Livre 6: de 389 à 384 av. JC

On n’accepta pas l'abdication de Camille avant la fin de l'année. On ne voulut pas confier la tenue des comices aux tribuns en charge lors de la prise de la ville et il y eut des interrois. Q. Fabius fut cité en justice par un tribun du peuple pour avoir provoqué la guerre avec les Gaulois. Il mourut si à propos que beaucoup crurent à un suicide. Comme interroi, Camille créa des tribuns militaires avec puissance de consuls. Ils entrèrent en charge aussitôt et leurs préoccupations furent d’abord religieuses. Pour la première fois on désigna les jours religieux. Le quinzième jour avant les calendes d'août, marqué par le massacre des Fabius et la défaite sur l'Allia, fut appelé jour d'Allia et tout travail fut interdit. Un lendemain d'ides de juillet, Sulpicius, tribun militaire, avait sacrifié sans succès. Trois jours plus tard, il livrait l'armée aux coups de l'ennemi. Pour cela, tout acte sacré fut interdit le lendemain des ides. On n'eut pas le loisir de s'occuper longtemps de tels sujets. Les Volsques avaient pris les armes. Des marchands disaient que toute l'Etrurie entrait en guerre. On annonçait même la défection des Latins et des Herniques qui, depuis près de cent ans, n'avaient jamais trahi Rome. Le mépris de ses alliés menaçait Rome.

On nomma Camille dictateur. Il créa C. Servilius Ahala maître de la cavalerie et fit une levée de soldats. Il divisa ses troupes en trois corps. Le premier devait affronter les Etrusques sous les ordres de L. Aemilius. Un autre campa aux portes de la Ville sous le commandement du tribun militaire A. Manlius. Le dictateur mena le troisième corps contre les Volsques et les rencontra près de Lanuvium. Ils étaient entrés en guerre en croyant la jeunesse romaine anéantie par les Gaulois. Au seul nom de Camille ils furent épouvantés et se retranchèrent derrière des amas de troncs d’arbres. Camille fit incendier ce rempart. La fumée effraya tant les ennemis que les Romains pénétrèrent facilement dans le camp volsque. Le dictateur laissa le butin aux soldats, largesse d'autant plus agréable qu'ils ne s'y attendaient pas. Camille ravagea le territoire des Volsques qui se rendirent, enfin domptés après soixante-dix ans de guerre. Il marcha ensuite contre les Eques, écrasa leur armée et s'empara de leur ville. Mais pendant ce temps les Etrusques assiégeaient Sutrium, alliée de Rome.

Le sénat ordonna au dictateur de se porter au secours des Sutriens mais ils ne purent l'attendre. Peu nombreux, épuisés, ils avaient capitulé et s'en allaient, fuyant leurs pénates, quand Camille arriva. Cette troupe misérable se jeta à ses pieds. Il les laissa sous la protection d'un détachement, ordonna aux soldats de n'emporter que leurs armes et marcha sur Sutrium. Il y trouva le désordre comme toujours après une victoire, pas de gardes, les portes ouvertes, le vainqueur en train de piller. Pour la deuxième fois en un jour, Sutrium fut prise. Les Etrusques furent égorgés l'un après l'autre sans avoir le temps de prendre leurs armes. Plusieurs coururent aux portes mais les trouvèrent fermées. C'était le premier ordre du dictateur. Certains voulurent résister mais des hérauts crièrent de mettre bas les armes. Désarmés, on leur ferait grâce, armés, ils seraient égorgés. Alors ils renoncèrent. Avant la nuit, la ville fut rendue aux Sutriens.

