Livre 24: 214-213 av. JC

De retour dans le Bruttium, Hannon voulut s'emparer des villes grecques fidèles à Rome. Il commença par Regium. Pendant ce temps les Locriens transportaient le plus de choses possible dans la ville pour ne rien laisser à l'ennemi. Hamilcar envoya des cavaliers qui se contentèrent de couper le route aux fuyards. Des Bruttiens invitèrent les notables locriens à une entrevue pour leur promettre l'amitié d'Hannibal. Quand des fuyards annoncèrent que le peuple était au pouvoir de l'ennemi, ils convoquèrent l'assemblée. Ceux dont les parents étaient retenus hors de la ville étaient aussi liés que s'ils avaient donné des otages. Les partisans de Rome n'osaient pas donner leur avis. Il y eut donc une apparente unanimité pour passer aux Carthaginois. La garnison romaine fut embarquée pour Regium puis on fit entrer Hamilcar. Les Carthaginois virent les navires qui transportaient la garnison romaine. Le traité avec Locres stipulait que la ville était ouverte aux Carthaginois et que le port restait locrien. Les Bruttiens furent déçus de ne pouvoir piller. Ils marchèrent alors seuls contre Crotone. Ils comptaient augmenter leur puissance en s'emparant d'un port fortifié. Mais il leur était difficile, sans paraître mauvais alliés, de ne pas prévenir les Carthaginois. D'un autre côté ils seraient encore privés de pillage si les Carthaginois se présentaient comme arbitres.

Ni Hannibal, ni Hannon ne voulaient abandonner au pillage une ville si importante. Ils espéraient que Crotone se rendrait. Mais la population de la ville n'était pas unanime. Le sénat était pour Rome et le peuple pour Carthage. Un transfuge annonça aux Bruttiens qu'Aristomachus voulait livrer la ville. L'accès serait facile par les points gardés par le peuple. De fait, les Bruttiens se rendirent maîtres de tous les postes, sauf de la citadelle gardée par les nobles. Aristomachus lui-même s'y réfugia, montrant ainsi qu'il avait voulu livrer la ville aux Carthaginois et non aux Bruttiens. La citadelle, dominant la mer, était fortifiée par sa position. Le peuple se joignit aux Bruttiens pour l'assiéger mais, incapables de la prendre avec leurs seules forces, ils demandèrent le secours d'Hannon. Celui-ci essaya d'obtenir la soumission des Crotoniates à condition qu'ils recevraient une colonie de Bruttiens pour repeupler la ville. Ils jurèrent de mourir plutôt que d'accepter des gens qui dénatureraient leur religion et leur langue. Les Locriens persuadèrent les Crotoniates de se laisser transporter à Locres sans attendre les dernières extrémités. Hannibal était d'accord. Ainsi Crotone fut abandonnée.

En Sicile, la mort d'Hiéron et l'avénement de son petit-fils Hiéronyme avaient tout changé pour les Romains. Hiéronyme était un enfant. Ses tuteurs le poussèrent dans le vice. Hiéron aurait voulu laisser Syracuse libre mais ses filles s'y opposèrent pour que le pouvoir revienne à leurs maris, Adranodore et Zoippus, les tuteurs d'Hiéronyme. A quatre-vingt dix ans, il était difficile à Hiéron de résister. Il donna quinze tuteurs au jeune roi en les adjurant de rester fidèle à l'alliance romaine. Sitôt les funérailles terminées, Adranodore écarta les autres tuteurs. Ni Hiéron, ni son fils ne se distinguaient des autres citoyens. On vit désormais le jeune roi dans un char attelé de quatre chevaux blancs, comme le tyran Denys. A l'orgueil et au mépris s'ajoutaient les débauches et la cruauté. Certains de ses tuteurs préférèrent s'exiler ou se suicider. Adranodore et Zoippus penchaient pour Carthage, Thrason pour Rome. Une conjuration fut opportunément découverte. Le dénonciateur désigna un certain Theodotus. Sous la torture, celui-ci accusa Thrason. Alors le tyran le fit exécuter. Le dernier lien avec Rome était rompu.

