Livre 28: 207-205 av. JC

Le départ d'Hasdrubal avait soulagé l’Espagne mais on y vit renaître la guerre. Hasdrubal, fils de Gisgon, s'était retiré à Gadès. Toute l'Espagne orientale obéissait à Scipion. Un nouveau général, Hannon, venu d'Afrique avec une nouvelle armée, s'était joint à Magon. Scipion envoya contre lui M. Silanus avec dix mille hommes et cinq cents cavaliers. Silanus, quoique gêné par le mauvais état des chemins au milieu de bois épais comme il arrive souvent en Espagne, guidé par des déserteurs, parvint à l'ennemi. On apprit des guides qu'il y avait deux camps, à droite celui des Carthaginois, solide, à gauche celui des Celtibères, indiscipliné comme il est naturel avec des barbares. Silanus ordonna à ses troupes d'appuyer à gauche, de peur d'être vu par les Carthaginois, et se dirigea vers l'ennemi. Le pays était difficile, fait de collines broussailleuses. Les éclaireurs confirmèrent les dires des déserteurs. Alors, ayant laissé leurs bagages, les Romains marchèrent au combat. Ils étaient à mille pas quand l'ennemi les vit. Magon accourut au premier cri. Il y avait parmi les Celtibères une légion régulière, Magon la mit en première ligne. Les Romains lancèrent leurs javelots. Les Espagnols se baissèrent puis se relevèrent pour envoyer les leurs. Les Romains les reçurent sur leurs boucliers rapprochés et on commença à se battre à l'épée. Les difficultés du terrain rendaient inutile l'agilité des Celtibères et ne gênaient pas les Romains, habitués au combat de pied ferme.

Ce fut un carnage. Deux mille fantassins au plus, et la cavalerie, s'enfuirent avec Magon. Hannon fut pris vivant. Magon arriva neuf jours plus tard à Gadès, auprès d'Hasdrubal. Les Celtibères se réfugièrent chez eux. Après avoir félicité Silanus, Scipion, voyant là un espoir de terminer la guerre, marcha contre Hasdrubal. Le Carthaginois, qui avait son camp en Bétique, emmena ses troupes jusqu'à Gadès. Pensant que tant que son armée était rassemblée il serait pour les Romains un but de guerre, il la répartit çà et là, dans des villes. Scipion rebroussa chemin mais, pour ne pas abandonner la région, il envoya son frère L. Scipion attaquer Orongis, la ville la plus riche. Elle se trouve dans le fertile pays des Maesessi. Ses habitants tiraient du sol de l'argent. Elle avait servi de citadelle à Hasdrubal. L. Scipion, ayant établi son camp près de la ville, sans l'investir encore d'un retranchement, envoya des émissaires pour conseiller aux habitants d'éprouver l'amitié plutôt que la force des Romains. N'obtenant aucune réponse pacifique, il divisa, après avoir entouré la ville d'un retranchement, son armée en trois parties, de sorte que l'une attaque toujours la ville pendant que deux se reposaient.

La lutte fut très dure. Il n'était facile ni d'arriver au pied des remparts, ni d'y apporter des échelles. Ceux qui avaient dressé des échelles étaient renversés avec des fourches ou voyaient s'abattre sur eux des grappins de fer qui les mettaient en danger d'être tirés à l'intérieur. Alors, L. Scipion, remarquant que le petit nombre des siens rendait la lutte difficile, attaqua avec deux groupes à la fois. Cela fit si peur aux assiégés qu’ils abandonnèrent les remparts. Les assiégés se précipitèrent hors de la place, levant avec insistance leur main droite pour montrer qu'ils avaient jeté leurs épées. Le vit-on mal ou soupçonna-t-on une ruse ? On les massacra et les Romains se répandirent dans la ville. Ils s'abstinrent de piller. Les Carthaginois furent emprisonnés, comme les trois cents habitants qui avaient fermé les portes. Aux autres, on laissa l'administration de leur ville. Il tomba deux mille ennemis et quatre-vingt-dix Romains. Ayant félicité son frère, Scipion ramena ses troupes en Espagne citérieure. Après avoir réparti ses légions dans leurs cantonnements d'hiver et envoyé à Rome L. Scipion avec Hannon et les autres prisonniers nobles, il se retira à Tarragone. La même année, la flotte romaine commandée par le proconsul M. Valerius Laevinus dévasta les territoires d'Utique et de Carthage. En regagnant la Sicile, elle rencontra la flotte punique. Elle lui prit dix-sept navires et en coula quatre. Vainqueur sur terre et sur mer, le Romain, avec un important butin, regagna Lilybée. Par la mer désormais sûre de grands convois de blé arrivèrent à Rome.