Camille rentra à Rome en triomphe, après trois victoires. Une foule de prisonniers étrusques marchait devant son char. On les vendit si bien qu'après avoir rendu la valeur de leur or aux femmes, on put faire encore trois coupes d'or qu'on déposa aux pieds de Junon. On donna le droit de cité aux transfuges véiens, capénates et falisques qui avaient suivi l'armée romaine et on leur donna des terres. Le sénat rappela ceux qui, pour s'épargner la peine de rebâtir à Rome, s'étaient installés à Véies. On fixa un jour, avec peine capitale contre quiconque ne rentrerait pas. Rome vit ainsi s'accroître sa population en même temps que se relever ses édifices. La république subvenait aux dépenses, les édiles surveillaient les travaux et les citoyens se dépêchaient. En un an, la Ville fut debout. A la fin de l'année, on élut des tribuns militaires avec puissance de consuls. On dévasta les terres des Eques pour les empêcher de recommencer la guerre. Les villes étrusques de Cortuosa et de Contenebra furent prises. Les tribuns pensaient réserver le butin à l'Etat mais, pendant qu'ils hésitaient, les soldats s'en emparèrent. La même année, le Capitole fut reconstruit. Les tribuns du peuple reparlaient des lois agraires. Ils faisaient espérer à la foule les terres du pays Pontin qui était déjà envahi par les nobles. Mais les gens songeait peu à ces terres qu'ils n'avaient pas les moyens de mettre en valeur. On eut recours à un interrègne pour renouveler les auspices puis on élut de nouveaux tribuns militaires. On institua quatre tribus de nouveaux citoyens, ce qui en fit vingt-cinq. Les nouvelles d'Etrurie firent ajourner un projet de guerre contre les Latins et les Herniques. Le pouvoir revint à Camille, nommé tribun militaire avec cinq collègues.

On annonça que les Antiates avaient pris les armes et que les Latins participaient à cette guerre. En fait, tout en les désavouant, ils n'avaient pu empêcher des volontaires d'aller combattre. Les collègues de Camille reconnurent que l’autorité devait revenir à un seul homme et décidèrent de lui laisser le commandement. Camille estimait qu’il y avait plus de bruit que de danger mais qu'il ne fallait rien négliger. De toutes parts Rome était assaillie. P. Valerius et Camille conduiraient les légions contre Antium. Q. Servilius camperait dans Rome. L. Quinctius et les citoyens âgés garderaient la ville. L. Horatius s'occuperait des approvisionnements et Ser. Cornelius assurerait la présidence du conseil public. Tous acceptèrent l'emploi qui leur était assigné. On n'avait pas besoin d'un dictateur avec de tels hommes, plus disposés à mettre en commun leur gloire qu'à ramener à soi la gloire de tous. Camille et Valerius marchèrent sur Satricum. L'union des Volsques, des Antiates, des Latins et des Herniques ébranla le courage des soldats romains. Les centurions apprirent à Camille qu'ils hésitaient et refusaient de sortir du camp. Il parcourut alors les rangs en rappelant aux hommes qu’ils avaient déjà vaincu ces peuples. Ce n’était pas parce qu’il n'était que tribun qu’il fallait avoir peur. Puis il prit par la main l'enseigne le plus proche et l'entraîna avec lui vers l'ennemi. Voyant Camille, âgé, marcher ainsi à l'ennemi, les soldats se précipitèrent en poussant le cri de guerre.

On dit qu’il jeta le drapeau parmi les ennemis. Pour le reprendre, les soldats se ruèrent et culbutèrent les Antiates. La présence de Camille effrayait les Volsques. La victoire était certaine quand, tout à coup, un violent orage et des torrents de pluie interrompirent le combat. La nuit termina la guerre. En effet, les Latins et les Herniques repartirent. Les Volsques, se voyant seuls, abandonnèrent leur camp et s'enfermèrent dans Satricum. Camille exhorta ses troupes à ne pas s'épuiser à d'interminables travaux de siège. Les soldats prirent la ville d’assaut et les Volsques se rendirent. Il retourna ensuite à Rome pousser le sénat à détruire Antium. A ce moment, des envoyés de Népété et de Sutrium vinrent demander de l'aide contre les Etrusques. Ces deux places étaient les portes de Rome. L'intérêt des Romains était de les conserver. Aussi le sénat engagea-t-il Camille à laisser Antium et à se porter contre l'Etrurie. Un décret lui donna les légions de la ville, commandées par Quinctius. Il aurait préféré son armée mais il ne refusa pas. Il demanda seulement qu'on lui associe Valerius. Quinctius et Horatius le remplacèrent chez les Volsques. Partis pour Sutrium, Camille et Valerius trouvèrent les Etrusques déjà maîtres d'une partie de la ville.

