Livre 4: de 445 à 434 av.JC

L'année suivante, Marcus Genucius et Gaius Curiatius étant consuls, le tribun Gaius Canuleius proposa une loi sur les mariages entre patriciens et plébéiens. D’autres demandèrent qu’on puisse choisir des consuls plébéiens. Aussi les patriciens apprirent-ils avec joie que les Ardéates, les Véiens, les Volsques et les Eques s'agitaient. A ces nouvelles, volontairement exagérées, on ordonna des levées. Canuleius s'écria qu’on ne ferait rien avant d'avoir adopté les projets proposés. Les consuls trouvaient qu'on ne pouvait plus tolérer les excès du tribunat. Que donneraient ces mariages entre patriciens et plébéiens ? Les enfants ne sauraient plus à quel sang ils appartenaient. Et on demandait que le peuple puisse choisir les deux consuls parmi les patriciens ou les plébéiens. Des Canuleius et des Icilius pourraient être consuls ! Canuleius osait dire que si les patriciens n'acceptaient pas ses lois il empêcherait les levées. Un tel langage encourageait le bas peuple de Rome, mais aussi les Volsques, les Eques et les Véiens.

De son côté, Canuleius critiquait les patriciens qui jugeaient le peuple indigne de vivre avec eux. Les Romains avaient accordé le droit de cité, plus important que le mariage, à des ennemis vaincus. Quant à désigner des consuls de son choix, c’était un droit élémentaire. Les consuls avaient remplacé les rois. Numa Pompilius, qui n'était ni patricien ni romain, avait été appelé pour régner sur Rome. Lucius Tarquin, qui n’était même pas italien, avait été roi. Servius Tullius était fils d'une captive. Romulus lui-même avait admis le Sabin Titus Tatius à partager le trône. C'est en n'excluant personne que Rome s'était agrandie. La famille Claudia a été reçue parmi les citoyens, au rang des patriciens. On pourrait faire d’un étranger un patricien, et on ne pourrait faire un consul d’un Romain du peuple ! Jamais un plébéien n'avait obtenu le consulat mais il n’y avait pas de raison pour que ce soit définitif. Personne ne forçait les patriciens à des unions dont ils ne voulaient pas. Mais interdire officiellement les mariages entre patriciens et plébéiens, c'était un outrage pour le peuple. Il devait être permis au peuple de proposer une loi sans que les consuls organisent immédiatement des levées.

Le tribun ayant demandé pourquoi un plébéien ne pouvait être consul, il lui fut répondu que les décemvirs avaient interdit les mariages mixtes pour empêcher que les auspices ne soient troublés par des hommes d'une naissance incertaine. Cela provoqua l'indignation du peuple. Les patriciens consentirent finalement à la présentation de la loi sur les mariages, persuadés que les tribuns renonceraient à leur demande de consuls plébéiens et que le peuple accepterait l'enrôlement. Mais la victoire de Canuleius entraîna les autres tribuns et, malgré les bruits de guerre, ils empêchèrent toutes levées. Gaius Claudius excitait les consuls contre les tribuns mais Cincinnatus et Capitolinus s'opposaient à ce qu'on porte atteinte à des magistrats inviolables. Finalement les patriciens acceptèrent la création de tribuns militaires revêtus des pouvoirs consulaires et pris indifféremment parmi les patriciens et les plébéiens. Cet arrangement satisfit le peuple. Les comices où l'on devait élire trois de ces nouveaux tribuns furent convoqués. A cette nouvelle, tous ceux qui s'étaient fait remarquer, surtout les anciens tribuns du peuple, se mirent à parcourir le forum vêtus de la robe blanche des candidats. Les patriciens se tinrent d’abord à l'écart puis se mirent sur les rangs pour ne pas paraître renoncer à l'administration de la république. Le peuple, satisfait, choisit tous les tribuns parmi les patriciens. En l'an 310 de la fondation de Rome, les tribuns militaires remplacèrent donc pour la première fois les consuls. Trois mois plus tard, les augures les obligèrent à abdiquer à cause d'un vice dans leur élection.

Ardée se plaignit de l'injustice romaine en laissant entendre que seule la restitution du territoire perdu maintiendrait son alliance. Le sénat répondit qu'il ne pouvait casser un jugement populaire mais qu’il essayerait de réparer. Comme la République n'avait plus de magistrature suprême, les patriciens nommèrent un interroi qui, finalement, créa deux consuls. Ceux-ci renouvelèrent le traité avec les Ardéates. La paix régna au-dehors comme au-dedans. Le recensement n'avait pas eu lieu depuis longtemps, les consuls n'ayant pas le temps de s'en occuper. Ils dirent au sénat qu'il fallait des magistrats spéciaux. On les appela les censeurs. Ardée réclama un secours contre la guerre civile. Deux jeunes gens recherchaient une jeune plébéienne célèbre pour sa beauté. L'un, plébéien, était appuyé par les tuteurs de la fille. L'autre, noble, avait pour lui les patriciens. La querelle pénétra jusque dans la maison de la jeune fille, la mère étant pour le noble. L'affaire fut portée devant les juges. Les magistrats accordèrent à la mère le droit de conclure le mariage qu'elle désirait. Mais les tuteurs enlevèrent la jeune fille. Les nobles, furieux, marchèrent contre eux. Un combat s'engagea. Le peuple sortit en armes de la ville et s'établit sur une colline d'où il attaquait les propriétés des nobles. Ceux-ci appelèrent les Romains à leur secours. Le peuple souleva les Volsques qui, conduits par l'Eque Cluilius, mirent le siège devant la place.