Le proconsul P. Sulpicius et le roi Attale, après avoir hiverné à Egine, réunirent leurs flottes à Lemnos, vingt-cinq quinquérèmes romaines et trente-cinq royales. Philippe descendit vers Démétriade et donna rendez-vous à son armée à Larissa. Au bruit de la venue du roi, des délégations de ses alliés affluèrent. En effet, les Etoliens avaient repris courage grâce à l'alliance de Rome et d'Attale et pillaient leurs voisins. Les Acarnaniens, les Béotiens et les habitants de l'Eubée avaient peur, comme les Achéens qu'effrayait Machanidas, tyran de Lacédémone. Tous demandaient du secours au roi. Son royaume même n'était pas tranquille. Scerdilaedus et Pleuratus s'étaient soulevés et, en Thrace, les Maedi étaient prêts à faire des incursions sur les confins de la Macédoine. Philippe promit de porter secours à tous. Il envoya des troupes à Peparethus, en Béotie et à Chalcis. Lui-même partit pour Scotusa. Là, on lui annonça qu'une assemblée des Etoliens était convoquée à Héraclée et qu'Attale y assisterait. Pour troubler la réunion, il mena son armée vers Héraclée. L'assemblée s'était déjà dispersée quand il y arriva. Il dévasta les moissons presque mûres puis ramena ses troupes à Scotusa et se retira à Démétriade. Pour pouvoir accourir à tout mouvement de l'ennemi, il envoya en Phocide, en Eubée et à Peparethus choisir des sommets d'où des feux allumés seraient visibles. Il établit sur le Tisaeus, une haute montagne, un observatoire pour recevoir en un moment un signal grâce aux feux qui s'élèveraient au loin quand les ennemis bougeraient.

Le général romain et le roi Attale envoyèrent leur flotte en Eubée prés d'Oreus. Il fut convenu que les Romains attaqueraient par mer, les gens du roi par terre. Ce qu’ils firent quatre jours plus tard. Ce délai avait été employé à des conciliabules avec Plator, mis par Philippe à la tête de la ville. La place a deux citadelles, l'une dominant la mer; l'autre au milieu de l'agglomération. De là, un tunnel mène à la mer, protégé par une tour. C'est là que s'engagea la lutte. Des machines de siège avaient été débarquées. Comme ce combat attirait l'attention de tous, Plator fit entrer les Romains par la porte de la citadelle située près de la mer. Les habitants se dirigèrent vers l'autre citadelle mais ses portes étaient fermées. Ils furent massacrés ou capturés. La garnison macédonienne résista mollement. Plator, avec l'accord de Sulpicius, fit partir ses troupes par mer pour Demetrium de Phthiotide. Lui-même se retira auprès d'Attale. Sulpicius, emporté par son succès, partit pour Chalcis avec sa flotte. Il n’y a pas de mouillage plus dangereux car les vents de la montagne s'abattent en tempêtes soudaines. Les marées sont irrégulières et ni jour, ni nuit ne laissent de repos aux navires. Ce mouillage si dangereux reçut la flotte. Quant à la ville, fermée d’un côté par la mer, fortifiée de l’autre et défendue par une forte garnison, elle est inexpugnable. Le Romain renonça vite et fit passer sa flotte à Cynus de Locride, le marché de la ville des Opuntii, qui est située à mille pas de la mer. Les signaux d'Oreos avaient averti Philippe mais ils avaient été envoyés trop tard.

Au contraire, il marcha au secours de Chalcis au premier signal. Après avoir dispersé les Etoliens aux Thermopyles, Philippe gagna Elatia de Phocide. Le même jour, Attale pillait la ville des Opuntii. Sulpicius lui avait abandonné ce butin parce qu'Oreos avait été pillé par les soldats romains. Si des Crétois qui étaient allés faire du fourrage n'avaient aperçu l'armée ennemie, Attale aurait été surpris. En désordre, il regagna ses vaisseaux. Philippe arriva alors qu'il s’éloignait du rivage. Attale partit pour Oréos puis, au bruit que Prusias, roi de Bithynie, avait envahi son royaume, retourna en Asie. Sulpicius retira sa flotte à Egine. Philippe prit Toronè. Cette ville était tenue par des réfugiés de Thèbes en Phthiotide. Leur patrie prise par Philippe, ils étaient venus se mettre sous la protection des Etoliens qui leur avaient donné cette ville dépeuplée par la première guerre du même Philippe. De là il alla à Elatia où les ambassadeurs de Ptolémée et de Rhodes l'attendaient. Comme on parlait d’achever la guerre étolienne, on apprit que Machanidas avait décidé d’attaquer les Eléens qui préparaient les Jeux Olympiques. Philippe partit avec une colonne légère. Il était déjà à Heraea quand il apprit que Machanidas s'était réfugié à Lacédémone. Il se rendit à Aegium à l'assemblée des Achéens, pensant trouver là la flotte punique qu'il avait demandée. Mais, quelques jours auparavant, les Carthaginois avaient gagné l'Acarnanie de peur qu'on ne les surprenne à l'entrée du golfe de Corinthe.

