Livre 23: 216-215 av. JC

Après Cannes, Hannibal était parti pour le Samnium, appelé chez les Hirpins par Trebius Statius, un notable de Compsa qui promettait de lui livrer la ville tenue par la puissante famille pro-romaine des Mopsiens. A la nouvelle de la défaite, ceux-ci étaient partis et Compsa reçut une garnison carthaginoise. Hannibal chargea Magon de soumettre la région et se dirigea vers Naples pour s'assurer un port. Finalement il renonça à assiéger la ville, trop forte, et se dirigea vers Capoue, ville amollie par la richesse et les plaisirs. Pacuvius Calavius était un noble populaire qui dominait le sénat de la ville. C'était lui le premier magistrat de Capoue lors de Trasimène. Il savait que le peuple songeait à massacrer les sénateurs et à livrer la ville à Hannibal. Il imagina un moyen pour conserver un sénat asservi au peuple et à lui-même. Il convoqua les sénateurs, leur rappela les liens personnels qui le liaient à Rome mais les prévint de l'imminence d'une révolte. Il leur proposa un stratagème pour les sauver. Ils acceptèrent. Alors il les fit enfermer et convoqua l'assemblée du peuple à qui il expliqua qu'il lui livrait les sénateurs mais qu'il fallait en nommer de nouveaux. Il fit mettre les noms des sénateurs dans une urne et fit amener le premier tiré au sort. Tous le condamnèrent. Pacuvius demanda qu'on propose un nom pour le remplacer. Aucun accord ne fut possible. Finalement, le peuple se sépara en acceptant de maintenir l'ancien sénat. En sauvant les sénateurs, Pacuvius devint leur maître. Ils commencèrent à flatter le peuple.

Portée à la mollesse par les richesses, Capoue s'abandonna aux excès. Après Cannes, l'autorité de Rome s'effaça mais des liens familiaux avec les Romains retenaient les Capouans. De plus, beaucoup d'entre eux servaient dans l'armée romaine, dont trois cents cavaliers nobles en garnison en Sicile. Le consul Varron demanda que la Campanie lève trente mille hommes pour soutenir Rome. Les notables firent croire au peuple que la puissance romaine était anéantie et tout le monde voulut changer de camp. Des délégués furent envoyés à Hannibal et conclurent la paix avec lui. Hannibal devait leur donner trois cents captifs romains à échanger contre les cavaliers qui servaient en Sicile. Les citoyens romains furent arrêtés et enfermés dans des bains où ils moururent étouffés. Decius Magius s'était opposé à tout cela. Cela fut rapporté à Hannibal qui le convoqua. Magius refusa. Il voulut le faire arrêter mais craignit des troubles. Alors il annonça qu'il allait venir. Le peuple se précipita au-devant d'Hannibal avec enthousiasme, sauf Magius. Hannibal s'établit chez les chefs du parti pro-carthaginois. Le lendemain, il célébra l'amitié entre Capoue et Carthage mais il voulait que Magius lui soit livré. Tous acceptèrent. Magius fut embarqué pour Carthage. Le bateau fut poussé en Egypte par la tempête et le roi Ptolémée libéra Magius qui décida de rester à Alexandrie.

Pendant ce temps, Q. Fabius Pictor revint de Delphes. L'oracle avait dit quels dieux il fallait supplier et selon quels rites. Il disait aussi que Rome serait victorieuse et qu'il faudrait alors envoyer à Apollon une part des dépouilles. Le sénat fit organiser les cérémonies. A Carthage, Magon fils d'Hamilcar apporta la nouvelle de la victoire de Cannes. Il exposa au sénat les exploits de son frère qui avait battu six armées consulaires, tué deux cents mille hommes, fait cinquante mille prisonniers. Il versa un énorme tas d'anneaux d'or et demanda qu'on envoie à Hannibal des renforts, de l'argent et des vivres. Tous montrèrent leur joie. Himilcon, du parti barcide, se moqua d'Hannon. Mais celui-ci répliqua que les victoires ne valaient que si elles débouchaient sur la paix. Hannibal était victorieux mais voulaient des hommes. Il avait du butin mais voulait de l'argent. Hannon voulait qu'on lui cite un peuple latin passé à Hannibal. Magon ne le pouvait pas. Hannon demanda si les romains voulaient négocier. Magon l'ignorait. Mais tous pensaient que la guerre serait vite terminée avec un petit effort. Le sénat décida d'envoyer à Hannibal quatre mille Numides, quarante éléphants et une forte somme. On envoya aussi recruter vingt mille fantassins et quatre mille cavaliers en Espagne mais ces mesures furent exécutées avec nonchalance.