Le consul Marcus Geganius et son armée allèrent camper un soir près des ennemis. De nuit, ils commencèrent les travaux si bien qu'au lever du soleil les Volsques étaient enfermés dans un retranchement. Leur chef déclara qu’il était prêt à repartir. On lui répondit que des vaincus n’avaient pas à dicter leurs conditions. Ils tentèrent de combattre mais, repoussés de toutes parts, ils durent passer sous le joug et se retirer couverts de honte. Les habitants de Tusculum tombèrent sur cette troupe désarmée et ce fut à peine s'il en échappa pour porter la nouvelle de ce désastre. Les Romains rétablirent la paix à Ardée en exécutant les auteurs des troubles. Ces services parurent aux Ardéates une réparation suffisante de l'injustice commise par Rome. Geganius rentra à Rome en triomphe. Le consul Quinctius égala la gloire de son collègue en maintenant la concorde en ville par son équité. Il obtint plus des tribuns par son ascendant que par la violence. Aussi, cette année, ne fut-il pas question de tribuns militaires. Les consuls suivants décidèrent que, les discordes ayant réduit la population d'Ardée, on y enverrait une colonie pour l'aider à se défendre contre les Volsques. Les colons seraient des Rutules. On leur partagerait la région contestée. C'est ainsi que les Ardéates recouvrèrent leur territoire.

La paix régna cette année et la suivante. On célébra les Jeux que les décemvirs avaient décidés lors de la retraite du peuple. Le tribun Poetelius ne put obtenir que les consuls proposent le partage des terres et, lorsqu’il demanda au sénat s’il y aurait des consuls ou des tribuns militaires, il fut décidé qu'on nommerait des consuls. Sa menace de s'opposer aux levées étaient risibles car les peuples voisins étaient en paix. L’année suivante fut désastreuse. Il n'y manqua que la guerre. Cela commença par la famine. Les patriciens accusèrent le peuple de paresse et les tribuns reprochèrent aux consuls leur négligence. Lucius Minucius fut nommé intendant des vivres et finit par adoucir la disette. On fit venir d'Étrurie un peu de blé mais fallut se rationner. On força les citoyens à déclarer leur blé et à vendre leurs surplus, on diminua la ration des esclaves et on livra au peuple les marchands de grains mais cela ne changea rien. Des gens se jetèrent dans le Tibre. Le riche chevaler Spurius Maelius acheta à ses frais du blé en Etrurie et le distribua au peuple. Il voulait devenir consul mais, voyant qu'il fallait arracher le consulat aux patriciens, il voulut être roi. Titus Quinctius Capitolinus et Agrippa Menenius Lanatus devinrent consuls et Lucius Minucius resta intendant des vivres. C'est lui qui découvrit ce qui se passait et avertit le sénat qu’on portait des armes chez Maelius.

Les sénateurs reprochèrent aux consuls précédents d’avoir accepté des distributions de grains d'un particulier et aux nouveaux d’avoir attendu que l'intendant des vivres révèle l’affaire. On nomma dictateur L. Quinctius Cincinnatus. Il choisit Gaius Servilius Ahala pour maître de cavalerie. Maelius comprit que c'était dirigé contre lui mais les citoyens qui ignoraient tout se demandaient pourquoi on avait confié la République à Quinctius qui était plus qu'octogénaire. Le dictateur envoya Servilius chercher Maelius qui se réfugia parmi ses complices. Un licteur l'arrêta. Délivré par les assistants, il s'enfuit en implorant l’aide de la foule. Il disait que les patriciens l'opprimaient parce qu'il avait fait du bien au peuple. A ces cris, Servilius lui trancha la tête. Le dictateur le félicita. Comme les gens commençaient à s'émouvoir, Quinctius convoqua une assemblée et déclara que Maelius avait été légitimement mis à mort puisqu’il avait refusé de se rendre à la convocation du maître de la cavalerie. Qu'un marchand de blé ait cru acheter la royauté pour deux livres de farine était pire qu'un crime. Cincinnatus fit vendre ses biens et verser leur prix au trésor. Lucius Minucius distribua son blé au peuple à un as le boisseau et reçut l’hommage d’un bœuf. Trois tribuns qui déploraient la mort de Maelius parvinrent à obtenir la nomination de tribuns militaires et non de consuls, pensant qu'en se déclarant les vengeurs de Maelius des plébéiens pourraient obtenir certaines des six places prévues. Mais le peuple ne nomma que trois tribuns avec pouvoir consulaire, dont Lucius Quinctius, fils de Cincinnatus.

