurs insolvables. Voyant sa proposition rejetée, il abdiqua la dictature. Les patriciens craignaient des complots si on licenciait l’armée. Alors le sénat prétendit que les Eques avaient recommencé la guerre et ordonna aux légions de quitter la ville. Cela précipita la révolte. Les soldats, sur l'avis d'un certain Sicinius, se retirèrent sur le mont Sacré, au-delà du fleuve Anio, à trois milles de Rome. Certaines traditions parlent également de l’Aventin.

Il fallait rétablir la paix civile à tout prix. On envoya au peuple Menenius Agrippa, un plébéien apprécié de tous. Il raconta une fable. Un jour, les différentes parties du corps s'indignèrent parce que l'estomac obtenait tout grâce à elles sans rien faire et se mirent en grève. Les mains refusèrent de porter la nourriture à la bouche, la bouche de la recevoir, les dents de mâcher. Mais les membres et le corps tout entier s’affaiblirent. Ils comprirent alors que l'estomac n’était pas oisif et qu’il renvoyait le sang dans le corps après l'avoir fabriqué par la digestion des aliments. Cette comparaison apaisa les esprits. Le peuple aurait ses propres magistrats qui le défendraient contre les consuls et aucun patricien ne pourrait obtenir cette magistrature. On nomma donc deux tribuns du peuple, Gaius Licinius et Lucius Albinus. Ils se donnèrent trois collègues, dont Sicinius. Pendant ce temps, Spurius Cassius et Postumus Cominius étaient devenus consuls. L'un d'eux battit les Volsques d'Antium, s’empara de Longula et attaqua la ville de Corioles. Il y avait à l'armée un jeune patricien, Gnaeus Marcius. Alors que l'armée romaine assiégeait Corioles, les Volsques d'Antium fondirent sur elle et les assiégés firent une sortie. Marcius était de garde. A la tête de ses hommes, il repoussa l'attaque des gens de la ville et s'élança à l’intérieur. L'armée volsque vit tomber la ville qu'elle était venue secourir et fut battue. Corioles fut prise et la gloire de Marcius éclipsa celle du consul. Il fut surnommé Coriolan.

Menenius Agrippa mourut, ne laissant même pas de quoi payer ses funérailles. Les plébéiens s’en chargèrent. L’année suivante, les terres n’ayant pas été cultivées pendant que le peuple était sur le mont Sacré, le prix des grains monta et il y eut une famine. Les consuls durent faire acheter du blé en Etrurie, chez les Volsques et à Cumes. Il fallut aller jusqu'en Sicile tant la haine des peuples voisins forçait à chercher loin. A Cumes le blé déjà payé fut gardé par le tyran Aristodème pour s'indemniser des biens des Tarquins dont il était l'héritier. Le blé étrusque arriva par le Tibre et servit à nourrir le peuple. La guerre faillit reprendre mais les Volsques furent frappés par une épidémie. L'année suivante, du blé arriva de Sicile et on délibéra au sénat sur le prix auquel on le vendrait. Certains pensaient que c’était l'occasion de revenir sur les droits obtenus par le peuple. A leur tête était Marcius Coriolan, ennemi déclaré des tribuns. La foule en colère se serait jetée sur lui si les tribuns ne l'avaient cité à comparaître. Cette mesure calma sa fureur. Les gens devenaient ainsi les juges de leur ennemi. Coriolan écouta les tribuns avec mépris mais le peuple se montrait si hostile que les patriciens ne pouvaient se soustraire au danger qu'en sacrifiant un des leurs. Coriolan fut condamné par contumace et s’exila chez les Volsques, méditant des projets de vengeance. Les Volsques l'accueillirent. Il fut l’hôte d’Attius Tullius, ennemi juré des Romains.

