Livre 31: 201-199 av. JC

La paix avec Carthage fut suivie de la guerre en Macédoine. Commencée dix ans auparavant, elle s'était arrêtée depuis trois ans grâce aux Etoliens. Les Romains, enfin libres et ne pardonnant pas son attitude à Philippe, écoutèrent les Athéniens dont Philippe avait ravagé le territoire et reprirent les hostilités. Au même moment, les ambassadeurs du roi Attale et de Rhodes annoncèrent qu'on cherchait à soulever l'Asie. Rome envoya des ambassadeurs à Ptolémée, roi d'Egypte, pour lui annoncer la défaite carthaginoise et le remercier de son aide. A la même époque, le consul P. Aelius, qui était en Gaule, apprit que les Boiens étaient entrés sur les terres des alliés. Il confia à C. Ampius, un chef allié, deux légions levées à la hâte pour envahir le territoire boien. Ampius, trop confiant, fut battu. Le consul ravagea la frontière des Boiens, s'entendit avec les Ligures Ingaunes et rentra à Rome. M. Valerius Laevinus reçut le commandement en Macédoine avec le titre de propréteur. Le lieutenant M. Aurelius l'informa de la situation et lui conseilla d'agir avec énergie, les hésitations ne pouvant qu'encourager Philippe. A la fin de l'année, on donna aux vétérans de la guerre d'Afrique des terres du domaine public. P. Sulpicius Galba et C. Aurelius Cotta devinrent consuls.

En l'an de Rome 552, sous le consulat de Sulpicius et d'Aurelius, commença la guerre contre le roi Philippe. En même temps qu'on recevait des informations de Laevinus, une ambassade athénienne vint annoncer que les Macédoniens avançaient. L'Italie revint par tirage au sort à Aurelius et la Macédoine à Sulpicius. Celui-ci proposa au peuple de déclarer la guerre à Philippe mais les gens étaient fatigués et refusèrent. Le tribun du peuple Baebius accusa même les sénateurs de pousser à la guerre pour mieux soumettre le peuple. Le sénat expliqua qu'il ne s'agissait pas de choisir entre guerre et paix. Il fallait savoir si on attendrait la guerre en Italie. Si Rome avait secouru Sagonte à temps, la guerre serait restée en Espagne. Si on laissait Athènes succomber, il ne faudrait que cinq jours pour que Philippe passe en Italie. La Grande-Grèce, la Lucanie, le Bruttium et le Samnium resteraient-ils tranquilles si Philippe débarquait ? Si Rome n'avait pas débarqué en Afrique, elle serait encore en guerre contre Carthage. Il valait mieux que la guerre se passe en Macédoine plutôt qu'en Italie. Le nouveau vote lui fut favorable.

Les consuls ordonnèrent trois jours de prières et Sulpicius consulta les féciaux sur la meilleure façon de déclarer la guerre. Les consuls reçurent l'ordre d'enrôler chacun deux légions et de licencier les vieilles troupes. Sulpicius fut autorisé à prendre des volontaires dans les troupes revenues d'Afrique. Deux légions urbaines devaient également être levées. Au milieu de ces préparatifs, les Egyptiens firent savoir qu'Athénes avaient demandé l'aide roi Ptolémée contre Philippe. Ils ne voulait pas intervenir sans l'accord de Rome. On leur répondit que les Romains se chargeraient eux-mêmes de leurs alliés. On ordonna à Sulpicius de vouer à Jupiter des jeux et une offrande. Le grand pontife prétendit qu'on ne pouvait vouer une somme indéterminée. Le vœu fut néanmoins prononcé et la somme ne serait proclamée par le sénat qu'au dernier moment.