Fidènes, colonie romaine, fit défection pour s'attacher au Lar Tolumnius, roi de Véies. Les Fidénates massacrèrent même les hommes que Rome avait envoyés pour s'informer des motifs de ce changement. Comme la guerre se préparait, le peuple et ses tribuns restèrent tranquilles. Le pouvoir fut confié à des consuls. Mamercus Aemilius fut nommé dictateur et choisit pour maître de la cavalerie Lucius Quinctius Cincinnatus le jeune. Les ennemis n'osèrent se montrer en plaine qu'après leur jonction avec l'armée des Falisques. Enfin, les Etrusques établirent leur camp deva Fidènes et le dictateur installa le sien non loin. Le lendemain il offrit la bataille. Chez les ennemis, les avis étaient partagés. Les Falisques voulaient le combat. Véiens et Fidénates préféraient attendre. Tolumnius partageait leur opinion mais, pour plaire aux Falisques, il annonça la bataille pour le lendemain. Les deux armées s'avancèrent. Les Véiens envoyèrent des troupes contourner la montagne pour attaquer le camp romain au milieu de l'action. On resta un moment sans bouger. Les Etrusques ne voulaient combattre que s'ils y étaient forcés et le dictateur attendait le signal des augures. Dès qu'il le vit, il lança ses cavaliers. L'infanterie suivit. Les légions étrusques ne purent soutenir le choc. Mais le roi résistait. Un tribun des soldats, Aulus Cornelius Cossus, homme d'une force et d'un courage remarquables, fonça sur lui et le tua. Il lui coupa la tête et, la portant au bout de sa lance, il dispersa les ennemis par la terreur que leur inspira cette vue.

La plupart des Fidénates s'enfuirent dans les montagnes. On fit sur le territoire de Véies un butin immense. Après une victoire aussi complète, le dictateur rentra en triomphateur. Cossus portait les dépouilles du roi. Il les consacra dans le temple de Jupiter Férétrien auprès de celles que Romulus y avaient déposées et qui étaient les seules jusqu'alors qui aient mérité le titre d'opimes. Les nouveaux consuls razzièrent le territoire des Véiens et des Falisques mais ils ne purent assiéger les villes à cause de la peste. A Rome, le tribun Spurius Maelius chercha à exciter des troubles. Selon lui, le crime de Minucius était d'avoir faussement accusé Maelius et celui de Servilius d'avoir mis à mort un citoyen sans procès. Mais son nom lui ôta tout crédit. On était plus occupé de la peste, dont les progrès inquiétaient chaque jour davantage, et des prodiges dont le plus effrayant était des tremblements de terre. Les Fidénates et les Véiens vinrent camper près de Rome. On nomma dictateur Aulus Servilius qui prit pour maître de la cavalerie Postumus Aebutius Helua. Le dictateur battit les Etrusques, les rejeta dans Fidènes et les y assiégea. Il était impossible de prendre la ville d'assaut et les assiégés disposaient d’importantes provisions. Le dictateur fit ouvrir du côté opposé à son camp une galerie en direction de la citadelle. Lui-même fit diversion. Enfin, la montagne fut percée. Le cri de guerre poussé au-dessus de leurs têtes annonça aux Etrusques la prise de leur ville. Véies redouta le même sort et les Falisques craignirent qu'on n'ait pas oublié leur agression.

Ces deux cités convoquèrent une assemblée de toute l'Etrurie. Craignant un soulèvement général, le sénat nomma dictateur Mamercus Aemilius. L’affaire se termina simplement. Des marchands annoncèrent que les Etrusques avaient refusé de porter secours aux Véiens. Alors le dictateur, voulant servir à quelque chose, résolut d'abaisser le pouvoir des censeurs. A l’assemblée du peuple, il expliqua qu'il lui restait à veiller sur la liberté de Rome. Cette liberté résidait dans la courte durée des magistratures. Tandis que les autres magistratures étaient annuelles, la censure était quinquennale. Il proposait de la réduire à un an et demi. La loi passa avec l'approbation unanime du peuple. Ensuite Aemilius abdiqua la dictature. Les censeurs, vexés, le taxèrent d'un impôt huit fois plus lourd qu'il ne le devait. Il supporta cette vengeance avec sérénité. La colère du peuple fut si vive que seule l’autorité de Mamercus leur épargna des violences. Les tribuns du peuple obtinrent qu'on nommerait des tribuns militaires avec puissance consulaire. Mais tous les tribuns militaires furent patriciens. La peste fit taire les dissensions. On voua, pour la guérison publique, un temple à Apollon. Pour apaiser les dieux, on eut recours à toutes les pratiques traditionnelles. Pourtant beaucoup d'hommes et de bétail moururent. Craignant la famine, on envoya chercher du blé jusqu'en Sicile.