A Rome, un homme avait poursuivi un esclave jusqu'au milieu du Cirque en le frappant. On avait ensuite commencé les jeux comme si de rien n’était. Peu de jours après, le plébéien Titus Latinius eut un songe. Jupiter lui apparut et lui dit que la danse qui avait préludé aux jeux lui avait déplu et que, si on ne les célébrait de nouveau, la ville courait un grand danger. Il hésita à prévenir les consuls. Cela lui coûta cher. Il perdit son fils. Le malheureux revit en songe Jupiter qui lui demandait s'il était assez payé de son mépris pour ses ordres. Comme Latinius hésitait encore, il fut paralysé. Finalement, on le porta devant les consuls. Un miracle s'opéra alors et il put rentrer à pied chez lui. Poussés par Attius Tullius, de nombreux Volsques vinrent assister aux jeux. Avant le spectacle il prévint les consuls qu’il craignait des incidents. Le sénat ordonna alors aux Volsques de quitter la ville. Ils furent indignés. Tullius lui-même attisait leur colère. Ils se soulevèrent contre Rome et leurs chefs furent Attius Tullius et Coriolan. Celui-ci ravagea le territoire de Rome en épargnant les terres des patriciens pour exciter les discordes. La foule voulait la paix. On envoya une délégation à Coriolan, en vain.

Alors, les femmes obtinrent que Véturie, la mère de Coriolan, et Volumnie, son épouse, portant dans ses bras ses deux fils, aillent avec elles au camp ennemi. Coriolan les reconnut. Il courut vers sa mère pour l'embrasser mais elle le repoussa. Cela brisa sa volonté. Il quitta le territoire romain et mourut victime de la colère des Volsques. Les Romains élevèrent un temple et le consacrèrent aux femmes. Les Volsques et les Eques revinrent. Les Romains détruisirent les armées ennemies. L'année suivante, les Herniques furent vaincus mais contre les Volsques, les résultats furent mitigés. Les consuls suivants furent Spurius Cassius et Proculus Verginius. Le traité conclu avec les Herniques leur ôta les deux tiers de leur territoire. Cassius voulait en donner la moitié aux Latins et l'autre au peuple en y ajoutant quelques portions de territoire que des particuliers avaient usurpées. Patriciens et sénateurs tremblèrent en voyant un consul entretenir ainsi sa popularité. C’est alors que fut promulguée la loi agraire qui provoqua tant de crises. L'autre consul s'opposait au partage. Une partie du peuple lui-même s’inquiétait. Verginius disait que ces faveurs étaient empoisonnées. Cassius voulut qu'on rende au peuple l'argent reçu pour le blé de Sicile. Mais le peuple rejeta ce don en y voyant le prix d’un retour à la royauté. A peine sorti de charge, Cassius fut exécuté sous le consulat de Servius Cornelius et de Quintus Fabius.

La loi agraire, malgré la mort de son auteur, hantait les esprits. Le peuple fut provoqué par le consul Fabius qui, après une victoire, priva les soldats de butin. Les Fabius furent détestés pourtant, l’année suivante, les patriciens réussirent à faire nommer Caeso Fabius consul avec Lucius Aemilius. La colère du peuple augmenta. Une guerre suspendit les troubles civils. On marcha contre les Volsques et les Eques et, sous les ordres d'Aemilius, on remporta la victoire. La loi fut de nouveau mise en avant et les consuls dirigèrent la résistance. L'année suivante les patriciens donnèrent le consulat à Marcus Fabius, frère de Caeso, et à Lucius Valerius, détesté des plébéiens. Ces consulats de la famille Fabius furent une guerre continuelle contre le tribunat. Bientôt commencèrent une guerre contre les Véiens et une nouvelle rébellion des Volsques. Rome semblait avoir des forces surabondantes dont l'excès passait en luttes internes. Des prodiges annoncèrent de nouvelles menaces. Les devins, d’après les entrailles des victimes et le vol des oiseaux, déclarèrent que la colère des dieux était due à l'inexactitude apportée dans l'accomplissement des rites. La Vestale Oppia fut condamnée à mort pour violation du voeu de chasteté.

