Livre 3: 468-446

Quintus, le dernier des Fabius, et Titus Aemilius devinrent consuls. Ce dernier proposa de distribuer des terres au peuple et les partisans de la loi agraire se réveillèrent. Le conflit allait éclater avec les patriciens quand Fabius eut l'idée qu'Antium pouvait recevoir une colonie, ce qui éviterait de troubler la paix à Rome. Ceux qui voulaient des terres durent s'inscrire mais peu le firent. On préférait réclamer des terres à Rome plutôt que d'en avoir ailleurs. Les Eques demandèrent la paix puis la rompirent et la guerre se prolongea trois ans. Ils maltraitèrent même les envoyés de Fabius redevenu consul. Les deux armées consulaires repoussèrent les Eques mais ils continuèrent à ravager le territoire romain au point que les paysans affolés répandirent la panique en ville. Fabius rencontra les Eques chargés de butin. Peu en réchappèrent. Le recensement trouva cent vingt-quatre mille deux cent quatorze citoyens.

L'année suivante, les Eques s'allièrent aux Volsques d'Ecetra. Les Herniques prévinrent les Romains. Antium non plus n'était pas sûre. Ses chefs, convoqués devant le sénat, repartirent encore plus suspects. Le consul Spurius Furius marcha contre les Eques mais fut assiégé dans son camp. Averti par les Herniques, le sénat envoya Titus Quinctius avec un corps d'alliés tandis que le consul Postumius tentait de protéger le territoire romain. Furius fut blessé et son frère tué lors d'une sortie mais l'ennemi fut pris entre les troupes de Quinctius et celles du consul. Ceux qui repartaient chargés de butin furent attaqués par Postumius puis se heurtèrent à Quinctius qui rentrait à Rome. La blessure du consul et la mort de son frère furent vengées. A Rome, on vit des feux briller dans le ciel et d'autres prodiges. On ordonna trois jours de fête. Des actions de grâce furent adressées aux Latins et aux Herniques mais les Antiates, arrivés en retard, furent renvoyés avec mépris.

Les comices nommèrent consuls Lucius Aebutius et Publius Servilius. A leur entrée en charge, en août, une épidémie sévissait. Les Herniques durent résister seuls aux Eques et aux Volsques qui ravageaient leur pays. Rome même fut menacée alors qu'Aebutius était mort et Servilius malade. La Ville ne dut son salut qu'à la rapacité des ennemis qui se dirigèrent vers le riche pays de Tusculum et tombèrent sur les Herniques et les Latins. Le second consul mourut à son tour mais, soit hasard, soit intervention divine, l'épidémie recula. Après quelques interrègnes, Lucius Lucretius Tricipitinus et Titus Veturius Geminus furent élus. Veturius dispersa les Volsques, Lucretius anéantit les pillards et les deux consuls ensemble remportèrent une troisième victoire. La paix ramena les troubles internes. Un tribun qui trouvait l'autorité consulaire excessive demanda qu'une commission de citoyens définisse cette autorité. Le sénat rappela que les tribuns étaient là pour défendre les citoyens et non attaquer l'Etat. Lucretius rentra chargé de butin. Chacun reprit son bien et le reste fut vendu. Lucretius reçut le triomphe et Veturius l'ovation.

L'année suivante, la loi Terentilia présentée par les tribuns attaqua les nouveaux consuls, Publius Volumnius et Servius Sulpicius. Il y eut alors des prodiges. Le ciel s'enflamma, la terre trembla, une vache parla et il plut des bouts de viande. Les livres sibyllins annoncèrent que Rome était menacée par des étrangers et qu'il fallait s'abstenir de discordes. Les tribuns estimèrent que c'était une manoeuvre destinée à repousser la loi mais les Herniques annoncèrent que les Volsques et les Eques se réarmaient et que les Antiates se rassemblaient. Le sénat décréta une levée mais les tribuns crièrent que c'était une comédie jouée avec l'aide des Herniques. Ils empêchèrent l'enrôlement et les patriciens empêchèrent le vote de la loi. Un jeune patricien, Ceson, et ses amis se battaient contre les tribuns. Le tribun Aulus Verginius lança contre lui une accusation capitale. Obligé de céder, Céson dut se résoudre à faire intercéder pour lui d'anciens consuls qui attestèrent sa valeur militaire et affirmèrent qu'il pourrait jouer un grand rôle dans la ville. Son père, Cincinnatus, supplia qu'on lui laisse son fils. Mais une accusation grave pesait sur celui-ci. Un ancien tribun affirmait que son frère avait été tué par Céson lors d'une rixe. Verginius voulut le faire jeter aux fers. Finalement une caution de trente mille as fut fixée. Céson s'exila en Etrurie et son père dut vendre ses biens et se retirer dans une chaumière au-delà du Tibre.

