Livre 22: 217-216 av. JC, Trasimène et Cannes

Les Gaulois, voyant leurs terres accablées par les deux armées, tournèrent leur haine contre Hannibal. Cela fut un motif pour abandonner tôt les quartiers d'hiver. A Rome, le consul Cn. Servilius entra en charge aux ides de Mars. Les sénateurs accusaient C. Flaminius d’avoir méprisé les cérémonies traditionnelles. Cela était aggravé par de nombreux prodiges. Des javelots s'étaient enflammés, des feux avaient brillé, des boucliers avaient sué du sang, des soldats avaient été foudroyés, des pierres brûlantes étaient tombées du ciel. On avait vu un combat du soleil contre la lune, deux lunes s'étaient levées en plein jour. Des paysans avaient vu des épis sanglants et des chèvres avec de la laine. Une poule s'était changée en coq. On décréta des sacrifices, des prières, des offrandes et une grande fête que le peuple fut invité à observer à l'avenir. Pendant ce temps Hannibal prit une route directe traversant des marais que l'Arno inondait. Les soldats ne trouvaient aucun endroit pour s’étendre au sec. Hannibal lui-même, souffrant des variations de température, de l'humidité et de l'air des marais, perdit un oeil. Après avoir vu périr beaucoup d'hommes et de mulets, il campa sur le premier terrain sec et apprit que l'armée romaine était sous les murs d'Arretium. Le pays était un des plus fertiles d'Italie. C'étaient les plaines étrusques qui s'étendent entre Faesulae et Arretium, riches en blé et en bétail. Le Carthaginois harcela le consul. Il fit tous les ravages possibles. Quand Flaminius vit cela, malgré l’avis de son conseil qui soutenant qu'il devait attendre son collègue, il donna le signal du combat. Comme il sautait à cheval, sa monture s'abattit. Son entourage vit là un mauvais présage. Le porte-drapeau ne pouvait arracher l'enseigne de terre. Le consul n’en tint pas compte et l'armée se mit en marche.

Les soldats étaient heureux de la hardiesse de leur chef. Hannibal ravagea le territoire situé entre Cortone et le lac Trasimène pour attirer l'ennemi. Il parvint à un endroit fait pour une embuscade, là où le pied des monts de Cortone est le plus près du lac Trasimène. Il plaça là un camp pour lui-même, les Africains et les Espagnols. Les Baléares et le reste de l'infanterie légère furent menés derrière les monts. Les cavaliers furent postés à l'entrée du défilé, cachés par les hauteurs. Flaminius ne vit que ce qui était devant lui. Le Carthaginois, quand il tint son ennemi enfermé, donna à toutes ses troupes en même temps le signal de l'attaque. Cela fut d'autant plus soudain qu’il y avait du brouillard. Ce furent les cris qui apprirent au Romain qu'il était cerné. Le consul tenta de mettre ses troupes en ordre mais le bruit empêchait d'entendre les ordres. Dans une telle obscurité, on se servait plus des oreilles que des yeux. Il se fit une bataille de hasard. L'ardeur fut si grande que les combattants ne s’aperçurent pas d’un tremblement de terre qui ruina plusieurs villes d'Italie. On se battit pendant trois heures. C'est autour du consul que la lutte fut la plus acharnée jusqu'au moment où un cavalier insubrien nommé Ducarius le transperça de sa lance. Alors, les Romains commencèrent à fuir. Beaucoup s'enfoncèrent dans les marais. Certains prirent la fuite à la nage. Ils se noyèrent ou furent massacrés par les cavaliers ennemis. Six mille hommes s'échappèrent du défilé. Le brouillard, en se dissipant, leur montra le désastre. Le lendemain, rejoints par les cavaliers de Maharbal qui leur promit de les laisser partir, ils se rendirent. Mais cette promesse, Hannibal l'observa avec la foi punique et tous furent jetés aux fers. Telle fut la bataille de Trasimène, une des pires défaites de Rome. Quinze mille Romains furent tués. Dix mille regagnèrent Rome. Hannibal renvoya sans rançon les prisonniers latins et fit enchaîner les Romains. Il fit rechercher le corps de Flaminius sans le trouver. A Rome, à la nouvelle de ce désastre, le peuple affolé accourut au forum. Un préteur admit la défaite. Sans qu’il ait rien dit de plus, les gens rapportèrent chez eux que le consul et une grande partie de ses troupes avaient été tués.