Quintus Fabius et Caius Julius furent ensuite consuls, puis Caeso Fabius et Spurius Furius. Les Eques assiégeaient Ortona, une ville latine, et les Véiens menaçaient Rome, le peuple en arrivait à refuser le service militaire. Le tribun Spurius Licinius crut pouvoir imposer la loi agraire en gênant les enrôlements mais ses collègues s’y opposèrent et les consuls purent faire les levées. Une armée, conduite par Fabius, marcha contre les Eques. Une autre, sous Furius, combattit les Véiens. Fabius eut plus de mal avec ses soldats qu'avec l'ennemi. Les patriciens purent maintenir le consulat dans la famille Fabius et nommèrent consul Marcus Fabius avec Gnaeus Manlius. Un nouveau tribun soutint la loi agraire en arrêtant les levées. Mais, en gagnant d'autres tribuns à la cause des patriciens, les consuls purent faire les levées. Ils marchèrent contre les Véiens. Les Etrusques pensaient que Rome était en train de s’effondrer. Les consuls, eux, craignaient leur armée et restaient au camp. Cela augmenta l’insolence des ennemis. La troupe, oubliant ses querelles, voulait le combat. Les consuls répondaient qu'il fallait attendre. Les soldats, convaincus de la lâcheté des chefs, réclamèrent la bataille à grands cris. Fabius, voyant le tumulte augmenter, dit qu’il ne donnerait pas le signal du combat avant que les soldats n'aient juré de revenir vainqueurs.

Alors un centurion jura par Jupiter et Mars et l'armée répéta ce serment. On donna alors le signal et tous allèrent au combat. Les Fabius se distinguèrent, voulant reconquérir l’affection du peuple. Quintus Fabius fut tué en tête des troupes. Le consul Marcus Fabius et Caeso Fabius entraînèrent alors les hommes. Une grave blessure obligea le consul Manlius à quitter la bataille. Ses soldats reculèrent mais Fabius les soutint avec des cavaliers. Les ennemis avaient envoyé leur réserve s'emparer du camp. Manlius fut tué en essayant de l’y enfermer mais Fabius la mit en déroute. La victoire fut attristée par ces morts. Aussi le consul refusa-t-il le triomphe. Fabius célébra les funérailles de son collègue et de son frère. Il répartit les soldats blessés entre les familles patriciennes. C’est aux Fabius qu'il en donna le plus et nulle part ils ne furent mieux traités. Alors on les aima. Caeso Fabius, de nouveau consul avec Titus Verginius, voulut réconcilier le peuple et les patriciens en proposant au sénat de distribuer au peuple les terres prises à l'ennemi. Les sénateurs refusèrent. Toutefois il n'y eut aucun trouble civil.

La guerre avec les Véiens se transforma en brigandage. Ils se retiraient à l’arrivée des Romains puis recommençaient leurs pillages quand ils s’éloignaient. On avait d'ailleurs à s'occuper d'autres guerres car les Eques et les Volsques avaient repris les armes et on prévoyait que les Sabins et les Etrusques allaient bientôt se mettre en mouvement. La famille Fabius proposa de s’occuper seule des Véiens pendant que l’armée combattrait ailleurs. Ils furent vivement remerciés. Trois cent six guerriers patriciens d'une même famille contre un peuple entier, le peuple était stupéfait. Les Fabius se fortifièrent sur les rives du Crémère. Lucius Aemilius et Gaius Servilius furent nommés consuls. Tant que la guerre se borna à ravager les campagnes, les Fabius purent protéger Rome. Les Véiens et des Etrusques attaquèrent le fort de Crémère. Le consul Aemilius arriva avec l’armée. Une seule charge de cavalerie obligea les Véiens à demander la paix. Mais à peine l'eurent-ils obtenue qu’ils s'en repentirent et la lutte reprit avec les Fabius. Les Véiens trouvèrent cela humiliant. Ils eurent l’idée d'une embuscade. Les succès augmentaient l'audace des Fabius. Ils rencontraient des troupeaux qu'on leur livrait volontairement. Au combat, les Véiens lâchaient pied immédiatement. Les Fabius se crurent invincibles. Un jour qu'ils rassemblaient du bétail, des troupes embusquées les encerclèrent. Tous les trois cent six furent tués. Le seul qui, trop jeune, était resté à Rome devint la souche des Fabius.