L'arrivée des Romains réconforta Sutrium. Camille ordonna à son collègue de contourner ville et d'attaquer les remparts pour lui permettre de pénétrer sans combat. Les deux manoeuvres, exécutées en même temps, prirent les Etrusques en tenaille. On massacra les fuyards. De Sutrium reconquise, l'armée marcha sur Népété. C'était la trahison d'une partie des habitants qui avait livré la ville. On envoya dire à leurs chefs de se séparer des Etrusques. Ils répondirent qu'ils ne pouvaient rien et que les Etrusques étaient maîtres des remparts et des portes. L'armée s'approcha des murs, combla les fossés, appliqua les échelles et, du premier coup, la place fut enlevée. On ordonna aux Népésins de mettre bas les armes. Les Etrusques furent massacrés et les traitres périrent sous la hache. La population n'était pas coupable, on lui rendit ses biens et on laissa une garnison. Les tribuns ramenèrent ensuite à Rome l'armée victorieuse. La même année, on demanda aux Latins et aux Herniques pourquoi, depuis quelques années, ils n'avaient pas fourni le nombre de soldats convenu. Ils répondirent que ce n'était pas leur faute si une partie des jeunes avait pris les armes en faveur des Volsques. D'ailleurs, pas un n'était revenu. Ils n'avaient pas fourni de soldats à cause des menaces des Volsques. Le sénat jugea Rome en droit de leur faire la guerre.

L'année suivante, il y avait encore des tribuns avec puissance de consul quand une guerre et une sédition interne éclatèrent. La guerre venait des Volsques, la sédition d'un patricien, M. Manlius Capitolinus. Cet homme jalousait Camille. Selon lui, il n'aurait pas pu délivrer la patrie si lui auparavant n'avait sauvé le Capitole et la citadelle. Il se lia avec les magistrats plébéiens et chercha à gagner la foule. Non content de la menace des lois agraires, éternelle matière à agitation, il souleva le problème des dettes. La guerre contre les Volsques fut un prétexte, mais ce furent surtout les menées de Manlius qui poussèrent le sénat à créer dictateur A. Cornelius Cossus qui nomma maître de la cavalerie T. Quinctius Capitolinus. Le dictateur fit une levée et se porta dans le territoire Pontin où il savait que l'armée volsque devait se réunir. Aux Volsques s'étaient joints des Latins, des Herniques, des Circéiens et même des Romains de Vélitres. Après avoir consulté les auspices, sacrifié et imploré les dieux, le dictateur demanda aux soldats de laisser leurs javelines et d’attendre l’attaque avec leurs glaives. La cavalerie interviendrait alors sur les arrières. Les ennemis, comptant sur leur nombre, engagèrent brusquement le combat. Dès le premier assaut, ils furent dispersés. Quand on vit cette foule en désordre se disperser dans la plaine, on lança la cavalerie avec ordre de la retenir pour laisser à l'infanterie le temps de l'anéantir. La nuit seule mit un terme à cette déroute. On pilla le camp volsque et le butin fut laissé aux soldats. La plupart des prisonniers étaient latins et herniques. On trouva quelques fils de bonnes familles, preuve de l'appui prêté par la nation entière aux Volsques. On reconnut aussi des Circéiens et des colons de Vélitres. Envoyés à Rome et interrogés par les sénateurs, ils révélèrent la défection de leurs peuples.

Le dictateur fut rappelé à Rome où grandissait la sédition. Un centurion venait d'être vendu comme insolvable. Manlius accourut avec sa troupe au forum, le délivra puis fustigea l'orgueil des patriciens et la cruauté des usuriers. Il paya le créancier et racheta le débiteur qui se retira en priant les dieux de récompenser M. Manlius. L’ancien centurion montrait ses blessures reçues à Véies et contre les Gaulois. Il racontait comment il relevait sa maison détruite tandis qu'il croulait sous les intérêts de sa dette. Et il chantait les louanges de M. Manlius. Celui-ci imagina de nouveaux moyens pour agiter le peuple. Il avait une terre chez les Véiens. Il la mit aux enchères afin que personne ne puisse être condamné et traîné dans les fers. Il insinua que de l'or gaulois avait été caché par les sénateurs et que ces richesses pourraient régler les dettes du peuple. La foule trouva scandaleux qu'après une contribution consentie pour fournir aux Gaulois l'or qui devait racheter la Ville, le même or, repris à l'ennemi, devienne la proie de quelques hommes. On pressait Manlius de révéler où était l’or. On en était là quand le dictateur arriva. Il assembla le sénat et alla, ainsi escorté, au Comitium. Il envoya un appariteur chercher M. Manlius. Celui-ci, suivi d'une troupe nombreuse, arriva devant le tribunal. Le sénat et le peuple, les yeux fixés chacun sur son chef, se tenaient comme deux armées en présence. Alors le dictateur ordonna à Manlius de révéler où était caché l’or dont il parlait.