Les jours suivants, aux portes de Rome, la foule attendit quelqu'un des siens ou des nouvelles. Elle entourait les arrivants pour les interroger. Les femmes surtout laissaient éclater leur joie ou leur douleur. L'une d'elles, se trouvant soudain en face de son fils, mourut dans ses bras. Une autre, à qui l'on avait annoncé par erreur la mort de son fils, expira d'un excès de bonheur en le voyant de retour. Les préteurs, pendant plusieurs jours, délibérèrent avec le sénat sur le chef et les troupes qui permettraient de résister. Avant qu'un plan ait été arrêté, on annonça une autre défaite. Le propréteur C. Centenius avait été, en Ombrie, cerné par Hannibal. Alors on voulut nommer un dictateur, ce qui n’avait pas été fait depuis longtemps. Le consul étant absent, le peuple le nomma lui-même, ce qui ne s’était encore jamais fait. Ce fut Q. Fabius Maximus, avec M. Minicius Rufus comme maître de la cavalerie. Le sénat les chargea de fortifier Rome, de disposer des postes de garde et de couper les ponts. Hannibal atteignit Spolète devant laquelle il fut repoussé avec de lourdes pertes. Imaginant alors la puissance de Rome, il se détourna vers le riche territoire du Picenum. Il resta là quelques jours pour reposer ses troupes éprouvées par les marches, la traversée des marais et des combats chèrement gagnés. Puis il partit piller les territoires des Praetutii et d'Hadria, puis les Marses, les Marrucini, les Paeligni et l'Apulie toute proche. Le consul Cn. Servilius, après quelques combats avec les Gaulois, apprenant la mort de son collègue et le massacre de l'armée, se dirigea vers Rome. Le dictateur montra que la négligence des cérémonies religieuses avait été pour Flaminius une faute plus grave que son imprudence et qu’il fallait consulter les dieux. Il obtint, ce qu'on ne faisait qu'à l'annonce de prodiges, que les décemvirs consultent les livres Sibyllins.

On trouva qu'un voeu fait à Mars n'avait pas été accompli selon les rites. Il devait être recommencé. Il fallait vouer des jeux à Jupiter et un temple à Vénus. Il fallait faire un lectisterne et vouer un printemps sacré en cas de victoire. On chargea un préteur de veiller à l’exécution de ces mesures. Le grand pontife dit qu'il fallait consulter le peuple sur le printemps sacré. On demanda donc au peuple s’il voulait, si dans les cinq ans Rome était victorieuse, faire l’offrande à Jupiter de ce que le printemps aurait apporté de bétail. On voua aussi une grosse somme pour célébrer des jeux, trois cents bœufs à Jupiter et des bœufs blancs à beaucoup d’autres dieux. On prescrivit aussi des supplications. Puis on célébra un lectisterne de trois jours. On exposa six lits garnis. Un pour Jupiter et Junon, un autre pour Neptune et Minerve, le troisième pour Mars et Vénus, le quatrième pour Apollon et Diane, le cinquième pour Vulcain et Vesta, le sixième pour Mercure et Cérès. Puis on voua les temples. Cela fait, on décida que le dictateur prendrait l'armée du consul Cn. Servilius et enrôlerait en plus, parmi les citoyens et les alliés, autant de cavaliers et de fantassins qu'il voudrait. Fabius ajouta deux légions à l'armée de Servilius et leur fixa un jour pour se rassembler à Tibur. Après avoir ordonné aux gens de se réfugier dans les places fortes et aux habitants de la région par laquelle Hannibal allait passer de brûler leurs maisons et leurs récoltes, le dictateur retrouva le consul et son armée aux environs d'Ocriculum. On apprit que des bateaux portant du ravitaillement pour l'armée d'Espagne avaient été pris par la flotte punique aux environs de Cosa. Le consul reçut l'ordre de partir pour Ostie et de poursuivre la flotte ennemie. On avait enrôlé à Rome un grand nombre d'hommes, même des affranchis. Les hommes de moins de trente-cinq ans furent embarqués, les autres laissés à la défense de la ville.

Le dictateur arriva à Tibur le jour dit. De là, par Préneste et des chemins de traverse, il mena ses troupes à l'ennemi dans l'intention de ne pas tenter la chance s’il n’y était obligé. Le premier jour où il établit son camp en vue de l'ennemi, Hannibal offrit le combat. Quand il vit que personne ne bougeait, la prudence du dictateur l’inquiéta. Il tenta de le provoquer en ravageant les terres de ses alliés. Fabius menait ses troupes par les crêtes, à moyenne distance de l'ennemi, de façon à ne pas le lâcher, à ne pas en venir non plus aux mains. Il gardait ses soldats au camp. Un détachement de cavaliers et d'infanterie légère se chargeait du ravitaillement. De petits succès habituaient le soldat romain à être moins pessimiste. Le maître de la cavalerie critiquait la circonspection de Fabius et l’accusait d'avoir peur. Hannibal passa dans le Samnium, ravagea le territoire de Bénévent et prit Telesia. Parmi les alliés italiens pris et relâchés à Trasimène, il y avait trois chevaliers campaniens achetés par Hannibal. Ils lui dirent qu'il pourrait prendre Capoue. Hannibal hésita mais quitta le Samnium pour la Campanie. Il renvoya les chevaliers en les invitant à revenir avec des notables campaniens. Il ordonna à un guide de le conduire sur le territoire de Casinum, sachant qu'en occupant ce défilé, il interdisait au Romain de secourir ses alliés. Le Carthaginois prononçait mal le latin. Le guide comprit Casilinum pour Casinum et descendit dans la plaine de Stella. Le guide fut crucifié.