Philippe était anxieux en voyant que, malgré sa rapidité, il n'était arrivé à temps pour aucune affaire. Mais, à l'assemblée, il parla avec assurance, prenant les dieux à témoins qu'il était toujours allé le plus vite possible. Attale, Sulpicius et Machanidas avaient fui. Les ennemis avouaient ne pas être égaux à lui et bientôt il aurait la victoire. Ses alliés l'écoutèrent avec plaisir. Ensuite, il passa à Anticyre. Avec sept quinquérèmes et vingt barques, il fit une descente à Erythrae des Etoliens, près d'Eupalium. Il ne trompa pas les Etoliens. Ceux qui étaient dans les champs se réfugièrent dans les forêts et les montagnes. Mais les troupeaux furent pris. Après avoir envoyé Nicias, préteur des Achéens, à Aegium, Philippe fit emmener par terre son infanterie à travers la Béotie. Lui-même, longeant en bateau l'Attique, parvint à Chalcis. Après avoir félicité les habitants de leur loyauté, il alla à Oreos. Ayant remis la garde de la ville aux notables qui avaient préféré fuir plutôt que se livrer aux Romains, il passa à Démétriade. Après avoir mis en chantier, à Cassandrea, cent bateaux de guerre et réuni pour cela une foule d'ouvriers, comme la Grèce était tranquille, il retourna dans son royaume, pour porter la guerre chez les Dardani.

Les sénateurs invitèrent à rentrer à Rome M. Livius et son collègue C. Claudius. La seule différence fut que M. Livius ramènerait son armée de Gaule et que Nero laisserait ses légions face à Hannibal. Les consuls se donnèrent rendez-vous à Préneste puis entrèrent ensemble à Rome. Tous les saluaient et leur rendaient grâce d'avoir sauvé l'Etat. Les Pères conscrits acceptèrent de grand cœur de leur accorder le triomphe. Ils convinrent que M. Livius entrerait en ville sur un quadrige, suivi de ses soldats, et que C. Claudius irait à cheval, sans soldats. Ce triomphe partagé accrut la gloire des deux consuls, mais surtout celle de Nero. La somme versée au trésor public fut de trois millions de sesterces et quatre-vingt mille as. A chacun de ses soldats, M. Livius distribua cinquante-six as. C. Claudius en promit autant à ses soldats, quand il serait revenu à son armée. On remarqua que les soldats lancèrent plus de chansons en l'honneur de C. Claudius Nero que de leur propre consul. Les cavaliers louèrent beaucoup les légats L. Veturius et Q. Caecilius et exhortèrent la plèbe à les nommer consuls l'année suivante. A cela s'ajouta l'autorité des consuls qui, le lendemain, dans une réunion publique, racontèrent quelle aide courageuse ils avaient trouvée chez ces deux lieutenants.

Comme les comices approchaient et que le sénat avait décidé de les faire présider par un dictateur, C. Claudius nomma dictateur son collègue M. Livius. Il proclama consuls L. Veturius et Q. Caecilius puis, ayant abdiqué sa magistrature et licencié son armée, il partit pour l'Etrurie afin de rechercher quelles tribus étrusques ou ombriennes avaient envisagé d'abandonner Rome et quelles tribus l'avaient aidé. Les jeux Romains furent recommencés trois fois par les édiles curules. Les Jeux Plébéiens furent recommencés aussi, mais une seule fois, par les édiles de la plèbe. La treizième année de la guerre punique, les consuls L. Veturius Philo et Q. Caecilius Metellus reçurent tous deux le Bruttium comme province. Les armées furent réparties. Q. Mamilius reçut l'ordre de dévaster les terres des Gaulois passés aux Carthaginois à l'approche d'Hasdrubal. On annonçait beaucoup de prodiges. Des temples avaient été frappés de la foudre et des serpents s'y étaient glissés. Des moissonneurs avaient vu des épis sanglants. Un porc à deux têtes et un agneau à la fois mâle et femelle étaient nés. On avait vu deux soleils. Un boeuf avait parlé. On invita les consuls à faire des sacrifices et à présider des prières publiques. Mais ce qui effraya le plus, ce fut l'extinction du feu dans le temple de Vesta. On fouetta la Vestale de garde cette nuit-là. Quoiqu'il n'y ait là aucun avertissement des dieux mais un accident venant d'une négligence humaine, on décida des sacrifices et des prières publiques au temple de Vesta.

Avant que les consuls ne partent, le sénat les invita à renvoyer les campagnards aux champs. La guerre avait été écartée du Latium et il n'était pas logique de plus s'inquiéter de la culture de la Sicile que de celle de l'Italie. Les cultivateurs libres étaient pris par la guerre, les esclaves manquaient, le bétail avait été volé et les fermes détruites. Pourtant beaucoup de paysans retournèrent à leurs champs. Plaisance et de Crémone se plaignaient d'être soumis aux incursions gauloises. On chargea le préteur Mamilius de les protéger. Au début du printemps, les consuls menèrent leurs armées sur le territoire de Consentia. Ils furent bousculés par les Bruttii et les Numides alors que leur colonne était alourdie par le butin. Ce fut une alarme plus qu'un combat. Avec Hannibal, il ne se passa rien cette année-là. Il n’offrit pas le combat et les Romains ne le troublèrent pas tant ils le croyaient encore puissant. Ce chef a été plus étonnant dans les revers que dans le succès. Faisant la guerre en territoire ennemi pendant treize ans, loin de chez lui, avec des fortunes diverses, à la tête d'un mélange d'hommes de toutes nations qui n'avaient rien en commun, il les unit si bien qu'il ne se produisit aucune sédition bien qu'on manque souvent d'argent pour la solde et de vivres. Carthage n'envoyait rien, s'inquiétant de garder l'Espagne. Là, les Carthaginois avaient été refoulés sur les côtes extrêmes. Mais l'Espagne pouvait préparer à nouveau une guerre grâce aux caractères du pays comme des hommes.

