Livre 30: 203 av. JC

C'était la seizième année de la guerre punique. Gn. Servilius Caepio et G. Servilius Geminus étaient consuls. Le commandement de Scipion fut prorogé jusqu'à la fin de la guerre d'Afrique. Vingt légions et cent soixante navires formèrent cette année les forces romaines. On était tourmenté de nouveaux scrupules religieux à l'occasion de prodiges. Pour les expier, on fit des sacrifices. Le collège des pontifes désigna les dieux auxquels on les devait offrir. Les consuls et les préteurs partirent ensuite pour leurs provinces. Tous néanmoins pensaient à l'Afrique. Scipion n'avait pas interrompu les opérations pendant l'hiver. Il assiégeait Utique et avait devant lui le camp d'Hasdrubal. Les vaisseaux carthaginois cherchaient à intercepter ses convois. Scipion n'avait pas renoncé à regagner l'amitié de Syphax. Celui-ci offrait sa médiation. Pour ménager à ses soldats un prétexte de communication avec le camp carthaginois, le chef romain laissa croire qu'on finirait par s'entendre. Les quartiers d'hiver des Carthaginois étaient en bois. Les Numides, sans autre abri que des cabanes de jonc et de nattes, étaient logés çà et là en désordre, quelques-uns même en dehors du retranchement. Scipion, informé, voulait incendier les quartiers de l'ennemi. Avec les agents qu'il envoyait à Syphax, Scipion envoyait aussi, déguisés en esclaves, des officiers qui en profitaient pour examiner la configuration du camp.

Quand Syphax et les Carthaginois commencèrent à croire à la paix, les Romains déclarèrent qu'ils ne pouvaient repartir qu'avec une réponse définitive. Pendant ce temps, les espions eurent le temps de tout préparer. On parlait tant de paix que les Carthaginois négligeaient toute précaution. La réponse arriva. Comme on croyait le général romain impatient d'obtenir la paix, on y avait introduit des clauses rigoureuses qui donnèrent à Scipion un prétexte pour rompre la trêve. Il remit ses vaisseaux à flot, embarqua ses machines de siège comme s'il allait donner l'assaut à Utique du côté de la mer et envoya deux mille hommes s'emparer d'une hauteur qui dominait la place. Il voulait détourner l'attention de l'ennemi et prévenir toute sortie de la ville. Ces mesures prises, Scipion annonça son projet pour la nuit suivante. Vers la première veille, les colonnes étaient déployées. On arriva vers minuit au camp ennemi. Scipion mit sous les ordres de Laelius une partie des troupes et Masinissa et leur ordonna d'incendier le camp de Syphax. Il se chargeait, lui, d'attaquer le camp carthaginois. Il commencerait quand il aurait vu celui du roi en feu. Il n'attendit pas longtemps. Les barbares crurent que l’incendie était accidentel. Les uns furent brulés dans leur sommeil. Les autres furent piétinés au passage des portes. Les Carthaginois aussi se trompèrent. Ils se ruèrent sans armes et tombèrent sur les troupes romaines. On les tua tous. Les deux chefs parvinrent à s'échapper, n'ayant plus avec eux que deux mille fantassins et cinq cents cavaliers désarmés. Quarante mille hommes périrent. Plus de cinq mille furent faits prisonniers. Six éléphants furent pris. Huit furent tués ou brûlés.

Hasdrubal avait gagné la ville voisine. La crainte qu'elle ne soit livrée à Scipion le poussa à repartir. Aussitôt les Romains furent reçus par les habitants. La soumission ayant été volontaire, ils ne les traitèrent pas en ennemis. Deux autres villes furent ensuite prises et pillées. On laissa le butin aux soldats avec celui des deux camps. Syphax s'enferma dans un fort. Hasdrubal se rendit à Carthage. La consternation y était telle qu'on croyait que Scipion mettrait sur-le-champ le siège devant la ville. Le sénat fut convoqué par les suffètes, l'équivalent des consuls chez les Carthaginois. Les uns proposaient d'envoyer une ambassade à Scipion pour traiter de la paix. D'autres demandaient qu'on rappelle Hannibal. Les derniers voulaient qu'on forme une nouvelle armée. Grâce à Hasdrubal et aux Barcides ce fut ce dernier avis qui l'emporta. On commença donc des levées et on envoya des députés à Syphax qui s'apprêtait à reprendre la guerre, sa femme l'ayant conjuré de ne pas trahir son père et sa patrie. Les députés rencontrèrent près d'Obba quatre mille Celtibères recrutés en Espagne et qui étaient d'excellentes troupes. Hasdrubal allait arriver avec des forces considérables. Syphax montra aux députés une foule de paysans numides auxquels il avait donné des armes et des chevaux. Quelques jours plus tard, Hasdrubal et Syphax firent leur jonction. Ils eurent ainsi une armée de trente mille hommes. Scipion fut détourné du siège d'Utique par la nouvelle que la guerre recommençait. Il laissa quelques troupes sur place et marcha contre les ennemis avec l'élite de son armée. Il prit position sur une hauteur près du camp de Syphax. Le lendemain, il descendit avec sa cavalerie dans les Grandes-Plaines et passa la journée à provoquer les postes ennemis. Le quatrième jour, les deux armées se présentèrent en bataille. Le premier choc suffit pour mettre en déroute les ailes ennemies. Les Celtibères se firent tous tuer à leur poste. En attirant ainsi sur eux les efforts des Romains, ils permirent la fuite de Syphax et d'Hasdrubal. Le lendemain Scipion envoya Laelius et Masinissa avec la cavalerie et les troupes légères à leur poursuite.