L’année suivante, on élut encore des tribuns militaires patriciens. La peste diminua et on n'eut pas à craindre la disette. On parla de guerre chez les Eques, les Volsques et en Etrurie. Mais toute décision fut ajournée à un an. Les principaux plébéiens se réunirent avec les tribuns du peuple. Ils se plaignaient de l'attitude du peuple qui faisait que pas un plébéien n'avait encore été nommé tribun militaire. Le sénat décida qu'on nommerait des consuls. La cause en fut une invasion des Eques et des Volsques annoncée par les Latins et les Herniques. Deux armées s'étaient réunies sur l'Algide. Le sénat voulut nommer un dictateur. Ce qui faisait peur, c'était la mésentente des consuls. Divisés sur tout, ils s'accordèrent pour ne pas nommer un dictateur. Enfin, comme on apprenait des nouvelles toujours plus alarmantes, les tribuns du peuple déclarèrent que si les consuls résistaient à la décision du sénat, ils les feraient jeter en prison. Ils préférèrent céder. On nomma dictateur Aulus Postumius Tubertus qui choisit pour maître de la cavalerie Lucius Julius. Des troupes furent demandées aux Herniques et aux Latins. Le dictateur laissa en ville le consul Gnaeus Julius et Lucius Julius qu'il chargea de pourvoir aux besoins de la guerre. Il confia la moitié de l'armée au consul Quinctius et ils sortirent de la ville. Le dictateur s’installa à Tusculum et le consul à Lanuvium. Les quatre camps entouraient une plaine qui permettait de ranger toutes les troupes en bataille.

L'ennemi attaqua de nuit le camp du consul qui résista vaillamment. Du camp du dictateur, un renfort fut envoyé à son secours et le dictateur lui-même, à la tête d'une partie des troupes, gagna un point éloigné d'où il pouvait assaillir l'ennemi par derrière. Il chargea un de ses lieutenants de la garde du camp et donna à un autre le commandement de la cavalerie avec ordre de ne pas bouger avant le jour. Il envoya des cohortes d'élite s'emparer du camp ennemi d'où le plus grand nombre de troupes étaient sorties. Dès que le dictateur vit le signal convenu, il fit répandre partout la nouvelle. Le jour commençait à paraître. Fabius lança sa cavalerie et le consul fit une sortie sur les ennemis déconcertés. De l'autre côté, le dictateur attaqua leur réserve. Les rebelles auraient tous péri si le Volsque Vettius Messius n’avait ramené un peu de lucidité dans leur troupe. Ses camarades chargèrent. Ni le dictateur blessé à l'épaule, ni Fabius dont la cuisse avait été clouée sur son cheval, ni le consul qui avait perdu un bras, ne s'éloignèrent de la mêlée. La charge de Messius l'emporta avec sa troupe jusqu'au camp volsque dont on commença aussitôt l'attaque. Le consul jeta un étendard parmi les ennemis pour exciter ses soldats et leurs efforts pour le reprendre furent déterminants. Le dictateur, de son côté, après avoir renversé les palissades, était entré dans le camp. Alors les ennemis se rendirent. Tous furent vendus, à l'exception des sénateurs. Le butin que les Latins et les Herniques reconnurent pour leur appartenir, leur fut rendu. Le dictateur vendit le reste aux enchères. Après avoir laissé le commandement au consul, il rentra en triomphe à Rome, et abdiqua.

Cette année-là, les Carthaginois, appelés en Sicile par un des partis qui troublaient ce pays, y firent pour la première fois passer une armée. A Rome, les tribuns du peuple essayèrent de faire nommer des tribuns militaires avec puissance consulaire mais échouèrent. On créa des consuls. Les Eques obtinrent une trêve de huit ans. Chez les Volsques, les partisans de la guerre et ceux de la paix se déchiraient. Rome fut tranquille de tous côtés. Deux ans plus tard, les Véiens firent des incursions sur le territoire romain. Le bruit courut que quelques jeunes gens de Fidènes avaient pris part à ces dévastations. Plusieurs d'entre eux furent relégués à Ostie pour n'avoir pu justifier leur absence de Fidènes cette époque. On les remplaça par des colons auxquels on donna les terres de ceux qui étaient morts à la guerre. On souffrit de la sécheresse. Les troupeaux mouraient de soif. D'autres furent victimes de la gale qui attaqua ensuite les hommes. La ville fut infectée. Des superstitions étrangères envahirent les esprits. Ceux qui spéculaient sur la crédulité humaine introduisaient de nouveaux modes de sacrifices. Finalement les notables rougirent de voir des pratiques inconnues employées pour apaiser le courroux des dieux. On chargea les édiles de veiller à ce que les dieux de Rome soient seuls adorés. La vengeance contre Véies fut reportée à l'année suivante. Des scrupules religieux empêchèrent de déclarer la guerre immédiatement. On décida d'envoyer les féciaux demander réparation mais ils ne furent pas écoutés. Les consuls en référèrent au peuple. Tous voulurent la guerre.

Le peuple obtint qu'on ne nommerait pas de consuls l'année suivante. On créa quatre tribuns militaires avec la puissance consulaire. L’un fut chargé de Rome. Les trois autres partirent pour Véies et l'on vit combien la division du pouvoir est dangereuse à la guerre. Chacun suivait ses projets personnels sans s'inquiéter de ceux des autres. Les Véiens en profitèrent pour tomber sur les légions qui rentrèrent au camp en désordre. Il fallait un dictateur mais il ne pouvait être nommé que par un consul. Les augures levèrent ces scrupules. Mamercus Aemilius fut nommé dictateur et choisit Aulus Cornelius pour maître de la cavalerie. Les Véiens, enhardis par leur succès, envoyèrent des députes à tous les peuples d'Etrurie. Aucune cité n’accepta d’entrer dans leur alliance, mais l'espoir du butin amena des volontaires. Seule Fidènes reprit les armes et les colons furent massacrés. Les Véiens passèrent le Tibre. La peur était grande à Rome. On plaça le camp devant la porte Colline et Rome prit l'aspect d'une ville assiégée. Le dictateur rassura le peuple en rappelant qu’il avait déjà battu les Véiens, les Fidènates et les Falisques. Son maître de la cavalerie était celui qui avait tué le Lar Tolumnius. Il établit son camp près de Fidènes, entre les montagnes et le Tibre. Il ordonna à un lieutenant de s'établir sur une éminence derrière les ennemis.