On envoya des ambassades à Hannibal qui y répondit favorablement en envoyant à son tour Hippocrate et Epicyde, descendants d'un Syracusain exilé à Carthage. Claudius, le préteur romain de Sicile, envoya aussi des députés à Hiéronyme pour renouveler l'alliance. Le roi les reçut de façon méprisante, leur demandant des nouvelles de Cannes, et envoya aussitôt des représentants à Carthage pour mettre au point un traité. Le fleuve Himère, qui sépare la Sicile en deux, devrait être la frontière entre Syracuse et les possessions carthaginoises. Hiéronyme demanda ensuite toute la Sicile. Les Carthaginois furent mine d'accepter. Le roi envoya Hippocrate et Epicyde avec deux mille hommes contre les villes tenues par des garnisons romaines. Lui-même devait marcher contre Leontium mais des conjurés parvinrent à l'assassiner. Claudius avait prévenu le sénat que la Sicile basculait du côté carthaginois et envoyé des troupes vers la frontière syracusaine.

Fabius rentra à Rome pour les comices. Les premiers votes se portèrent sur T. Otacilius et M. Emilius Regillus. Alors Fabius intervint. Regillus ne pouvait négliger ses fonctions de flamine et on ne pouvait faire confiance aux qualités militaires d'Otacilius. Les comices désignèrent finalement Q. Fabius Maximus et M. Marcellus pour la cinquième année de la guerre. Il y avait longtemps qu'on n'avait pas vu deux aussi grands hommes occuper à la fois le consulat. Cette année-là, le Tibre déborda deux fois et il y eut beaucoup de prodiges, des pluies de pierres ou de sang, la foudre, des oiseaux dans des temples, des fantômes. Un boeuf avait parlé, un nouveau-né avait crié «triomphe». Une femme avait été changée en homme. On expia toute cela. Il fut décidé d'utiliser dix-huit légions, deux à chaque consul, deux en Gaule, deux en Sicile, deux en Sardaigne, deux en Apulie, deux vers Lucérie, une dans le Picenum, une à Brindes pour le service de la flotte et deux pour la défense de Rome. Il fallut en créer six nouvelles. La flotte comptait cent cinquante navires et une partie devait passer en Sicile. Comme les matelots manquaient, on décida que les citoyens devraient en fournir, avec six mois de paye, selon la fortune de chacun. Un citoyen qui possédait cinquante mille as devait en payer un. Celui qui avait plus d'un million devait en fournir sept. les sénateurs donnaient huit matelots et une année de solde. C'est la première fois que la flotte romaine fut montée par des matelots aux frais des particuliers.

Les Campaniens, craignant que les Romains ne commencent la campagne par le siège de Capoue, appelèrent Hannibal qui laissa un corps de Numides et d'Espagnols protéger la ville. Il était près de l'Averna quand il vit arriver cinq jeunes nobles tarentins qu'il avait capturés à Trasimène et à Cannes et qu'il avait renvoyés chez eux. Ils promettaient de lui livrer leur ville. Or, il rêvait de contrôler Tarente. Comme les Romains étaient maîtres de Brindes, Philippe pourrait ainsi débarquer. Après avoir ravagé le territoire de Cumes, il se dirigea sur Puteoli. Il y avait là une garnison de six mille hommes dans une position fortifiée. Au bout de trois jours, Hannibal renonça et partit dévaster le territoire de Naples. A l'arrivée d'Hannibal, le peuple de Nole tenta de se soulever. Marcellus, prévenu, intervint rapidement. A la même époque, le consul Fabius fit une tentative contre Casilinum, tenue par les Carthaginois. Hannon et Gracchus se rencontrèrent devant Bénévent. Gracchus, avant de combattre, annonça à ses hommes, des esclaves volontaires, qu'il déclarerait libres ceux qui lui apporteraient la tête d'un ennemi. Des acclamations s'élevèrent et tous réclamèrent le combat. Le lendemain, au lever du soleil, tous étaient prêts.