Hasdrubal fils de Gisgon, revenant de Gadès pour reprendre la guerre grâce à des levées faites en Espagne ultérieure, arma cinquante mille fantassins et quatre mille cinq cents cavaliers et les amena à Silpia. Scipion envoya Silanus chez Culchas, qui régnait sur vingt-huit cités, pour recevoir de lui les fantassins et les cavaliers promis. Partant lui-même de Tarragone, il arriva à Castulon. Là, Silanus lui amena trois mille fantassins et cinq cents cavaliers. Il s'avança jusqu'à Baecula avec toutes ses troupes soit quarante-cinq mille hommes. Comme ils établissaient leur camp, Magon et Masinissa les attaquèrent et auraient mis le désordre si des cavaliers n'avaient chargé à l'improviste ces ennemis dispersés. Quand les adversaires eurent tâté leurs forces dans de petits combats, Hasdrubal le premier rangea ses troupes en ligne. Puis les Romains s'avancèrent. Mais chaque armée resta devant ses retranchements. le jour tombant. On fit de même pendant quelques jours. Le premier le Carthaginois faisait sortir ses troupes du camp et, le premier, il donnait le signal de se retirer. Devant la ligne carthaginoise, les éléphants, de loin, semblaient des bastions. Un soir, Scipion donna des instructions pour qu'avant le jour hommes et chevaux soient prêts. A l'aube, il lança sa cavalerie et ses troupes légères contre les postes puniques puis il avança avec l'infanterie lourde. Hasdrubal lança sa cavalerie contre les Romains puis déploya ses lignes.

Scipion plaça les Espagnols au centre et étira les ailes de son armée. Il y avait un rentrant au milieu, là où les Espagnols avançaient plus lentement. On se battait déjà aux ailes que la principale force ennemie n'était pas encore à portée de trait et n'osait courir aider ses ailes qui étaient malmenées. La lutte n'était pas égale parce que les Baléares et les recrues espagnoles étaient opposés aux soldats romains et latins. Le jour avançant, les hommes d'Hasdrubal se fatiguaient. C'est pour cela que Scipion avait traîné en longueur. La chaleur, la faim et la soif éprouvèrent les soldats avant qu'on n'en vienne aux mains. Les éléphants mêmes, affolés par la façon désordonnée de combattre qu'avaient les cavaliers et les troupes légères, s'étaient jetés des ailes au centre. Les Carthaginois reculèrent d’abord en gardant leurs rangs puis ils s'enfuirent en désordre vers leur camp. Les Romains auraient pris ce camp si à un soleil brûlant n'avait succédé une pluie si violente que les vainqueurs eurent peine à se retirer. Les Carthaginois renforcèrent leur retranchement mais la défection de leurs alliés leur fit préférer la fuite. Attene, roi des Turdetani, déserta avec ses concitoyens. Deux places fortes et leur garnison furent livrées aux Romains. Craignant que le mal ne s'étende, Hasdrubal leva le camp de nuit.

A l'aube les sentinelles annoncèrent à Scipion le départ de l'ennemi. Des guides lui dirent qu'il y avait un raccourci pour gagner le Baetis afin d'attaquer les ennemis quand ils passeraient le fleuve. Hasdrubal se dirigea vers l'Océan. Les attaques de cavalerie le retardaient et les légions arrivèrent à leur tour. Dès lors, ce fut une boucherie jusqu'au moment où le général lui-même, donnant l'exemple de la fuite, s'échappa vers les hauteurs les plus proches avec six mille hommes. Les autres furent massacrés ou pris. Les Carthaginois fortifièrent un camp improvisé sur une colline et s'y défendirent. Mais le blocus, sur un terrain sans ressources, n’était supportable que quelques jours. Le général, faisant venir ses vaisseaux, quitta de nuit son armée pour se réfugier à Gadès. En apprenant la fuite du chef ennemi, Scipion laissa dix mille fantassins et mille cavaliers à Silanus pour assiéger le camp, partit avec le reste des troupes et revint à Tarragone. Après son départ Masinissa, ayant rencontré en secret Silanus, passa en Afrique avec quelques-uns de ses compatriotes. Magon, à qui Hasdrubal avait renvoyé les vaisseaux, gagna Gadès. Le reste de l'armée se dispersa. Voilà comment, sous le commandement de P. Scipion, on chassa d'Espagne les Carthaginois, treize ans après le début de la guerre, quatre ans après que P. Scipion eut reçu cette province.

