Livre 32: 199-197 av. JC

Cornelius Lentulus obtint l'Italie et Villius la Macédoine. Les préteurs de l'année précédente furent prorogés, en particulier Q. Minucius devait achever dans le Bruttium les poursuites engagées contre les profanateurs de Locres. On dut recommencer les Féries latines car certains s'étaient plaints de ne pas avoir reçu leur part des victimes immolées. Divers prodiges avaient eu lieu. Un cheveu avait poussé sur une statue, un poulain à cinq pattes et des poulets à trois pattes étaient nés et un laurier avait poussé à la poupe d'un navire. Le sénat décréta que les consuls feraient les sacrifices nécessaires. Les Carthaginois apportèrent à Rome le premier versement du tribut qui leur avait été imposé. Mais l'argent n'était pas pur et ils durent emprunter pour compléter la somme. On leur rendit cent otages et on leur fit espérer la libération des autres si les traités étaient respectés. Gadès obtint qu'on lui laisse un préfet, contrairement à ce qui était prévu, et Narnia se plaignit du nombre insuffisant de ses colons et de ce que des étrangers se faisaient passer pour tels.

Après avoir tout réglé, les consuls rejoignirent leurs commandements. En Macédoine, Villius trouva les troupes mutinées. Deux mille hommes amenés comme volontaires prétendaient n'avoir pas eu le choix. De plus, leur temps de service était expiré, ils n'avaient pas vu l'Italie depuis des années et ils étaient épuisés. Le consul leur promit d'intervenir en leur faveur s'ils rentraient dans le rang. Philippe concentrait ses efforts sur Thaumaci. L'arrivée des Etoliens l'obligea à renoncer. Sous la conduite d'Archidamus, ils traversèrent les lignes macédoniennes et se jetèrent dans la place d'où ils firent de nombreuses sorties. Philippe leva donc le siège. L'hiver approchait et il ramena ses troupes à leurs quartiers en Macédoine.

Il était inquiet. Dans cette guerre il devait craindre même ses alliés et ses sujets. Il réclama le serment que les Achéens lui devaient chaque année et leur rendit quelques places. Il consolidait ainsi son alliance avec eux. Il s'assura la fidélité des Macédoniens en faisant mettre Héraclide aux fers à leur grande satisfaction. Puis il reprit ses préparatifs. Au printemps, les troupes légères partirent occuper les défilés près d'Antigoneia. Il alla ensuite avec le gros de l'armée se retrancher au bord de l'Aoos. Ce fleuve coule dans une vallée étroite et il n'y a qu'un petit sentier sur ses rives. Athenagoras s'installa d'un côté, Philippe de l'autre, et fortifia le passage. Le consul était informé de la nature du terrain. Après avoir passé l'hiver à Corcyre, il débarqua au début du printemps et marcha à l'ennemi. Il se retrancha à cinq milles du camp de Philippe. Il hésitait entre tenter le passage par le défilé ou faire un détour pour entrer en Macédoine. Apprenant que T. Quinctus devait lui succéder, il lui laissa le soin de la guerre.

Lentulus, l'autre consul, tint les comices pour la désignation des censeurs. Scipion l'africain fut l'un d'eux. L. Manlius Acidinus fut privé de l'ovation par l'opposition d'un tribun du peuple. Il versa néanmoins mille deux cents livres d'argent et trente d'or au Trésor. En Gaule, Cn. Baebius Tamphilus perdit imprudemment près de sept mille hommes contre les Insubres. Lentulus dut partir précipitamment. Il trouva la province et l'armée en pleine confusion mais rentra à Rome pour des problèmes politiques. Les tribuns du peuple refusaient que T. Quinctius Flaminius demande le consulat juste après avoir été questeur. Le sénat décida que le peuple était libre de choisir. Les nouveaux consuls furent Sex. Aelius Paetus et T. Quinctius Flaminius. L'Italie revint à Aelius, la Macédoine à Quinctius.