Gaius Horatius et Titus Menenius étaient alors consuls. Menenius échoua contre les Etrusques qui occupèrent le Janicule. Rome dut supporter un siège jusqu’au retour d’Horatius de chez les Volsques. Aulus Verginius et Spurius Servilius leur succédèrent. Comme les Fabius, ils foncèrent dans une embuscade et eurent beaucoup de peine à s'en sortir. Le lendemain, Servilius gravit témérairement une colline pour s'emparer du camp ennemi et eut la chance de voir arriver son collègue. Pris entre deux armées, les Etrusques furent battus. Avec la paix, le prix des vivres baissa car on fit venir des blés de Campanie. Mais les tribuns reprirent le projet de loi agraire. Deux d'entre eux assignèrent devant le peuple l’ancien consul Menenius qu’ils accusaient d'avoir perdu Crémère. Les efforts du sénat et la popularité de son père Agrippa le sauvèrent. Après avoir demandé une condamnation à mort, les tribuns le condamnèrent à une amende de deux mille as. Il en mourut de honte. L’année suivante, Spurius Servilius, à peine sorti de charge, fut assigné à son tour pour le combat imprudent qu'il avait livré près du Janicule. Il répondit en reprochant au peuple la condamnation de Titus Menenius dont le père avait créé ces magistratures et ces lois dont on abusait maintenant. Cette audace le sauva.

La guerre reprit contre les Véiens et les Sabins. Le consul Publius Valerius, avec des auxiliaires Latins et Herniques, attaqua le camp sabin devant Véies. Ce fut un carnage. Les Véiens volèrent au secours des Sabins mais la cavalerie les mit en déroute. Ainsi furent vaincus les deux plus puissants voisins de Rome. Pendant ce temps, les Volsques et les Eques ravageaient les frontières. Les Latins et les Herniques, d'eux-mêmes, prirent le camp ennemi où ils firent un riche butin. On envoya quand même le consul. Rome trouvait mauvais que des alliés prennent l'habitude de faire la guerre de leur propre initiative. L’année suivante, on accorda aux Véiens une trêve de quarante ans contre de l’argent et du blé. Mais les discordes internes reprirent. Les tribuns utilisaient toujours la loi agraire pour attiser la fureur populaire. Les consuls résistèrent mais, sitôt sortis de charge, ils furent accusés par un tribun. Mais, le jour du jugement, ce tribun fut trouvé mort chez lui. La foule se dispersa. Les plus effrayés étaient les tribuns et les patriciens ne cachaient pas leur joie. Aussitôt après parut l'édit qui ordonnait les enrôlements. Les tribuns ne s’y opposèrent pas et les consuls levèrent des troupes. Le peuple s'irrita plus du silence des tribuns que de la rigueur des consuls. La puissance tribunicienne était morte, la seule ressource qui restait au peuple était de se défendre lui-même.

Voleron, un ancien centurion qui refusait de servir comme soldat, fut arrêté. Il en appela aux tribuns mais aucun d'eux n'intervint. On préparait déjà le supplice quand Voleron repoussa le licteur et se fondit dans la foule. Les consuls comprirent que l’autorité n’était rien sans la force. Les licteurs furent maltraités, on brisa leurs faisceaux et les consuls furent repoussés dans la curie. Quand le tumulte s'apaisa, ils convoquèrent le sénat qui décida de ne pas lutter contre l'insurrection. Voleron devint un héros. L’année suivante, il fut tribun. Il proposa que les magistrats plébéiens soient élus dans les comices par tribus pour ôter aux patriciens la possibilité d'appeler au tribunat des hommes choisis pas eux. Cela entraîna des débats jusqu'à l'année suivante où Voleron fut de nouveau tribun. Le sénat, voyant que l’affaire finirait en épreuve de force, nomma consul Appius Claudius qui, comme son père, détestait le peuple. Il eut pour collègue Titus Quinctius. Le projet était appuyé par Voleron et par son collègue Laetorius dont l’audace était renforcée par sa gloire militaire. Voleron s'abstenait d’attaques contre les consuls mais Laetorius accusa Appius et toute sa famille. Il le traitait de bourreau qui torturait le peuple. Les consuls et les nobles s'assemblèrent pour s'opposer à la loi. Laetorius fit écarter ceux qui n'avaient pas droit de voter. Quelques nobles refusèrent d'obéir. Laetorius ordonna des arrestations. Appius s'y opposa en prétendant que le tribun n'avait de droit que sur les plébéiens.