Les Romains furent d'abord gênés par la promesse de Gracchus. Les combattants perdaient du temps à couper les têtes. Alors le général leur dit qu'ils avaient prouvé leur bravoure et qu'ils étaient libres. Gracchus rappela aussi à ses hommes que leur liberté dépendait de la victoire. Alors tous se ruèrent en avant. Ce fut une déroute carthaginoise. Les Romains prirent le camp carthaginois, aidés par les captifs. Le butin fut abandonné aux soldats. De retour au camp romain, quatre mille soldats qui s'étaient peu distingués au combat se réfugièrent sur une colline proche de peur d'un châtiment. Gracchus dit aux soldats qu'il préférait, en un jour pareil, récompenser tout le monde et tous les esclaves furent libérés. Ceux qui avaient craint sa colère durent seulement manger debout le temps de leur service. Les soldats rentrèrent joyeux à Bénévent. Les habitants les félicitèrent et leur offrirent l'hospitalité. Gracchus autorisa les festins à conditions que tous mangent en public. Hannibal revint devant Nole. Le consul se prépara à marcher contre lui. Il ordonna à la cavalerie de Claudius Nero de se porter nuitamment derrière l'ennemi. Il n'y parvint pas et cela lui fut vertement reproché. Les Romains l'emportèrent mais ne purent poursuivre l'ennemi. Le lendemain, les Romains se rangèrent en bataille mais le Carthaginois avoua sa défaite en restant dans son camp. Il partit plus tard de nuit pour Tarente.

A Rome, les censeurs firent comparaître ceux qui avaient voulu quitter l'Italie après Cannes. Ce furent ensuite les captifs qui s'étaient crus déliés du serment envers Hannibal. Ils trouvèrent également deux mille jeunes gens qui n'avaient pas servi sans motif valable. Tous furent envoyés en Sicile rejoindre les débris de l'armée de Cannes. Les habituels fournisseurs de l'Etat dirent aux censeurs de faire comme s'il y avait de l'argent. Ils ne demanderaient rien avant la fin de la guerre. De même, les maîtres des esclaves affranchis par Sempronius refusèrent d'être remboursés. Les fonds destinés aux orphelins et aux veuves furent eux aussi prêtés au trésor. Les chevaliers et les centurions refusaient leur solde. Fabius était devant Casilinum. Le premier magistrat campanien armait le peuple et les esclaves pour attaquer le camp romain pendant que le consul s'occuperait du siège. Fabius le comprit et demanda à son collègue de l'aider. Marcellus laissa une garnison à Nole et le rejoignit. A son arrivée, les Campaniens suspendirent leur mouvement et Casilinum se retrouva assiègée par deux consuls. Les Campaniens demandèrent à Fabius de pouvoir se retirer à Capoue. Ils sortaient à peine que Marcellus se précipita dans la ville qui fut livrée au carnage. Seuls une cinquantaine d'habitants parvinrent à Capoue.

Gracchus envoya quelques cohortes levées en Lucanie piller le territoire ennemi. Hannon leur tomba dessus, les écrasa et se retira chez les Bruttiens. Marcellus retourna à Nole et Fabius avança dans le Samnium. Les Samnites Caudiens surtout souffrirent. Compulteria, Telesia, Compsa, Fagifulae et Orbitanium furent prises. Vingt cinq mille homme furent capturés. Trois cent soixante-dix transfuges furent repris. Il furent envoyés à Rome où on les précipita du haut de la roche tarpéienne. Le préteur Q. Fabius prit Acuca et fortifia son camp d'Ardanaea. Pendant ce temps, Hannibal était arrivé à Tarente. Une fois sur le territoire tarentin, les Carthaginois avancèrent comme en pays ami, pour se concilier la population. Ils arrivèrent devant la ville sans qu'il ne se passe rien et s'installèrent à proximité. Trois jours auparavant, le commandant de la flotte romaine de Brindes avait fait enrôler les jeunes et mettre les murailles en défense. Après avoir perdu quelques jours, Hannibal comprit qu'il s'était fié à de vaines promesses et repartit. Il se rendit à Salapia où il fit venir du blé de Métaponte et d'Héraclée. L'été était bien avancé et l'endroit lui semblait propice à prendre ses quartiers d'hiver. Les Maures et les Numides furent envoyés ravager le territoire salentin et les abords de l'Apulie. Ils en ramenèrent surtout des chevaux.