Au moment où on s'y attendait le moins, les Gaulois se soulevèrent. Les Insubres, les Cénomans et les Boïens avaient entraînés les peuples de Ligurie. Commandés par un Carthaginois nommé Hamilcar, ils brûlèrent Plaisance puis marchèrent sur Crémone. Les habitants eurent le temps de se mettre en défense et de prévenir le préteur Purpurio à Ariminum. Celui-ci ne disposait que de cinq mille Latins contre quarante mille Gaulois. On décida d'envoyer l'armée du consul Aurelius, prévue pour l'Etrurie. On décida aussi d'envoyer des ambassadeurs à Carthage exiger qu'Hamilcar soir livré. Ils devaient aussi demander à Massinissa des cavaliers pour la guerre contre Philippe. Au même moment, des ambassadeurs de Vermina, fils de Syphax, arrivèrent au sénat pour solliciter l'amitié romaine. On leur répondit qu'il fallait d'abord faire la paix. Les conditions de cette paix lui seraient communiquées par des ambassadeurs romains.

Les trois ambassadeurs partirent pour l'Afrique sur trois navires. Le préteur chargé du Bruttium annonça que de l'argent avait encore été volé dans le temple de Proserpine de Locres. Le sénat ordonna une enquête. Des prodiges eurent lieu. En particulier, on avait trouvé un hermaphrodite de seize ans, un agneau à tête de porc, un porc à tête d'homme et un poulain à cinq pattes. On avait surtout horreur des hermaphrodites. On les jeta tous à la mer. D'après les livres sibyllins, on décréta que trois chœurs de neuf jeunes filles parcourraient la ville en chantant un hymne pour porter une offrande à Junon. A Locres, on découvrit les coupables du sacrilège. Leurs biens furent saisis. Les consuls s'apprêtaient à partir quand tous ceux qui avaient prêté de l'argent à l'Etat se présentèrent. Ils devaient toucher le troisième paiement de leur créance mais les consuls avaient décidé qu'on ne pouvait les payer. Le sénat décréta qu'on leur attribuerait des terres autour de Rome. Quand l'Etat aurait de l'argent, les créanciers pourraient rendre ces terres.

Sulpicius alla à Brindes, incorpora les volontaires vétérans de l'armée d'Afrique et aborda deux jours plus tard en Macédoine. Il envoya aussitôt des troupes vers Athènes assiégée. Le roi Philippe était devant Abydos. Il avait eu le dessous dans deux batailles navales contre Attale et les Rhodiens. Mais son alliance avec Antiochus, roi de Syrie, et leur projet de partage de l'Egypte le réconfortaient. La guerre contre Athènes avait éclaté pour un motif futile. Pendant les mystères d'Eleusis, deux Acarnaniens non initiés entrèrent avec la foule dans le temple de Cérès. Découverts, ils furent exécutés. Les Acarnaniens, indignés, obtinrent l'autorisation de faire la guerre aux Athéniens. Attale renouvela son alliance avec les Athéniens et les assura de son appui et de celui des Rhodiens et des Romains.

La guerre contre Philippe fut décrétée par acclamation. Attale rejoignit sa flotte à Egine. Les Rhodiens firent voile vers Rhodes en passant par les Cyclades. Toutes, sauf Andros, Paros et Cythnos, tenues par des garnisons macédoniennes, firent alliance avec eux. Attale ne parvint pas à soulever les Etoliens, satisfaits de la paix. Le roi de Pergame et Rhodes auraient pu libérer la Grèce mais ils laissèrent aux Romains l'honneur de terminer la guerre. Philippe fut plus énergique. Il envoya Philoclès, un de ses généraux, ravager les terres des Athéniens. Il confia la flotte à Héraclide et lui ordonna de se diriger vers Maronée. Lui-même s'y rendit par terre et prit la ville. Il s'empara aussi d'Aenos, de Cypsèle, de Dorisque et de Serrheum.

