Livre 33: 197-195 av. JC

Au printemps, Quinctius convia Attale à Elatée pour soumettre les Béotiens. Il alla camper près de Thèbes, leur capitale. Le lendemain, suivi d'un seul manipule, il s'approcha de la ville, accompagné d'Attale. Deux mille hastati suivaient à mille pas. Antiphile, préteur des Béotiens, vint à sa rencontre. Les habitants regardaient depuis les remparts. Les hastati étaient dissimulés par le relief. Le peuple ne les vit qu'au dernier moment et crut à la trahison du préteur. Attale parla le premier mais il tomba tout à coup inanimé. On l'emporta à moitié paralysé. L'assemblée fut suspendue puis Quinctius vanta la bonne foi de Rome. Dicéarque de Platée lut un projet d'alliance avec les Romains qui fut adoptée par toutes les cités de Béotie. Quand Quinctius sut que la vie d'Attale n'était pas en danger, il retourna à Elatée. Il pouvait consacrer toute son attention à Philippe.

Celui-ci levait des troupes dans toutes les villes de son royaume. Les guerres continuelles avaient épuisé la population. Il devait recruter dès l'âge de seize ans et prendre des vétérans. Au printemps, il réunit ses forces à Dion. Au même moment, Quinctius arriva aux Thermopyles. L'assemblée des Etoliens à Héraclée délibérait sur le nombre des hommes qu'on enverrait aux Romains. Quinctius prit position sur les confins des Thessaliens et attendit ces secours. Deux mille fantassins et quatre cents cavaliers arrivèrent, conduits par Phénéas. Il fut rejoint ensuite par cinq cents Crétois et trois cents Apolloniates, puis par Amynander à la tête de mille deux cents fantassins athamans. Philippe comprit qu'il allait devoir livrer bataille. Quinctius approcha de Thèbes en espérant qu'on lui livrerait la ville. Il fut déçu et renonça.

Il savait que Philippe était en Thessalie. Il fit préparer les pieux nécessaires aux retranchements. Les Macédoniens aussi faisaient des retranchements mais avec des arbres trop gros pour que le soldat puisse les porter et le résultat était fragile. Les Romains se servaient de pieux légers. Un soldat pouvait en porter plusieurs en plus de ses armes. Fichés en terre, ils étaient serrés et entrelacés. Il n'y avait pas de quoi passer la main ni de prise pour les arracher. Et même dans ce cas cela ne créait pas de grandes brèches. Quinctius s'arrêta près de Phères et envoya des éclaireurs. Philippe était près de Larissa. Informé de la présence des Romains, il s'approcha. Le lendemain, les troupes légères des deux armées sortirent pour s'emparer des hauteurs se rencontrèrent et on les fit rentrer. Le surlendemain, il y eut un combat de cavalerie. Les Etoliens contribuèrent à refouler les troupes royales. On ne pouvait engager une action d'envergure sur un terrain parsemé d'arbres, de jardins, de murs et de sentiers. Les généraux décidèrent de quitter cette position et prirent la route de Scotoussa.

Deux jours entiers, les deux armées marchèrent sans se voir, séparées par des montagnes. Le troisième jour, elles furent arrêtées par un orage et le brouillard. Enfin, des éclaireurs de Quinctius tombèrent sur des Macédoniens. Un combat s'engagea. Des renforts arrivèrent et la mêlée grandit. Les Romains n'évitèrent la déroute que grâce à la cavalerie étolienne. Ce succès décida Philippe à offrir la bataille. Le Romain en fit autant, plaçant les éléphants en avant. Il avait rejoint ses hommes dans la vallée. Sa présence ranima la lutte et les Macédoniens furent repoussés. Le roi arriva à la tête de la phalange. D'abord joyeux de voir les Romains délogés de la hauteur, puis inquiet de voir les siens de nouveau en difficulté, il fut contraint à la bataille par l'arrivée de l'ennemi bien que toutes ses forces ne soient pas encore rassemblées. Quinctius fit avancer ses éléphants et fondit sur l'ennemi. Les Macédoniens furent effrayés et prirent la fuite. Un tribun militaire entraîna des troupes dans un mouvement tournant et tomba par derrière sur leurs rangs. La confusion fut augmentée par la pesanteur de la phalange macédonienne. Beaucoup de Macédoniens furent tués sur place, les autres prirent la fuite.