Hannibal envoya Maharbal et piller le territoire de Falerne. Cela n'écarta pas les alliés de leur fidélité à Rome mais quand la plus belle contrée d'Italie brûla alors que Fabius menait ses troupes par les crêtes, une révolte fut près d'éclater. Les mécontents avaient cru qu'on se hâtait pour empêcher le pillage de la Campanie. Lorsqu'on vit les ennemis brûlant les maisons du territoire de Falerne et des colons de Sinuessa sans qu'on parle de bataille, Minucius s’emporta mais Fabius resta ferme. Il traîna en longueur le reste de l'été si bien qu'Hannibal déçu cherchait déjà un point pour établir ses quartiers d'hiver parce que la région où il se trouvait offrait des ressources pour le moment, non pour toute l'année, avec ses vergers et ses vignes. Des espions rapportèrent cela à Fabius. Sachant qu'Hannibal prendrait le défilé par lequel il était entré sur le territoire de Falerne, il fit occuper le mont Callicula et Casilinum, ville traversée par le Vulturne qui sépare le territoire de Falerne de la Campanie. Lui-même ramena son armée par les crêtes après avoir envoyé en reconnaissance L. Hostilius Mancinus. Celui-ci, sensible aux propos du maître de la cavalerie, dès qu'il vit des Numides dispersés dans les villages, ne pensa plus qu'à se battre et oublia les instructions du dictateur. Les Numides l'attirèrent jusqu'au camp carthaginois. Alors Carthalo, chef de la cavalerie d’Hannibal, s’élança. Mancinus et ses meilleurs cavaliers furent tués. Les autres rejoignirent le dictateur.

Ce jour-là, Fabius avait été rejoint par Minucius. Ayant uni leurs forces, ils installèrent leur camp sur la route qu'allait suivre Hannibal. Le lendemain, les Carthaginois occupèrent la route qui se trouvait entre les deux camps. Les Romains étaient établis au pied de leurs retranchements, dans une position plus favorable que la sienne. Les Carthaginois attaquèrent sur divers points, en chargeant et se repliant ensuite. L'armée romaine résista sur place. Ce fut un combat plus conforme au désir du dictateur qu'à celui d'Hannibal. Celui-ci paraissait bloqué dans des conditions telles que Capoue, le Samnium et d’autres riches alliés pouvaient approvisionner les Romains tandis que les Carthaginois allaient hiverner entre les rochers de Formies et les étangs de Literne, au milieu d'affreuses forêts. Comme Hannibal ne pouvait passer par Casilinum et qu'il lui fallait franchir la crête de Callicula, il décida d'avancer furtivement, de nuit, jusqu'au pied des monts. Des torches et des fagots furent attachés aux cornes des boeufs qu'il emmenait en grand nombre. On prépara ainsi environ deux mille boeufs et Hasdrubal fut chargé de pousser ce troupeau, les cornes enflammées, au-dessus du défilé occupé par l'ennemi. La peur de la flamme rendit ces animaux fous. Quand ils coururent de tous côtés, toutes les branches des environs parurent brûler. Quand les Romains en embuscade au col virent cela, ils se crurent tournés et se jetèrent au milieu des troupes légères ennemies. Mais la nuit empêcha le combat. Pendant ce temps Hannibal fit franchir le défilé à toute sa colonne. Fabius, répugnant à un combat de nuit, retint les siens. A l'aube, il y eut un combat où les troupes légères carthaginoises auraient été dominées si une cohorte d'Espagnols, envoyée par Hannibal, n'était arrivée. Ces hommes étaient habitués à la montagne et la lutte fut vite interrompue. Fabius menait toujours ses troupes par les crêtes, sans engager le combat. Hannibal changea de direction et, se retournant vers l'Apulie, arriva à Gereonium que ses habitants avaient abandonnée. Le dictateur établit un camp sur le territoire de Larinum. Rappelé à Rome pour des cérémonies religieuses, il donna au maître de la cavalerie l'ordre d’être prudent et de l'imiter.

En Espagne aussi il y avait la guerre. Hasdrubal confia quarante navires à Himilcon et partit de Carthagène. Quand Cn. Scipion apprit qu'il avait quitté ses quartiers d'hiver, il alla au-devant de l'ennemi avec une flotte de trente cinq navires. Parti de Tarragone, il s'approcha de l'Ebre. Deux navires marseillais envoyés en éclaireurs l'informèrent que la flotte carthaginoise était à l'embouchure du fleuve et le camp sur la rive. L'Espagne a beaucoup de tours placées sur des hauteurs dont on se sert pour la défense contre les pirates. C’est de là qu'on vit les vaisseaux romains. On les signala à Hasdrubal qui ordonna à ses hommes d'embarquer en hâte et de prendre les armes. Tout se fit précipitamment. Soldats et marins se gênaient mutuellement. Les Romains avaient aligné leurs vaisseaux pour la bataille. Les Carthaginois virèrent de bord pour prendre la fuite mais l'embouchure du fleuve n'était pas accessible à une large colonne de navires. Ils jetèrent çà et là leurs vaisseaux à la côte et se réfugièrent auprès de leur armée rangée sur le rivage. Les Romains prirent vingt-cinq navires sur quarante. Un petit combat rendit les Romains maîtres de la côte. Ils débarquèrent à Onusa puis gagnèrent Carthagène en dévastant le territoire environnant. De là, lourde de butin, la flotte passa dans l'île d'Ebuse. Après avoir attaqué en vain la capitale de l’île, les Romains dévastèrent la campagne et en tirèrent encore plus de butin. Scipion reçut des ambassadeurs Baléares qui demandaient la paix. La flotte retourna alors vers la province citérieure où des ambassadeurs de tous les peuples qui habitent en deçà de l'Ebre et de beaucoup d'autres de l'extrémité de l'Espagne accoururent.