La soumission rapide de tout le pays d'alentour faisait croire qu'il paraîtrait bientôt devant Carthage elle-même. On répara donc ses murs, on y ajouta des fortifications, et chacun fit venir des provisions pour soutenir un siège. On envoya la flotte contre l'escadre stationnée à Utique mais on décida aussi de rappeler Hannibal. Pour la défense de Carthage, il ne restait plus d'autre capitaine que lui. Le lendemain, les envoyés partirent pour l'Italie. Scipion se rendit maître de Tunis dont la garnison avait pris la fuite. C'est une place forte à quinze milles de Carthage. C'est de là que les Romains virent la flotte ennemie partir pour Utique. Aussitôt le travail fut interrompu. Les vaisseaux de charge formèrent un rempart en face de l'ennemi et on les unit par des câbles. Puis on les couvrit d'un plancher afin de les faire communiquer. Sous ces ponts Scipion fit ménager des intervalles pour permettre aux barques d'éclaireurs de passer. Puis il choisit mille hommes qu'il fit transporter sur les bâtiments de transport et on entassa des armes et des projectiles. Ainsi préparés, les Romains attendirent l'arrivée de l'ennemi. Les Carthaginois auraient pu surprendre la flotte romaine en désordre et l'écraser mais ils n'avaient même plus confiance dans leur marine. Ils perdirent un jour entier et n'abordèrent qu'au coucher du soleil à Ruscumon. Le lendemain ils se mirent en bataille en pleine mer comme pour un combat en règle. Voyant que l'ennemi ne bougeait pas, ils se décidèrent à attaquer. Les Carthaginois lancèrent sur les vaisseaux romains des madriers garnis de crochets en fer. Chaque navire carthaginois s'accrochait par l'arrière à un bâtiment de transport, l'entraînait et en emportait plusieurs en même temps. Soixante bâtiments de transport furent ainsi remorqués jusqu'à Carthage. Cette capture y causa plus de joie qu'elle ne méritait.

Au même moment, Laelius et Masinissa étaient arrivés en Numidie. Les Mésules, sujets de Masinissa, retrouvèrent avec joie un roi qu'ils avaient longtemps regretté. Syphax, dont les garnisons furent chassées, rentra dans ses Etats mais sa femme et son beau-père l'excitaient au combat. Il rassembla donc ses troupes et les organisa comme le lui avaient appris autrefois des centurions romains. Avec cette armée, nombreuse mais peu indisciplinée, il marcha à l’ennemi. Quelques cavaliers s'avancèrent hors des lignes pour une reconnaissance. Puis les sorties eurent lieu des deux côtés. Bientôt toute la cavalerie des deux armées se trouva aux prises. Tant que ce fut une mêlée de cavalerie, les Masésyles que Syphax faisait avancer par masses furent irrésistibles. Mais quand l'infanterie romaine eut rétabli le combat, les Barbares plièrent. Syphax fut capturé et on le conduisit à Laelius. Ses soldats se rassemblèrent à Cirta, la capitale. Bien qu'impatient de revoir ses Etats, Masinissa déclara qu'il ne fallait pas perdre un instant. Il pouvait, en prenant les devants avec sa cavalerie, surprendre Cirta et l'écraser. Laelius suivrait avec l’infanterie. Laelius y consentit. Voyant Syphax enchaîné, les notables de Cirta se hâtèrent d'ouvrir les portes. Masinissa s'empara du palais. Il y trouva Sophonisbe, femme de Syphax et fille d'Hasdrubal. Quand elle le vit, elle se jeta à ses genoux. Elle préférait mourir plutôt que d'être livrée aux Romains. Elle était belle et jeune. Aussi le prince s'éprit-il de sa captive. Il prit une résolution aussi téméraire qu'imprudente. Il l'épousa le jour même afin de ne laisser ni à Laelius ni à Scipion le droit de la traiter comme captive.