Philippe s'enfuit. Quinctius se mit à la poursuite des fuyards. Tout à coup, il vit les Macédoniens lever leurs piques. Il comprit qu'ils se rendaient. Mais les soldats romains, ignorant le sens de ce geste, les massacrèrent. Les vainqueurs se jetèrent sur le camp macédonien mais le trouvèrent déjà pillé par les Etoliens. Le roi perdit huit mille tués et cinq mille prisonniers. Les Romains ne perdirent que sept cents hommes. Philippe envoya l'ordre à Larissa de brûler les registres royaux et rentra en Macédoine. Quinctius vendit une partie des prisonniers et du butin et laissa le reste aux soldats. A Larissa, il reçut un émissaire du roi portant le caducée qui venait demander une trêve pour ensevelir les morts et surtout un sauf-conduit pour des ambassadeurs que Philippe voulait envoyer. Les deux furent accordés. Les Etoliens se plaignaient que le général ne les consultait pas. L'indignation de Quinctius contre eux venait de leur soif de pillage. Pensant qu'il faudrait laisser la Grèce aux Etoliens après la victoire, il cherchait à minimiser leur influence.

Avant l'entrevue, Quinctius réunit ses alliés et leur communiqua les conditions de paix qu'il voulait imposer au roi. Amynander estima que le traité devait laisser une Grèce assez forte pour faire respecter sa liberté. Les Etoliens pensaient que Quinctius se trompait s'il croyait assurer la paix sans chasser Philippe du trône. Le général répondit que Rome était fidèle à son habitude d'épargner les vaincus et qu'il n'avait jamais été question d'éliminer Philippe. La liberté de la Grèce était menacée par une Macédoine puissante mais la disparition de la Macédoine laisserait les Thraces, les Illyriens et même les Gaulois se répandre en Grèce. Les conditions de la paix empêcheraient le roi de recommencer la guerre. Trois jours plus tard, Philippe fut admis en présence des Romains et de leurs alliés. Il accepta tout ce qu'il lui fallait abandonner pour obtenir la paix. Une discussion s'éleva entre les Romains et les Etoliens au sujet de Thèbes. Quinctius prétendait qu'elle appartenait à Rome par le droit de la guerre. Phénéas répondait qu'on devait rendre aux Etoliens ce qu'ils possédaient avant la guerre. Quinctius rappela qu'ils avaient eux-mêmes violé un premier traité. Les autres l'approuvèrent et les Etoliens furent offensés. Philippe accepta de livrer son fils Démétrios en otage et de payer deux cents talents. Il obtenait une trêve de quatre mois pour envoyer une ambassade à Rome. Si la paix n'était pas ratifiée par le sénat, on rendrait au roi son fils et son argent. Le général romain était pressé parce qu'Antiochus s'apprêtait à passer en Europe.

Au même moment, les Achéens battirent près de Corinthe Androsthénès, lieutenant du roi. Philippe avait voulu faire de cette ville une place forte pour surveiller la Grèce. Il avait pris en otage les notables corinthiens et avait concentré des troupes. Ces forces avaient poussé Androsthénès à tenter la bataille. Face aux six mille hommes du roi, Nicostrate, préteur des Achéens, n'avait que deux mille fantassins et cent cavaliers et restait enfermé dans Sicyone. Les Macédoniens ravageaient la contrée et se croyaient en sécurité. Nicostrate rassembla à Stymphale des hommes venus secrètement de partout. Avec cinq mille fantassins et trois cents cavaliers, il arriva à Cléones. Ignorant tout, Androsthénès campait entre Corinthe et Sicyone. Là, ne gardant que la moitié de ses troupes, il envoya le reste ravager les régions voisines. Nicostrate envoya des mercenaires occuper la route de Corinthe, mit sa cavalerie en avant-garde et suivit avec son armée. Androsthénès fut averti du danger quand les premiers pillards furent attaqués. Les Macédoniens s'enfuirent vers Corinthe. Les pillards furent massacrés et l'Achaïe fut libérée d'une grande menace.