Des ambassadeurs d'Attale vinrent prévenir que le roi de Syrie Antiochus avait envahi le royaume de leur maître pendant que celui-ci participait aux opérations en Macédoine. Ils demandaient l'aide des Romains. Le problème était qu'Antiochus était allié de Rome. On ne pouvait interdire à Attale de rapatrier ses troupes pour se défendre mais on enverrait une ambassade à Antiochus pour lui demander de cesser son agression. Deux rois alliés du peuple romain devaient être en paix l'un avec l'autre. Les consuls furent retardés par des prodiges qu'il fallut conjurer. Aelius partit ensuite pour la Gaule. Quinctius quitta Brindes et débarqua à Corcyre avec huit mille fantassins et huit cents cavaliers. Il passa ensuite en Epire où il releva Villius. Il hésitait entre marcher droit sur l'ennemi et faire un détour pour entrer en Macédoine par la Dassarétie.

Il craignit de laisser échapper Philippe en s'éloignant de la mer et se décida à attaquer. Il fallut quarante jours aux Romains pour atteindre l'ennemi. Cela donna au roi l'espoir d'obtenir la paix par l'entremise des Epirotes. Il choisit pour négocier Pausanias et Alexandre. Ceux-ci organisèrent une entrevue entre le roi et le consul. Celui-ci exigea que le roi retire ses troupes des cités libres et qu'il dédommage les peuples qu'ils avait pillés. Philippe voulait bien rendre les cités qu'il avait conquises mais voulait garder celles que lui avaient laissées ses ancêtres. Quand il fut question des Etats à libérer, Quinctius cita la Thessalie. Indigné, le roi quitta les négociations. Les troupes royales se replièrent dans des gorges où les Romains les suivirent. Ils avaient pour eux la discipline et les armes pour le corps à corps. Les Macédoniens avaient la position et des catapultes. La nuit mit fin au combat.

Un berger envoyé par Charopus, chef des Epirotes, vint dire au consul qu'il connaissait les sentiers. Il demandait quelques hommes pour les conduire à une hauteur d'où on dominait l'ennemi. Quinctius tenta sa chance. Pour faire diversion, il harcela l'ennemi pendant deux jours. Il confia quatre mille hommes à un tribun pour suivre le guide. Ils devaient prévenir de leur réussite par une fumée. Trois jours plus tard, les Romains avaient atteint la hauteur. L'attaque conjointe eut raison des troupes royales qui auraient été anéanties si le terrain avait permis à la cavalerie d'opérer. Le roi lui-même s'enfuit. Quand il se crut hors de danger, il rassembla les fuyards et se dirigea vers la Thessalie. Les Romains pillèrent son camp. Philippe atteignit en deux jours la chaîne du Lyncon. Ces montagnes s'étendent entre la Macédoine et la Thessalie. Elles sont couvertes de forêts mais il y a de vastes espaces et des sources. Le roi s'y établit avant de prendre une décision.

Finalement, il descendit en Thessalie et pilla la région, pourtant son alliée. Il ne voulait rien laisser aux Romains. Il ravagea plusieurs villes. Seule Phères résista. Il retourna ensuite en Macédoine car les Etoliens étaient menaçants. A la nouvelle de la défaite de Philippe, ils étaient entrés en Thessalie. Amynander et les Athamans, avec un détachement romain, avaient attaqué Gomphi qui finit par se rendre. Cela fit peur à toute la Thessalie et plusieurs garnisons capitulèrent. Tandis que la région était ravagée par trois armées sans pouvoir distinguer ses alliés de ses ennemis, le consul pénétra en Epire. Les habitants, à part leur chef Charopus, n'avaient pas pris son parti mais ils redoublèrent d'efforts pour se montrer obéissants. Il leur pardonna et cela acheva de lui gagner les esprits. Il fit venir les bâtiments de transport de Corcyre dans le golfe d'Ambracie puis repartit vers le mont Cercetius où il fut rejoint par les Athamans et de nombreux volontaires épirotes. Il avait besoin d'Amynander comme guide. Ils prirent et pillèrent Phaloria, pourtant défendue par deux mille Macédoniens. Métropolis et Cierium se soumirent. Ils renoncèrent devant Egine et retournèrent vers Gomphi. L'armée romaine manqua bientôt de vivres. Elle put se ravitailler grâce aux transports mouillés dans le golfe d'Ambracie. Le consul partit ensuite pour Atrax, à dix milles de Larissa.