Le lendemain, les Etrusques s'avancèrent en bataille. Le dictateur conduisit l'infanterie en recommandant au maître de la cavalerie de ne pas charger sans son ordre. Les légions se heurtaient avec fureur quand les portes de Fidènes s'ouvrirent. Une foule portant des torches enflammées se précipita sur les Romains qui furent effrayés par l'étrangeté de ce combat. Alors le dictateur donna le signal à la cavalerie, rappela les troupes des hauteurs et rétablit le combat. Il accusa les soldats de se laisser chasser par la fumée comme un essaim d'abeilles et les fit repartir de l’avant. Le maître de la cavalerie imagina une tactique nouvelle. Il donna l'ordre d'ôter aux chevaux leur mors et s'élança à travers les flammes. Les autres le suivirent, renversant tout sur leur passage. Pris entre deux armées, les Etrusques ne pouvaient ni regagner leur camp, ni fuir dans la montagne. Les Véiens gagnèrent en désordre les bords du Tibre. Les uns furent massacrés, les autres se noyèrent. A peine si quelques-uns purent gagner l'autre rive. Les Fidénates coururent vers leur ville et les Romains les poursuivirent. Ils y entrèrent ensemble. Ce fut un carnage. Les Fidénates se rendirent et la ville fut livrée au pillage. Chaque Romain reçut un prisonnier. Le reste fut vendu. Le dictateur rentra en triomphe à Rome. Après seize jours d'exercice, il abdiqua en pleine paix.

L'année suivante eut des tribuns militaires. On accorda aux Véiens une trêve de vingt ans et aux Eques une de trois. Le calme ne fut troublé par aucune discorde. L'année suivante, également calme, fut marquée par les magnifiques Jeux voués à l'occasion de la guerre et par la foule d'étrangers qui furent bien accueillis. Les tribuns reprochèrent à la foule de se maintenir elle-même dans la servitude en n’élisant pas de tribuns militaires plébéiens. On avait obtenu cette possibilité après une lutte acharnée. Des hommes qui s'étaient distingués dans l'administration et dans les armes avaient recherché cet honneur puis s'étaient découragés. Cela poussa quelques plébéiens à se porter candidats et chacun d'eux annonça ses projets. On parlait de partage des terres, de fondation de colonies, d’impôt sur les propriétaires-fermiers pour la solde des troupes. Mais les tribuns militaires profitèrent d’un moment où la ville était presque déserte pour assembler les sénateurs et décider, en l'absence des tribuns du peuple, qu'on tiendrait des comices consulaires. On créa donc deux consuls. Cette année-là, les Samnites prirent Volturnum, une ville étrusque qui s’appela désormais Capoue, du nom de Capys, leur chef. Les Etrusques, fatigués de la guerre, les avaient admis à partager la ville et les terres avec eux. Un jour de fête, les habitants endormis furent égorgés par les nouveaux arrivants. Les Latins et les Herniques annonçaient que les Volsques s'étaient minutieusement préparés à la guerre. Pourtant, le consul Sempronius, chargé de ce commandement, se montra négligent. Au premier combat engagé sans précaution, les Volsques refoulèrent les Romains.

Les troupes allaient fuir quand Sextus Tempanius, un décurion de cavalerie, ordonna aux cavaliers de mettre pied à terre. Derrière lui, ils s'ouvrirent un chemin et s'élancèrent partout où ils voyaient leurs camarades en difficulté. Le combat se rétablit mais cette infanterie improvisée, emportée par son ardeur, fut séparée du reste de l'armée. Tempanius et ses cavaliers s'emparèrent d'une éminence où, formés en cercle, ils se défendirent. La nuit sépara les deux partis sans qu'aucun d'eux puisse s'attribuer la victoire. Les deux armées se supposant vaincues laissèrent leurs blessés et leurs bagages et se retirèrent sur les montagnes. Quand les soldats qui cernaient Tempanius apprirent que le camp était abandonné, ils s'imaginèrent que les leurs avaient été vaincus et s'enfuirent. Tempanius demeura sur place jusqu'au jour puis, ayant fait une reconnaissance, il rappela sa troupe et retourna au camp romain qu'il trouva abandonné. Alors, avec les blessés qui pouvaient le suivre, il rentra à Rome. Déjà s'y était répandue la nouvelle d'une défaite et on pleurait le sacrifice des cavaliers. Le consul Fabius avait pris position en avant des portes. Quand on vit les cavaliers, la crainte fit place à la joie. Les mères et les épouses, oubliant la bienséance, s'élançaient devant la cohorte pour embrasser les leurs.