Avant la bataille de Cynoscéphales, Quinctius avait invité à Corcyre les notables d'Acarnanie, seule région de Grèce restée fidèle aux Macédoniens parce qu'elle détestait les Etoliens. Une assemblée fut convoquée à Leucade. Elle décida l'alliance avec Rome. Les absents protestèrent. Deux notables, Androclès et Echedemus, envoyés par Philippe, firent casser le décret d'alliance et condamner Archélaüs et Bianor comme traîtres. Le préteur Zeuxidas fut également déposé. Au lieu de se réfugier à Corcyre, les condamnés préférèrent se présenter devant l'assemblée. Ils justifièrent leur conduite et leur condamnation fut annulée. Tout cela se passait à Leucade, capitale de l'Acarnanie. Quand on apprit cela à Corcyre, le lieutenant Flaminius vint avec son escadre mettre le siège devant la ville. L'Acarnanie, située entre l'Etolie et l'Epire, donne sur la mer de Sicile. Leucade est une presqu'île rattachée au continent par un isthme étroit. Les murs s'effondrèrent en plusieurs endroits mais les assiégés se défendaient avec acharnement. Le siège aurait duré longtemps si des réfugiés italiens établis à Leucade n'avaient introduit les soldats de Flaminius dans la ville. Peu de jours après, on apprit la bataille de Cynoscéphales. Les Acarnaniens s'empressèrent de se soumettre.

Au même moment, les Rhodiens voulurent reprendre la Pérée qui leur avait appartenu. Ils envoyèrent le préteur Pausistrate avec huit cents fantassins achéens et deux mille auxiliaires galates, mysiens et autres. Il s'empara de Tendéba puis reçut des renforts. Dinocrate, lieutenant du roi, rappela les garnisons macédoniennes dispersées ainsi que des auxiliaires thessaliens et marcha à l'ennemi. Le combat tourna à l'avantage des Rhodiens mais les vainqueurs laissèrent passer l'occasion de prendre Stratonicée en attaquant les forts de la Pérée. Pendant ce temps, la garnison de Stratonicée se rassurait et Dinocrate la rejoignit avec les débris de son armée. La ville ne fut pas prise par les Rhodiens. Philippe apprit que les Dardaniens dévastaient la haute Macédoine. A l'idée de perdre ses Etats héréditaires, il leva à la hâte six milles fantassins et cinq cents cavaliers et fondit sur les ennemis. Après cela, il se retira à Théssalonique.

Les défaites de Philippe arrivaient à point. Antiochus préparait la guerre en Syrie et l'Espagne s'agitait. Après avoir soumis les villes de la Coelé-Syrie qui dépendaient de Ptolémée, Antiochus avait passé l'hiver à Antioche. Au printemps, il confia l'armée à ses fils Ardyé et Mithridate. Lui-même, avec une puissante flotte, s'apprêtait à longer les côtes de Cilicie et de Carie et à prêter main forte à Philippe. Les Rhodiens montrèrent leur fidélité à Rome et à la Grèce. Ils avertirent Antiochus de ne pas dépasser les îles Chélidoniennes. Le roi de Syrie dissimula son ressentiment. Il rassura les Rhodiens et affirma qu'il était en bons termes avec Rome. A ce moment, on apprit la bataille de Cynoscéphales. Cette victoire libérait les Rhodiens. Ils envoyèrent des secours aux villes alliées de Ptolémée, assurant ainsi la liberté d'Halicarnasse et de Samos. C'est à cette époque que mourut le roi Attale, revenu malade de Pergame, à l'âge de soixante et onze ans. Il avait régné quarante-quatre ans. Il avait pris le titre de roi après avoir battu les Gaulois arrivés en Asie. Le trône resta dans sa famille pendant encore trois générations.

En Espagne ultérieure, les princes Culchas et Luxinius prirent les armes et le gouverneur romain prévint le sénat que toute la province allait se soulever. Au même moment, les deux consuls demandèrent le triomphe. Les tribuns du peuple firent que seul Cornelius l'obtint. Il triompha des Insubres et des Cénomans, précédé de nombreuses dépouilles gauloises sur des chariots et de plusieurs nobles gaulois. Il apportait aussi deux cent trente sept mille cinq cents livres d'airain et soixante dix neuf mille d'argent. Chaque soldat reçut soixante-dix as, chaque cavalier le double et chaque centurion le triple. Minucius se contenta de triompher des Ligures et des Boiens au mont Albain. Les comices eurent lieu après. L. Furius Purpurio et M. Claudius Marcellus furent les nouveaux consuls. On reçut une lettre de Quinctius qui annonçait qu'il avait mis l'ennemi en déroute. Cinq jours de supplications furent décrétés. Devant le sénat, les ambassadeurs macédoniens déclarèrent que leur roi acceptait les conditions de Rome. Les jeux romains furent célébrés au cirque et au théâtre pendant trois jours. Les jeux plébéiens furent donnés sept fois. Avec le produit des amendes, les édiles firent réaliser des statues de Cérès, Liber et Libera.