Les événements se précipitaient en Sicile et le commandement de l'île revint au consul Marcellus. Après la mort d'Hiéronyme, des soldats voulurent le venger mais on leur laissa espérer une part des trésors royaux et on leur prouva les débauches de Hiéronyme. Alors ils changèrent d'opinion. Les conjurés restèrent consolider leur position à l'armée. Seuls Theodotus et Sosis allèrent à Syracuse écraser les partisans du tyran avant qu'ils ne réagissent. Prévenu par un esclave, Adranodore avait rassemblé des troupes. Theodotus et Sosis appelèrent le peuple aux armes. Un grand désordre régnait. Dans l'île, Adranodore s'empara des greniers, fortifiés comme une citadelle. A l'aube, le peuple se rendit à l'Achradine. Polyène, un notable, prit la parole. Les Syracusains connaissaient les malheurs qu'entraînaient les discordes civiles. Il fallait demander à Adranodore de se soumettre, d'ouvrir les portes de l'île et d'en livrer la garnison. Le sénat siégea pour la première fois depuis la mort de Hiéron. Adranodore fut ébranlé par l'unanimité des citoyens mais sa femme, Damarata, fille de Hiéron, le poussa à la résistance. Il fallait qu'il demande du temps pour réfléchir et qu'il en profite pour faire venir des troupes.

Adranadore répondit aux députés qu'il se soumettait. Il fit ouvrir les portes de l'île et se rendit au forum de l'Achradine. Là, il prit la parole pour féliciter Theodotus et Sosis et pour dire qu'il fallait maintenant assurer la paix et la concorde. Il leur remit les clefs des portes et du trésor royal. Les citoyens quittèrent l'assemblée heureux et se rendirent dans les temples pour remercier les lieux. Le lendemain on assembla les comices et Adranodore fut nommé parmi les préteurs. Les autres étaient pour la plupart les meurtriers du tyran, dont Sopater et Dinomène. Apprenant ce qui se passait à Syracuse, ils firent apporter de Leontium les trésors du roi et les remirent aux questeurs. Le mur qui séparait l'île de la ville fut renversé. Au bruit de la mort du tyran, qu'Hippocrate avait voulu cacher en tuant le messager, Epicyde et lui furent abandonnés par leurs soldats et revinrent à Syracuse. Ils déclarèrent qu'ils avaient été envoyés par Hannibal et qu'ils voulaient repartir. Ils demandaient une escorte pour aller à Locres. Cela leur fut accordé, les Syracusains préférant éloigner des chefs dévoués au roi. Mais cela fut fait avec lenteur et, en attendant, ils semèrent des accusations contre le sénat dans l'armée et auprès du peuple. Les mécontents affluaient. Adranadore se mit à espérer une révolution et écouta sa femme qui lui conseillait de s'emparer du pouvoir. Il s'associa à Themistus, qui avait épousé la fille de Gélon, et en parla imprudemment à un acteur nommé Ariston. Celui-ci rapporta tout aux préteurs. Sur le conseil des plus vieux sénateurs, il firent tuer Themistus et Adranadore dès qu'ils entrèrent à la curie.

Ariston fut introduit et expliqua l'affaire à ceux que surprenait cette violence. Des Africains et des Espagnols devaient assassiner les notables et s'emparer de l'île. Le sénat estima que la réaction avait été juste. Dehors, le peuple se montrait menaçant mais la vue des cadavres le calma. Le sénat chargea Sopater de prendre la parole. Il attribua à Adranadore tous les méfaits commis depuis la mort d'Hiéron. L'ambition d'Adranadore et de Themistus venait de leurs femmes, filles de rois. On décida alors que toute la famille royale serait mise à mort. On envoya égorger Damarata, fille d'Hiéron et épouse d'Adranadore, et Harmonia, fille de Gélon et épouse de Themistus. Heraclea était aussi fille d'Hiéron et épouse de Zoippus. Celui-ci s'était volontairement exilé en Egypte. Apprenant que les tueurs approchaient, Heraclea se réfugia devant l'autel des dieux pénates avec ses deux filles. Elle supplia les meurtriers de les épargner. Si Adranadore avait réussie, elle aurait été aussi asservie que le reste du peuple. Qu'on l'expulse et qu'on lui permette de rejoindre son mari à Alexandrie ! Elle demanda qu'au moins on laisse la vie à ses filles. Elles furent toutes les trois exécutées. Le meurtre venait d'être commis quand arriva un message qui disait de les laisser en vie.