Les jeunes patriciens poursuivirent leur lutte. Quand il n'était pas question de la loi, ils se montraient aimables avec le peuple. Mais quand les tribuns voulaient l'évoquer ils les chassaient violemment. On éluda donc toute l'année la question. Gaius Claudius et Publius Valerius Publicola devinrent consuls. On s'occupait du projet de loi, on redoutait la guerre contre les Volsques et les Eques, mais le danger vint de deux mille cinq cents esclaves révoltés qui s'emparèrent du Capitole. Les tribuns affirmèrent que c'était un coup monté et convoquèrent le peuple pour voter. Le dictateur tusculan, Lucius Mamilius, envoya son armée au secours aux Romains. Elle trouva le consul Valerius en train de former ses troupes. Il avait promis qu'on tiendrait l'assemblée du peuple sitôt le Capitole libéré. Le Capitole fut repris mais Valerius fut tué. Les prisonniers furent suppliciés, le Capitole fut purifié par des sacrifices et les Turculans reçurent des actions de grâce. La paix rétablie, les tribuns demandèrent au consul Claudius de laisser présenter la loi. Il voulut attendre le remplacement de son collègue. Les comices, grâce aux efforts des patriciens, nommèrent Lucius Quinctius Cincinnatus, le père de Céson.

Le peuple était consterné mais le nouveau consul s'employa autant à résister au projet qu'à contenir les patriciens. Il fallait d'abord combattre les Volsques et les Eques. Les tribuns menacèrent d'empêcher l'enrôlement. Cincinnatus rappela au peuple qu'il était toujours lié par le serment prononcé devant Valerius et le respect des dieux l'emporta. On disait qu'on voulait emmener les citoyens hors du territoire dans lequel s'appliquait l'autorité des Tribuns. Finalement on décida que les tribuns ne présenteraient pas leur loi et que l'armée resterait à Rome. On décida aussi qu'il serait dorénavant interdit de réélire les mêmes tribuns. C'est pourtant ce qui se passa. Alors les patriciens renommèrent Cincinnatus consul. Pour donner l'exemple, il refusa. Les consuls furent finalement Quintus Fabius Vibulanus et Lucius Cornelius Maluginensis. Les troubles recommencèrent. Les Volsques et les Eques étaient déjà à Antium. On obtint difficilement que les tribuns donnent la priorité à la guerre. Les Herniques et les Latins fournirent des hommes. Fabius s'empara du camp volsque mais les Eques s'emparèrent par surprise de la citadelle de Tusculum. Fabius se précipita au secours des Tusculans. La guerre dura quelques mois mais la famine aida à reprendre leur citadelle. Les Tusculans firent passer leurs ennemis sous le joug et le consul extermina les fuyards. Rome étant hors de danger, les deux consuls ravagèrent les territoires volsque et èque.