Peu de temps après Silanus rejoignit Scipion en annonçant que la guerre était terminée. L. Scipion, avec beaucoup de prisonniers nobles, fut envoyé à Rome pour annoncer que l'Espagne était reconquise. Tandis que la foule exaltait cet exploit, seul celui qui l'avait accompli ne considérait la reprise de l'Espagne que comme un début. L'Afrique, Carthage, voilà ce qui l'attirait. Pensant qu'il fallait dès maintenant se concilier les rois et les peuples, il décida de tâter les dispositions du roi Syphax. C'était le roi des Masaesulii. Ce peuple, voisin des Maures, fait face à la région de Carthagène. Il y avait un traité entre son roi et les Carthaginois. Scipion, pensant que Syphax ne le jugerait pas plus sacré que ne le font d'ordinaire les barbares, lui envoya comme parlementaire C. Laelius avec des présents. Syphax en fut heureux et, comme la situation était favorable aux Romains, accepta l'amitié de Rome mais ne voulut échanger des serments qu'avec le général romain lui-même. Ainsi Laelius retourna auprès de Scipion. Syphax, le roi le plus riche de cette région, dont le royaume avait une situation très favorable face à l'Espagne, était un atout important. C'est pourquoi Scipion, jugeant que cela valait la peine de courir un danger, passa en Afrique. Le hasard voulut qu'Hasdrubal aborde juste au même moment. Le vent poussa les deux navires dans le port sans laisser aux Carthaginois le temps de réagir. Mais personne n'osa lancer une attaque dans un port appartenant au roi.

Hasdrubal et Scipion allèrent trouver Syphax qui apprécia de voir les chefs des deux peuples les plus puissants de l'époque venir lui demander son amitié. Il offrit aux deux l'hospitalité et il s'efforça de les amener à un entretien. Scipion objecta qu’il n'avait rien contre Hasdrubal mais qu'il ne pouvait discuter avec un ennemi sans ordre du sénat. En revanche il accéda au désir du roi de le voir à la même table qu'Hasdrubal. Un dîner les réunit donc chez le roi. Scipion et Hasdrubal prirent place sur le même lit l'amabilité de Scipion était telle qu'il séduisit non seulement Syphax, qui n'était pas habitué à la politesse romaine, mais même son ennemi. Hasdrubal proclama que Scipion lui avait paru plus admirable dans cette rencontre que par ses exploits à la guerre. Ayant conclu un traité avec Syphax, Scipion repartit. En Espagne, certaines cités obéissaient à la peur plus qu'à la loyauté. Parmi elles, les plus remarquables étaient Iliturgi et Castulon. Castulon, après avoir été alliée aux Romains, était passée aux Carthaginois. Iliturgi, en livrant les Romains qui s'étaient réfugiés chez eux, avait ajouté le crime à la défection. Le moment de punir semblait venu. Scipion envoya L Marcius avec le tiers des troupes attaquer Castulon. Lui-même, avec le reste de l'armée, alla à Iliturgi. On attaqua la ville de deux côtés. La crainte née de la conscience de leurs torts poussait les assiégés à défendre leur ville. Aussi, toute la population participa-t-elle à la lutte.

Le combat commença avec une telle ardeur que l'armée qui avait soumis toute l'Espagne se trouva en difficulté. Quand Scipion le vit, il fit apporter des échelles et voulut monter lui-même. Partout s'élevèrent les cris des soldats, inquiets pour leur général, et on commença à dresser les échelles. Laelius aussi se fit pressant. Alors la force des assiégés fut vaincue. Les Romains s'emparèrent des murs. La citadelle fut prise. Des déserteurs africains, auxiliaires chez les Romains, s'aperçurent que la partie la plus haute de la ville, protégée par un rocher escarpé, était sans fortification ni défenseurs. Ils escaladèrent la roche et arrivèrent au sommet. De là, ils descendirent en courant dans la ville. Personne ne pensa à prendre des ennemis vivants ni à faire du butin. On massacra tout le monde puis on mit le feu aux maisons. Ensuite Scipion mena son armée à Castulon que défendaient des réfugiés espagnols et les restes de l'armée carthaginoise. Le chef espagnol Cerdubelus livra la ville et la garnison carthaginoise aux Romains. Scipion revint à Carthagène donner les combats de gladiateurs qu'il avait promis à l'occasion de la mort de son père et de son oncle. Les gladiateurs étaient des volontaires envoyés par les rois pour montrer le courage de leur peuple. Certains en profitèrent pour régler des querelles. Corbis et Orsua, deux cousins germains, se disputaient la cité d'Ibis et voulurent combattre. Scipion voulut régler leur différend mais ils refusèrent. Ils offrirent à l'armée un spectacle remarquable et l'exemple du mal que le désir du pouvoir peut causer. L'aîné, par son expérience, l'emporta sur la force du plus jeune.