Au moment où le consul prenait position face à Philippe, L. Quinctius, son frère, prenait le commandement de la flotte. Au Pirée, il trouva les navires laissés pour la défense d'Athènes. En même temps, la flotte d'Attale et une escadre rhodienne s'approchaient de l'Eubée. L. Quinctius les rejoignit près d'Erétrie et la ville fut attaquée. Elle se défendit d'abord courageusement puis songea à se rendre. Mais il y avait une garnison macédonienne et Philoclès, lieutenant de Philippe, faisait savoir qu'il allait venir à leur secours. Les habitants gagnèrent du temps mais, quand ils apprirent que Philoclès avait été repoussé, ils demandèrent la pitié d'Attale. Cela leur fit négliger la défense de la ville et Quinctius put s'en emparer. On y trouva un grand nombre d'œuvres d'art. Les alliés se retournèrent vers Carystos dont les habitants implorèrent la grâce des Romains. Elle leur fut accordée et les soldats macédoniens achetèrent leur départ trois cents pièces d'or par tête. La flotte aborda ensuite à Cenchrées, un des entrepôts de Corinthe.

Le siège d'Atrax traîner en longueur. Les Macédoniens défendaient la ville malgré les brèches ouvertes dans les murailles. Irrité, le consul leva le siège et, comme la région n'offrait de port suffisant pour les transports, il alla s'installer à Anticyre, sur le golfe de Corinthe. Le siège d'Anticyre ne dura pas longtemps. Plusieurs villes furent prises. A Daulis, la garnison fut attirée à l'extérieure et écrasée. Le consul assiégeait Elatée quand il eut l'espoir d'une plus grande conquête. Il s'agissait de détourner la ligue achéenne de l'alliance avec Philippe. Cycliadas, le chef des pro-macédoniens, venait d'être chassé. Aristaenus, le nouveau préteur, était pour les Romains. La flotte alliée se disposait à faire le siège de Corinthe. Le consul estima qu'il fallait d'abord envoyer une ambassade aux Achéens pour leur promettre de faire entrer Corinthe dans leur ligue. L'entrevue eut lieu à Sicyone. Les Achéens étaient divisés. Ils craignaient le tyran de Lacédémone, ils avaient peur des Romains et étaient liés aux Macédoniens. Cependant, ils se méfiaient de Philippe.

On entendit l'envoyé romain, ceux d'Attale et de Rhodes, les Macédoniens et enfin les Athéniens qui se montrèrent très durs contre Philippe. Personne dans l'assemblée ne voulut intervenir. Le préteur Aristaenus ne pouvait congédier les ambassadeurs sans leur donner de réponse. Il exposa que les Romains victorieux étaient tout près et que Philippe ne les avait jamais défendus contre Nabis de Lacédémone. De plus, comment oublier les sacrilèges, les débauches et les félonie du roi de Macédoine ? Les Romains demandaient l'amitié des Achéens alors qu'ils pouvaient l'obtenir par la force. Il était impossible de rester neutre. Les paroles du préteur provoquèrent de vifs débats. Des dix magistrats de la ligue, les démiurges, cinq voulaient l'alliance avec Rome et les cinq autres rappelaient le traité avec Philippe. Le père de l'un de ceux-ci menaça de le tuer s'il persistait dans son opposition. Le démiurge changea alors d'avis et les partisans de Rome eurent la majorité. Les délégués de Dymé, de Mégalopolis et quelques Argiens quittèrent l'assemblée. Les Macédoniens avaient autrefois défendu les Mégalopolitains contre les Lacédémoniens et les Dyméens contre les Romains. Quant aux Argiens, ils se croyaient de la même origine que les rois de Macédoine.

Finalement, l'assemblée décida l'alliance avec Attale et Rhodes. Le traité avec les Romains était suspendu jusqu'à ce que des ambassadeurs puissent aller à Rome. Pour le moment, l'armée de la ligue marcherait sur Corinthe. Le siège de la ville avait commencé. On espérait une révolte des habitants contre la garnison macédonienne mais celle-ci se défendait vaillamment. Les assiégeants ouvrirent des brèches dans les remparts. Les Macédoniens auraient été vite battus sans les transfuges italiens, nombreux à Corinthe. Sachant quel serait leur sort en cas de victoire romaine, ils se défendaient de façon acharnée. Finalement, les Macédoniens réussirent à faire parvenir des renforts à Corinthe et Quinctius, sur les conseils d'Attale, leva le siège. Attale fit voile vers le Pirée et les Romains vers Corcyre.