A Rome, le dictateur, M. Junius Pera, proposa aux prisonniers de s'enrôler en échange de leur pardon. Il rassembla ainsi six mille hommes. Il y ajouta les deux légions urbaines, les esclaves volontaires et les cohortes du Picenum et de Gaule. Il rassembla ainsi vingt cinq mille hommes. Maître de Capoue, Hannibal se dirigea vers Nole. Le sénat de la ville restait fidèle à Rome alors que le peuple, pensant à ses terres dévastées, était pour Hannibal. Les sénateurs prévinrent Marcellus Claudius, le préteur romain de Casilinum, qui se porta à leur secours. A son arrivée, Hannibal partit vers Naples, toujours désireux de s'assurer un port pour communiquer avec l'Afrique. Apprenant qu'un officier romain y commandait, il renonça et se tourna contre Nucérie qui finit par se rendre. les habitants partirent pour Nole ou Naples. Des sénateurs de Nucérie se réfugièrent à Cumes. La ville fut pillée et incendiée. A Nole, le peuple inspirait toujours des craintes, en particulier un nommé L. Bantius. Hannibal l'avait trouvé à Cannes à demi mort et renvoyé dans sa patrie. Bantius lui en était reconnaissant. Le préteur voulut conquérir son amitié. Il le complimenta de sa conduite à Cannes, lui donna un magnifique cheval et de l'argent et ordonna aux licteurs de le laisser entrer chaque fois qu'il le voudrait. Cela suffit à retourner l'orgueilleux jeune homme qui devint un ardent défenseur des Romains.

Revenant de Nucérie, Hannibal se présenta devant Nole. Marcellus fit fermer la ville. Des sénateurs vinrent prévenir Marcellus que le peuple voulait s'emparer des remparts. Alors Marcellus se décida à tenter la bataille. Hannibal s'étonnait de ne voir personne mais, tout à coup, les Romains se précipitèrent à l'extérieur. Hannibal pensa avoir affaire à une armée nombreuse et se retira sur Acerra. Marcellus fit alors refermer les portes et enquêta sur les habitants qui avaient eu des contacts avec l'ennemi. Soixante-dix furent condamnés comme traîtres et décapités. Il partit ensuite pour Suessula. Les habitants d'Acerra, trop faibles pour résister mais ne voulant pas capituler, s'enfuirent vers les villes de Campanie restées fidèles à Rome. Hannibal brûla la ville puis, craignant un mouvement des Romains contre Capoue, se présenta devant Casilinum. La place était tenue par cinq cents Prénestins surpris là par la défaite de Cannes, quatre cents Pérusiens et quelques soldats romains et latins. Apprenant la défection de Capoue, ils avaient massacré les Casiliniens et s'étaient rendus maîtres d'une partie de la ville. C'était une garnison suffisante mais les vivres manquaient.