La guerre terminée, les tribuns voulurent faire adopter leur loi. Mais un nouveau sujet de discorde apparut. Les questeurs poursuivirent Volscius, l'ancien tribun qui avait accusé Ceson. Son frère était mort plusieurs mois après la bagarre évoquée et Ceson était à l'armée au moment des faits. L'affaire traîna jusqu'au retour des consuls. Après leur triomphe, il ne fut plus question de la loi. Les consuls s'opposèrent en vain à la réélection des mêmes tribuns. Les Eques demandèrent la paix. On dénombra cent dix-sept mille trois cent dix-neuf citoyens. Les nouveaux consuls, Lucius Minucius et Lucius Nautius retrouvèrent les mêmes problèmes mais les Eques de Gracchus Cloelius rompirent la paix en ravageant les terres de Labici et de Tusculum. Le chef èque se moqua des envoyés romains venus demander réparation en leur répondant de s'adresser au chêne voisin. Le sénat envoya un consul contre lui tandis que l'autre ravagerait les terres des Eques. Les tribuns voulurent s'opposer aux enrôlements mais les Sabins vinrent piller presque jusqu'à Rome et les citoyens prirent les armes. L'armée de Nautius alla dévaster le territoire sabin. Au contraire, Minucius se laissa enfermer dans son camp. Il eut le temps d'envoyer cinq cavaliers informer Rome.

On nomma Cincinnatus dictateur. On le trouva cultivant son champ. Ayant remis sa toge, il fut ramené à Rome, accueilli par une foule qui le trouvait trop sévère. Il nomma maître de la cavalerie Lucius Tarquitius, un patricien pauvre estimé à l'armée. Il proclama la suspension des affaires et ordonna à tous ceux qui pouvaient servir de se rendre en armes au Champ de Mars, avec cinq jours de vivres et douze pieux. Tous vinrent. Dans la nuit, ils arrivèrent sur l'Algide. Dans l'obscurité, le dictateur examina le camp ennemi, fit rassembler les bagages et déploya l'armée autour des ennemis. Il ordonna aux soldats de hurler puis de planter leurs pieux devant eux. A ces cris, le consul reprit le combat. Les Eques se battirent jusqu'au jour. A l'aube, ils étaient encerclés et cessèrent le combat. Le dictateur exigea qu'on lui livre Cloelius et qu'on lui cède la ville de Corbion. Les Eques passèrent sous le joug. Le butin fut partagé entre les soldats du dictateur, et non ceux du consul. Minucius dut démissionner et Cincinnnatus rentra à Rome en triomphateur. La citoyenneté romaine fut accordée au tusculan Lucius Mamilius. Les tribuns n'osèrent s'opposer au procès de Volscius qui fut exilé. Ensuite, Cincinatus abdiqua. Le consul Nautius battit les Sabins.

A la fin de l'année, les tribuns proposèrent de nouveau leur loi mais les patriciens prétextèrent l'absence de l'armée pour l'ajourner. Les mêmes tribuns furent réélus pour la cinquième fois. On vit des loups au Capitole qui dut être purifié. Quintus Minucius et Marcus Horatius Pulvillus devinrent consuls. Les tribuns et leur loi firent encore parler d'eux. La capture de la garnison de Corbion par les Eques fit diversion. Les Sabins marchaient sur Rome. Les tribuns acceptèrent alors l'enrôlement mais voulurent être désormais dix. L'urgence fit accepter leur demande. Minucius ne trouva pas les Sabins. Les Eques massacrèrent la garnison de Corbion et prirent Ortona. Horatius les écrasa dans l'Algide. Corbion fut détruite pour avoir trahi sa garnison. L'année suivante, les fortes pluies provoquèrent une pénurie de blé. Les tribuns ne renonçaient pas à leur loi mais il fallut de nouveau lutter contre les Eques. Le butin fut immense mais, pour renflouer le Trésor, tout fut vendu et cela excita le mécontentement de l'armée. Sitôt sortis de charge, les consuls furent cités en justice par les tribuns et condamnés à de fortes amendes. Cela ne rendit pas leurs successeurs plus favorables à la loi proposée par les tribuns. Ceux-ci renoncèrent alors à ce projet vieilli et proposèrent de choisir des commissaires pour rédiger des règlements dans l'intérêt de tous. Ce fut accepté.