Furius et Claudius Marcellus demandèrent à tirer au sort la Macédoine et l'Italie. Les tribuns du peuple s'y opposèrent. On fut heureux de la paix en Macédoine en apprenant les nouvelles d'Espagne. Le proconsul Sempronius Tuditanus avait été vaincu en Citérieure et était mort. Les consuls se partagèrent donc l'Italie. Quinctius conserva sa province et ses troupes. Les deux préteurs envoyés en Espagne reçurent deux nouvelles légions et un renfort fourni par les alliés et les Latins. La guerre d'Espagne éclatait cinq ans après la fin de la guerre punique. C'était la première fois que les Espagnols prenaient les armes seuls, sans être soutenus par Carthage. Avant de partir, les consuls expièrent plusieurs prodiges.

Pendant ce temps, Cn. Cornelius Lentulus, qui avait gouverné l'Espagne citérieure avant Sempronius, reçut l'ovation et apporta mille cinq cents livres d'or et vingt mille d'argent. Stertinius, qui rentrait d'Espagne ultérieure, ne chercha pas le triomphe mais apporta cinquante mille livres d'argent. Il fit construire deux arcs de triomphe au forum boarium et un troisième au grand cirque. En quartiers d'hiver à Elatée, Quinctius libéra les Béotiens qui avaient servi sous Philippe. Antiochus devenait suspect et Quinctius voulait se concilier les cités grecques. Mais les Béotiens n'eurent aucune reconnaissance. Ils nommèrent béotarque un partisan de Philippe. Les partisans de Rome se demandèrent alors ce qui se passerait quand les Romains seraient repartis. Ils voulurent profiter de la présence de ceux-ci. Un jour que Brachyllès, le nouveau béotarque, rentrait ivre chez lui accompagné de jeunes débauchés, six hommes le tuèrent. La foule s'assembla mais les assassins s'enfuirent. On arrêta les compagnons de Brachyllès mais on soupçonnait Zeuxippe. Pour détourner les soupçons, il se présenta à l'assemblée. Mais les inculpés le dénoncèrent, lui et Pisistrate, sous la torture.

Zeuxippe s'enfuit. Pisistrate resta à Thèbes. Un esclave de Zeuxippe avait été l'élément central du complot. Pisistrate écrivit à Zeuxippe de s'en débarrasser. Mais le messager remit la lettre à l'esclave lui-même. Après l'avoir lue, il courut à Thèbes. Pisistrate fut exécuté. Cette affaire excita la haine des Béotiens contre Rome mais ils n'avaient ni armée ni chef. Ils se mirent à attaquer les soldats romains isolés. La Béotie devint un pays dangereux. Quinctius envoya des ambassadeurs se plaindre de ces agissements. Plusieurs cadavres avaient été retrouvés au bord du lac Copaïs, attachés à des pierres. Quinctius exigea qu'on lui livre les coupables et imposa une amende de cinq cents talents pour les cinq cents soldats disparus. Les villes se contentèrent de répondre qu'elle n'y étaient pour rien. Il prévint alors Athènes et les Achéens qu'il allait attaquer la Béotie. Les Béotiens, effrayés, demandèrent à traiter et les Achéens intercédèrent pour eux. On leur accorda la paix en échange des coupables et de trente talents.