Hannibal envoya Isalcas et ses Gétules négocier une capitulation. Ils furent d'abord surpris par le silence de la ville mais deux cohortes firent une brusque sortie et les Gétules furent malmenés. Marhabal, avec des forces plus nombreuses, ne soutint pas mieux une sortie des défenseurs. Hannibal vint enfin assiéger la place pourtant l'assaut du lendemain ne donna rien. De honte, il fortifia son camp, y laissa un petit contingent et alla prendre ses quartiers d'hiver à Capoue. Les troupes carthaginoises furent logées en ville. Endurcis par les épreuves, les soldats furent sans défenses contre les délices de voluptés d'autant plus enivrantes qu'ils les ignoraient. Le sommeil, le vin, les festins, les bains, l'oisiveté, les femmes firent fondre leur énergie. Ce fut une faute encore plus grave que de ne pas avoir marché sur Rome après la victoire de Cannes. Hannibal n'avait plus la même armée après ce séjour. Quand les soldats carthaginois retrouvèrent les tentes, les marches et les fatigues de la vie militaire, la force leur manqua autant que le courage. Pendant l'été, ils désertèrent en foule et c'est à Capoue que se réfugiaient les déserteurs.

Quand la saison s'adoucit, Hannibal revint devant Casilinum. Le blocus avait continué et la garnison souffrait de la faim. L'armée romaine était sous les ordres de Tiberius Sempronius, le dictateur étant allé à Rome prendre les auspices. Marcellus ne pouvait secourir les assiégés à cause du Vulturne aux eaux gonflées et pour ne pas s'éloigner de Nole et d'Acerra qui redoutaient les Campaniens. Gracchus, campé près de Casilinum, n'osait intervenir sans l'ordre du dictateur. Cependant, il fit remplir de blé des tonneaux qu'il jeta dans le fleuve après avoir averti les assiégés de les récupérer au passage. Ce stratagème trompa les Carthaginois quelques jours mais le Vulturne continua à gonfler et des tonneaux furent entraînés du mauvais côté. Hannibal fit renforcer la surveillance. Les Romains jetèrent des noix dans le courant. Finalement, les assiégés en furent réduits à manger le cuir de leurs boucliers, les rats et les herbes qui poussaient au pied des murailles. Hannibal consentit enfin à négocier. Le prix de chaque homme fut fixé à sept onces d'or. Alors les survivants, moins de la moitié de la garnison, se rendirent. Quand la rançon fut payée, ils furent envoyés à Cumes. Casilinum fut rendue aux Campaniens et Hannibal y laissa sept cents hommes. Rome accorda une solde double aux Prénestins et une exemption de service de cinq ans. On leur offrit aussi le droit de cité romain mais ils refusèrent.

Les Pétéliens, seuls Bruttiens restés fidèles à Rome, demandèrent du secours mais le sénat avoua qu'il ne pouvait rien pour des alliés si éloignés. A la même époque, les propréteurs de Sicile et de Sardaigne écrivirent que les troupes n'avaient plus ni blé ni argent. On leur répondit de se débrouiller par leurs propres moyens. En Sicile, Hiéron donna des vivres et la solde pour six mois. En Sardaigne, ce furent les villes alliées. A Rome, la guerre et l'âge avait éclairci les rangs des sénateurs. On proposa d'attribuer deux postes à chaque peuple du Latium pour renforcer l'union de Rome et des Latins mais l'idée fut mal accueillie. Finalement, on rappela d'Apulie le consul C. Terentius qui proclama dictateur M. Fabius Buteo pour qu'il nomme de nouveaux sénateurs. Ce qui fait qu'il y eut deux dictateurs en même temps. Fabius nomma cent soixante dix sept sénateurs, d'anciens magistrats ou des hommes qui s'étaient distingués à la guerre. Après cela il abdiqua. Le dictateur tint les comices où furent nommés consuls L. Postumius et Sempronius Gracchus. Il retourna ensuite à Teanum, où l'armée était en quartiers d'hiver. On apprit alors que L. Postumius avait péri en Gaule avec toute son armée. Il traversait avec son armée une forêt que les Gaulois appelaient Litana. Ceux-ci avaient coupé les arbres de façon à ce qu'ils tombent à la moindre poussée. Quand l'armée romaine fut engagée, les Gaulois firent tomber les arbres. Dix hommes en réchappèrent. Ceux qui n'avaient pas péri écrasés furent massacrés par les Gaulois. Les dépouilles de Postumius furent portées en triomphe par les Boiens dans leur principal temple et son crâne servit de vase pour les libations. La priorité étant Hannibal, il fut résolu qu'on ne s'occuperait pas de la Gaule cette année. Les soldats qui avaient fui à Cannes furent affectés en Sicile pour y rester jusqu'à la fin de la guerre.