On nomma les successeurs d'Adranadore et Themistus comme préteurs. Contre toute attente, l'assemblée, dans laquelle les soldats et les transfuges étaient nombreux, nomma Epicyde et Hippocrate. Syracuse avait demandé à Rome le renouvellement de l'ancienne alliance. Sachant la flotte carthaginoise proche, Hippocrate et Epicyde se plaignirent que Syracuse était livrée livrée aux Romains, ce qui fut confirmé par l'arrivée des navires d'Appius. La foule s'apprêta à les repousser et on convoqua l'assemblée. Apollonide, un des principaux notables, prit la parole pour dire que le peuple devait choisir entre les Romains et les Carthaginois mais surtout éviter la guerre civile. Cela calma la foule. Il fut finalement décidé de conclure un traité avec les Romains. A ce moment, Leontium demanda des troupes pour se protéger. Ce fut un bon prétexte pour éloigner de Syracuse les plus turbulents. Hippocrate reçut l'ordre de partir avec les transfuges et de nombreux mercenaires le suivirent. Avec ces troupes, il ravagea les frontières de la province romaine. Marcellus fit savoir à Syracuse qu'il considérait la paix comme rompue si Hippocrate et Epicyde n'étaient chassés de Sicile. Epicyde poussa Leontium à la rupture avec Syracuse qu'il accusait de vouloir asservir les cités voisines. La foule se laissa convaincre et les ambassadeurs syracusains furent mal reçus. Les Syracusains rapportèrent cela aux Romains en précisant que ceux-ci pouvaient faire la guerre à Leontium sans contrevenir au traité de paix.

Marcellus partit avec son armée et Appius le rejoignit. La ville fut prise au premier assaut. Hippocrate et Epicyde se réfugièrent à Herbesus. Huit mille Syracusains qui se dirigeaient vers Leontium rencontrèrent quelqu'un qui annonça la prise de la ville et le massacre de la population. En fait, deux mille transfuges avaient bien été exécutés mais aucun léontin n'avait souffert de la prise de la ville. Le lendemain, les préteurs assiégèrent Herbesus. Hippocrate et Epicyde décidèrent de se livrer. Ils eurent la chance de tomber sur un corps de Crétois qui étaient reconnaissants à Hannibal de les avoir libérés après Trasimène. Ils se présentèrent à eux en les suppliant de de pas les livrer aux Syracusains qui les remettraient aux Romains. Les préteurs ordonnèrent qu'on se saisisse des deux hommes. Les Crétois poussèrent des cris. Les préteurs prévinrent Syracuse de la tournure que prenaient les événements. Hippocrate fit semblant d'avoir intercepté une lettre qu'il avait écrite lui-même. Dans cette lettre, qu'il lut publiquement, les préteurs de Syracuse félicitaient Marcellus d'avoir massacré les Léontins. Ils lui demandaient d'éliminer les mercenaires. A ces mots, les soldats prirent les armes et les préteurs s'enfuirent vers Syracuse. Les soldats syracusains durent être protégés par Epicyde et Hippocrate. Ils envoyèrent un soldat de Leontium exciter la foule à Syracuse. On ferma les portes de la ville. Hippocrate et Epicyde étaient déjà devant l'Hexapyle et les soldats demandaient qu'on leur ouvre.

Les préteurs ne purent rien faire. Ils se réfugièrent dans l'Achradine tandis que l'armée était reçue dans l'Hexapyle. L'Achradine fut prise et les préteurs massacrés. Hippocrate et Epicyde furent nommés à leur place. Une députation romaine vint demander que les exilés puissent rentrer chez eux et que les meurtriers soient livrés. Epicyde répondit que Syracuse serait plus difficile à prendre que Leontium et les portes furent refermées. Le siège commença par terre du côté de l'Hexapyle et par mer vers l'Achradine. Les Romains apportèrent tout le matériel nécessaire et auraient réussi sans la présence d'Archimède, astronome réputé et habile à inventer des machines de guerre. Les Romains attaquèrent les murs de l'Achradine avec des tours portées par des navires. A cela Archimède opposa des machines qui lançaient des pierres énormes. Un levier établi sur le mur lançait sur les navires un grappin. Le bateau était soulevé par sa proue puis relâché. Marcellus décida de bloquer la ville. Avec le tiers de son armée, il alla reprendre les villes passées aux Carthaginois. Helorus et Herbesus se rendirent. Mégare fut prise d'assaut et détruite. A ce moment, Himilcon débarqua à Héraclée avec trente mille hommes et douze éléphants. Il reprit Agrigente et le parti carthaginois reprit espoir. Les assiégés de Syracuse en particulier. Hippocrate parvint à sortir avec dix mille hommes pour rejoindre Himilcon. Il fut surpris par Marcellus. Ce succès romain retint beaucoup de Siciliens. Quelques jours plus tard, Himilcon vint camper à huit milles de Syracuse. Cinquante-cinq navires commandés par Bomilcar entrèrent dans le port alors que la flotte romaine débarquait une légion à Palerme.