Les lieutenants de Scipion poursuivaient les opérations. Les habitants d’Astapa détestaient les Romains. Ils avaient pillé le territoire d’alliés de Rome et enlevé des soldats et des commerçants romains. Une caravane qui traversait leur territoire avait été massacrée. Comme l'armée approchait, n'ayant aucun espoir de se sauver grâce à leurs murs ou à leurs armes, ils entassèrent au forum leurs biens les plus précieux, ordonnèrent à leurs femmes et à leurs enfants de s'asseoir dessus puis empilèrent du bois. Ensuite, ils dirent à cinquante soldats d’attendre. S'ils voyaient la ville sur le point d'être prise, ils devaient les tuer et tout brûler. Alors ils firent une sortie avec une folle audace. Ils furent tous massacrés. Pendant ce temps les femmes et les enfants étaient égorgés et jetés sur le bûcher. Les derniers se jetèrent dans les flammes. Ainsi Astapa fut détruite sans fournir aucun butin. Marcius, ayant soumis tous les peuples de la région, ramena son armée victorieuse à Carthagène. A la même époque arrivèrent des réfugiés de Gadès qui promettaient de livrer leur ville, la garnison punique et la flotte. Magon s'était arrêté là après sa fuite et avait réuni des troupes auxiliaires. On y envoya Marcius avec des cohortes légères et Laelius avec huit navires. La maladie de Scipion troubla la province. Mandonius et Indibilis se soulevèrent.

Huit mille soldats romains occupaient un camp près de Sucro pour défendre la région en-deçà de l'Ebre. Habitués à vivre de rapines, ils étaient gênés par la paix. L'indiscipline s'installa. La révolte éclata quand les soldats comprirent que les tribuns ne les suivraient. Deux simples soldats, C. Albius Calenus et C. Atrius Umber reçurent le commandement. Ils espéraient voir reprendre la guerre pour pouvoir exiger de l'argent des alliés et piller les villes ennemies. Sept tribuns militaires furent envoyés par Scipion pour calmer les esprits. Ils écoutèrent les griefs des hommes. Les plaintes furent transmises au général qui décida d'agir par la douceur et invita les rebelles à venir recevoir leur solde à Carthagène. Le retour au calme fut favorisé par l'apaisement des Espagnols qui rentrèrent chez eux en apprenant que Scipion était en vie. Les rebelles décidèrent d’aller demander leur solde. On annonça alors aux troupes de Carthagène une expédition contre Mandonius et Indibilis. Des tribuns furent envoyés au-devant de l'armée rebelle avec chacun le nom de cinq meneurs qui seraient bien accueillis et capturés une fois ivres. La nouvelle du départ de l'armée contre les Lacetani rassura les mutins qui entrèrent dans la ville. Comme prévu, les meneurs furent discrètement capturés. A l'aube les troupes se mirent en marche mais la colonne s'arrêta à la porte et on plaça des sentinelles pour que personne ne quitte la ville. Les soldats mutins crurent effrayer le général par leurs cris mais les troupes, revenues des portes, les encerclèrent. Les instigateurs de la révolte furent amenés au forum. Alors Scipion prit la parole pour stigmatiser l'attitude des rebelles. Il promit l’oubli aux mutins et le supplice aux meneurs. Ceux-ci furent battus de verges et frappés de la hache. La place purifiée, les soldats prêtèrent serment à P. Scipion et chacun reçut sa solde.

A la même époque, sur le Bétis, Hannon arma quatre mille Espagnols qui furent dispersés par L. Marcius. Laelius s'approcha de Carteia avec sa flotte. On pensait prendre Gadès sans combat mais la trahison fut dévoilée. Laelius et Marcius retournèrent à Carthagène. A leur départ, Magon respira. La révolte des Ilergètes lui offrant l'espoir de recouvrer l'Espagne, il demanda des renforts à Carthage. Mandonius et Indibilis, apprenant le supplice des mutins, appelèrent à nouveau leurs peuples aux armes et passèrent sur le territoire des Sedetani avec vingt mille fantassins et deux mille cinq cents cavaliers. Scipion convoqua une assemblée devant laquelle il s'emporta contre la perfidie des Espagnols. Il avait avec tristesse expié par l'exécution de trente Romains la faute de huit mille. Maintenant, c'était avec joie qu'il allait massacrer les Ilergètes. Il voulait ramener ses hommes avec lui dans leur patrie pour un triomphe et il espérait leur soutien dans sa candidature au consulat comme s'il s'agissait là d'un honneur qu'ils partageraient tous. En dix étapes, l’armée arriva sur l'Ebre et alla camper en vue de l'ennemi. Devant le camp se trouvait une plaine entourée de montagnes. Scipion, ayant fait mettre en avant des troupeaux pour attirer les barbares, envoya des vélites en ordonnant à Laelius, quand le combat serait engagé, de charger l'ennemi avec la cavalerie jusqu'alors cachée. Les Espagnols coururent sur les troupeaux et les vélites sur les Espagnols. Les cavaliers les écrasèrent dans leur charge. Ce fut un massacre. Cela enflamma la colère des barbares. A l'aube, le lendemain, ils s'avancèrent en ligne. Scipion, pensa que l'étroitesse du lieu lui était favorable.