En Espagne. Cneius Scipion commandait l'armée de terre et son frère Publius la flotte. Hasdrubal, le général carthaginois, peu confiants dans ses troupes, se tenait à distance. Ayant obtenu d'Afrique un renfort, il se rapprocha de ses ennemis mais les chefs de sa flotte le trahirent et soulevèrent les Tartésiens. Il dut laisser les Romains pour s'occuper de cette rébellion. Hasdrubal se fortifia sur une hauteur. Les insurgés s'emparèrent d'Ascua où il avait ses vivres. Dès lors, ils abandonnèrent toute discipline. Voyant cela, il marcha contre eux. Ils furent massacrés. Le lendemain, les Tartésiens se soumirent. Mais Hasdrubal reçut l'ordre de partir pour l'Italie avec son armée. A cette nouvelle, les Espagnols se tournèrent vers les Romains. Hasdrubal prévint Carthage que toute l'Espagne passerait aux Romains s'il partait. On envoya Himilcon avec une armée et une flotte défendre l'Espagne. Sitôt débarqué, il se concerta avec Hasdrubal qui lui donna des instruction pour la poursuite de la guerre. Hasdrubal partit après avoir levé une forte contribution en argent dans les pays soumis. Il savait qu'Hannibal avait souvent acheté son passage. Les généraux romains rassemblèrent leurs troupes sur l'Ebre et hésitèrent entre attaquer Hasdrubal où l'arrêter en attaquant ses alliés. Ils allèrent assiéger la ville d'Ibera. Au lieu de lui porter secours, Hasdrubal alla lui-même assiéger une ville soumise aux Romains. Finalement, les Romains se tournèrent contre Hasdrubal. Les Espagnols formaient le centre de son armée. Les Carthaginois étaient à droite, les Africains et les mercenaires à gauche. La cavalerie était aux ailes, en particulier les Numides qui ont deux chevaux au combat et sautent d'un animal sur l'autre tant est grande leur agilité. Les Romains avaient compris qu'ils défendaient l'Italie. L'armée carthaginoise était moins déterminée. Les Espagnols préféraient être battus en Espagne que d'être vainqueurs et entraînés loin de chez eux.

La victoire romaine ne fut pas douteuse. Il y eut beaucoup de victimes. Hasdrubal s'enfuit avec quelques hommes. Les romains prirent son camp et le pillèrent. Les Espagnols qui hésitaient passèrent du côté romain. Cette défaite ôta à Hasdrubal à la fois l'espoir de passer en Italie et celui de rester en Espagne. A Rome, on se réjouit surtout qu'Hasdrubal ne puisse rejoindre Hannibal. Pendant ce temps, Petelia fut prise d'assaut par Himilcon après un siège. A la fin, les défenseurs mangeaient le cuir de leurs chaussures, des herbes et des racines. Le carthaginois s'empara ensuite de Consentia. Une armée de Bruttiens mit le siège devant Crotone, une ancienne importante ville grecque qui tomba rapidement entre leurs mains. Seule la citadelle continua à résister. Les Locriens passèrent aussi aux Carthaginois. Dans la contrée, seuls les Rhégiens restaient indépendants et fidèles à Rome. Cette tendance gagna aussi la Sicile et même la famille d'Hiéron ne fut pas exempte de trahisons. Gélon, le fils ainé, passa aux Carthaginois et la Sicile entière se serait révoltée s'il n'était fort opportunément mort. Hiéron ne fut à l'abri du soupçon.