Le mariage était accompli lorsque Laelius arriva. Il ne cacha pas son mécontentement. Avec Masinissa, il reprit les villes de Numidie encore occupées par les garnisons de Syphax. A la nouvelle qu'on amenait le roi au camp, les soldats sortirent en foule comme s'ils allaient assister à un triomphe. Ce roi dont la majesté avait paru si imposante aux Romains et aux Carthaginois que Scipion avait quitté l'Espagne pour aller solliciter son amitié et qu'Hasdrubal lui avait donné sa fille en mariage marchait en tête, chargé de fers. Il fut conduit devant Scipion qui lui demanda pourquoi il avait repoussé l'alliance de Rome. Syphax avoua sa faute. Son égarement avait commencé le jour où il avait épousé une Carthaginoise. Mais il avait la consolation de voir son ennemi introduire en sa demeure ce même démon. Masinissa ne serait ni plus sage ni plus fidèle que Syphax. Sa jeunesse le rendait même plus imprudent. II y avait de la folie dans la manière dont il avait épousé Sophonisbe. Ce discours impressionna Scipion. Ces pensées l'occupaient, lorsque Laelius et Masinissa arrivèrent. Après les avoir tous deux comblés d'éloges, Scipion tira Masinissa à l'écart pour lui parler. Il le félicita pour sa valeur mais s’inquiéta de sa vie privée. Syphax avait été vaincu et capturé par le peuple romain. Tout ce qui était à lui revenait au peuple romain. Le roi et sa femme devraient être envoyés à Rome pour que le sénat et le peuple se prononcent sur leur sort.

Masinissa se retira consterné. Il appela l'esclave chargé de la garde du poison que les rois barbares ont l'usage de se réserver en cas de malheur. Il lui ordonna d'en préparer une coupe, de la porter à Sophonisbe et de lui dire que, devant une autorité supérieure à la sienne, il lui épargnerait au moins le malheur de tomber au mains des Romains. Sophonisbe écouta, prit la coupe et la but sans hésiter. Quand Scipion l'apprit, il craignit que Masinissa ne soit égaré par son désespoir. Il le fit venir et le consola. Mais en même temps il lui reprocha d'avoir donné à cette affaire un dénouement tragique que rien ne nécessitait. Le lendemain, pour le distraire, il convoqua l'assemblée. Là, il lui donna le titre de roi et lui fit présent d'une couronne, d'une coupe d'or, d'une chaise curule, d'un bâton d'ivoire, d'une toge brodée et d'une tunique à palmes. Il ajouta que les Romains n'avaient pas d'honneur plus grand que le triomphe, ni les triomphateurs d'ornements plus beaux que ceux dont Masinissa seul parmi tous les étrangers avait été jugé digne. Ces honneurs calmèrent le roi et firent naître dans son coeur l'espoir de commander à toute la Numidie.

Scipion envoya Laelius à Rome avec Syphax et les prisonniers puis revint camper devant Tunis et acheva les fortifications commencées. Les Carthaginois avaient eu une fausse joie en apprenant leur succès contre la flotte romaine. A la nouvelle de la prise de Syphax, ils furent frappés de terreur et envoyèrent les trente principaux anciens demander la paix. Arrivés au camp romain, ces députés, selon l'usage de leur patrie, se prosternèrent. Leurs paroles furent humbles. Ils rejetaient les torts sur Hannibal. Ils demandaient grâce pour leur cité. Scipion leur répondit qu'il était venu en Afrique pour vaincre. Cependant, bien qu'il ait la victoire entre les mains, il ne repoussait pas la paix. Il voulait faire savoir à toutes les nations que le peuple romain n'entreprenait la guerre qu'avec justice. II exigea que Carthage restitue les prisonniers, les transfuges et les déserteurs, qu'elle retire ses armées d'Italie et de Gaule, qu'elle renonce à l'Espagne, qu'elle évacue les îles entre l'Italie et l'Afrique, qu'elle livre tous ses vaisseaux, sauf vingt, plus cinq cent mille boisseaux de blé et trois cents mille d'orge. A Carthage voulut gagner du temps pour qu'Hannibal puisse repasser en Afrique. On envoya donc une nouvelle ambassade à Scipion pour conclure la trêve et une autre à Rome pour demander la paix. Laelius rendit au sénat un compte détaillé de tout ce qui s'était fait en Afrique. Les sénateurs décidèrent d'envoyer le roi dans la prison d'Albe. On décréta quatre jours de supplications. Le préteur P. Aelius réunit l'assemblée du peuple et monta aux Rostres avec Laelius. Quand on apprit que les armées de Carthage avaient été mises en déroute, qu'un roi illustre avait été fait prisonnier et que la Numidie entière avait été parcourue triomphalement, la foule ne put contenir sa joie. Le préteur ordonna que tous les temples de la ville soient ouverts afin que le peuple puisse rendre aux dieux des actions de grâces.