Cent vingt peuples se soumirent et donnèrent des otages. Les Romains avancèrent jusqu'au col de Castulo et Hasdrubal se retira en Lusitanie. Le reste de l'été aurait pu être tranquille mais les Espagnols ont l'esprit avide de changement et Mandonius et Indibilis, anciens rois des Ilergètes, vinrent dévaster le territoire des alliés de Rome. Ils furent facilement mis en déroute mais cela ramena Hasdrubal en deçà de l'Ebre pour protéger ses alliés. Mais la guerre tourna vers ailleurs. Les Celtibères envahirent la province des Carthaginois. Ils prirent trois places fortes, livrèrent deux batailles à Hasdrubal, tuèrent quinze mille ennemis et en prirent quatre mille. Telle était la situation quand P. Scipion arriva dans sa province, prorogé dans ses pouvoirs après son consulat, avec trente vaisseaux, huit mille soldats et du ravitaillement. Cette flotte gagna Tarragone. Scipion débarqua ses hommes et partit rejoindre son frère. Ils firent la guerre ensemble. Les Carthaginois étant occupés contre les Celtibères, ils passèrent l'Ebre et marchèrent sur Sagonte. On disait que les otages de toute l'Espagne y étaient gardés par une petite garnison. Cela seul retenait les Espagnols. Il y avait à Sagonte un noble espagnol, Abelux. D'abord partisan des Carthaginois, il avait changé. Pensant qu'un déserteur qui passe à l'ennemi sans livrer quelque chose n'est rien, il voulut livrer les otages aux Romains. Il expliqua à Bostar, chef de la garnison carthaginoise, que jusqu'alors c'était la peur qui avait tenu les Espagnols parce que les Romains étaient loin. Maintenant, il fallait se les attacher par la reconnaissance. Abelux lui suggéra de renvoyer les otages chez eux. Cela plairait à leurs parents. Après avoir convaincu Bostar qui, pour un Carthaginois, n'était pas rusé, Abelux prévint Scipion et, le lendemain, conduisit les otages dans l'embuscade préparée par lui-même. On les mena au camp romain. La reconnaissance des Espagnols alla aux Romains. Tous auraient aussitôt pris les armes pour Rome sans l'hiver qui obligea Romains et Carthaginois à se retirer dans des cantonnements.

En Italie les défaites romaines avaient été interrompues par la prudence de Fabius. Cela inquiétait Hannibal qui voyait que les Romains avaient enfin un chef raisonnable mais Fabius était méprisé par ses concitoyens. Son impopularité avait été renforcée par une ruse d'Hannibal. Des déserteurs lui avaient montré une propriété du dictateur. Il l’épargna de façon à ce que cela semble le prix d'un accord secret. D'autre part, pour l'échange des prisonniers, Fabius et Hannibal avaient convenu que celui qui en recevrait plus qu'il n'en donnerait paierait deux livres et demi par soldat. Le Romain en ayant reçu deux cent quarante-sept de plus que le Carthaginois, le dictateur paya sur sa fortune privée, et cela parut suspect. Hannibal était à Gereonium. De là, il envoyait son armée à la recherche de vivres. L'armée romaine était alors sous les ordres de Minucius. Il n'échappa pas à Hannibal que la tactique avait changé et que les ennemis agissaient avec plus de hardiesse que de réflexion. Il envoya un tiers de ses soldats à la recherche des vivres puis déplaça son camp sur une hauteur pour montrer qu'il était prêt à protéger ses ravitailleurs. Il voulut occuper une hauteur encore plus proche des Romains mais ceux-ci s'y installèrent. Les ravitailleurs carthaginois se firent massacrer mais Hannibal n'osa pas engager la bataille. C'était avec la tactique de Fabius, en temporisant, qu'il menait la guerre.

On raconta pourtant qu'il y avait eu une bataille et que les Carthaginois avaient été rejetés dans leur camp grâce à l'intervention du Samnite Numerius Decimus qui, se montrant dans le dos d'Hannibal avec huit mille fantassins et cinq cents cavaliers, apparut comme un renfort arrivant de Rome. Le bruit d'une éclatante victoire fut apporté à Rome. Comme, au milieu de la joie, le dictateur doutait, un tribun de la plèbe déclara cette attitude insupportable. Pour lui, le dictateur cherchait à rester en charge. Il proposa de rendre égaux les droits du maître de la cavalerie et du dictateur. Au sénat, on n’écoutait pas Fabius quand il disait qu'on devait deux ans de défaites à l'imprudence des généraux, qu'avec un bon général la chance n'avait pas beaucoup de poids et qu'avoir sauvé l'armée était une plus grande gloire que d'avoir tué des milliers d'ennemis. Il proclama consul M. Atilius Regulus et repartit pour l'armée. On ne trouva pour défendre le projet que C. Terentius Varron, un homme dont le père avait été boucher et qui, lui-même, avait exercé ce métier servile. Avec l'argent laissé par son père, il était parvenu aux honneurs en défendant des causes basses. Espérant le consulat, il cherchait la faveur populaire dans l'impopularité du dictateur. Tous virent là le désir d'outrager le dictateur. Celui-ci montra dans cette affaire la même patience que d’habitude.