A la fin de l'année, les fils de l'ancien consul M. Aemilius Lepidus donnèrent en l'honneur de leur père trois jours de jeux funèbres où parurent vingt deux paires de gladiateurs. Les édiles firent aussi célébrer pendant trois jours les jeux romains. Aux ides de mars, le consul Tiberius Sempronius entra en fonctions. Le sénat décida que l'impôt serait doublé et qu'on en percevrait aussitôt la moitié pour payer les soldats. On attendait que les comices soient convoqués pour désigner le collègue de Sempronius. Tout le monde s'attendait à ce que ce soit Marcellus. Le sénat s'indigna quand celui-ci fut désigné pour mener des troupes en Italie du sud. Sempronius promit que les comices auraient lieu dès son retour. Les trois cents cavaliers campaniens qui avaient fini leur temps en Sicile étaient arrivés à Rome. On leur proposa la citoyenneté romaine. Marcellus fut nommé consul. Lors de son installation, le tonnerre gronda et les augures déclarèrent l'élection mauvaise. Les patriciens disaient que les dieux étaient mécontents de voir deux plébéiens consuls. Marcellus se retira et on nomma à sa place Fabius Maximus. Cette année-là on vit la mer prendre feu, une génisse mit bas un poulain, des statues suèrent du sang et il y eut une pluie de pierres. On expia tous ces prodiges. Magon, frère d'Hannibal, s'apprêtait à passer d'Afrique en Italie avec des troupes, des éléphants et une grosse somme d'argent lorsqu'arriva la nouvelle de la défaite carthaginoise en Espagne. Les Carthaginois voulurent reprendre la Sardaigne. L'armée romaine y était peu nombreuse et les Sardes étaient accablés d'impôts. Une délégation de notables sardes s'était déjà rendue à Carthage. Le chef de la conspiration était Hampsicoras. Les Carthaginois envoyèrent Magon en Espagne et choisirent Hasdrubal pour débarquer en Sardaigne.

L'attention de tous les rois s'était concentrée sur la lutte des deux plus puissants peuples de la terre, en particulier celle de Philippe, roi de Macédoine. Il s'était réjoui du passage des Alpes par Hannibal. Après les victoires carthaginoises, il envoya des ambassadeurs à Hannibal. En route vers Capoue, ils tombèrent sur les Romains et furent conduits devant le préteur M. Valerius Laevinus. Xénophane, le chef de l'ambassade, déclara qu'il était envoyé par le roi Philippe pour faire alliance avec Rome. Heureux de cette nouvelle, Valerius donna des guides aux Macédoniens qui parvinrent ainsi au camp d'Hannibal. Xénophane conclut avec lui traité d'alliance. Philippe devait ravager les côtes italiennes. Après la guerre, l'Italie appartiendrait aux Carthaginois qui, à leur tour, iraient en Grèce faire la guerre à ceux que Philippe désignerait. La Grèce et les îles voisines reviendraient à Philippe. Les ambassadeurs macédoniens repartirent avec des responsables carthaginois mais leur navire fut interceptés par la flotte romaine. La présence des Carthaginois fit naître des soupçons. On trouva les lettres d'Hannibal à Philippe et le traité d'alliance. Tout le monde fut envoyé à Rome. A la même époque, on envoya T. Manlius Torquatus en Sardaigne avec cinq mille hommes. La flotte carthaginoise, prise par la tempête, dut faire relâche aux Baléares.

Les Campaniens voulurent soumettre Cumes par la ruse. Les Campaniens célèbrent un sacrifice annuel à Hamae. On fit savoir aux gens de Cumes que le sénat de Capoue s'y rendrait et on les pria d'envoyer aussi leur sénat afin de discuter. Cumes soupçonna une perfidie mais accepta. Pendant ce temps, Sempronius entraînait sa troupe d'esclaves volontaires. Il ne voulait pas qu'on leur reproche leur origine. Ses ordres furent observés et il régnait dans l'armée une concorde parfaite. Il fut informé par Cumes des propositions de Capoue. Il ordonna aux habitants de transporter en ville tout ce qu'ils pouvaient et de rester dans leurs murs. La veille du jour fixé, il alla camper près de Cumes. Hamae était proche. Marius Alfius, medix tutique, c'est-à-dire premier magistrat de Capoue, était en embuscade mais plus préoccupé du sacrifice que de sécurité. La célébration dura trois jours et la fête avait lieu la nuit. Sempronius en profita. Il arriva de nuit devant le camp campanien de Hamae, mal gardé, et y pénétra. Les uns dormaient, les autres étaient sans armes. Ils furent massacrés. Les Campaniens perdirent deux mille hommes, dont Alfius. Les Romains se réfugièrent ensuite à Cumes car Hannibal n'était pas loin.