Pendant ce temps, le consul négociait avec les habitants d'Elatée. Comme ceux-ci ne pouvaient rien contre la garnison macédonienne, il y eut un assaut. Le rempart s'écroula. Pendant qu'une partie des Romains pénétraient par la brèche, les autres escaladèrent le mur. Les assiégés se réfugièrent dans la citadelle et la ville fut pillée. On laissa les Macédoniens repartir sans armes et on rendit la ville à ses habitants contre la reddition de la citadelle. L'arrivée du macédonien Philoclès avait fait lever le siège de Corinthe. Elle avait aussi poussé quelques notables argiens à livrer leur ville à Philippe. Les magistrats d'Argos, lors des comices, proclamaient les noms de Jupiter, d'Apollon et d'Hercule. On y avait ensuite ajouté le nom de Philippe, qui avait disparu avec l'alliance romaine. Ces notables le réintroduisirent et la foule le reprit massivement. Alors ils appelèrent Philoclès. S'avançant vers le forum, les Macédoniens rencontrèrent la garnison achéenne. Le chef de celle-ci obtint que ses hommes puissent se retirer puis se fit tuer à son poste. Ainsi, malgré l'alliance conclue entre Achéens et Romains, les deux plus grandes villes de la ligue, Corinthe et Argos, tombèrent au pouvoir du roi.

En Gaule, le consul Aelius passa l'année à faire revenir chez eux les habitants de Crémone et de Plaisance. Une révolte d'esclaves faillit éclater près de Rome. Les otages carthaginois étaient gardés à Setia. Ils avaient beaucoup d'esclaves. Il y en eut encore plus avec les prisonniers carthaginois achetés par des habitants de la ville. Ces esclaves voulurent profiter de jeux pour se rendre maîtres de Setia puis surprendre Norba et Circei. Le projet fut dénoncé par deux esclaves. Sur l'ordre du sénat, le préteur réquisitionna tous ceux qu'il rencontrait en leur faisant prêter le serment militaire. Avec deux mille hommes, il fit arrêter les chefs du complot. Les dénonciateurs reçurent chacun vingt-cinq mille as et la liberté. Comme la conspiration menaçait Préneste, on y fit exécuter cinq cents esclaves reconnus coupables. A Rome, on établit des postes dans les divers quartiers. On écrivit aussi aux villes latines de garder les esclaves dans les maisons particulières sans les laisser paraître en public. Les prisonniers devaient être gardés aux fers en prison.

Des ambassadeurs d'Attale déposèrent au Capitole une couronne d'or de deux cent quarante livres et remercièrent le sénat d'avoir obtenu le retrait d'Antiochus. Cette année-là, Massinissa envoya deux cents cavaliers, dix éléphants et deux cent mille boisseaux de blé aux troupes qui combattaient en Grèce. La Sicile et la Sardaigne fournirent aussi des approvisionnements. La Sardaigne avait pour gouverneur M. Porcius Caton qui bannit de l'île tous les usuriers. Le consul Aelius revint de Gaule pour tenir les comices qui désignèrent C. Cornelius Cethegus et Q. Minucius Rufus comme consuls. On créa cette année six préteurs parce que le nombre des provinces augmentait. Les jeux romains furent célébrés pendant quatre jours. Les consuls tirèrent au sort les provinces entre les préteurs. Ils allaient également tirer au sort entre eux mais les tribuns du peuple s'y opposèrent, estimant que les changements de commandement nuisaient à la guerre de Macédoine. Quinctius pouvait compter sur une victoire prochaine. Le sénat prorogea le commandement de Quinctius et donna l'Italie comme province aux deux consuls.

On les chargea de faire la guerre aux Gaulois cisalpins qui avaient abandonné le parti romain et on envoya à Quinctius un renfort de cinq mille fantassins, trois cents cavaliers et trois mille soldats de marine. L.Quinctius conserva la flotte. Les préteurs devaient emmener huit mille fantassins et quatre cents cavaliers en Espagne et fixer la limite de la citérieure et de l'ultérieure. On envoya aussi les anciens consuls Sulpicius et Villius comme lieutenants en Macédoine. Il fallut aussi expier des prodiges. Des loups étaient entrés dans Rome et un agneau à deux têtes et cinq pattes était né. Un tribun du peuple proposa l'établissement de cinq colonies sur les côtes, avec trois cents familles pour chacune. Les consuls partirent ensuite pour la Gaule. Cornelius marcha contre les Insubres alliés aux Cénomans. Minucius conduisit son armée à Gènes et attaqua les Ligures. Toute la Cispadanie, sauf les Gaulois Boiens et les Ligures Ilvates, fut réduite. Le consul mena ses légions sur les terres des Boiens qui avaient passé le Po et rejoint les Insubres et les Cénomans. Les Boiens voulaient que tous aillent défendre leur territoire mais les Insubres refusaient de laisser leur pays sans défense. La coalition gauloise se défit.