Il reçut en route la lettre qui égalait au sien le commandement du maître de la cavalerie. Minucius se mit à se glorifier d'avoir vaincu Fabius. Il proposa qu'un jour sur deux l'un d'eux ait le pouvoir suprême. Mais Fabius obtint un partage des légions, suivant l'usage établi entre consuls. Ils se partagèrent aussi les cavaliers et les auxiliaires. Le maître de la cavalerie voulut même qu'on sépare les camps. Hannibal eut alors une double joie. En effet, Minucius se laisserait prendre à ses ruses et Fabius avait perdu la moitié de ses forces. Il y avait entre le camp de Minucius et celui des Carthaginois un monticule dont Hannibal voulait faire un motif de combat. Le terrain était à première vue inutilisable pour une embûche. En réalité, il y avait des cavernes. Les Carthaginois y cachèrent cinq mille hommes. En envoyant, à l'aube, quelques hommes s'emparer du tertre, Hannibal attira l'ennemi. On combattit, de part et d'autre, avec toutes les forces. Les Carthaginois, sortant de leur embuscade, provoquèrent la débandade. Fabius entendit les cris des soldats de Minucius et vit de loin le désordre de leurs lignes. Son armée arriva comme une aide providentielle. Les troupes de Minucius se réfugièrent près de ces lignes intactes. Alors le Carthaginois fit sonner la retraite, montrant ainsi qu'il avait vaincu Minucius, mais que Fabius l'avait vaincu. Minucius demanda à ses hommes de reconnaître Fabius comme seul chef. Ils marchèrent en colonne vers le camp du dictateur, au grand étonnement de celui-ci. Le maître de la cavalerie déclara qu’il devait à Fabius son salut et celui de ses hommes. Il renonçait à la nouvelle loi et revenait sous son autorité. A Rome, quand arriva la nouvelle de ce qui s'était passé, chacun glorifia Fabius. Quant aux Carthaginois, ils réalisèrent que c'était contre les Romains qu'ils faisaient la guerre. Les deux années précédentes, ils ne pouvaient croire être en guerre avec le peuple auquel leurs pères avaient fait une réputation formidable.

Pendant ce temps, le consul Cn. Servilius Geminus, avec une flotte de cent vingt navires, contourna la Sardaigne et la Corse et vogua vers l'Afrique. Il dévasta l'île de Menix et reçut dix talents d’argent des habitants de Cercina pour ne pas piller leur territoire. Il débarqua sur la côte africaine des troupes qui donnèrent dans une embuscade et furent rejetées dans leurs vaisseaux. La flotte mit précipitamment le cap sur la Sicile. Servilius rentra en Italie, une lettre de Fabius les convoquant, lui et son collègue M. Atilius, pour reprendre son armée car ses six mois de magistrature étaient presque terminés. Atilius reçut l'armée de Fabius et Geminus Servilius celle de Minucius. Ils menèrent la guerre suivant la tactique de Fabius avec une entente parfaite. Quand Hannibal sortait de son camp pour se ravitailler, ils harcelaient sa colonne et enlevaient les soldats isolés mais évitaient la bataille que l’ennemi recherchait. La famine toucha Hannibal au point qu’il pensa regagner la Gaule. Tandis qu'à Gereonium l'hiver avait suspendu la guerre, des ambassadeurs napolitains apportèrent à Rome quarante coupes d'or. Le trésor romain était épuisé par la guerre et les Napolitains trouvaient juste d'aider le peuple romain. On n'accepta que la plus petite coupe. A la même époque, un espion carthaginois fut arrêté à Rome et renvoyé les mains coupées. Vingt-cinq esclaves furent crucifiés pour avoir comploté. Au dénonciateur on donna la liberté et vingt mille as. On envoya des ambassadeurs à Philippe de Macédoine pour lui demander de livrer Démétrius de Pharos qui s'était réfugié auprès de lui. D'autres allèrent protester chez les Ligures qui avaient aidé les Carthaginois et voir ce qui se passait chez les Boïens et les Insubres. Chez le roi Pineus, en Illyrie, on envoya aussi des ambassadeurs pour lui faire payer le tribut. Les Romains ne se désintéressaient d'aucun détail.