Manlius accusa le dictateur de n’être que le chef des affameurs du peuple alors que lui, il était le seul à prendre la défense du peuple comme il avait été seul pour sauver le Capitole. L’or gaulois, c’était aux sénateurs de dire où ils l’avaient caché et non à lui de le révéler. Le dictateur lui ordonna de répondre. Comme Manlius refusait, il le fit mettre en prison. Ni les tribuns du peuple ni le peuple ne réagirent sinon que beaucoup d’hommes laissèrent pousser leurs cheveux et leur barbe. La sédition était cependant proche. Pour l'apaiser, le sénat fit inscrire pour Satricum une colonie de deux mille citoyens romains. On assigna deux arpents et demi de terre à chacun. Ce don trop restreint aggrava les choses. L'abdication du dictateur laissa toute liberté à la foule. On entendit s'élever des voix qui reprochaient au peuple d’abandonner ses défenseurs. Ainsi Manlius était livré à ses ennemis. La foule menaçait d'enfoncer la porte de la prison. Finalement il fut relâché. C'était donner un chef à la rébellion. Dans le même temps on répondit durement aux Latins, aux Herniques et aux colons de Circéi et de Vélitres qui étaient venus se justifier et demander leurs prisonniers pour les punir selon leurs lois. Surtout aux colons qui, citoyens romains, avaient attaqué leur patrie. On leur ordonna de quitter immédiatement la ville de peur que le droit des ambassadeurs, fait pour les étrangers et non pour les citoyens, ne puisse les sauver.

A la fin de l'année on créa encore des tribuns militaires patriciens. La paix favorisa tout le monde. Le peuple, délivré de la levée, eut l'espoir de faire disparaître l'usure. Les patriciens, délivrés de toute crainte du dehors, voulaient guérir les maux de la cité. Ainsi les deux partis se relevèrent et Manlius se prépara à la lutte. Jour et nuit, il faisait des plans, plus rempli d'orgueil et de colère que jamais. Il excitait la foule. Il fallait, disait-il, abolir le consulat et la dictature. Il fallait que le peuple obtienne ce qui lui était dû. Il commença même à ambitionner la royauté. Le sénat s'inquiétait. Les tribuns consulaires et certains tribuns du peuple se concertèrent sur le parti à prendre. Deux tribuns du peuple déclarèrent qu’il fallait l'assigner en justice. Rien n'était moins populaire que la royauté, la foule comprendrait que ce n'était pas elle qu'on combattait. On les approuva et ils assignèrent Manlius. Au jour dit, outre les paroles séditieuses et la fausse accusation contre le sénat, on présenta contre Manlius le crime de royauté. Il cita quatre cents citoyens dont il avait acquitté les dettes, apporta des témoignages de sa gloire militaire, montra des citoyens sauvés par lui des mains de l'ennemi, exhiba ses blessures reçues au combat et supplia les dieux de le secourir. Mais l'accusation prévalut et il fut condamné et précipité du haut de la roche Tarpéienne. A la peine de mort furent ajoutées deux flétrissures. On décréta que nul patricien n'habiterait plus au Capitole et la famille Manlia décida qu'aucun de ses membres ne porterait plus son prénom. Mais bientôt le peuple le regretta. Une peste survint et cela sembla une punition du meurtre de Manlius.

A la peste succédèrent la famine et des guerres. Outre les Volsques, Circéi et Vélitres, qui préparaient depuis longtemps leur défection, et le Latium dont on se méfiait, on vit Lanuvium, jusque-là fidèle, se soulever. Malgré l'opposition des tribuns de la plèbe, la guerre fut votée. Mais la peste empêcha l'armée de se mettre en marche. Ce délai donnait le temps aux colons de supplier le sénat. La plupart voulaient envoyer des députés à Rome mais les responsables, craignant pour leur vie, s’y opposèrent et excitèrent le peuple à dévaster le territoire romain. Cela ôta tout espoir de paix. On parla aussi d'une défection des Prénestins, dénoncés par les Tusculans, les Gabiens et les Labicans dont ils avaient ravagé les terres. L'année suivante, deux nouveaux tribuns militaires avec puissance de consuls menèrent les légions à Vélitres. Leurs quatre collègues restèrent défendre Rome contre un mouvement possible de l'Etrurie. A Vélitres, on rencontra une armée de Prénestins. Elle se réfugia dans la ville et on renonça à attaquer la place. Le sénat déclara la guerre aux Prénestins qui s'allièrent aux Volsques et, l'année suivante, marchèrent sur la colonie romaine de Satricum. Malgré la résistance des colons, ils l'emportèrent et abusèrent de la victoire. Indignés, les Romains nommèrent Camille tribun militaire et la guerre lui fut confiée. Pour l'assister, le sort désigna le tribun L. Furius. Agé, Camille voulut s’excuser mais le peuple refusa. Il leva quatre légions et marcha sur Satricum. Les vainqueurs de la colonie, sûrs d’eux, l'attendaient.