Les Boiens rentrèrent chez eux, les Insubres et les Cénomans s'installèrent au bord du Mincio. Le consul s'établit près de là. Il envoya des émissaires à Brescia, la capitale des Cénomans, et comprit que les jeunes avaient pris les armes contre la volonté de leurs chefs. Il s'efforça de désolidariser les Cénomans des Insubres. On lui promit de rester neutre et peut-même de l'aider. Les insubres craignaient la trahison de leurs alliés. En se disposant en bataille, ils les mirent en réserve. Le consul fondit sur les Insubres qui ne purent soutenir le choc. Les villes révoltées se soumirent. La nouvelle de la défaite insubre abattit le courage des Boiens. Ils se dispersèrent. Minucius dut renoncer à terminer la guerre par une action d'envergure et recommença à ravager les campagnes. Clastidium fut incendiée. Les Ligures Ilvates se soumirent en apprenant que les Insubres avaient été battus et que les Boiens renonçaient au combat. A Rome, on décréta quatre jours de supplications.

L'hiver était déjà commencé. Quinctius tenait ses quartiers en Phocide et en Locride. Une sédition éclata à Opous. Certains habitants appelèrent les Etoliens, les autres les Romains. Les Etoliens arrivèrent les premiers mais leurs ennemis fermèrent les portes jusqu'à l'arrivée des Romains. La citadelle était tenue par une garnison royale que rien ne put convaincre de se rendre. A ce moment, Philippe demanda une entrevue. Quinctius accepta. On choisit pour lieu du rendez-vous le bord de mer, près de Nicée sur le golfe Maliaque. Le roi arriva avec des notables macédoniens et Cycliadas, un exilé achéen. Quinctius avait avec lui Amynander, un ambassadeur d'Attale, le chef de la flotte rhodienne, le chef des Etoliens et deux Achéens. Le consul s'avança au bord de l'eau et Philippe resta à la proue de son bateau par méfiance. Quinctius lui demanda ce qu'il voulait mais le roi répondit que c'était à celui qui dictait les conditions de paix de parler en premier.

Le Romain demanda au roi de retirer ses garnisons de Grèce, de rendre les prisonniers et les transfuges aux alliés de Rome, de rendre à Rome les places d'Illyrie et de rendre au roi d'Egypte les villes qu'il lui avait enlevées. L'ambassadeur d'Attale réclama les navires perdus au combat de Chios et la réparation des dégâts commis dans le bois de Nicéphore. Les Rhodiens voulaient la Pérée, contrée située en face de leur île, et l'affranchissement de tous les ports d'Asie. Les Achéens voulaient Corinthe et Argos. Phénée, le préteur étolien, demandait la libération de la Grèce. Alexandre, un autre étolien, affirma que Philippe ne traitait pas sincèrement. Celui-ci avait dévasté en Thessalie des villes appartenant à ses alliés et les Etoliens avaient plus souffert de lui quand ils étaient ses alliés que depuis qu'ils étaient ennemis. Philippe fut piqué par ces reproches. Cependant, par égard pour les Romains, il accepta de rendre la Pérée aux Rhodiens et ses navires à Attale. Le bois de Nicéphore serait reconstitué. Il se répandit en invectives contre les Achéens mais accepta de rendre Argos. Pour Corinthe, il en discuterait avec le chef romain. La nuit fit remettre au lendemain la suite de la conférence.