On envoya une mission à Athènes pour étudier les lois de Solon et les institutions des autres cités grecques. Il n'y eut ni guerres ni troubles pendant deux ans puis la famine et la peste apparurent en même temps. Un consul en mourut. Le envoyés revinrent enfin de Grèce. En l'an trois cent deux de la fondation de Rome, on créa des décemvirs avec autorité sans appel, et aucun autre magistrat. On hésita à nommer des décemvirs plébéiens puis on céda aux patriciens. Le plus influent était Appius qui, ayant totalement changé de caractère, cherchait dorénavant les faveurs du peuple. Chacun rendait la justice tous les dix jours mais ils ne négligeaient pas la rédaction de nouvelles lois. Ils les présentèrent sur dix tables et convoquèrent l'assemblée du peuple. Les comices les adoptèrent. Le bruit se répandit alors qu'il existait deux autres tables. Le peuple, qui ne regrettait ni les consuls ni les tribuns, voulut la nomination de nouveaux décemvirs. Appius fit tout pour être élu malgré l'opposition de ses collègues. Il fit élire des médiocres et eut l'audace de se nommer lui-même. Il jeta alors le masque et s'imposa aux autres. Leur magistrature fut marquée par la terreur. Ils paraissaient ensemble précédés chacun par douze licteurs. Cela faisait cent-vingt hommes armés. Cela faisait également dix rois. Le peuple surtout était menacé alors que les patriciens étaient ménagés.

Le bruit courut que les décemvirs voulaient conserver le pouvoir sans réunir les comices. Le peuple espérait une réaction des patriciens. Les sénateurs détestaient autant les décemvirs que le peuple mais laissaient pourrir la situation. Deux tables de lois avaient été ajoutées aux dix premières et il n'y avait plus de raison de conserver cette magistrature exceptionnelle. Mais on ne parlait pas de réunir les comices. Les confiscations suivaient les supplices et l'appât du gain attirait de jeunes nobles. Théoriquement rendus à la vie privée, les décemvirs continuaient à se conduire en tyrans. On pleurait la liberté perdue et les Romains devenaient objet de risée de la part de leurs voisins. Les Sabins ravagèrent les terres de Rome sans rencontrer de résistance. Les Eques ravagèrent le territoire de Tusculum qui implora du secours. Les décemvirs voulurent consulter le sénat mais les sénateurs ne vinrent pas. Ils fallu les convoquer un par un et l'assemblée put se réunir. Le peuple craignait une trahison des nobles mais les sénateurs n'étaient pas soumis. Lucius Valerius Potitus menaça de s'adresser directement au peuple. Marcus Horatius Barbatus appela les décemvirs les dix Tarquins et leur rappela comment les familles Valerius et Horatius avaient contribué à expulser les rois. Ce qu'on n'avait pas supporté des rois, on ne le supporterait pas de simples citoyens. L'oncle d'Appius supplia son neveu de respecter la loi. Beaucoup de consulaires applaudirent.

Les décemvirs allaient perdre la partie quand le frère de l'un d'eux, Lucius Cornelius Maluginensis, rappela l'urgence de la guerre. Les sénateurs préféraient voir les décemvirs sortir volontairement de charge plutôt que de voir le peuple se soulever. Finalement le sénat ne s'opposa pas à la levée de troupes. Quintus Fabius fut envoyé contre les Sabins, Marcus Cornelius en Algide et Appius Claudius resta surveiller la Ville. Le tort des chefs était de s'être attiré la haine de leurs concitoyens. Les soldats se laissaient vaincre pour n'apporter aucune gloire aux décemvirs. Ils furent partout mis en déroute. L'affolement fut grand à Rome. A ces désastres, les décemvirs ajoutèrent deux crimes, dont l'un rappela le meurtre de Lucrèce. Lucius Siccius poussait les soldats à la révolte. Lors d'une mission il fut assassiné. On raconta qu'il était tombé dans une embuscade mais on apprit rapidement la vérité. De son côté, Appius Claudius tomba amoureux d'une jeune plébéienne. Lucius Verginius, le père de la fille, était centurion en Algide. Il avait promis sa fille à l'ancien tribun Lucius Icilius. Appius essaya de séduite la fille puis usa de violence. Marcus Claudius, un de ses clients, saisit la jeune fille en plein forum comme étant son esclave. La foule s'assembla. Claudius cita Virginie devant le tribunal d'Appius et raconta qu'elle était née chez lui mais qu'elle avait été présentée à Verginius comme étant son enfant. Appius fit prévenir Verginius mais autorisa Claudius à emmener Virginie.