L'armée romaine étaient pleine d’ardeur mais la lutte était retardée par Camille qui cherchait une occasion pour compenser l’infériorité de ses forces. L'autre tribun militaire, L. Furius, excitait les hommes et attaquait son collègue sur son âge. De toutes parts on demandait le combat. Camille répondit que jamais Rome n’avait eu à se plaindre de lui mais qu’il ne pouvait s’opposer à un collègue. Il espérait seulement qu’on ne le regretterait pas. Le tribun qui voulait le combat se mit à la tête des troupes. Camille fortifia la réserve et disposa un fort détachement en avant du camp. Du hauteur, il surveilla l'issue d'une action qu'il désapprouvait. Au premier choc, l'ennemi fit mine de lâcher pied. Il avait laissé au camp des cohortes qui devaient, dès que l'adversaire approcherait, fondre sur lui. Les Romains se laissèrent attirer dans une position désavantageuse. Ils furent bousculés par les troupes fraîches qui sortaient du camp et par ceux dont la fuite n'avait été que simulée. Alors Camille s'élança avec sa réserve et reprit les choses en main. L'armée se retourna contre l'ennemi en voyant ce chef illustre se jeter au plus fort de la lutte. L'autre tribun fut envoyé vers les cavaliers par Camille qui ralliait l'infanterie. Ils laissèrent leurs chevaux et attaquèrent à pied l'ennemi, allant partout où ils voyaient l'infanterie en difficulté. Les Volsques prirent finalement la fuite. Leur camp fut emporté. Un grand nombre périt et il y eut beaucoup de prisonniers. Parmi ceux-ci, on reconnut des Tusculans. Ils avouèrent que c'était sur décision de leur nation qu'ils étaient là. Camille les mena à Rome afin que le sénat réalise que les Tusculans s'étaient détachés de son alliance. L'armée resta sous le commandement de son collègue.

Le sénat chargea Camille de faire la guerre aux Tusculans. On lui permit de choisir son adjoint et, à la surprise de tous, ce fut L. Furius. Il atténua ainsi la honte de son collègue et s'acquit une gloire immense. On n'eut pas à combattre. Les Tusculans laissèrent entrer les Romains sur leurs terres sans réagir. Les habitants avancèrent à la rencontre des généraux. De partout on apporta des vivres à l'armée. Camille campa devant la ville. Il vit les boutiques ouvertes, les ouvriers au travail, les écoles actives. Les rues étaient pleines de gens qui allaient et venaient. On aurait pu croire que la guerre n'était pas arrivée jusque-là. Vaincu par cette résignation, il convoqua leur sénat et l’envoya plaider sa cause devant le sénat de Rome. Les Tusculans y allèrent. Quand on vit arriver ce sénat d'une ville alliée auparavant si fidèle, les sénateurs romains s'attendrirent. Le dictateur tusculan déclara que son peuple se montrerait toujours pacifique à l’égard de Rome et rendit grâce aux généraux romains de l’avoir compris. Si Rome voulait agir contre Tusculum, le peuple ne se défendrait pas. Il espérait qu’on pardonnerait à sa ville. Les Tusculans obtinrent la paix et, peu après, le droit de cité. Camille sortit de magistrature couvert de gloire.