Il arriva le lendemain avec du matériel de siège, ravagea les environs et installa son camp. Pendant ce temps, l'autre consul, Fabius, était occupé à prendre les auspices et à conjurer des prodiges. Hannibal fut rejeté dans son camp par une brusque sortie des Romains et Sempronius en profita pour se retirer. A la même époque, Hannon fut chassé de Lucanie. Vercellium, Vescellium et Sicilinum, trois villes des Hirpins qui avaient abandonné Rome furent reprises. Les responsables de la trahison furent exécutés et le butin revint aux soldats. C'est à ce moment que les vaisseaux qui amenaient à Rome les ambassadeurs macédoniens passèrent devant Cumes. Le consul Sempronius prit connaissance de la correspondance entre Hannibal et Philippe. Le sénat fut très inquiet. Il résolut d'écarter Philippe de l'Italie en attaquant le premier. Une flotte fut organisée. Si Philippe voulait réellement la guerre, le préteur M. Valerius passerait en Macédoine pour le contenir dans son royaume. Le roi apprit que ses ambassadeurs avaient été capturés. Ne sachant ce qui avait été convenu avec Hannibal, il en envoya de nouveaux qui réussirent à porter et à rapporter des lettres. Mais l'été se passa avant que Philippe puisse tenter quoi que ce soit. Ainsi la prise d'un seul vaisseau avait suffi à retarder une guerre qui menaçait Rome. Fabius passa enfin le Vulturne et les deux consuls purent agir ensemble. Fabius prit Combulteria, Trebula et Austicula, capturant les garnisons d'Hannibal et de nombreux Campaniens. Nole recommençait à s'agiter. Fabius installa son camp près du Vésuve et envoya des troupes protéger la ville.

En Sardaigne, le préteur T. Manlius avait tiré à sec ses navires près de Caralès et armé les équipages. Il disposait de vingt-trois mille hommes. Il pénétra en territoire ennemi et établit son camp près de celui d'Hampsicoras. Celui-ci se trouvait alors chez les Pellites qu'il essayait de soulever et le camp était commandé par son fils Hostus. Celui-ci engagea le combat mais fut battu. Trois mille Sardes périrent. Les autres se réfugièrent à Cornus, la capitale du pays. Mais la flotte d'Hasdrubal redonna espoir aux vaincus. Manlius, apprenant que les Carthaginois avaient débarqué, se retira à Caralès et Hampsicoras se joignit à Hasdrubal. Ils ravagèrent le territoire des alliés de Rome jusqu'à ce que Manlius aille à leur rencontre. On combattit avec acharnement. Douze mille Sardes et Carthaginois furent tués. Les chefs carthaginois Hasdrubal, Magon et Hannon furent capturés. Hostus mourut. Hampsicoras s'enfuit puis se suicida en apprenant la mort de son fils. Les vaincus s'enfermèrent dans Cornus dont Manlius s'empara. Les autres villes insurgées se soumirent. Manlius leur imposa une contribution en argent et en grain puis rentra à Caralès, embarqua ses troupes et rentra à Rome.