Le lendemain Laelius introduisit les députés de Masinissa au sénat. Ils félicitèrent l'assemblée des succès de Scipion puis témoignèrent leur reconnaissance de ce que le général avait donné à leur maître le titre de roi en le rétablissant sur le trône de ses pères. Masinissa demandait que ce titre et les récompenses de Scipion soient confirmés. Il sollicitait le renvoi des Numides qu'on gardait prisonniers à Rome. On répondit aux députés que le roi avait sa part dans les félicitations que méritaient les succès obtenus en Afrique et que Scipion n'avait pas outrepassé ses pouvoirs en lui décernant le titre de roi. Les députés emporteraient pour le roi deux saies de pourpre avec une agrafe d'or et des tuniques à laticlave, deux chevaux caparaçonnés, deux armures de cavalier avec cuirasses, des tentes et l'équipage militaire qu'il est d'usage de fournir aux consuls. On leur donna cinq mille as chacun et mille aux gens de leur suite, plus deux habillements complets par député, et un à chacun des gens de leur suite et des Numides qu'on mettait en liberté pour les renvoyer au roi.

A la même époque, le préteur P. Quinctilius Varus et le proconsul M. Cornelius Cethegus livrèrent bataille à Magon sur le territoire des Gaulois Insubres. Quinctilius proposa à Cornelius une charge de cavalerie que le proconsul accepta. L'armée ennemie n'aurait pu tenir si Magon n'avait fait avancer ses éléphants. Leurs cris, leur odeur, leur aspect effarouchèrent les chevaux et rendirent la charge vaine. Heureusement des troupes de réserve rétablirent la situation et attaquèrent les éléphants. Comme ces animaux étaient serrés les uns contre les autres, les traits romains portèrent tous et les forcèrent à se replier. Quatre d'entre eux tombèrent. Bientôt l'infanterie ennemie se débanda tout entière quand elle vit les éléphants se retourner. Tant que Magon se tint à la tête de ses hommes, ils ne reculèrent que pas à pas. Dès qu'il fut blessé, ils se mirent à fuir. Ce jour-là les ennemis perdirent cinq mille hommes. L'armée du préteur en perdit deux mille trois cents. Magon partit la nuit suivante. Il arriva au bord de la mer chez les Ligures Ingaunes. II y reçut une députation de Carthage qui lui apportait l'ordre de rentrer en Afrique. Son frère Hannibal devait en faire autant. Les affaires de Carthage ne leur permettait plus l'occupation de la Gaule et de l'Italie. Magon craignait d'ailleurs de voir l'ennemi s'acharner contre lui et les Ligures se soumettre à Rome. Il espérait aussi que la traversée serait moins douloureuse pour sa blessure qu'un voyage par terre. Il embarqua donc ses troupes et partit. Mais à peine avait-il dépassé la Sardaigne qu'il mourut. Le consul G. Servilius Geminus se fit rendre, après seize ans de servitude, son père G. Servilius et G. Lutatius qui avaient été pris par les Boïens à Tannetum. On décida de ne pas faire un crime à G. Servilius, fils d'un citoyen qui avait exercé des magistratures curules, d'avoir accepté du vivant de son père, qu'il croyait mort, les fonctions de tribun du peuple.

Le consul Gn. Servilius Caepio, dans le Bruttium, traita avec Consentia, Aufugum, Bergae, Besidiae, Ocriculum, Lymphaeum, Argentanum, Clampétia et avec beaucoup d'autres peuples qui, voyant les Carthaginois affaiblis, passèrent aux Romains. Il livra aussi bataille à Hannibal près de Crotone. Hannibal ne fit désormais plus rien en Italie car le hasard voulut que les envoyés de Carthage chargés de le rappeler en Afrique arrivent auprès de lui le même jour que l'ambassade destinée à Magon. On dit qu'Hannibal entendit les paroles des envoyés avec colère et qu’il affirma être vaincu par le sénat de Carthage et non par les Romains. Il avait prévu ce rappel et ses vaisseaux étaient prêts. Laissant quelques troupes dans le Bruttium pour garder les quelques places fidèles, il embarqua pour l'Afrique l'élite de son armée. Beaucoup, Italiens de naissance, refusèrent de le suivre et cherchèrent asile dans le temple de Junon Lacinia. Il les fit impitoyablement massacrer dans le sanctuaire même. Il se retourna souvent vers les côtes italiennes, se reprochant de n'avoir pas mené droit à Rome ses soldats encore couverts du sang des Romains tués à Cannes. Rome apprit en même temps le départ de Magon et celui d'Hannibal.