En Chersonèse, plusieurs villes se soumirent mais Abydos lui ferma ses portes. La ville aurait pu être sauvée mais Attale se contenta d'y envoyer trois cents hommes et les Rhodiens un seul navire. Les habitants négocièrent quand ils virent leur rempart en ruine. Le roi voulut une reddition sans conditions. Alors ils entassèrent leurs richesses dans deux navires. Certains hommes furent désignés pour massacrer les femmes et les enfants et incendier la ville au dernier moment. Devant cet acharnement, Philippe fit sonner la retraite. La ville alors se rendit. Un des ambassadeurs romains envoyés à Alexandrie était allé voir Philippe pour lui reprocher ce siège. Philippe répondit qu'il avait été provoqué par Attale et les Rhodiens. Le roi de Macédoine eut les richesses mais perdit ses prisonniers. Finalement, les survivants massacrèrent leurs familles et se tuèrent. Pas un ne tomba vivant aux mains de l'ennemi. Comme Hannibal après la ruine de Sagonte, Philippe était impatient de combattre les Romains. C'est alors qu'il apprit que le consul était en Epire et qu'il avait pris ses quartiers d'hiver à Appolonie pour l'armée de terre et à Corcyre pour la flotte.

A la plainte portée contre cet Hamilcar qui commandait l'armée gauloise, les Carthaginois répondirent qu'ils ne pouvaient que confisquer ses biens et qu'ils avaient rendu tous les transfuges et déserteurs qu'ils avaient trouvés. Ils envoyèrent deux cent mille boisseaux de blé à Rome et autant à l'armée de Macédoine. Les ambassadeurs allèrent ensuite chez Massinissa. Ils lui remirent des présents et acceptèrent un corps de mille cavaliers numides. Le roi surveilla lui-même leur embarquement pour la Macédoine et fournit deux cent mille boisseaux d'orge et autant de froment. Les ambassadeurs rencontrèrent ensuite Vermina. Il souscrivit d'avance aux conditions de paix qu'on voudrait lui dicter et on lui dit d'envoyer des députés à Rome pour ratifier le traité. A la même époque, le proconsul L. Cornelius Lentulus revint d'Espagne et demanda le triomphe. Le sénat, tout en reconnaissant ses mérites, répondit qu'on n'accordait cet honneur qu'à des dictateurs, consuls ou préteurs et lui accorda l'ovation. Il versa au Trésor quarante-quatre mille livres d'argent et deux mille quatre cent cinquante livres d'or. Chaque soldat reçut cent vingt as.

L'armée consulaire était allée à Ariminum et cinq mille auxiliaires latins étaient passés de Gaule en Etrurie. L. Furius marcha contre les Gaulois qui assiégeaient Crémone. Il aurait pu remporter un éclatant succès s'il avait aussitôt attaqué alors qu'ils étaient dispersés dans la campagne. Mais il craignit la fatigue de ses hommes. Les Gaulois purent se rassembler et présentèrent la bataille le lendemain. Ils furent enfoncés et regagnèrent leur camp en désordre. Leurs retranchements furent forcés. Ils perdirent trente-cinq mille hommes et deux cents chariots chargés de butin. Hamilcar fut tué. Deux mille captifs de Crémone furent libérés. A Rome, on décréta trois jours de supplications. Le consul Aurelius prit le commandement de l'armée victorieuse.

L'autre consul était arrivé dans sa province à la fin de l'automne et avait établi ses quartiers vers Apollonie. Il avait envoyé vingt trirèmes au Pirée. Ce secours arriva à temps. Les bandes qui venaient de Corinthe ravager l'Attique disparurent. Les pirates de Chalcis n'osèrent plus se hasarder en pleine mer. Les Athéniens reçurent aussi un secours de Rhodes. Claudius, le chef de la flotte, cherchait seulement à protéger Athènes mais la chance le servit. Des exilés de Chalcis révélèrent qu'on pouvait s'emparer de cette ville. Les Macédoniens étaient dispersés et les habitants négligeaient la garde. Claudius arriva à Chalcis avant le jour. Les Romains s'emparèrent de la muraille, on ouvrit la porte et la ville fut envahie. Les greniers du roi et l'arsenal furent incendiés. Le butin fut transporté à bord des navires et les Rhodiens libérèrent les prisonniers. Les statues du roi furent renversées et la flotte repartit pour le Pirée.