L'année suivante, en plus des tribuns militaires, on eut aussi besoin de censeurs à cause surtout de la question des dettes. Leurs travaux étaient commencés quand l’un d’eux mourut. L’autre abdiqua et on en nomma d'autres. Un vice dans leur élection ne leur permit pas d'exercer. On n'osa pas risquer une troisième élection. Les dieux semblaient repousser la censure. Les tribuns du peuple crièrent au scandale. Selon eux, on faisait la guerre ici ou là pour empêcher le peuple de réaliser sa triste condition. On devait interdire l’esclavage pour dette et refuser les levées de troupes tant que le problème ne serait pas réglé. La sédition éclata. On allait condamner une foule de débiteurs alors que le sénat, au bruit des armements des Prénestins, avait décrété l'enrôlement de légions nouvelles. Les tribuns et le peuple s’y opposèrent. Les sénateurs étaient inquiets car on annonçait que l'ennemi avait pris position sur le territoire de Gabies. La guerre aux portes de Rome éteignit l’agitation. Quand les Prénestins apprirent qu'il n'y avait pas de troupes à Rome, leurs chefs précipitèrent la marche de leur armée, ravagèrent la campagne et arrivèrent jusqu'à la porte Colline. L'alarme fut vive. On nomma dictateur T. Quinctius Cincinnatus. Il créa maître de la cavalerie A. Sempronius Atratinus. A cette nouvelle, les ennemis s'éloignèrent. Pendant qu'à Rome on levait une armée, l'ennemi alla placer son camp près du fleuve Allia, de sinistre mémoire. De là il dévastait la campagne. Les deux armées, très excitées par ce lieu funeste, s’affrontèrent. Au premier choc, les lignes des Prénestins furent rompues. En pleine déroute, ils s’enfermèrent dans leurs murailles. Huit villes étaient sous leur domination. On les prit sans peine. On emporta même Vélitres. Puis Préneste capitula.

T. Quinctius rentra en triomphe à Rome. Il porta au Capitole une statue de Jupiter prise à Préneste et, vingt jours après sa désignation, il abdiqua. Les comices s'ouvrirent ensuite pour l'élection des tribuns militaires. Il en sortit un nombre égal de patriciens et de plébéiens. Les Manlius furent chargés de la campagne contre les Volsques. Sans reconnaître le pays, ils envoyèrent des cohortes au fourrage. Un bruit leur fit croire qu'elles étaient attaquées. Pour les secourir, ils marchèrent à la hâte, sans même retenir leur informateur, un Latin qu'ils croyaient soldat romain et qui les trompait. Ils tombèrent dans une embuscade. Pendant ce temps, le camp romain était attaqué. Rome ne dut son salut qu'à la vaillance des soldats. Quand on sut cela à Rome, on voulut nommer un dictateur. Mais on vit que les Volsques ne savaient que faire de leur victoire et on rappela l'armée. La paix ne fut troublée qu'à la fin de l'année par une insurrection des Prénestins et des peuples latins. La même année, on envoya de nouveaux colons à Setia qui se plaignait de manquer d'habitants. Au début de l'année suivante, une violente sédition éclata à cause des dettes. On créa des censeurs mais la guerre arrêta leur travail. Des messages alarmants annoncèrent que les Volsques dévastaient le territoire de Rome. Malgré cela, les tribuns du peuple s'opposèrent aux enrôlements et le sénat dut accepter de suspendre pendant la durée de la guerre la perception du tribut et les poursuites contre les débiteurs. On forma deux armées et on les dirigea sur le territoire volsque.

L’une marcha vers la côte sur Antium, l’autre vers les montagnes sur Ecetra. L'ennemi ne parut nulle part. Alors commença le pillage. Les Romains voulaient attirer l'ennemi au combat. Ils brûlèrent donc les habitations isolées et quelques villages. Tout un butin d'hommes et de bestiaux fut ramené à Rome. On avait accordé un délai aux débiteurs. Une fois délivré de l'ennemi, on recommença à les poursuivre et ils durent contracter de nouvelles dettes pour payer un tribut imposé pour la construction d'un mur décidé par les censeurs. Anéanti, le peuple dut accepter. Bien plus, il ne nomma que des tribuns militaires patriciens. Pour repousser les Latins et les Volsques, dont les légions campaient près de Satricum, on fit prêter serment sans obstacle à toute la jeunesse et on leva trois armées. L'une devait garder la ville, une autre restait en réserve. La troisième, la plus forte, partit pour Satricum. Le premier jour, le combat fut interrompu par un orage. Le lendemain, la cavalerie jeta le désordre dans les rangs ennemis et les Romains l’emportèrent. Les ennemis gagnèrent Satricum. Leur camp fut pris et pillé. Ils quittèrent la ville la nuit suivante et se dirigèrent sur Antium. L'armée romaine les suivit. On passa quelques jours à ravager la campagne, les Romains n'ayant pas de quoi attaquer des murailles. Une querelle s'éleva alors entre Antiates qui voulaient se rendre et Latins qui voulaient résister. Finalement les Latins partirent et les Antiates remirent leur ville aux Romains. Les Latins brûlèrent Satricum. Seul subsista le temple de Mater Matuta. On dit qu’une voix sortit du temple pour éloigner les incendiaires.