A la même époque arrivèrent des députés de Sagonte. Ils déposèrent deux cent cinquante livres d'or et huit cents d'argent à la curie. Les vieux sénateurs rappelèrent que les dieux avaient accordé au bout de seize ans la délivrance de l’Italie. On décréta cinq jours de supplications à tous les autels et un sacrifice de cent vingt victimes. On refusa aux envoyés carthaginois l'entrée dans Rome. Le sénat leur donna audience dans le temple de Bellone. Ils rejetèrent la responsabilité de la guerre sur Hannibal. Laelius estima que les Carthaginois faisaient toutes les manoeuvres possibles en attendant leurs armées et qu'ensuite, sans s'inquiéter des traités, ils feraient la guerre. On congédia les députés sans leur accorder la paix. Le consul Gn. Servilius Caepio se mit à la poursuite d'Hannibal. On créa dictateur P. Sulpicius Galba qui le rappela en Italie et passa le reste de l'année à visiter les villes d'Italie qui s'étaient détachées de Rome et à régler le sort de chacune d'elles. Cent vaisseaux chargés de provisions partirent de Sardaigne et abordèrent en Afrique sans encombres. Un autre convoi parti de Sicile n'eut pas la même chance. Il était en vue de l'Afrique quand le vent de terre dispersa la flotte. Les vaisseaux de guerre purent abordèrent au promontoire d'Apollon. Les transports furent poussés les uns sur l'île d'Egimure, qui ferme le golfe de Carthage, les autres en face de la ville à la hauteur des Eaux-Chaudes. On voyait cela de Carthage et le peuple demandait qu'on ne laisse pas échapper cette proie. Vainement les uns objectaient la paix qu'on sollicitait. Le sénat et le peuple décidèrent qu'Hasdrubal irait à Egimure avec cinquante navires et qu'il parcourrait la côte pour recueillir les navires romains dispersés par la tempête.

Abandonnés par leurs équipages, les transports furent remorqués à Carthage. Scipion fut indigné de cette perfidie. Il envoya sur-le-champ des ambassadeurs à Carthage. Comme la foule ameutée les menaçait, les magistrats carthaginois durent les raccompagner par mer. La flotte carthaginoise était mouillée devant Utique. Trois navires s'en détachèrent pour attaquer une quinquérème romaine qui doublait le cap. Les Romains se défendirent avec vigueur tant qu'ils eurent des munitions à bord. Ensuite ils s'échouèrent à terre. Les hommes s'échappèrent sains et saufs. Ces deux attentats avaient évidemment rompu la trêve lorsque Laelius arriva de Rome avec les députés carthaginois. Scipion leur déclara qu'il les respecterait puis les congédia et se disposa pour la guerre. Approchant de la côte africaine, Hannibal manqua aborder près d'un tombeau en ruines. Pour éviter ce présage, il continua jusqu'à Leptis, où il débarqua. Les opérations ultérieures se passèrent alors que M. Servilius Geminus et Tib. Claudius Nero étaient consuls. A la fin de l'année précédente, une ambassade des villes grecques alliées était venue se plaindre des dévastations commises par les troupes de Philippe. Elle avait annoncé aussi que quatre mille hommes, commandés par Sopater, étaient passés en Afrique pour porter secours à Carthage et qu'on y avait envoyé des sommes considérables. Le sénat décida de faire savoir au roi que ces actes étaient contraires aux traités. Cette même année, un incendie ravagea la rue Publicius. Il y eut aussi une inondation. Les grains furent néanmoins à bas prix. Une grande quantité de blé avait été expédiée d'Espagne et les édiles le distribuèrent au peuple, à quatre as la mesure. Q. Fabius Maximus mourut très âgé. Il fut le seul général qui ait rétabli les affaires en temporisant.

Au début de l'année suivante les consuls soumirent au sénat la question des provinces. Chacun voulait l'Afrique. Mais on demanda au peuple de désigner le général à qui il voulait confier cette guerre. Ce fut Scipion. Néanmoins les consuls tirèrent au sort et l'Afrique revint à Tib. Claudius. Il devait y conduire une flotte et partager le commandement avec Scipion. M. Servilius eut l'Etrurie. Seize légions seulement veillèrent cette année à la défense de l'empire. Pour se concilier les dieux, on décida que les consuls ne partiraient pour la guerre qu'après avoir célébré les jeux et immolé les victimes qu'avait voués le dictateur T. Manlius. On ne savait s'il fallait se réjouir qu'Hannibal ait évacué l'Italie ou s'alarmer qu'il soit passé en Afrique. Scipion aurait à combattre non plus Syphax, roi grossier, ou Hasdrubal, le plus lâche des généraux, ou des armées formées de paysans mal armés mais Hannibal, qui avait rempli l’Espagne, la Gaule et l'Italie de ses exploits, avec une armée endurcie qui s'était couverte du sang romain. Déjà Hannibal était à Hadrumète. Les nouvelles alarmantes qu'on lui apportait de Carthage le décidèrent à se porter rapidement vers Zama, à cinq jours de Carthage. Les éclaireurs qu'il envoya furent capturés et conduits à Scipion. Celui-ci les fit promener dans le camp partout où ils voulaient puis les relâcha. Les renseignements que reçut le Carthaginois n'étaient pas faits pour le rassurer. Masinissa était arrivé avec six mille fantassins et quatre mille cavaliers. Aussi, il pensa qu'en demandant la paix alors que ses forces étaient intactes, il pourrait obtenir de meilleures conditions. Il envoya donc un messager à Scipion pour solliciter une entrevue. Scipion y consentit et les deux généraux rapprochèrent leurs camps.