Les consuls ne pouvant s'éloigner de l'ennemi, les sénateurs firent nommer un dictateur pour présider les élections. Ce fut L. Veturius Philo. Pour un vice de forme, il abdiqua treize jours plus tard et on revint à un interrègne. On prorogea pour un an le commandement des consuls. Pendant les élections, patriciens et plèbéiens luttèrent violemment. Les patriciens s'opposaient à C. Terentius Varron et à sa démagogie. Un tribun de la plèbe, parent de C. Terentius, affirmait que c'étaient les nobles qui avaient attiré Hannibal en Italie et qui faisaient traîner la guerre en longueur. Ces discours ayant enflammé la plèbe, C. Terentius Varron fut nommé consul. Il eut L. Aemilius Paulus comme adversaire plus que comme collègue. Avant le départ des nouvelles légions, on consulta les livres à cause de nouveaux prodiges. Il y avait eu des pluies de pierres, du sang s'était mêlé aux eaux d'une source et, à Rome, des gens avaient été foudroyés. On fit les sacrifices prescrits. Des ambassadeurs de Paestum apportèrent à Rome des coupes d'or. Comme pour les Napolitains, on les remercia sans accepter leur or. Une flotte d'Hiéron aborda à Ostie. Ses ambassadeurs apportaient une Victoire en or de deux cent vingt livres ainsi que trois cent mille boisseaux de blé et deux cents d'orge. Le roi envoyait aussi mille archers et frondeurs pour lutter contre les Baléares, les Maures et les autres peuples qui combattent avec des projectiles. Il conseillait de faire passer la flotte en Afrique pour que l'ennemi ait lui aussi la guerre chez lui et puisse moins envoyer de secours à Hannibal. Le sénat remercia Hiéron et fit placer la Victoire au Capitole.

On renforça la flotte de Sicile et on autorisa son chef à passer en Afrique. Les tribuns militaires firent prêter serment aux soldats d'obéir aux consuls et de ne pas quitter l'armée sans leur ordre. D'eux-mêmes, les hommes jurèrent de ne pas s'enfuir. Varron proclama qu'il allait terminer la guerre apportée par les nobles. Son collègue Paul-Émile se demandait comment un chef, avant de connaître la situation, pouvait annoncer d'avance le jour où il combattrait l'ennemi. Q. Fabius Maximus s’inquiétait de le voir associé à Varron. Si celui-ci agissait comme il l’annonçait, il y aurait bientôt un autre Trasimène. La seule méthode à employer contre Hannibal, c’était la prudence. La guerre avait lieu en Italie, au milieu des Romains et de leurs alliés. Au contraire Hannibal était sur une terre étrangère et n’avait plus que le tiers de son armée. Il souffrait de la faim. Il suffisait d’attendre. Hannibal se réjouit de l'arrivée des consuls. Il lui restait à peine dix jours de blé et les Espagnols se préparaient à déserter. Mais il y avait l'imprudence du consul Varron. Dans une sortie spontanée, les Romains massacrèrent des pillards carthaginois. Comme ils poursuivaient l'ennemi, ils furent arrêtés, malgré l'indignation de Varron, par Paul-Emile qui commandait ce jour-là et qui craignait une embuscade. Hannibal savait que les chefs étaient en désaccord et qu'il y avait deux tiers de recrues parmi les soldats romains. La nuit suivante, il abandonna son camp et dissimula des troupes.

Au jour, le silence étonna les soldats romains. On annonça que l'ennemi avait fui en laissant son camp intact. Tous réclamèrent qu'on mène l'armée au pillage du camp. Paul-Émile envoya en reconnaissance le préfet de cavalerie qui revint en annonçant qu'il s'agissait sûrement d'un stratagème mais les soldats criaient que, faute de signal, ils iraient là-bas seuls. Varron donna le signal du départ. Paul-Émile restait circonspect. N'ayant reçu des poulets aucun auspice favorable, il le dit à son collègue. Le malheur récent de Flaminius et le souvenir de la défaite navale du consul Claudius, pendant la première guerre punique, frappèrent Varron d'une crainte religieuse. Alors que le consul ordonnait de rentrer au camp, sans être obéi des soldats, deux esclaves pris par les Numides s'enfuirent et revinrent à leurs maîtres. Ils annoncèrent aux consuls que l'armée d'Hannibal était embusquée. Leur arrivée rendit aux consuls leur autorité. Quand Hannibal vit que sa ruse était découverte, il rentra dans son camp. Il n'y resta pas longtemps, faute de blé et se décida à partir pour les régions plus chaudes et aux moissons plus mûres de l'Apulie. Il partit de nuit, après avoir comme la première fois fait allumer des feux pour que la crainte d'une ruse retienne les Romains. Mais le préfet de cavalerie rapporta qu'il avait vu l'ennemi en marche. On commença à penser à la poursuite. Tous dans l'armée approuvaient Varron. Suivant l'avis de la majorité, on partit pour Cannes.