La même rage les entraîna à Tusculum. Les Tusculans se réfugièrent dans la citadelle et prévinrent Rome. Une armée romaine trouva les Latins défendant les remparts tout en assaillant la citadelle. Ils ne purent soutenir l'élan des Tusculans qui se précipitèrent des hauteurs de la citadelle, ni repousser les Romains qui détruisirent les défenses avancées des portes. On s'empara des murailles, on brisa les portes et les ennemis furent massacrés. Tusculum reconquise, l'armée revint à Rome. En ville croissaient de jour en jour la violence des patriciens et la misère du peuple auquel on ôtait tout espoir de payer ses dettes. Une fois leur patrimoine épuisé, les débiteurs étaient livrés en paiement à leurs créanciers. Les plébéiens ne cherchaient même plus à disputer aux patriciens le tribunat militaire ni à solliciter les magistratures plébéiennes. Mais pour troubler la joie des puissants survint un incident. Le patricien M. Fabius Ambustus avait marié ses deux filles, l'aînée à Ser. Sulpicius, la plus jeune à C. Licinius Stolon, un plébéien. Un jour, pendant que les deux soeurs conversaient ensemble chez Ser. Sulpicius, tribun militaire, celui-ci revint du Forum et rentra chez lui. Le licteur frappa la porte, suivant l'usage, avec sa baguette. La jeune Fabia s'effraya et sa soeur se mit à rire. La première fut vexée. La vue des gens qui suivait le tribun en lui demandant ses ordres lui fit trouver le mariage de sa sœur plus heureux que le sien.

Elle avoua à son père que son chagrin venait de cette union qui l'avait placée dans une famille exclue des honneurs. Ambustus la consola en lui disant que bientôt elle verrait chez elle ces honneurs. Il se concerta avec son gendre après s'être associé L. Sextius, jeune homme auquel il ne manquait qu'une origine patricienne. Un prétexte se présentait, c'était la masse des dettes. Le peuple ne pouvait espérer de soulagement qu'en plaçant les siens au pouvoir. Ils décidèrent de se faire nommer tribuns du peuple. Une fois tribuns, C. Licinius et L. Sextius proposèrent plusieurs lois favorables au peuple. La première prévoyait de déduire du capital les intérêts déjà reçus et de payer le reste en trois ans. Une autre interdisait de posséder plus de cinq cents arpents de terre. Une troisième rétablissait les consuls et l'un d’eux devrait être choisi parmi le peuple. C'était attaquer à la fois la propriété, l'argent et les honneurs. Epouvantés, les patriciens poussèrent d’autres tribuns à combattre ces projets. Plusieurs assemblées furent convoquées sans succès. Sextius décida alors de bloquer les assemblées réunies par les patriciens. Dès lors, aucune élection, sauf celles des édiles et des tribuns du peuple, ne put aboutir. La Ville resta cinq ans sans magistrats. Il n’y eut heureusement pas de guerre.

Mais un jour les colons de Vélitres firent des incursions sur le territoire romain et osèrent assiéger Tusculum. Les patriciens et le peuple eurent honte. Un interroi tint des comices et créa des tribuns militaires. Le peuple résista à l'enrôlement d'une armée mais on repoussa l’ennemi. Vélitres fut même assiégée. De violents combats s'élevaient à Rome. Sextius et Licinius, qu'on avait renommés huit fois déjà tribuns du peuple, s’accordèrent avec un tribun militaire. Dans le collège des tribuns du peuple, il y avait cinq opposants qui répétaient qu’on devait différer les comices jusqu’au retour des soldats afin que tout le peuple puisse voter. Sextius, Licinius et le tribun militaire Fabius prenaient au contraire à partie les chefs patriciens. Oseraient-ils réclamer plus de cinq cents arpents quand on distribuait deux arpents aux plébéiens ? Chacun d'eux posséderait-il les biens de trois cents citoyens ? Leur plaisait-il de voir le peuple écrasé par l'usure ? Ils affirmaient que les patriciens ne cesseraient de mal agir envers peuple que si le peuple avait un consul. L'égalité était impossible quand certains avaient le commandement alors que les tribuns n’avaient que le droit de défense. Si on ne rendait obligatoire de prendre un des consuls parmi le peuple, jamais on n'aurait de consul plébéien. Les patriciens ne pouvaient plus dire qu'il n'y avait pas de plébéiens dignes des hautes magistratures. La République n’avait pas été plus mal servie par P. Licinius Calvus, premier tribun tiré du peuple, que durant ces années où seuls des patriciens étaient tribuns militaires. Au contraire, on avait vu des patriciens condamnés après leur tribunat, jamais un plébéien. Les questeurs aussi étaient choisis parmi le peuple et jamais on ne s'en était repenti. Le consulat seul manquait aux plébéiens. Si on y arrivait, le peuple pourrait vraiment croire les rois chassés de la ville.