Bomilcar, n'ayant pas confiance en sa flotte, repartit pour l'Afrique. Himilcon attisa les révoltes contre les Romains. Il prit Murgantia où se trouvaient d'importants approvisionnements. Les autres villes s'enhardirent et plusieurs garnisons romaines furent chassées. Henna était inexpugnable et commandée par L. Pinarius, un homme prudent. Il y avait nuit et jour des sentinelles et les soldats étaient en état d'alerte. Les notables d'Henna, qui avaient promis à Himilcon de lui livrer la ville, décidèrent d'agir ouvertement. Ils demandèrent à être eux-mêmes maîtres de la ville et de la citadelle puisqu'ils étaient alliés de Rome. Pinarius répondit que son général lui avait remis les clefs de la ville et la citadelle. Il était hors de question qu'il abandonne son poste. Le lendemain, il posta des hommes dans les rues et autour du théâtre. Devant l'assemblée, l'officier romain répéta qu'il n'obéirait qu'au consul. Les notables se firent menaçant. Alors il donna le signal à ses hommes. Ce fut un massacre mais cela conserva Henna aux Romains. Marcellus laissa le butin aux soldats. Il pensait que ce coup de force ferait peur aux Siciliens. Mais la nouvelle, qui se répandit dans toute la Sicile, scandalisa la population et les villes qui hésitaient basculèrent dans le camp carthaginois. Hippocrate se retira à Murgantia, Himilcon à Agrigente. Marcellus rentra chez les Léontins puis retourna au siège de Syracuse et se construisit des quartiers d'hiver non loin de l'Hexapyle.

A la même époque débuta la guerre depuis longtemps prévue contre le roi Philippe. M. Valerius Laevinus, commandant la flotte de Brindes, reçut des députés d'Oricum. Philippe s'était emparé de leur ville parce qu'elle était aux portes de l'Italie. Valerius reprit la ville où il n'y avait qu'une petite garnison macédonienne. Il reçut alors des députés d'Apollonie. Leur ville était assiégée. Valerius envoya deux mille hommes sous les ordres de Q. Naevius Crista qui entra dans Apollonie sans que l'ennemi s'en aperçoive. La nuit suivante, voyant la négligence des Macédoniens, il pénétra dans le camp du roi. La terreur fut telle que personne ne prit les armes et que Philippe s'enfuit demi-nu jusqu'à sa flotte. Il y eut beaucoup de prisonniers et le camp fut pillé. Quand la nouvelle de cette victoire arriva à Oricum, Valerius conduisit sa flotte à l'embouchure du fleuve pour empêcher Philippe de s'échapper. Alors il regagna la Macédoine par terre avec une armée diminuée. La flotte romaine passa l'hiver à Oricum.

En Espagne, Magon et Hasdrubal avaient battu plusieurs unités espagnoles et l'Espagne ultérieure aurait abandonné Rome si P. Scipion n'avait passé l'Ebre. Les Romains établirent un camp près du mont de la Victoire où se trouvait déjà Cn. Scipion. Hasdrubal s'établit de l'autre côté du fleuve. Castulon, ville jusque là favorable aux Carthaginois au point qu'Hannibal s'y était marié, passa du côté romain. Les Carthaginois entreprirent le siège d'Iliturgi et Cn. Scipion les repoussa. Cela se reproduisit à Bigerra. On se battit ensuite devant Munda. Sans la blessure de Scipion, le camp carthaginois aurait été pris. Trente-neuf éléphants avaient été tués. Les Carthaginois furent encore vaincus devant Auringis. Hasdrubal envoya son frère Magon lever de nouvelles troupes puis ils tentèrent encore la bataille et furent vaincus. Presque tout le butin se composait de dépouilles gauloises, des colliers d'or et des bracelets. Deux chefs gaulois, Meniaceptus et Vismarus, furent tués. Devant ces succès, les Romains eurent honte d'avoir laissé Sagonte depuis huit ans au pouvoir de l'ennemi. Ils reprirent la ville et la rendirent à ses habitants survivants. Ils soumirent les Turdétans, les vendirent comme esclaves et rasèrent leur ville. Tels furent les événements d'Espagne sous le consulat de Q. Fabius et de M. Claudius.