Scipion prit aux environs de la ville de Naraggara une position qui présentait des facilités pour faire de l'eau. Hannibal s'établit sur une hauteur plus éloignée. On choisit entre les deux camps un endroit qui se voyait de partout afin de rendre toute surprise impossible. Ne gardant que les interprètes, les deux généraux s'entretinrent. Ils restèrent un instant saisis par l'admiration mutuelle qu'ils s'inspiraient. Hannibal le premier prit la parole. Il se félicitait d’avoir affaire à Scipion. Il aurait mieux valu que leurs pères se soient contentés, les uns de l'Italie, les autres de l'Afrique. Mais il fallait oublier le passé. Carthage acceptait que la Sicile, la Sardaigne et toutes les îles entre l'Afrique et l'Italie restent romaines. Les Carthaginois resteraient en Afrique. Scipion accepta d’en référer au sénat si Carthage ajoutait une réparation pour l’attaque des vaisseaux. La paix ne se fit pas. La conférence fut rompue. Les deux chefs retournèrent vers leur escorte et ordonnèrent à leurs hommes de se préparer pour une dernière bataille. S'ils triomphaient, leur victoire serait définitive. Ils sauraient avant le lendemain soir si c’était Rome ou Carthage qui ferait la loi au monde. Le Carthaginois rappela aux siens seize années d'exploits en Italie. Scipion parla de l’Espagne, des combats livrés en Afrique, et de la faiblesse de son ennemi qui ne pouvait ni s'empêcher de demander la paix ni la garder fidèlement tant sa mauvaise foi était innée. Ils touchaient au terme de leurs fatigues. Il dépendait d'eux de s'assurer les dépouilles de Carthage et un glorieux retour dans leur patrie.

Scipion disposa ses troupes en laissant entre les manipules des intervalles de manière à ce que les éléphants de l'ennemi puissent passer sans porter le désordre. Laelius fut placé à l'aile gauche avec la cavalerie italienne. Masinissa et ses Numides étaient à la droite. Hannibal plaça ses quatre-vingts éléphants en première ligne. Puis venaient les Ligures, les Gaulois, les Baléares, les Maures, les Carthaginois, les Africains, la légion macédonienne et la réserve composée d'Italiens du Bruttium. La cavalerie garnissait les ailes, Carthaginois à droite, Numides à gauche. Hannibal essaya d’animer ces hommes qui n'avaient rien de commun. Aux auxiliaires il montra le butin. Il attisa la haine naturelle des Gaulois contre Rome. Aux Ligures, il promit les plaines fertiles de l'Italie. Il menaça les Maures et les Numides du despotisme de Masinissa. Il parla aux Carthaginois de la patrie. Tandis qu’il s'adressait à ses troupes, les Romains sonnèrent du clairon et poussèrent un cri si formidable que les éléphants se rejetèrent sur leur armée. Masinissa augmenta leur confusion. Quelques éléphants fondirent malgré tout sur les Romains. Les vélites leur ouvrirent un passage pour n'être pas écrasés. Quand ils les virent qui prêtaient le flanc, ils les accablèrent de traits. Ces éléphants se rejetèrent contre la cavalerie carthaginoise et la mirent en déroute.

L'armée carthaginoise était privée de sa cavalerie quand les deux infanteries s'ébranlèrent. Dès le premier choc, les Romains ébranlèrent l'ennemi et gagnèrent du terrain sans éprouver de résistance. La seconde ligne carthaginoise, composée d'Africains et de Carthaginois, lâcha pied. Alors les auxiliaires tournèrent le dos. Certains massacrèrent ceux qui refusaient de les recevoir dans leurs rangs. C'était donc un double combat que soutenaient les Carthaginois aux prises avec leurs ennemis et avec leurs auxiliaires. Il y avait tant de cadavres que les Romains avaient peine à se frayer un passage mais ils se trouvaient en face de leurs véritables ennemis. Ils avaient déjà mis en déroute la cavalerie et les éléphants. Vainqueurs de la première ligne, ils venaient combattre la seconde. Laelius et Masinissa revinrent à temps attaquer par derrière la ligne ennemie. Cette charge de cavalerie mit les Carthaginois en déroute. Les uns furent massacrés avant d'avoir quitté leurs rangs. Les autres, qui fuyaient dans la plaine, rencontrèrent la cavalerie romaine qui battait le pays et qui les tailla en pièces. Les Carthaginois et leurs alliés laissèrent sur place plus de vingt mille morts. Ils perdirent autant de prisonniers et onze éléphants. Les vainqueurs eurent à regretter deux mille hommes.