L'oncle et le fiancé de la fille arrivèrent. La foule était émue et la révolte grondait. Appius laissa la jeune fille libre jusqu'au lendemain. Des messagers coururent à bride abattue prévenir son père. Appius écrivit à ses collègues pour qu'ils empêchent Verginius de quitter l'armée mais sa lettre arriva trop tard. Dès l'aube, le lendemain, il y avait foule au forum quand Verginius arriva avec sa fille, sollicitant l'appui des citoyens. Tous étaient bouleversés. Mais Appius attribua la fille comme esclave. Effrayée par les menaces du décemvir, la foule laissa faire. Alors Verginius tua sa propre fille en proclamant que c'était le seul moyen pour qu'elle reste libre et voua Appius aux dieux infernaux. L'émeute grondait, le peuple brisa même les faisceaux des licteurs et Appius dut se réfugier chez lui. Un de ses collègues convoqua la sénat et la foule s'apaisa. Les sénateurs voulurent éviter une révolte des soldats mais Verginius, accompagné de citoyens, tenant toujours son arme et couvert de sang, avait déjà raconté à l'armée ce qui s'était passé. Les soldats marchèrent sur Rome et occupèrent l'Aventin. La foule réclamait Lucius Valerius et Marcus Horatius. Verginius engagea les soldats à nommer tribuns dix d'entre eux. L'armée envoyée contre les Sabins rejoignit les autres sur l'Aventin et le peuple suivit les soldats. Finalement, les décemvirs s'en remirent au sénat en demandant seulement sa protection.

Alors Valerius et Horatius se rendirent auprès du peuple et furent reçus comme des libérateurs. Les décemvirs abdiquèrent officiellement. Une amnistie générale fut décidée. Les comices présidés par le grand pontife nommèrent les tribuns, dont Verginius. Un interroi nomma consuls Lucius Valerius et Marcus Horatius. Il fallut décider si les patriciens étaient soumis aux plébiscites. Les consuls firent passer une loi déclarant que les décisions du peuple liaient tous les citoyens, ce qui donnait une arme terrible aux tribuns. Une autre loi rétablit l'appel au peuple et il fut interdit de créer des magistratures sans appel. On rappela solennellement l'inviolabilité des tribuns. Une loi voua aux dieux infernaux tout agresseur de tribun, d'édile ou de juge. Laisser le peuple sans tribuns et créer une magistrature sans appel serait désormais un crime puni de mort. Tout cela déplaisait fort aux patriciens. Les tribuns pensèrent que le moment était venu de prendre l'offensive. Ils choisirent Verginius comme premier accusateur et Appius comme premier accusé. Il ne fut attaqué que pour avoir refusé la liberté provisoire à une personne libre. Comme on le saisissait, il en appela au peuple. Verginius répliqua qu'Appius était hors de toute loi et rappela la mort de sa fille. Les gens étaient impressionnés du traitement infligé à une homme si important mais il fut emprisonné.

Des députés latins et herniques vinrent féliciter le peuple romain du retour de la concorde. Ils annoncèrent également que les Eques et les Volsques préparaient de nouveau la guerre. Les Sabins revinrent à Horatius. Les Eques et les Volsques furent attribués à Valerius. La joie du peuple était telle qu'une foule de volontaires s'enrôla. Les nombreux vétérans rendirent cette armée redoutable. Avant de partir, les consuls firent exposer les lois des douze tables. Gaius Claudius, l'oncle d'Appius, qui s'était retiré à Régille pour fuir les décemvirs, revint à Rome malgré son grand âge pour défendre son neveu. Les gens étaient émus de ce dévouement mais Verginius réclamait vengeance pour sa fille. Alors Appius se suicida. Spurius Oppius, le plus odieux des autres décemvirs, se suicida également en prison. Les autres s'exilèrent et leurs biens furent confisqués. Le prétendu maître de Virginie échappa de peu à la mort et s'exila à Tibur. Les patriciens avaient peur mais le tribun Marcus Duilius annonça la fin des représailles.