Si les Romains avaient été assez nombreux pour occuper Chalcis sans abandonner Athènes, ils auraient tenu la clef maritime de la Grèce, comme les Thermopyles sont son entrée terrestre. Apprenant le désastre, Philippe partit avec cinq mille fantassins et trois cents cavaliers mais arriva trop tard. Il marcha alors sur Athènes. Il aurait réussi sans un de ces messagers que les Grecs appellent Hémérodromes qui parcourent des distances considérables. Cet homme, voyant l'armée royale en marche, arriva à Athènes dans la nuit. L'alerte fut donnée. Philippe parut sous les murs au matin. La surprise ayant échoué, il fit prendre du repos à ses hommes puis attaqua la ville du côté de la porte Dipyle. Cette porte est plus haute et plus large que les autres. Deux larges voies y aboutissent. L'une, au-dedans, permet de venir du forum en ordre de bataille. C'est par là que débouchèrent les Athéniens avec le renfort d'Attale et les mercenaires de Dioxippe.

Athènes était la ville de Grèce que Philippe détestait le plus. Il s'élança avec quelques cavaliers au milieu des Athéniens qu'il repoussa jusqu'à la porte. Il en tua beaucoup et repartit sans être inquiété. Ceux qui garnissaient les remparts n'osaient pas lancer leurs traits de peur d'atteindre leurs compatriotes. Les Athéniens s'enfermèrent derrière leurs murs. Les environs d'Athènes, même les endroits sacrés, même les tombeaux, furent incendiés. Le lendemain, la ville reçut des renforts d'Attale et des Romains. Philippe marcha alors sur Eleusis, espérant surprendre le temple et la forteresse, mais déjà la flotte arrivait du Pirée. Il repartit pour Mégare et Corinthe. Là, il apprit que la ligue achéenne s'était réunit à Argos et s'invita à l'assemblée.

On y délibérait sur la guerre contre Nabis de Lacédémone. Philopoemen avait été remplacé au commandement par Cycliadas, beaucoup moins habile, et Nabis en avait profité pour menacer ses voisins. On s'occupait de régler le contingent de troupes que devait fournir chaque cité de la ligue pour le combattre. Philippe promit de les en délivrer. Son offre fut accueillie par des applaudissements. En échange, la ligue défendrait Chalcis et Corinthe. Les Achéens comprirent qu'il cherchait à éloigner la jeunesse du Péloponnèse pour s'en faire des otage et entraîner la ligue contre Rome. Cycliadas répondit que la loi interdisait de traiter d'autre chose que de l'ordre du jour prévu. On décréta donc la levée d'une armée contre Nabis. Il avait pourtant la réputation d'être favorable au roi.

Philippe, déçu, retourna en Attique. Pendant ce temps Philoclès, un de ses généraux, était venu d'Eubée avec deux mille hommes pour tenter de s'emparer d'Eleusis par une embuscade. La ruse éventée, il tenta un siège mais fut durement repoussé. Philippe essaya aussi de prendre la forteresse mais la flotte romaine intervint. Le roi envoya alors une partie des troupes contre Athènes pendant qu'il attaquait le Pirée. Cela échoua encore. Renonçant au siège, il ravagea la campagne, détruisant même les temples, puis passa en Béotie. Le consul Sulpicius campait entre Apollonie et Dyrrachium. Il envoya son lieutenant L. Apustius ravager les terres macédoniennes. Plusieurs forts tombèrent. Antipatreia fut prise d'assaut, les jeunes gens furent massacrés, les maisons furent incendiées, les murs furent rasés et le butin fut laissé aux soldats. Cet exemple fit que Codrio se rendit et les Romains y laissèrent une garnison. Au retour, Apustius fut attaqué par un des généraux du roi qui fut repoussé avec de lourdes pertes.