Il ordonna à Laelius d'opérer un mouvement tournant et d'engager un combat de cavalerie distinct de la lutte d'infanterie. Lui-même ne plaça que quatre cohortes de front, ne pouvant étendre plus sa ligne, et se dépêcha de combattre détourne les regards des cavaliers qui traversaient la montagne. Les ennemis ne virent qu'ils étaient tournés qu'en entendant derrière eux le bruit du combat de cavalerie. Il y avait ainsi deux batailles dans une vallée dont l'étroitesse ne permettait pas aux combats de se mêler. L'infanterie espagnole qui s'était engagée en plaine comptant sur sa cavalerie était massacrée et les cavaliers, seuls, ne pouvaient tenir tête. Il ne survécut pas un des Espagnols qui se battaient dans la vallée. Les autres purent fuir avec les rois eux-mêmes. Indibilis envoya à Scipion son frère Mandonius. Scipion leur pardonna, leur laissa leurs armes et ne prit pas d’otages. Il n'exigea que la solde de ses troupes. Quant à lui, il rejoignit Marcius qui approchait de l'Océan. Masinissa, qui était à Gadès, voulait rencontrer Scipion en personne. Informé de l'approche de Scipion, Masinissa prétexta que ses cavaliers se rouillaient dans l'inaction pour obtenir de Magon la permission d'aller piller les régions les plus proches. Là, il envoya à Scipion trois chefs numides pour fixer un rendez-vous. Il l'invita à en garder deux comme otages. Les deux chefs arrivèrent avec une petite escorte. Le Numide remercia le romain d'avoir libéré son neveu et offrit ses services. Les serments échangés, Scipion rentra à Tarragone et Masinissa à Gadès.

Magon se préparait à rentrer en Afrique quand il reçut l'ordre d'aller avec sa flotte en Italie. Après avoir enrôlé des mercenaires gaulois et ligures, il devrait se joindre à Hannibal. Il reçut de l'argent de Carthage et en exigea autant qu'il put des gens de Gadès, en dépouillant leur trésor et leurs temples. Comme il longeait la côte espagnole, il ravagea la campagne de Carthagène puis s’approcha de la ville. Là, il débarqua ses troupes de nuit et les mena vers le rempart, pensant que les habitants tenteraient un soulèvement. Mais des messagers accourus avaient annoncé l'arrivée de l'ennemi. Quand les ennemis arrivèrent au pied du rempart, les Romains s'élancèrent et en firent un grand carnage. Sans les bateaux, aucun n'aurait survécu. Dans les vaisseaux mêmes il y eut une panique au moment où, de peur de voir les Romains s'y précipiter, on retirait les échelles et on coupait les amarres et les câbles des ancres. Beaucoup de Carthaginois qui nageaient vers leurs navires périrent. Magon, qui avait regagné Gadès, s'en vit interdire l'accès. Il accosta à Cimbii et envoyant des émissaires se plaindre. Les notables de Gadès rejetaient la faute sur la foule, irritée par les pillages. Il attira à une entrevue les sufètes, les plus hauts magistrats pour les Carthaginois, et le questeur de Gadès. Il les fit mettre en croix puis passa avec ses vaisseaux dans l'île de Pityusa, à cent milles du continent. Des Carthaginois l'habitaient alors.

Sa flotte y fut reçue amicalement. On lui fournit des vivres, des recrues et des armes. Cela lui redonna confiance et il fit passer ses forces dans les îles Baléares, distantes de cinquante milles. Il y a deux îles Baléares. L'une d'elles est plus grande, mieux pourvue d'hommes et d'armes, et possède un port où il croyait hiverner commodément. Mais les habitants attaquèrent la flotte carthaginoise. Ils se servaient de frondes et personne n’est aussi habile qu'aux dans leur maniement. Aussi tomba-t-il une telle quantité de pierres sur la flotte qui s'approchait qu'on repartit. On passa alors dans la plus petite des Baléares, au territoire fertile mais moins pourvue que l'autre en armes et en hommes. Les Carthaginois y établirent un camp au-dessus du port. Ils s'emparèrent sans combat de la ville et de son territoire, enrôlèrent deux mille auxiliaires et les envoyèrent à Carthage puis tirèrent leurs vaisseaux à sec. Magon parti, les gens de Gadès se rendirent aux Romains. P. Scipion rentra à Rome et exposa au sénat ce qu'il avait fait en Espagne. Il essaya d’obtenir le triomphe mais personne n'avait encore triomphé pour avoir conduit des affaires sans être magistrat. Il entra dans Rome et fit porter au trésor quatorze mille livres d'argent brut et beaucoup de monnaie. Les élections eurent lieu et les centuries proclamèrent consul P. Scipion. On lui donna pour collègue P. Licinius Crassus. On venait de tous côtés pour voir Scipion. La foule accourut au Capitole alors qu'il y sacrifiait les cent boeufs promis en Espagne à Jupiter. Les gens s'assuraient que, comme C. Lutatius avait terminé la première guerre punique, P. Cornelius terminerait la deuxième et que, comme il avait chassé les Carthaginois d'Espagne, il les chasserait d'Italie.