Les tribuns du peuple virent dans cette affaire une occasion de ranimer les anciennes rancunes. Ils montrèrent la république trahie à Véies puis devant les Volsques par ses chefs. Un des tribuns demanda à Tempanius si Sempronius avait rempli tous les devoirs d'un bon consul. Tempanius répondit qu'il ne lui appartenait pas de juger son chef. Il avait seulement vu le consul combattre aux premiers rangs sous les traits des ennemis. On le laissa partir en le félicitant pour sa bravoure. On envoya des chariots recueillir l'armée épuisée par le combat et une marche de nuit. Le consul chercha moins à se disculper qu'à reporter sur Tempanius la gloire qu'il méritait. Les citoyens étaient désolés de cette malheureuse affaire. Traduit en jugement, Marcus Postumius, qui avait été tribun consulaire à Véies, fut condamné à une amende de dix mille livres. Titus Quinctius, son collègue, qui avait eu quelques succès, rejeta toute la faute sur son collègue déjà condamné et fut absous. Il était protégé par la mémoire de son père Cincinnatus et par le respect que l'on avait pour le vieux Quinctius Capitolinus. Le sénat, voyant le titre de consul compromis, fit créer des tribuns militaires avec puissance consulaire. Un tribun du peuple voulut faire juger l'ancien consul Sempronius mais ses collègues le prièrent de ne pas persécuter un général à qui on n'avait à reprocher que sa malchance. Ce mouvement généreux plut au peuple et aux sénateurs. L'année suivante, le consul Fabius ne fit rien de mémorable. A peine les Eques s'étaient-ils montrés en bataille qu'ils furent mis en fuite. Aussi ne lui accorda-t-on que l'ovation.

Des discordes apparurent entre le peuple et le sénat au sujet des questeurs dont on voulait doubler le nombre. Cela avait été demandé par les consuls mais les tribuns du peuple voulurent qu'une partie des questeurs soient pris dans le peuple. Les consuls et les sénateurs abandonnèrent leur projet. Le sénat aurait préféré nommer des consuls mais, l’opposition des tribuns rendant toute décision impossible, à la fin de ce consulat le pouvoir revint à un interroi. La plus grande partie de l'année se passa en discussions entre les tribuns du peuple et les interrois. A la fin Lucius Papirius Mugillanus, élu interroi, attaquant à la fois sénateurs et tribuns du peuple, proclama que si la république était encore debout on le devait à la trêve avec les Véiens et aux indécisions des Eques. Il fallait que tous abandonnent une partie de leurs droits et travaillent à ramener la concorde. On créa tribuns avec puissance de consuls quatre patriciens. Puis on élut les questeurs. Là encore les patriciens furent préférés. Les tribuns du peuple crièrent à la fraude et tournèrent leur fureur contre Gaius Sempronius. Se souvenant des désastres éprouvés contre les Volsques, ils le citèrent en justice. Puis ils présentèrent au sénat une motion sur le partage des terres que Sempronius avait toujours combattue. Il préféra nuire à sa cause que de manquer à la république. Il plaida lui-même sa cause et fut condamné à une amende de quinze mille as. La même année, la vestale Postumia fut accusée à tort d'avoir violé son voeu à cause d'une certaine recherche dans sa parure et d'un esprit trop libre. On finit par l'absoudre mais le pontife suprême lui ordonna d'avoir une mise plus modeste.

La même année, les Campaniens prirent Cumes aux Grecs. L'année suivante, il y eut encore des tribuns militaires. Cette année-là, des esclaves conjurés voulurent incendier la ville et envahir le Capitole. Sur une dénonciation, les coupables furent arrêtés et punis. On donna aux délateurs dix mille livres et la liberté. Peu après les Eques recommencèrent des préparatifs de guerre et les Labicans voulurent se joindre à eux. Les Eques avaient habitué Rome à ce retour annuel des hostilités. Des députés envoyés aux Labicans rapportèrent des réponses équivoques. Les Tusculans furent chargés de les surveiller. L'année suivante, les tribuns militaires étaient à peine entrés en fonctions qu'ils reçurent une députation de Tusculum qui annonçait que les Labicans avaient pris les armes. Aussitôt la guerre leur fut déclarée. Mais un différend s'éleva entre tribuns, chacun s'estimant meilleur chef de guerre et dédaignant le gouvernement de la ville. On leva une armée. Les deux tribuns la conduisirent à la guerre mais leur querelle se raviva à l'armée. Ils étaient toujours d'avis contraire et chacun voulait imposer ses plans. Ils décidèrent de commander alternativement chacun un jour. Quand on sut cela à Rome, Quintus Servilius, inquiet, poussa son fils à enrôler des soldats et à préparer des armes. Les troupes de Lucius Sergius, qui commandait ce jour-là et s'était engagé dans une position dangereuse, furent malmenées par l'ennemi et il y eut beaucoup de victimes. Le lendemain, on abandonna le camp. Les chefs et ce qui restait de soldats valides gagnèrent Tusculum. Les autres annoncèrent la déroute à Rome.