Le succès de l'expédition attira au camp romain les voisins de la Macédoine qui offrirent leurs services. On demanda à Attale d'attendre la flotte romaine à Egine pour continuer la guerre navale contre Philippe. On poussa aussi les Rhodiens à participer. Depuis son retour en Macédoine, le roi poussait ses préparatifs. Son fils Persée alla s'emparer des défilés proches de Pélagonie, deux villes menacées furent détruites et les Etoliens furent surveillés par une ambassade. Les envoyés du roi, un représentant du consul et des ambassadeurs athéniens se rendirent à l'assemblée panétolienne. Les Macédoniens demandèrent que la paix conclue par les Etoliens soit respectée. Ils rappelèrent que Rome était intervenue pour secourir Messine et qu'elle s'était emparée de toute la Sicile. Philippe se présentait en défenseur des libertés grecques. Les Athéniens racontèrent les ravages exercés par les Macédoniens sur leur territoire et ils demandèrent aux Etoliens de prendre parti pour eux.

L'envoyé romain prit la parole pour accuser Philippe de barbarie et repoussa les accusations macédoniennes. En Sicile, c'étaient les villes qui avaient aidé Carthage qui payaient tribut. Les Romains avait été appelés par les Etoliens qui avaient depuis fait la paix avec Philippe sans les consulter. Rome offrait aux Grecs une alliance. Les délégués se laissaient séduire quand Damocrite, préteur des Etoliens, acheté par Philippe, intervint pour faire repousser la décision. Il affirmait agir dans l'intérêt des Etoliens qui pourraient ainsi voir de quel côté la chance tournerait. Mais, pendant ce temps, Philippe concentrait sa flotte à Démétriade, en Thessalie, sous les ordres d'Héraclidas, et s'occupait personnellement de l'armée de terre.

Le consul traversa le territoire des Dassarétiens. Les villes se soumettaient et les fourrageurs pillaient les greniers. Philippe, ignorant la direction prise par le consul, envoya des cavaliers se renseigner. Sulpicius aussi envoya des éclaireurs. Les deux troupes se rencontrèrent. La fatigue seule fit cesser le combats, sans victoire. Finalement, les renseignements furent obtenus grâce à des transfuges. Philippe pensa plaire à ses hommes en ensevelissant les victimes de la rencontre avec faste. Mais cela découragea plutôt ses troupes. Le roi prit peur et rappela ceux qui gardaient les gorges de Pélagonie, ouvrant ainsi aux Dardaniens l'accès à la Macédoine. Avec vingt mille fantassins et quatre mille cavaliers, il occupa une éminence proche du camp romain dont 'aspect ordonné l'impressionna.

Pendant deux jours, les deux armées attendirent. Le troisième, le consul offrit la bataille. Philippe envoya quatre cents Tralles, trois cents Crétois et des cavaliers harceler la cavalerie romaine. Le consul fit avancer des vélites et des cavaliers. La cavalerie macédonienne ne savait pas combattre sur place. Les troupes royales se replièrent. Le surlendemain, le roi mit en embuscade un corps de peltastes et ordonna à Athénagoras d'attirer les Romains. Mais les peltastes se montrèrent trop tôt. Le lendemain, le consul rangea ses troupes en bataille et mit en avant pour la première fois des éléphants pris à Carthage. Mais l'ennemi ne se montra pas. Pour fourrager sans danger, il déplaça son camp. Philippe ne bougea pas, pour encourager l'audace des Romains.

Quand les fourrageurs furent dispersés, le roi sortit avec ses cavaliers et les Crétois. Il se plaça entre le camp romain et les soldats imprudemment sortis qui furent massacrés sans que le consul puisse être averti. Finalement, celui-ci envoya sa cavalerie et sortit avec les légions. La mêlée fut sanglante. Les Macédoniens étaient encouragés par la présence du roi et les archers crétois étaient redoutables. Mais les cohortes romaines firent basculer la situation. Beaucoup de Macédoniens se perdirent dans des marais. La monture de Philippe fut abattue et le roi ne fut sauvé que de justesse. Après cet échec, il décampa discrètement et fit demander au consul une trêve pour ensevelir les victimes. Le Romain répondit qu'on verrait cela le lendemain. Alors, laissant des feux allumés, les Macédoniens s'enfoncèrent dans les montagnes où les légions, trop lourdement armées, ne pouvaient le suivre.