Hannibal se réfugia à Hadrumète puis retourna à Carthage. Il y avait trente-six ans qu'il en était parti. Devant le sénat il déclara qu'il s'avouait vaincu et qu'on n'avait d'espoir de salut qu'en obtenant la paix. Après le combat, Scipion força le camp ennemi, le pilla et retourna à ses vaisseaux avec un immense butin. Il y apprit que Lentulus avait abordé à Utique avec cinquante navires de guerre et cent bâtiments de transport chargés de provisions. Pensant qu'il fallait profiter de l'abattement de Carthage pour la frapper de terreur, il chargea Gn. Octavius de conduire les légions sur Carthage et lui-même, après avoir réuni à son ancienne flotte la nouvelle escadre de Lentulus, fit voile d'Utique pour le port de Carthage. Il en était proche lorsqu'il vit un vaisseau carthaginois qui venait à sa rencontre orné de bandelettes et de rameaux d'olivier. Il portait dix ambassadeurs qu'on envoyait demander la paix. Ils demandèrent grâce à Scipion et implorèrent sa pitié. Pour toute réponse, le général leur ordonna de se rendre à Tunis, où il allait transporter son camp. Il rappela Octavius à Utique et y retourna lui-même. On lui annonça que Vermina, fils de Syphax, à la tête d'un corps d'armée plus fort en cavalerie qu'en infanterie, s'avançait au secours des Carthaginois. Une partie de l'armée mit les Numides en déroute. Le jeune prince s'échappa avec une poignée d'hommes. Alors Scipion établit son camp à Tunis et y reçut les députés de Carthage.

Ils prirent un ton humble mais le souvenir de leurs perfidies fit qu'on les écouta avec peu de compassion. Mais Scipion pensa au temps qu'exigerait le siège d'une place aussi forte que Carthage et songea qu'un successeur allait venir lui ravir la gloire de terminer la guerre. Le lendemain il rappela les députés et leur dicta ses conditions. Les Carthaginois resteraient libres, conserveraient les territoires qu'ils possédaient avant la guerre et les Romains cesseraient leurs dévastations. Ils rendraient les transfuges, déserteurs et prisonniers, ils livreraient leurs navires de guerre et ne pourraient dompter d'autres éléphants. Il leur était défendu de faire la guerre sans la permission de Rome. Ils concluraient une alliance avec Massinissa. Ils fourniraient des vivres et paieraient la solde aux auxiliaires jusqu'à ce que leurs députés soient revenus de Rome. Ils acquitteraient en cinquante ans un tribut de dix mille talents d'argent et remettraient cent otages. Il fallait aussi restituer les transports capturés lors de la première trêve, sans quoi pas de paix à espérer. Les députés rapportèrent ces conditions à Carthage. Gisgon s'y opposait et la foule l’écoutait lorsque Hannibal le prit par le bras et l'arracha de la tribune pour expliquer que la paix n'était pas trop mauvaise et qu'il fallait accepter. On décida de rendre les navires, de rechercher les équipages et de payer la valeur des cargaisons manquantes. La somme totale s'éleva à vingt-cinq mille livres d'argent qu'on exigea comptant. Alors Scipion accorda trois mois de trêve aux Carthaginois qui envoyèrent des députés à Rome.

Des convois arrivés de Sicile et de Sardaigne produisirent une telle baisse du prix du blé que les marchands abandonnaient les grains aux équipages pour payer le fret. A Rome, la nouvelle de la rupture de la trêve avait fait peur. Tiberius Claudius Nero reçut l'ordre de passer en Afrique, l'autre consul restant garder la ville. Claudius mit beaucoup de lenteur dans ses préparatifs parce que le sénat laissait Scipion arbitre des conditions auxquelles on accorderait la paix. Des prodiges contribuèrent à augmenter l'effroi. A Cumes et sur le Palatin, il était tombé des pierres. A Vélitres, la terre s'était ouverte. Plusieurs lieux avaient été touchés par la foudre. Une crue s’y ajouta. Le cirque fut inondé et il fallut célébrer les jeux Apollinaires hors de la ville. Le jour des jeux, le beau temps reparut et le cortège sacré fut ramené au cirque. La joie du peuple et l'affluence des spectateurs redoublèrent. Nero partit enfin mais fut pris dans une tempête et s'arrêta à Populonia. De nouveau, comme il longeait la côte sarde, un ouragan le surprit. La flotte gagna Caralès. L'hiver survint, l'année fut bientôt révolue et Claudius retourna avec sa flotte à Rome comme simple particulier. M. Servilius nomma dictateur G. Servilius Geminus. Chaque fois que les comices devaient avoir lieu, des orages empêchèrent de les tenir. Aussi, la veille des ides de Mars, la République se trouva sans magistrats.