On avait heureusement prévu ce triste événement et les renforts étaient prêts. En outre, on apprit que l'armée était à Tusculum et que l'ennemi n'avait pas bougé son camp. On désigna comme dictateur Quintus Servilius Priscus, le seul qui avait prévu cet échec. Dès le premier combat il lança sa cavalerie qui porta le désordre chez l'ennemi puis fit avancer les légions. Il tua même un porte-enseigne qui hésitait. Les Eques s’enfuirent. Leur camp fut pris. Le dictateur accorda le pillage aux soldats. Les Labicans et une grande partie des Eques se réfugièrent à Labicum. Le lendemain l'armée s’en empara et le dictateur abdiqua huit jours après sa nomination. Aussitôt le sénat décréta qu'on enverrait une colonie à Labicum. Mille cinq cents colons envoyés de Rome reçurent chacun deux arpents. On nomma quatre tribuns militaires et il y en eut encore l'année suivante. Durant ces deux années, tout fut tranquille au-dehors, mais il y eut des troubles à propos des lois agraires. Les tribuns du peuple proposaient la répartition égale et par tête des terres prises à l'ennemi. Les biens des nobles auraient été déclarés biens de l'Etat car la ville ne possédait pas un coin de terre qui n'ait été conquis par les armes et le peuple n'avait que ce qui lui avait été vendu ou assigné par la république. Les tribuns militaires ne voyaient pas comment sortir de l'impasse quand Appius Claudius, petit-fils du décemvir, proposa ce qu’il appelait une vieille recette de famille. Son grand-père avait enseigné aux sénateurs à semer la discorde entre les tribuns. On gagna six tribuns qui s'opposèrent aux autres. Les auteurs du projet accusèrent leurs collègues de traîtrise mais retirèrent leur proposition.

L'année suivante, sous l’autorité de nouveaux tribuns militaires avec puissance de consuls, la guerre contre Véies fut empêchée par une inondation du Tibre. Les Eques refusèrent leur secours aux Bolans qui avaient attaqué la nouvelle colonie de Labicum et qui perdirent ainsi leur ville et leur territoire. La demande d’un tribun du peuple d'envoyer une colonie à Bola échoua par l'opposition de ses collègues. Les Eques reprirent Bola. Rome avait encore des tribuns militaires. Marcus Postumius Regillensis fut chargé de la guerre et reprit la ville. Il avait promis le butin aux soldats mais viola sa promesse. Il augmenta encore le mécontentement en tenant des propos incohérents qui indignèrent les soldats. Un questeur, pensant réprimer la sédition par la force, envoya le licteur contre un soldat qui criait. Une pierre atteignit le questeur et celui qui l'avait blessé ajouta qu’il avait reçu ce que le général avait promis aux soldats. Postumius acheva d'exaspérer les esprits par sa sévérité. Il ordonna des exécutions mais les soldats s'attroupèrent en protestant. Furieux, il se lança sur eux et fut lapidé par son armée. Lorsque la nouvelle de ce crime arriva à Rome, les tribuns militaires demandèrent une enquête mais les tribuns du peuple s'y opposèrent. Les patriciens, craignant que le peuple, par peur des poursuites, n’élise tribuns militaires que des plébéiens, voulurent faire nommer des consuls. Comme les tribuns du peuple s'y opposaient, il y eut un interrègne. L’interroi nomma deux consuls. Ceux-ci, avec modération, mirent fin à cette affaire par le supplice de quelques soldats. Il aurait été habile de proposer le partage du territoire de Bola, affaiblissant ainsi le désir d'une loi agraire qui devait chasser les patriciens des terres publiques usurpées.

Le consul Furius conduisit les légions contre les Volsques qui avaient attaqué les Herniques et prit Ferentinum. Le butin fut médiocre, les Volsques avaient tout emporté. Un tribun du peuple agita encore la loi agraire mais une épidémie en détourna les citoyens. La maladie toucha beaucoup de monde mais fit peu de victimes. Mais l’agriculture fut négligée et, l’année suivante, il y eut une disette. Il fallut acheter du blé chez les peuples voisins. Les Samnites refusèrent mais, grâce à l'Etrurie et à la Sicile, d'immenses convois arrivèrent à Rome. Ces craintes éloignées, reparurent la discorde et la guerre. Sous les consuls suivants, les Eques et des volontaires volsques entrèrent en guerre. Le consul Valerius voulut faire une levée. Alors que Marcus Menenius, tribun du peuple, s'y opposait, on annonça que la citadelle de Carventum était au pouvoir des ennemis. Les consuls prirent à témoin les dieux et les hommes que ce désastre retomberait sur la tête de Menenius. Celui-ci répliqua que si les usurpateurs du bien public consentaient à s'en départir, il ne retarderait plus la levée. Les autres tribuns se désolidarisèrent de leur collègue, le consul fit arrêter quelques mutins et l'armée reprit Carventum. Le consul vendit le butin et en versa le prix au trésor, proclamant que l'armée aurait part quand elle ne se refuserait plus au service. La haine que le peuple portait au consul s'accrut. Aussi, lorsqu'il fit son entrée en ville avec les honneurs de l'ovation, il fut accueilli par des chants grossiers alors qu’on célébrait les louanges du tribun Menenius.