Hannibal avait établi son camp près de ce village, ayant à dos le vent Vulturne qui, dans ces plaines arides, soulève des nuages de poussière. Les Carthaginois auraient ainsi à combattre un ennemi aveuglé. Les consuls établirent deux camps au bord de l'Aufidus. Hannibal envoya ses Numides provoquer l'ennemi qui fut à nouveau troublé par l'agitation des soldats et le désaccord des consuls. Pendant ce temps, Hannibal fit attaquer les Romains qui allaient à l'eau. Les Numides arrivèrent jusqu'aux portes du camp. Cela parut honteux aux Romains, seulement le commandement était ce jour-là aux mains de Paul-Émile. Le lendemain Varron, sans consulter son collègue, arbora le signal du combat. A droite étaient les Romains, à gauche les alliés. Les troupes de jet et les auxiliaires légèrement armés formaient la première ligne. Varron commandait à gauche, Paul-Émile à droite. A l'aube, Hannibal, ayant envoyé en avant les Baléares et les troupes légères, passa le fleuve. Les cavaliers gaulois et espagnols étaient en face de la cavalerie romaine, l'aile droite était confiée aux cavaliers numides et le centre était tenu par l'infanterie africaine, gauloise et espagnole. Les Africains portaient des armes prises à la Trébie et à Trasimène. Gaulois et Espagnols avaient de grands boucliers. Les épées gauloises étaient longues et sans pointe. Chez les Espagnols, elles étaient courtes et pointues. Les Gaulois étaient torse nu. Les Espagnols portaient des tuniques de lin bordées de pourpre. Il y avait quarante mille fantassins et dix mille cavaliers. Les chefs étaient à gauche Hasdrubal, à droite Maharbal, au centre Hannibal et son frère Magon.

Le soleil était de côté pour tous, mais le vent chargé de poussière aveuglait les Romains. Le combat fut engagé par l'infanterie légère puis par les cavaliers. Les Romains tournèrent le dos. Après cela s'engagea la bataille d'infanterie. Les Romains ébranlèrent les ennemis et furent entraînés au centre de la ligne adverse jusqu'aux Africains des réserves qui s'étaient établis à droite et à gauche de façon à former deux ailes en retrait. Voyant les Romains se précipiter sans précaution au centre, ils les encerclèrent. Alors les Romains commencèrent un combat nouveau, inégal parce qu'ils étaient fatigués. A l'aile gauche romaine, le combat s'était engagé par une ruse carthaginoise. Cinq cents Numides qui cachaient des armes firent semblant de déserter. Ils furent reçus parmi les Romains et conduits au dernier rang, avec l'ordre d'attendre. Quand tous furent occupés de la bataille, ils attaquèrent par derrière et provoquèrent un grand désordre. De l'autre côté, Paul-Émile, blessé dès le début par une balle de fronde, chargea plusieurs fois Hannibal. A la fin, les cavaliers romains mirent pied à terre parce que le consul n'avait plus la force d'être à cheval. Ce ne fut qu’un combat de retardement. Un tribun militaire proposa son cheval au consul qui refusa et lui ordonna d’aller à Rome prévenir qu’il fallait fortifier la ville. Il voulait mourir au milieu de ses hommes.

De tous côtés, ce fut la fuite. Sept mille hommes se réfugièrent dans le petit camp, dix mille dans le grand, deux mille à Cannes. Varron parvint avec cinquante cavaliers à Venouse. Quarante-cinq mille fantassins et trois mille cavaliers, citoyens et alliés, furent tués et, parmi eux, deux questeurs, vingt-neuf tribuns militaires, plusieurs anciens magistrats et quatre-vingts personnages de rang sénatorial qui s'étaient engagés comme soldats. Il y eut trois mille fantassins et mille cinq cents cavaliers faits prisonniers. Telle fut la bataille de Cannes, aussi célèbre que la défaite de l'Allia. Dans les deux camps, les soldats se trouvaient sans chefs. Ceux du grand camp firent dire aux autres de les rejoindre. Ils partiraient ensuite ensemble pour Canusium. Ceux du petit camp hésitèrent. Le tribun militaire P. Sempronius Tuditanus leur demanda s’ils préféraient être vendus comme esclaves. Formant ses hommes en coin, il s'avança à travers les ennemis. Six cents arrivèrent au grand camp dont ils repartirent avec à une colonne importante et parvinrent sains et saufs à Canusium. Alors que les chefs carthaginois félicitaient Hannibal et lui conseillaient de prendre du repos, Maharbal, commandant de la cavalerie, lui dit qu’il pourrait dîner en vainqueur au Capitole dans quatre jours s'il se précipitait contre Rome. Hannibal préféra réfléchir. Alors Maharbal lui dit «Tu sais vaincre, Hannibal, mais tu ne sais pas profiter de la victoire.» Ce retard sauva Rome. Le lendemain, les Carthaginois se mirent à ramasser les dépouilles. Des milliers de Romains gisaient là. Les blessés furent achevés. On retira de sous un Romain mort un Numide vivant, le nez et les oreilles déchirés. Le Romain avait fini le combat avec ses dents ! Hannibal conduisit ses troupes à l'attaque du petit camp qui se rendit. Les citoyens romains furent séparés des alliés. Les lâches livrèrent aussi le grand camp. Les Carthaginois firent là un énorme butin.