Les députés venus d'Afrique, Romains et Carthaginois, arrivèrent à Rome. Le sénat s'assembla. L. Veturius Philo excita des transports de joie en annonçant la victoire. On ouvrit tous les temples de la ville et on décréta trois jours de supplications. Les députés de Carthage et ceux de Philippe, qui venaient aussi d'arriver, demandèrent audience au sénat mais le dictateur leur répondit que ce seraient les nouveaux consuls qui la leur accorderaient. On tint les comices. On choisit pour consuls Gnaeus Cornelius Lentulus et Publius Aelius Paetus. On prévoyait qu’une autre guerre allait commencer. Le consul Gn. Cornelius Lentulus brûlait d'obtenir l'Afrique et refusait qu'on traite toute autre question avant d'avoir reçu ce commandement. Finalement, Scipion garda ses armées et fut prorogé dans le commandement de la province d'Afrique. La République mit sur pied cette année quatorze légions et cent vaisseaux. On s'occupa alors des députés. On reçut d'abord les Macédoniens. Leur discours fut un mélange d'excuses et d'accusations. Ils reprochaient aux Romains d'avoir combattu leur roi. Ils demandaient la libération des Macédoniens de Sopater qui avaient servi comme mercenaires sous Hannibal. A cela on répliqua que des troupes n'avaient été laissées en Grèce que pour empêcher les alliés du peuple romain de se donner au roi. Quant à Sopater, il était parent du roi et avait été envoyé avec quatre mille hommes en Afrique au secours d'Hannibal. Interrogés là-dessus, les Macédoniens firent des réponses évasives. On leur déclara que le roi cherchait la guerre et que, s'il continuait, il l'aurait bientôt.

On fit ensuite entrer les Carthaginois. Le chef de l'ambassade était Hasdrubal, surnommé le Chevreau par ses concitoyens. Il avait toujours conseillé la paix et toujours lutté contre la famille Barca. Il n'en fut que mieux écouté lorsqu'il rejeta sur elle la responsabilité de la guerre. Il prononça un discours adroit. Tantôt il faisait des aveux pour ne pas rendre le pardon trop difficile en niant des faits avérés. Tantôt il engageait le sénat à user de modération. Les autres orateurs cherchèrent à inspirer la pitié en rappelant ce qu’avait été Carthage et ce qu’elle était devenue. Les sénateurs étaient émus. Les esprits penchaient vers la paix lorsque le consul Gn. Cornelius Lentulus, chef de la flotte, s’y opposa. Les tribuns proposèrent au peuple d'autoriser le sénat à faire la paix avec les Carthaginois et de désigner celui qui devait la conclure et qui ramènerait l'armée d'Afrique. Unanimement on chargea Scipion de conclure la paix. Les Carthaginois remercièrent le sénat. Ils demandèrent la permission d'entrer à Rome et d'avoir une entrevue avec leurs compatriotes détenus. Ils sollicitèrent aussi la faveur d'en racheter deux cents. Le sénat fit conduire ces deux cents prisonniers à Scipion en lui demandant de les rendre sans rançon lorsque la paix serait conclue. Des féciaux furent désignés pour aller en Afrique sanctionner le traité selon les rites traditionnels, avec les cailloux et les verveines sacrées. De retour en Afrique, les Carthaginois firent la paix aux conditions énoncées. Ils livrèrent leurs vaisseaux, leurs éléphants, les transfuges, les déserteurs et quatre mille prisonniers, au nombre desquels il y avait un sénateur. Scipion fit conduire les vaisseaux en pleine mer et on les brûla. Il y avait cinq cents bâtiments. Cet embrasement accabla les Carthaginois. Les transfuges latins furent décapités et les Romains crucifiés.

Il y avait quarante ans qu'avait été conclue la dernière paix avec les Carthaginois. La guerre avait recommencé vingt-trois ans après. Plus tard Scipion affirma que l'ambition de Tiberius Claudius Nero et celle de Gnaeus Cornelius Lentulus l'avaient empêché d’achever la guerre par la ruine de l'ennemi. A Carthage, on vit rire Hannibal. Hasdrubal le Chevreau lui ayant reproché d'insulter la douleur publique dont il était la cause, il répondit qu'il était fou de douleur mais que son rire était aussi déplacé que les larmes inutiles. Quand on avait vu Carthage vaincue, personne n'avait gémi. Aujourd'hui que chacun devait payer sa part du tribut, on pleurait la ruine de la patrie. Scipion fit don à Masinissa du royaume de ses pères en y ajoutant la place forte de Cirta et les autres territoires détachés des Etats de Syphax tombés au pouvoir des Romains. Il ordonna aux députés de Carthage de partir pour Rome afin d'y faire ratifier par un sénatus-consulte et un plébiscite tout ce qu'il avait fait. La paix était conclue, il embarqua son armée et retourna en Sicile à Lilybée. De là il renvoya par mer une grande partie des troupes. Quant à lui, traversant l'Italie, il vit partout sur son passage des flots de gens qui venaient l'entourer de leurs hommages. C'est ainsi qu'il arriva à Rome. Ce fut le plus beau triomphe qu'on ait jamais vu. II porta au trésor cent vingt-trois mille livres d'argent. Chaque soldat eut une gratification de quatre cents as. La mort déroba Syphax à la curiosité du public. Dans le cortège qui suivait le char triomphal, on remarqua le sénateur libéré, bonnet d'affranchi sur la tête. Pendant le reste de sa vie, il montra ainsi sa reconnaissance à Scipion. Il est difficile de dire d’où vient le surnom d'Africain. Ce qu'il y a de sûr, c'est que Scipion fut le premier général immortalisé par le nom de la nation qu'il avait vaincue.

 

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