Le consul, renonçant à suivre l'ennemi, s'établit au bord de l'Osphage. Le roi, prévoyant que les Romains se dirigeraient vers Eordée, s'empara des défilés et les fortifia. Les environs étaient boisés alors que la phalange macédonienne ne peut manœuvrer qu'en plaine découverte. Les Thraces étaient également gênés avec leurs longues piques. Les archers crétois ne pouvaient pas grand'chose contre les boucliers des fantassins. Les Romains avancèrent en faisant la tortue. D'autres contournèrent la position par la montagne. Le passage fut forcé et l'armée pénétra dans l'Eordée. Elle se jeta ensuite sur l'Orestide et attaqua Celetrum qui se rendit. Sulpicius alla ensuite en Dassarétie et prit Pélion où il laissa une garnison puis ramena ses troupes à Apollonie.

Philippe avait été occupé par une diversion des Etoliens, des Athamans et des Dardaniens. Les Etoliens avaient été soulevés par Damocrite, celui qui leur avait d'abord conseillé d'attendre. Il les avait appelés aux armes en apprenant l'invasion de la Macédoine par les Dardaniens et l'arrivée de la flotte romaine. Amynander, roi des Athamans, les rejoignit et ils assiégèrent Cercinium qui fut brûlée. Les Etoliens se jetèrent alors sur la Perrhébie où ils ravagèrent Cyretiae. Amynander conseillait de marcher sur Gomphi mais les Etoliens préférèrent les riches plaines de Thessalie. Amynander n'approuvait pas la négligence des Etoliens, installés sans précautions devant Pharcadon, et il était allé un peu plus loin.

Tout à coup, Philippe survint avec sa cavalerie. La confusion fut totale dans le camp étolien. Seule la fatigue de ses troupes empêcha le roi de prendre le camp adverse. On attendit l'arrivée de l'infanterie en le bloquant. Les Etoliens s'enfuirent vers la colline tenue par les Athamans dés que les troupes de Philippe avancèrent. Les Macédoniens pillèrent leur camp puis attendirent le lendemain pour attaquer de nouveau. Alors Amynander et les Athamans qui connaissaient le pays ramenèrent les Etoliens chez eux par la montagne. Pendant ce temps, la retraite des Dardaniens fut considérablement gênée par les Macédoniens. Ainsi Philippe compensait-il ses pertes face aux Romains en châtiant deux nations ennemies. Un hasard aussi le servit. L'étolien Scopas recruta six mille fantassins et des cavaliers pour le roi d'Egypte, ce qui réduisit le nombre des ennemis pour le roi.

La flotte romains fit sa jonction avec celle d'Attale. Du coup, la haine des Athéniens pour les Macédoniens explosa. Ils détruisirent les statues de Philippe. Les fêtes instituées en son honneur furent supprimées. Les prêtres lancèrent des imprécations contre le roi de Macédoine. Tous les décrets pris autrefois contre la famille de Pisistrate furent remis en vigueur contre lui. Attale et les Romains restèrent quelques jours au Pirée puis se dirigèrent vers Andros. Gaurion fut prise. On laissa partir les habitants et la garnison et la ville fut laissée à Attale. Celui-ci, pour ne pas recevoir une île déserte, persuada les habitants de rester. Vingt barques d'Issa se joignirent aux Romains. On les envoya ravager les terres de Carystos puis la flotte aborda à Icos où un fort vent la retint quelques jours.