Le lendemain, le roi arriva au rendez-vous avec plusieurs heures de retard. On pensa qu'il voulait d'empêcher Achéens et Etoliens de lui répondre. D'ailleurs, il demanda à conférer seul avec le général romain. Après avoir consulté ses alliés, celui-ci s'avança sur le rivage avec un seul tribun militaire. Le roi vint avec deux officiers. Après un court entretien, chacun repartit vers les siens. Quinctius rapporta que le roi cédait aux Romains la côte d'Illyrie et leur rendait transfuges et prisonniers. Il rendait à Attale ses navires et ses prisonniers, aux Rhodiens la Pérée sauf deux villes, aux Etoliens Pharsale et Larissa mais gardait Thèbes. Il donnait Argos et Corinthe aux Achéens. Personne n'apprécia qu'il décide tout seul et il y eut un cri d'indignation dans l'assemblée, cri qu'entendit Philippe. Il demanda alors un nouveau rendez-vous à Quinctius en le priant de ne pas détruire tout espoir de paix. Il voulait un délai pour pouvoir envoyer des ambassadeurs à Rome. Il obtiendrait la paix aux conditions qu'il offrait ou accepterait celles du sénat. On pensa qu'il cherchait à gagner du temps mais Quinctius montra que, comme l'hiver approchait, on pouvait lui laisser le temps d'envoyer ses ambassadeurs à Rome. On lui accorda donc une trêve de deux mois et on décida que tous enverraient des délégations. La trêve obligeait le roi à retirer tout de suite ses garnisons de Phocide et de Locride.

A Rome, les ambassadeurs alliés furent reçus les premiers. Ils montrèrent que si le roi conservait Démétriade en Thessalie, Chalcis en Eubée et Corinthe en Achaïe il n'y avait pas de liberté possible pour la Grèce. On introduisit ensuite les Macédoniens. On leur demanda tout de suite si leur maître abandonnerait ces trois places. Ils répondirent qu'ils n'avaient pas d'instructions là-dessus. Alors on les congédia sans rien leur accorder et on laissa à Quinctius toute liberté pour faire la paix ou la guerre. Le général déclara qu'il ne recevrait de Philippe qu'une ambassade qui annoncerait l'évacuation de la Grèce. Le roi comprit qu'il devait réunir ses forces mais l'Achaïe l'inquiétait. Il crut prudent de confier Argos à Nabis, tyran de Sparte. Il lui envoya Philoclès, gouverneur de Corinthe et d'Argos. A Sparte, celui-ci promit également la main des deux filles du roi aux fils du tyran. Nabis refusa d'abord. Il voulait que les Argiens l'appellent eux-mêmes. Mais, apprenant que son nom avait été hué à Argos, il accepta. Il fut introduit de nuit dans la ville, s'empara des hauteurs et fit fermer les portes. Quelques notables purent s'échapper mais leurs biens furent pillés. Les autres durent livrer leur or et leur argent et furent lourdement taxés. Ceux qui payèrent purent partir sans autres dommages. Ceux qu'on soupçonna d'avoir caché des richesses furent torturés. Le tyran décida ensuite l'abolition des dettes et le partage des terres, deux mesures destinées à enflammer le peuple contre les nobles.

Maître d'Argos, Nabis oublia à qui il le devait. Il envoya des députés à Quinctius et à Attale. Il invitait Quinctius à discuter. Le général romain et Attale se retrouvèrent à Sicyone. Le roi estimait que ce n'était pas au Romain de se déplacer. Le rendez-vous fut fixé à Mycènes. Quinctius et Attale arrivèrent avec une faible escorte. Ils trouvèrent Nabis entouré de ses troupes. Il s'en excusa en disant qu'il craignait les exilés d'Argos. On évoqua les conditions d'une alliance. Quinctius exigea que Nabis cesse sa guerre contre les Achéens et lui fournisse une aide contre Philippe. Le tyran promit les secours mais n'accepta qu'une trêve avec les Achéens. Attale l'accusa d'avoir pris Argos par traîtrise. Nabis affirmait que c'était la volonté du peuple. Attale demanda donc une assemblée. Nabis accepta mais refusa de retirer sa garnison. Finalement, Nabis donna six cents Crétois aux Romains et accorda une trêve de quatre mois aux Achéens. Quinctius alla ensuite à Corinthe montrer à Philoclès la défection de Nabis et demander qu'on lui livre la ville. Philoclès temporisa. Le Romain partit vers Anticyre d'où il envoya sonder les intentions des Acarnaniens. Attale fit don de dix talents d'argent et de dix mille médimnes de blé à Sicyone puis rejoignit sa flotte. Nabis renforça la garnison d'Argos et retourna à Lacédémone. Il envoya son épouse piller les dames d'Argos. Par menaces et flatteries, elle leur enleva or, parures et même vêtements.

 

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