On différa les comices jusqu'au retour de l'armée. L'année s'écoula avant le retour des légions. L'affaire passa à de nouveaux tribuns militaires. Les tribuns du peuple étaient toujours les mêmes. Finalement, les patriciens nommèrent Camille dictateur et il choisit pour maître de la cavalerie L. Aemilius. De leur côté, les auteurs des lois appelaient au vote. Camille proclama que si Licinius et Sextius prétendaient imposer des lois, il interviendrait. Ils poursuivirent leur opération. Camille envoya des licteurs disperser la foule et menaça d’enrôler la jeunesse et de l'emmener hors de la ville. Mais il dut abdiquer à cause d’un vice dans son élection et P. Manlius fut choisi à sa place. Entre l'abdication de Camille et l'entrée en fonction de Manlius, les tribuns profitèrent d'une espèce d'interrègne pour convoquer le peuple. Celui-ci acceptait les lois sur l'usure et les terres, et repoussait le consulat plébéien. Mais les tribuns réclamaient pour le tout une seule et même décision. Manlius, le nouveau dictateur, appuya la cause du peuple en nommant un plébéien maître de la cavalerie. Licinius et Sextius, qui bataillaient depuis neuf ans, estimaient il n’y avait plus d’obstacles et que même le dictateur, en nommant un plébéien maître de la cavalerie, annonçait un consulat plébéien.

Les sénateurs restaient muets mais Ap. Claudius Crassus, petit-fils du décemvir, répliqua. Il entendait dire que la gens Claudia avait toujours favorisé les patriciens. Il affirmait que jamais ils n’avaient fait sciemment dommage au peuple et qu'on ne pouvait citer un acte contraire à l’intérêt du peuple, même s’il y en avait eu de contraires à ses désirs. Il ne voulait pas se taire devant des gens qui voulaient être tribuns à vie. Il traita les tribuns du peuple de Tarquins. Il demanda que l’on puisse choisir les lois que l’on voulait sans être obligé de se retrouver avec Sextius ou Licinius comme consul. C'était comme donner du poison et du pain à celui qui avait la faim. En plus, ce projet était contraire à la religion. Les auspices avaient fondé la ville et réglaient tout. Or, selon la loi des ancêtres, les auspices étaient aux mains des patriciens. On risquait de profaner les cérémonies en confiant la religion à n’importe qui. Le discours d'Appius ne réussit qu'à retarder l'acceptation des lois. Réélus tribuns pour la dixième fois, Sextius et Licinius firent admettre la loi qui créait pour les cérémonies sacrées des décemvirs en partie plébéiens. C'était un pas dans la voie du consulat. Cependant on nomma encore des tribuns militaires.

A part le siège de Vélitres, rien n'occupait les Romains au-dehors. Soudain l'annonce d'une invasion gauloise se répandit et obligea de créer dictateur pour la cinquième fois Camille qui nomma T. Quinctius Pennus maître de la cavalerie. Il livra bataille près d'albe. La victoire ne fut ni douteuse ni difficile pour les Romains malgré la terreur que leur inspirait l’ennemi. Plusieurs milliers de Barbares périrent. Les autres, en désordre, gagnèrent l'Apulie. Au dictateur fut décerné le triomphe. A Rome, après de violents débats, on adopta les lois tribuniciennes. En dépit de la noblesse, s'ouvrirent des élections consulaires et là, pour la première fois, un plébéien, L. Sextius, devint consul. Les patriciens refusaient d'approuver l'élection et le peuple menaça de guerre civile. Mais le dictateur apaisa les discordes. La noblesse accordait au peuple un consul plébéien et le peuple à la noblesse un préteur qui administrerait la justice dans Rome. Les querelles cessèrent enfin et la paix revint. En mémoire de cet événement, le sénat proposa de célébrer les grands jeux et d'ajouter un jour aux trois jours de cette solennité. Les édiles du peuple reculèrent devant cette charge mais les jeunes patriciens s'en chargèrent.

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×