Le préteur T. Otacilius, qui avait ravagé le territoire de Carthage, se dirigeait vers la Sardaigne avec sa flotte. Il rencontra la flotte carthaginoise qui retournait en Afrique et lui prit sept navires. Dans le même temps Bomilcar s'approcha de Locres. Voulant l'attaquer par surprise, Claudius mena en hâte son armée à Messine et passa à Locres. Mais Bomilcar était déjà parti pour le Bruttium. Le même été, Marcellus ravagea le territoire des Hirpins et des Samnites de Caudium qui demandèrent l'aide de Carthage. Eux qui avaient fait passer deux armées consulaires sous le joug ne pouvaient se défendre parce que leurs forces étaient avec Hannibal. Celui-ci se dirigea vers Nole avec le gros de son armée. C'est là aussi qu'arriva Hannon amenant du Bruttium les renforts et les éléphants. Dès que Marcellus apprit l'approche de l'ennemi, il se renferma derrière les murailles et demanda aux sénateurs de Nole d'observer ce qui se passait dans le camp carthaginois. Hannon demanda une conférence à deux d'entre eux. Marcellus accepta. Hannon essaya de convaincre les sénateurs de prendre le parti de Carthage. Ils refusèrent. Cette entrevue enleva à Hannibal l'espoir de s'emparer de Nole par trahison. Il assiégea alors la ville.

Hannibal envoya des troupes ravager la campagne. Marcellus intervint et la bataille s'engagea. Les Carthaginois furent refoulés dans leur camp. Les Romains rentrèrent dans Nole sous les acclamations du peuple qui juste avant penchait pour Carthage. Le ennemis perdirent cinq mille hommes et quatre éléphants. Les Romains perdirent moins de mille combattants. Trois jours plus tard, près de trois cents cavaliers numides et espagnols passèrent du côté romain. Hannibal renvoya Hannon et ses troupes dans le Bruttium et alla prendre ses quartiers d'hiver en Apulie. Il s'arrêta près d'Arpi. Quand Fabius apprit cela, il fit transporter du blé au camp situé vers Suessula et le mit en défense. Lui-même mit la Campanie à feu et à sang. Les Campaniens durent établir un camp devant Capoue. Ils avaient six mille hommes. Les fantassins étaient médiocres. Ils utilisaient surtout la cavalerie. Le plus brave des cavaliers capouans était Cerrinus Vibellius Taurea. Quand il servait dans l'armée romaine, seul Claudius Asellus l'égalait. Un jour Taurea lança un défi à Asellus. Celui-ci demanda au consul l'autorisation de combattre hors des rangs puis s'avança. Les Romains et les Campaniens regardaient. Mais Taurea, plus brave en paroles qu'en actes, rompit le combat et Asellus rentra dans son camp en vainqueur.

Après cela, les deux camps restèrent inactifs. Le consul recula même pour que les Campaniens puissent ensemencer leurs champs. Mais il ravagea leur territoire quand les moissons furent assez hautes pour faire du fourrage. On ne garda à Nole qu'une garnison réduite pour éviter des dépenses. On envoya le préteur M. Valerius à Brindes pourveiller aux affaires de Macédoine. A la fin de l'été, on reçut des lettres des deux Scipion qui annonçaient leurs succès en Espagne mais qui réclamaient aussi du matériel. Ces demandes étaient justes mais on pensait déjà à la guerre contre la Macédoine. La Sicile et la Sardaigne nourrissaient difficilement les troupes qui s'y trouvaient. L'impôt devait assurer ces dépenses alors que le nombre de ceux qui payaient avait diminué. Seul le crédit pouvait soutenir l'Etat. Le préteur Fulvius engagea ceux qui s'étaient enrichis dans le maniement des fonds publics à prêter de l'argent à l'Etat. Ils seraient payés dès que possible. Le jour où l'on devait adjuger les fournitures pour l'armée d'Espagne, dix neuf citoyens acceptèrent en échange d'une exemption de service militaire et d'une garantie de l'Etat pour leurs marchandises. A l'arrivée des convois, Hasdrubal, Magon et Hamilcar assiégeaient Iliturgi qui étaient passée aux Romains. Les Scipion réussirent à faire parvenir du blé aux assiégés. Ils engagèrent ensuite le combat avec Hasdrubal. Il y avait seize mille Romains contre soixante mille ennemis. Les Carthaginois furent écrasés et les Romains s'emparèrent des trois camps. L'armée ennemie reconstituée grâce à une province peuplée et belliqueuse fut une nouvelle fois battue. Alors presque tous les peuples d'Espagne passèrent du côté romain.

 

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