Valerius, face aux Volsques et aux Eques, agit avec prudence. Las d'attendre, ils allèrent ravager les territoires voisins. Le consul passa alors à l'attaque et emporta le camp ennemi. Ce fut un carnage et le butin fut important. On accueillit à Rome cette nouvelle avec joie. Les Sabins défiaient les hommes d'Horatius qui acceptèrent le combat avec enthousiasme. La bataille opposa deux armées confiantes en elles-mêmes mais, finalement, les Romains culbutèrent les Sabins et prirent leur camp. Pour cette double victoire, le sénat décréta un jour de supplications en l'honneur des consuls et le peuple s'y rendit en foule. Les sénateurs, convoqués au Champ de Mars pour entendre le compte-rendu des opérations, se plaignirent qu'on veuille les intimider au milieu des troupes. Ils votèrent contre le triomphe. Icilius porta la question devant le peuple. Gaius Claudius proclamait qu'on voulait triompher du sénat et non des ennemis. Pour la première fois le triomphe fut décerné par le peuple et non par le sénat. Cette victoire poussa les tribuns à s'entendre pour leur réélection et pour celle des consuls. La présidence des comices échut à Marcus Duillius. Il déclara qu'il ne tiendrait pas compte des votes en faveur des tribuns sortants. Les consuls le soutinrent en refusant d'être réélus. On élut cinq tribuns mais les manoeuvres des sortants empêchèrent d'aller plus loin. Duillius, entouré de l'estime générale, chargea les cinq de compléter entre eux le collège des tribuns. Les nouveaux consuls furent Spurius Herminius et Titus Verginius Caelimontanus. Ils jouirent de la paix intérieure et extérieure.

L'année suivante il y eut des dissensions entre les tribuns et les jeunes nobles. Un décret d'enrôlement contre les Volsques et les Eques empêcha seul la sédition. Les consuls estimaient que la tranquillité intérieure était le gage de la paix extérieure. Mais il fallait toujours qu'un des deux ordres abuse de la modération de l'autre. Le peuple était calme, les jeunes patriciens se montrèrent injustes à son égard. Les tribuns intervinrent en faveur des plus faibles mais bientôt on cessa de les respecter. Les vieux sénateurs, tout en réprouvant, laissèrent faire. Les nouveaux consuls, Titus Quinctius Capitolinus et Agrippa Furius, trouvèrent une situation tendue. Les Eques et les Volsques reprirent les armes, persuadés que les levées n'auraient pas lieu. Ils ravagèrent le Latium sans résistance. Le consul Quinctius fit honte au peuple en lui rappelant tout ce qu'il avait obtenu et en l'accusant d'être plus courageux face aux patriciens que devant l'ennemi. Les intérêts privés nuisaient à la communauté. Ce discours fut accueilli par le peuple avec plus d'enthousiasme que ne l'aurait été celui d'un tribun. L'arrivée des ruraux ruinés indigna la ville. Les sénateurs félicitèrent Quinctius et prièrent les tribuns d'unir leurs efforts à ceux des consuls. Tous se présentèrent à l'enrôlement. Chaque cohorte élut ses centurions et eut deux sénateur à sa tête. Le camp fut établi près de celui de l'ennemi, vers Corbion. Grâce à d'audacieuses manoeuvres de la cavalerie, la victoire fut complète et le camp ennemi fut pris. L'armée revint à Rome chargée de butin.

Mais cette victoire fut ternie par un jugement du peuple romain au sujet des frontières de ses alliés. Les gens d'Aricie et d'Ardée se disputaient des terres. Ils prirent les Romains pour arbitres. Publius Scaptius, un plébéien âgé, proclama que le territoire en question faisait autrefois partie des terres de Corioles et était donc tombé dans le domaine du peuple romain à la prise de cette ville. Les consuls demandèrent au peuple de ne pas se comporter en juge qui profite de la situation. Les avantages qu'on en retirerait ne compenseraient pas le dépit des alliés. Mais la cupidité l'emporta et les tribus attribuèrent le territoire contesté à Rome. Les Aricins et les Ardéates en furent indignés. Les reste de l'année se passa dans le calme.

 

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