Le sénat craignit que Menenius ne soit nommé tribun militaire. On nomma donc des consuls. Le peuple se vengea en choisissant pour la première fois des questeurs plébéiens. C'était un chemin ouvert au consulat et aux triomphes. Les patriciens prévoyaient que toutes les élections où le peuple avait libre suffrage auraient le même résultat et demandaient les comices consulaires qui étaient fermés au peuple. Les plébéiens, au contraire, voulaient des tribuns militaires en disant que le peuple devait avoir sa part des honneurs. Une circonstance servit les tribuns. Les Volsques et les Eques pillaient le territoire des Latins et des Herniques. Les tribuns s'opposèrent à une levée. Des courriers annoncèrent que Carventum était tombée. Cela donna de nouvelles forces aux tribuns qui obtinrent l’élection de tribuns militaires. Alors on procéda aux levées. Après plusieurs assauts infructueux contre la citadelle de Carventum, l'armée dévasta les terres des Eques et des Volsques. A Rome, contre l'attente générale, on nomma tribuns militaires avec puissance de consuls trois patriciens. Peu après, le bruit courut que les Volsques et les Eques, enhardis par la prise de Carventum, avaient rassemblé toutes leurs forces et que les Antiates étaient à la tête du mouvement. Dès qu'on sut cela à Rome, le sénat ordonna la nomination d'un dictateur.

Cette décision vexa deux des tribuns militaires mais Ahala Servilius, lui aussi tribun militaire, accepta de nommer dictateur Publius Cornelius et fut choisi pour maître de la cavalerie. La guerre n'eut rien de remarquable. En un combat l'ennemi fut exterminé à Antium et l'armée victorieuse ravagea le territoire volsque. Le dictateur revint en ville et abdiqua sa magistrature. Aux comices pour l'élection de tribuns militaires. Les patriciens obtinrent toutes les places. Gaius Servilius Ahala fut réélu. Cette année, la trêve avec Véies étant expirée, on lui envoya des féciaux. Ils croisèrent une députation de Véiens qui leur demanda d’attendre qu'elle-même se soit présentée au sénat romain. Elle obtint du sénat, en considération des dissensions qui travaillaient les Véiens, qu'on suspendrait contre eux toute mesure. Les Volsques détruisirent la garnison de Verrugo. On aurait pu la sauver mais l'armée arriva trop tard. On avait dit qu'elle se défendait avec vigueur et le sénat ne songea pas que le courage ne pouvait aller au-delà des forces humaines. L'année suivante, une insolence de Véies faillit amener la guerre. Les sénateurs indignés demandèrent aux tribuns des soldats de proposer au peuple une déclaration de guerre. La jeunesse murmura. Les tribuns excitaient les gens en disant que la plus dure des guerres était celle des patriciens contre le peuple. On remit à plus tard la proposition qui aurait été évidemment repoussée.

En attendant, on envoya une armée en territoire volsque. Les tribuns se divisèrent en trois corps pour mieux ravager le pays. L’un se dirigea vers Antium, un autre vers Ecetra. Pendant ce temps, le troisième marchait sur Anxur, but principal de l’expédition. Anxur est une ville qui s'abaisse en pente jusque dans des marais. C’est de ce côté qu’on attaqua. Quatre cohortes tournèrent la place, prirent une colline qui la dominait et se précipitèrent dans la ville en hurlant. Les défenseurs de la partie basse de la ville furent surpris. On put approcher les échelles et il y eut un carnage. On fit deux mille cinq cents prisonniers. La ville, opulente, fut pillée. Cela réconcilia un peu le peuple avec les patriciens. A ce bienfait s'en ajouta un autre. Le sénat décréta que les soldats recevraient une solde prise sur le trésor public. Jusque-là chacun avait fait la guerre à ses frais. Jamais faveur ne fut accueillie avec autant de joie. Ce qui redoublait l'enthousiasme, c'est que cette décision était spontanée.

Les tribuns du peuple demandèrent d'où on tirerait cet argent sinon et promirent leur appui à quiconque refuserait sa contribution pour la solde des troupes. Les patriciens furent les premiers à contribuer. Comme il n'y avait pas encore d'argent monnayé, plusieurs traînèrent au trésor de lourdes charges de cuivre. Les principaux plébéiens, amis des nobles, les imitèrent. Lorsque la foule vit cela, sans se soucier des tribuns, elle s'offrit à acquitter sa part de la dette publique. Une armée de volontaires marcha sur Véies, conduite par les nouveaux tribuns militaires. Ils commencèrent à assiéger Véies. Les peuples d'Etrurie ne purent décider si la confédération soutiendrait les Véiens. Le siège se poursuivit l'année suivante en l'absence d'une partie des tribuns et de l'armée, appelés contre les Volsques. On les rencontra entre Ferentinum et Ecetra et la chance fut favorable aux Romains. Ensuite, les tribuns assiégèrent Artena. Les Romains s'en rendirent maîtres. La trahison d'un esclave leur livra même la citadelle. Après avoir rasé la ville, les légions se retournèrent contre Véies.

 

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