En la quatorzième année de la guerre, P. Cornelius Scipion reçut la charge de la Sicile et P. Licinius Crassus celle du Bruttium. Le sénat décida que les jeux voués par Scipion en Espagne au moment de la révolte militaire seraient célébrés avec l'argent qu'il avait versé au Trésor. Scipion introduisit ensuite les ambassadeurs de Sagonte. Le plus âgé s’adressa aux sénateurs. Il souligna combien l’aide romaine avait été généreuse malgré les drames rencontrés et insista sur le rôle de P. Scipion. Grâce à Rome, les Sagontins avaient retrouvé leur pays. En remerciement, les ambassadeurs apportaient une couronne d’or au Capitole. Le sénat répondit qu’ils étaient un exemple de la fidélité gardée entre deux alliés. Puis on discuta de la situation. Scipion disait qu'on ne l'avait pas élu consul pour faire la guerre mais pour la terminer et qu'on ne pouvait obtenir ce résultat qu’en faisant passer une armée en Afrique. Mais ce projet ne plaisait pas aux principaux sénateurs. Q. Fabius Maximus écarta les accusations qu'on pourrait lui faire de circonspection excessive et de jalousie. exprima son avis. Selon lui, il fallait d’abord chasser Hannibal qui, avec une armée intacte, occupait depuis treize ans l'Italie. Pour le moment, ravitailler deux armées était impossible au trésor. En Afrique, il n'y avait ni port ouvert à la flotte romaine, ni territoire pacifié, ni un allié. Il était dangereux de se fier à Syphax et à Masinissa. Mais si une armée romaine arrivait, ils accourraient tous contre elle. Les Carthaginois se montreraient redoutables pour défendre leur patrie. Fabius estimait que Scipion avait été nommé consul pour la République, non pour son intérêt, et que les armées avaient été enrôlées pour garder Rome et l'Italie.

Scipion répondit. Aux exemples donnés par Fabius, il en opposa d’autres. L'ardeur est plus grande chez un assaillant que chez un défenseur. Carthage ne trouvait aucune force chez ses citoyens. Ses soldats n'étaient que des mercenaires. L’ennemi serait Hannibal mais il serait forcé de combattre sur sa terre. Il était outrageant de dire que Licinius ne pouvait contenir seul ce qui restait des forces carthaginoises en Italie. Il fallait qu'on dévaste l'Afrique plutôt que Rome ne voit à nouveau les retranchements ennemis. Le bruit s'était répandu que, s'il n'obtenait pas du sénat la province d'Afrique, Scipion demanderait au peuple de la lui donner. Aussi Q. Fulvius demanda-t-il au consul de dire ouvertement s'il laissait les sénateurs décider de la répartition des provinces ou s'il porterait la question devant le peuple. Scipion répondit qu'il agirait dans l'intérêt de l'Etat. Le lendemain, le sénat attribua à un des consuls la Sicile et trente vaisseaux de guerre avec la permission de passer en Afrique, et à l'autre le Bruttium et la guerre contre Hannibal. Les jeux de Scipion furent célébrés avec une grande affluence. On envoya une ambassade à Delphes porter l'offrande tirée du butin fait sur Hasdrubal. Elle y porta une couronne d'or de deux cents livres et des reproductions en argent des dépouilles pesant mille livres.

Scipion obtint l’autorisation d'emmener des volontaires et de recevoir des dons des alliés pour la construction de nouveaux bateaux. Les premiers, les Etrusques promirent du blé, du fer, des voiles, des quilles, des armes, des outils et du bois de construction. Les peuples d'Ombrie et tout le territoire sabin promirent des soldats. Les Marses, les Paeligni et les Marrucini s'enrôlèrent dans la flotte. Les Camertes envoyèrent six cents hommes armés. Scipion pressa si bien le travail qu’en quarante-quatre jours les bateaux furent lancés à l'eau. Il partit pour la Sicile avec trente vaisseaux de guerre et sept mille volontaires. P. Licinius alla dans le Bruttium. Comme l'argent manquait, on ordonna aux questeurs de vendre le territoire campanien allant du canal grec à la mer. Le même été, Magon passa en Italie avec douze mille fantassins et deux mille cavaliers. Gênes fut prise. Il aborda chez les Ligures alpins pour essayer de provoquer un soulèvement. Les Ingauni faisaient à ce moment la guerre aux montagnards Epanterii. Le Carthaginois, laissant son butin à Savone avec dix bateaux de guerre, renvoya les autres à Carthage, le bruit courant que Scipion allait passer la mer. Il s'allia avec les Ingauni. Son armée augmentait chaque jour, les Gaulois affluant de tous côtés. Les sénateurs ordonnèrent à M. Livius d'amener d'Etrurie son armée d'esclaves et firent envoyer de Rome deux légions. M. Valerius Laevinus conduisit ces légions à Arretium.

 

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