Le tribun ordonna qu'on saisisse le consul, et le consul qu'on s'empare du tribun. Il y aurait eu des victimes si Quinctius n'avait fait partir Appius de force du forum. Il eut beaucoup de peine à calmer la foule. Les patriciens en eurent encore plus à calmer Appius. Le sénat renonça à l'idée de lutte violente et remercia Quinctius pour son attitude. Appius fut vaincu par les sénateurs, la loi passa et les comices, par tribus, nommèrent des tribuns. La guerre s'était rallumée pendant ce temps. Appius fut envoyé contre les Volsques et Quinctius contre les Eques. Appius maltraitait son armée mais l'esprit de résistance avait progressé. Tout se faisait avec une négligence proche de la révolte. Appius voulait accélérer, ils ralentissaient. En sa présence, ils murmuraient des imprécations. Il finit par ne plus avoir de rapports avec ses soldats. Il disait que les centurions avaient corrompu son armée et les appelait des Volerons. Les Volsques espéraient que l’armée opposerait à Appius la même résistance que contre Fabius en refusant de vaincre. Celle d'Appius voulut être vaincue. Elle prit la fuite et ne combattit que pour défendre le camp. Les soldats se réjouirent de leur défaite. Le consul ne fut pas ébranlé. Ses lieutenants lui conseillèrent de ne pas tenter l’épreuve de force. Alors il annonça le départ pour le lendemain. Au moment où l'armée sortait du camp, les Volsques attaquèrent. Chacun ne songea qu'à fuir. Quand le consul put réunir ses troupes, il alla camper hors du territoire ennemi. Les centurions qui avaient fui furent exécutés et le reste de l'armée fut décimé.

Dans l'autre armée, tout allait bien. Le sachant, les Eques laissèrent dévaster leur territoire. Le butin fut abandonné aux troupes et le consul y joignit des éloges appréciés. L'armée revint à Rome bien disposée envers les patriciens. L'année suivante fut encore plus orageuse à cause du jugement d'Appius Claudius. Il défendait les possesseurs de terres conquises avec autant d'arrogance que s'il avait été un troisième consul, il fut cité en justice. Jamais accusé plus détesté n'avait comparu devant le peuple. Il méprisait les tribuns, le peuple et son jugement. Ni les menaces de la foule, ni les prières du sénat ne purent le déterminer à adoucir son langage. Certains tremblaient autant devant Appius accusé que devant Appius consul. Sa fermeté frappa tellement les tribuns qu'ils laissèrent traîner l'affaire et il mourut de maladie. Un tribun essaya d’empêcher qu'on prononce son oraison funèbre mais le peuple ne voulut pas qu'un si grand homme soit privé de cet honneur. Il assista même en foule à ses funérailles.

La même année, le consul Valerius voulut prendre le camp des Eques mais fut arrêté par une tempête. Il se fit dès lors un scrupule religieux d'attaquer ceux qu'un dieu semblait protéger. L'autre consul, Aemilius, avait été envoyé contre les Sabins. L'issue du combat fut douteuse mais le consul s'estima victorieux et se retira sans terminer la guerre. L’année suivante, l'arrivée des Volsques arrêta les séditions. Le consul Numicius se dirigea vers Antium et son collègue Verginius contre les Eques. Ce dernier aurait été battu sans la vaillance des soldats qui se tirèrent du danger où les avait jetés sa négligence. L'armée envoyée contre les Volsques fut mieux conduite. Les Sabins exercèrent leurs ravages aux portes de Rome jusqu’à l'arrivée des deux armées consulaires. A la fin de l'année il y eut quelques instants d'une paix troublée par les luttes civiles. Le peuple ne voulut pas assister aux comices consulaires. Ce furent les patriciens qui nommèrent Titus Quinctius et Quintus Servilius.

Les Sabins étaient devant Rome quand on les repoussa. Ils partirent avec un immense butin. Servilius les poursuivit et ne laissa que des ruines. Contre les Volsques aussi on obtint d'éclatants succès. Un premier combat très meurtrier fut livré en rase campagne. Plusieurs jours s'écoulèrent pendant lesquels des renforts arrivèrent au camp ennemi. Quinctius ordonna aux soldats de rester sous leurs tentes et posta les Herniques devant le camp. La nuit fut si tranquille que les Romains purent se reposer. Quant aux Volsques, à la vue de cette infanterie qu'ils prenaient pour les Romains, ils restèrent sur leurs gardes. A l’aube, les Romains reposés s'avancèrent contres les Volsques harassés qui furent repoussés. Ils se réfugièrent dans les collines. On atteignait le sommet quand les ennemis s’enfuirent. Vainqueurs et vaincus pénétrèrent ensemble dans le camp dont les Romains s'emparèrent. Antium se rendit après un court siège.

 

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