Dès que le calme revint, on alla se ravitailler à Sciathos. La ville avait été pillée par Philippe et il n'y avait pas butin à espérer. On se dirigea ensuite vers Cassandrea mais une tempête dispersa les navires. Les hommes durent débarquer. Ils attaquèrent la ville mais furent repoussés par la garnison macédonienne. Ils rembarquèrent et s'emparèrent d'Acanthos. Regorgeant de butin, ils regagnèrent l'Eubée. L'étolien Pyrrhias se rendit à Héraclée pour conférer avec les Romains et Attale à qui il demanda un secours de mille hommes, conformément au traité d'alliance. Attale refusa parce que les Etoliens avaient hésité à entrer en guerre quand Philippe dévastait les environs de Pergame. Mais les Romains promirent une aide. On envisagea le siège d'Oreos, place forte et bien défendue. Les alliés avaient été rejoints par le rhodien Agésimbrote et vingt navires.

On envoya la flotte couvrir les assiégeants. Héraclide, qui commandait la flotte macédonienne trop faible pour intervenir, attendait une négligence des ennemis. Les Romains attaquaient par la forteresse proche de la mer et Attale entre les deux forteresses. Les Romains utilisaient la tortue et ébranlaient les murs au bélier. Attale pratiquait des mines et utilisait des catapultes. L'importante garnison macédonienne se rappelait les châtiments infligés par le roi pour une première faute. Aussi les assiégeants avaient-ils peu d'espoir. Apustius, laissant une partie des troupes poursuivre le siège, s'empara à l'improviste de Larissa. Attale prit Ptelion. A Oreos, la garnison était épuisée et le rempart ébranlé. Les Romains pénétrèrent de nuit dans la citadelle. Au matin, Attale franchissait les murs en ruine. La population résista encore deux jours dans l'autre citadelle puis se rendit. La ville revint au roi et les prisonniers aux Romains. On approchait de l'équinoxe d'automne, toujours dangereuse dans le golfe d'Eubée. Les vainqueurs revinrent au Pirée puis Apustius fit voile pour Corcyre. Attale resta pour les mystères de Cérès puis retourna en Asie et renvoya les Rhodiens.

L'autre consul, C. Aurelius, était arrivé dans sa province après la fin de la guerre et, jaloux du préteur qui avait tout fait, le relégua en Etrurie. Le préteur Furius retourna discrètement à Rome et demanda le triomphe au sénat. Les vieux sénateurs estimaient la manœuvre déloyale. Le préteur aurait dû gagner du temps en attendant le consul. La majorité pensait qu'on devait plutôt considérer sa victoire. Le préteur aurait-il dû abandonner une colonie à son sort pour attendre le consul ? Il fallait peut-être considérer celui-ci comme coupable pour sa lenteur. L'ennemi avait été écrasé, la colonie délivrée, les prisonniers libérés et la guerre achevée. On s'en était réjoui et il y avait eu des supplications pour remercier les dieux. Ces arguments l'emportèrent et le triomphe fut accordé à Furius. Celui-ci versa trois cent vingt mille livres d'airain et soixante-dix mille livres d'argent au Trésor.

On attribua des terres aux soldats de Scipion. Pour chaque année de service en Espagne et en Afrique, chacun devait recevoir deux arpents. On compléta la population de Venusia, décimée par la guerre. La même année, C. Cornelius Cethegus, proconsul en Espagne, détruisit une armée ennemie chez les Sédétans. Le consul Aurelius, de retour à Rome, attaqua la décision du sénat à propos du triomphe de Furius. Les comices nommèrent consuls L. Cornelius Lentulus et P. Villius Tappulus. Le prix du blé restait bas. Les édiles célébrèrent avec pompe les jeux romains. Avec le produit des amendes, ils firent placer cinq statues de bronze dans le Trésor. Les jeux plébéiens furent célébrés trois fois. A la mort de M. Valerius Laevinus, ses fils donnèrent au forum quatre jours de jeux funèbres. On fit combattre vingt-cinq couples de gladiateurs.

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