A Canusium, Busa, une noble apulienne, donna aux rescapés des vivres, des vêtements et de l'argent pour la route. Il y avait là quatre tribuns militaires. Tous donnèrent le commandement à P. Scipion et à Ap. Claudius. On leur annonça que de jeunes nobles, dont le chef était M. Caecilius Metellus, voulaient quitter l'Italie. Scipion alla, avec quelques compagnons, chez Metellus. Là, il jura de n'abandonner ni la République ni le peuple romain et de ne permettre à personne de l’abandonner. Il exigea que M. Caecilius et les autres en fassent autant. Aussi effrayés que s’ils avaient vu Hannibal, ils jurèrent tous. Au même moment arrivèrent à Venusia quatre mille cinq cents hommes que la fuite avait dispersés. Les Venusini donnèrent à chacun des vêtements, de l’argent et des armes. Appius et Scipion, quand ils apprirent qu'un des consuls était sain et sauf, lui demandèrent ce qu'il fallait faire. Varron lui-même vint à Canusium. Cela donnait l’apparence d'une armée consulaire capable de se défendre contre l'ennemi. A Rome on avait annoncé que toutes les troupes étaient anéanties. C’était un désastre plus grand que Trasimène. Hannibal devenait maître de presque toute l'Italie. On s'attendait à voir l'ennemi arriver. Comme il n'y avait plus assez de magistrats, les sénateurs calmer la Ville. Il fallait qu'ils placent des gardes aux portes pour empêcher les gens de partir. Enfin on reçut une lettre de Varron qui annonçait que L. Aemilius et l'armée avaient été massacrés mais que lui-même était à Canusium avec dix mille hommes. La fête de Cérès fut interrompue parce que les gens en deuil n'ont pas le droit de la célébrer. On dut même limiter le deuil à trente jours.

Une autre lettre arriva de Sicile. Le royaume de Hiéron était ravagé par une flotte punique. Une autre était aux îles Aegates, prête à attaquer Lilybée. Il fallait des navires si on voulait défendre un allié et la Sicile. Le sénat décida d'envoyer à Canusium M. Claudius, commandant de la flotte d'Ostie, et de rappeler le consul à Rome. Cette année-là, deux Vestales, Opimia et Floronia, furent convaincues d'inceste. L'une fut, selon la coutume, enterrée vivante. L'autre se suicida. Le scribe pontifical complice de Floronia fut battu à mort par le grand pontife. Ce sacrilège étant considéré comme un prodige, on consulta les Livres et on envoya à Delphes Q. Fabius Pictor demander à l'oracle par quelles prières les Romains pouvaient apaiser les dieux. Sur l'indication des livres du Destin, on fit plusieurs sacrifices extraordinaires. Entre autres, un Gaulois et une Gauloise, un Grec et une Grecque furent enterrés vivants dans un endroit déjà arrosé auparavant du sang de victimes humaines, cérémonie religieuse bien peu romaine. M. Claudius Marcellus affecta à la défense de Rome mille cinq cents soldats de marine. Il envoya une légion d'infanterie de marine à Teanum des Sidicins et se dirigea vers Canusium à marches forcées. M. Junius fut nommé dictateur. Il enrôla les jeunes gens dès dix-sept ans. On en forma quatre légions. Il réclama aussi des hommes aux alliés et aux Latins suivant les conventions. Huit mille jeunes esclaves volontaires furent achetés par l'Etat et armés.

Hannibal, après avoir libéré sans rançon les alliés, permit aux Romains de se racheter. Ils acceptèrent avec joie. Ils choisirent dix d'entre eux pour se présenter au sénat avec le serment qu'ils reviendraient. Avec eux fut envoyé Carthalo pour présenter des conditions de paix. Quand on annonça qu'ils s'approchaient de Rome, un licteur fut envoyé au devant de Carthalo pour lui ordonner de quitter le territoire romain. Les délégués des prisonniers obtinrent une audience. Leur chef expliqua qu’il savait bien que les prisonniers de guerre étaient peu considérés à Rome mais qu'ils ne s’étaient rendus qu’à la dernière extrémité. Leurs aïeux s’étaient bien rachetés des Gaulois. Ceux de Venusia ou de Canusium ne valaient pas moins qu’eux. On rachetait des esclaves, on pouvait bien les racheter eux aussi. La foule suppliait qu'on lui rende ses enfants, ses frères, ses parents. Le sénat commença à délibérer. Titus Manlius Torquatus. homme d'une grande sévérité, prit la parole. Il révéla ce qui s’était passé. Ces hommes avaient eu la nuit pour percer les lignes adverses. Ils ne l'avaient pas fait. Le tribun P. Sempronius Tuditanus les avait exhortés à le suivre. Ils ne l’avaient pas écouté. Sur sept mille hommes, six cents avaient fait une percée. Si tous avaient suivi, il y aurait maintenant à Canusium vingt mille hommes en armes. Ils avaient livré leurs armes sans combat. Il s’opposait à leur rachat. Le discours de Manlius fit impression. On ne voulait ni épuiser le trésor ni enrichir Hannibal. Il fut décidé qu’on ne rachèterait pas les prisonniers. Le désastre de Cannes fit chanceler la fidélité des alliés. Les Atellani, les Calatini, les Hirpini, une partie des Apuliens, les Samnites à l'exception des Pentri, tous les Bruttii, les Lucaniens, les Uzentini et presque toute la côte grecque, les Tarentins, les Métapontins, les gens de Crotone et de Locres, et tous les Gaulois cisalpins passèrent aux Carthaginois.

 

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