A Rome, le tribun du peuple L. Metellus cita en justice les censeurs parce qu'ils l'avaient condamné l'année précédente pour avoir voulu quitter l'Italie après Cannes. Ils furent acquittés. Les comices nommèrent consuls Q. Fabius Maximus, le fils du consul, et Ti. Sempronius Gracchus. Avant de partir, ils expièrent plusieurs prodiges. Sempronius partit pour la Lucanie et Fabius pour l'Apulie. Fabius père devait être le lieutenant de son fils. Quand les deux hommes se rencontrèrent, le père s'approcha à cheval sans que les licteurs interviennent. Mais le nouveau consul demanda le respect de la loi et le père mit pied à terre en disant qu'il avait voulu voir si le fils avait bien compris que c'était lui le consul. Un nommé Dasius Altinius promit au consul de lui livrer Arpi. Fabius et son conseil pensèrent qu'il fallait punir cet homme qui avait entraîné la défection d'Arpi après Cannes. Fabius père pensait au contraire qu'il ne fallait pas oublier la situation de Rome. Faire un exemple sur un repenti serait du plus mauvais effet. Cet avis fut adopté.

Altinius fut arrêté et relégué à Calès où il était enfermé la nuit mais libre le jour. A Arpi, sa disparition fit naître des troubles. Hannibal fut prévenu. Il interrogea la femme et les enfants du transfuge puis les fit brûler vifs. Fabius concentra ses attaques sur la partie la mieux fortifiée mais aussi la plus faiblement gardée. Il envoya les meilleurs centurions et six cents hommes s'emparer nuitamment d'une petite porte donnant sur une partie déserte de la ville. Ce fut fait. La pluie avait poussé les gardes à se réfugier dans les maisons. L'orage dissimula le bruit des Romains et la pluie endormit les sentinelles qui ne s'éveillèrent qu'à l'entrée de l'armée romaine. Il y avait en ville une garnison carthaginoise de cinq mille hommes quii mirent en avant les habitants pour ne pas être pris par derrière. Finalement la population passa du côté romain ainsi que mille Espagnols. La garnison fut expulsée. Arpi revint dans le camp romain sans victimes.

Les deux Scipion, après leurs succès en Espagne, portèrent leur activité en Afrique. Syphax, roi des Numides, était devenu l'ennemi de Carthage. Ils lui envoyèrent trois centurions. Cela fit plaisir au barbare. En discutant avec les officiers romains, il comprit tout ce qu'il ignorait de l'organisation militaire. Il voulut que deux d'entre eux retournent rendre compte de leur ambassade à leurs chefs et que le troisième reste enseigner aux Numides l'art militaire. Ses hommes ne savaient se servir que de leurs chevaux. Ayant un ennemi dont l'infanterie était excellente, il lui en fallait une aussi. Le roi donna sa parole qu'il laisserait partir Q. Statorius, celui qui restait, si les négociations échouaient. Il envoya en Espagne des ambassadeurs pour rencontrer les généraux et rallier les auxiliaires numides des garnisons carthaginoises. Statorius créa une infanterie, lui apprit à se former en ligne, à suivre les enseignes, à garder les rangs. Le roi eut bientôt autant confiance dans cette infanterie que dans sa cavalerie. Il remporta même une victoire contre les Carthaginois. En Espagne, les Romains gagnèrent beaucoup à l'arrivée des ambassadeurs. Les Numides passèrent en grand nombre de leur côté. Ainsi fut conclue l'alliance avec Syphax. A cette nouvelle, les Carthaginois envoyèrent une ambassade à Gala, roi des Mésules. Il avait un fils nommé Massinissa, âgé de dix sept ans. Gala se laissa persuader qu'il valait mieux s'allier à Carthage avant que Syphax ne soit trop puissant. Massinissa et les Carthaginois défirent Syphax qui se réfugia chez les Maurusiens, en face de Gadès, et reforma une armée. Avant qu'il ne passe en Espagne, Massinissa poursuivit la guerre seul. En Espagne, les généraux romains attirèrent les Celtibères pour la même solde que les Carthaginois leur promettait. Ce furent les premiers mercenaires dans les rangs romains. Trois cents nobles espagnols furent envoyés en Italie pour essayer de retourner les Espagnols de l'armée d'Hannibal.

 

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