Quelques jours plus tard, les commissaires romains arrivèrent et Quinctius dicta les conditions de paix à Philippe. Les cités grecques d'Europe et d'Asie devaient rester libres et Philippe retirerait ses garnisons. Les prisonniers et les transfuges seraient rendus aux Romains. Le roi devait livrer sa flotte, son armée était limitée à cinq mille hommes, sans éléphants, et il ne pouvait faire la guerre qu'avec l'accord du sénat. Il devait payer mille talents à Rome, la moitié comptant, le reste en dix ans. Une clause lui interdisait d'attaquer Eumène, fils d'Attale, nouveau roi de Pergame. Des otages furent livrés, dont Demetrios, le fils de Philippe. Eumène reçut Egine et les éléphants. Rhodes eut Stratonicée de Carie. Athènes obtint plusieurs îles. Toutes les cités grecques approuvèrent le traité. Seuls, les Etoliens étaient mécontents parce que le sort de Corinthe, Chalcis et Démétriade restait flou. Antiochus s'apprêtait à passer en Europe et on ne voulait pas laisser de telles places à sa disposition. Quinctius se rendit à Corinthe pour délibérer. Il répétait qu'il fallait affranchir toute la Grèce pour réduire l'insolence des Etoliens et montrer le désintéressement de Rome. Les commissaires envoyés par Rome préféraient maintenir la présence romaine avant qu'Antiochus ne remplace Philippe. On finit par décider que Corinthe serait rendue aux Achéens mais qu'une garnison romaine garderait l'Acrocorinthe. Chalcis et Démétriade resteraient aux mains des Romains tant que durerait la menace d'Antiochus.

Les jeux isthmiques approchaient. Cela attirait toujours la foule. La curiosité était particulièrement excitée par les événements. On peinait à croire que Rome se retirerait. Les Romains assistèrent au spectacle. Un héraut avança dans l'arène et proclama que le sénat et Quinctius rendaient leur liberté aux Corinthiens, aux Phocidiens, aux Locriens, à l'île d'Eubée, aux Magnésiens, aux Thessaliens, aux Perrhébiens et aux Achéens de Phthie, tous les peuples qui avaient été dominés par Philippe. L'assemblée éclata de joie. On força le héraut à relire la proclamation. La foule hurlait. Les jeux furent célébrés à la hâte. Tous ensuite se précipitèrent vers le général romain. Heureusement sa vigueur lui permit de résister. Cela dura plusieurs jours. Après cela, Quinctius reçut divers ambassadeurs. Ceux d'Antiochus n'inspirèrent pas confiance et on leur signifia clairement que leur maître devait évacuer les villes d'Asie qui avaient appartenu à Philippe ou à Ptolémée et respecter les villes libres. On lui interdit de passer en Europe. De nombreux territoires furent redistribués puis les commissaires se dispersèrent dans les différentes régions. Cn. Cornelius rencontra Philippe en Thessalie et lui conseilla de solliciter l'alliance romaine pour éviter de sembler attendre l'arrivée d'Antiochus. Cornelius se rendit ensuite aux Thermopyles pour exhorter les Etoliens à rester fidèles à Rome. Ainsi s'acheva la guerre de Macédoine.

Pendant ce temps, une conspiration d'esclaves menaça l'Etrurie. Le préteur Acilius partit avec une légion et battit leur troupe. Les chefs furent crucifiés et les autres rendus à leurs maîtres. Les consuls partirent pour leurs provinces. Marcellus, entré sur le territoire des Boiens, fut attaqué pendant qu'il établissait son camp. Les Romains poursuivirent leurs travaux et résistèrent. Marcellus passa le Po et se rendit sur le territoire de Come. Les Insubres attaquèrent l'armée romaine. Deux charges de cavalerie suffirent pour les arrêter et ils s'enfuirent en désordre, perdant quarante mille homme et un important butin dont un collier d'or qui fut placé au Capitole. Le camp gaulois fut pillé. Come fut prise quelques jours plus tard et vingt huit places se rendirent. L'autre consul, L. Furius Purpurio, rejoignit son collègue. Les deux armées dévastèrent le territoire boien. Presque toute la population se soumit. Les consuls allèrent ensuite chez les Ligures. Les Boiens en profitèrent pour piller le territoire des Lèves et des Libuens. Mais ils rencontrèrent les Romains à la limite de la Ligurie et furent presque tous massacrés. Trois jours de supplications furent décrétés à Rome. Les sénateurs accordèrent le triomphe à Marcellus qui rapportait trois cent vingt mille livres d'airain et deux cent trente quatre mille d'argent. Les soldats reçurent une gratification importante.

La même année, Antiochus voulut reprendre les cités libres d'Asie. Il envoya une armée contre Smyrne et ordonna aux troupes d'Abydos d'assiéger Lampsaque. Lui-même s'embarqua à Ephèse au début du printemps et se rendit sur l'Hellespont. Il fit passer ses troupes en Chersonèse et assiégea Madytos qui se rendit. Cette soumission fut suivie de plusieurs autres. Antiochus revint alors devant Lysimachia, déserte depuis sa prise par les Thraces. Il entreprit de la relever. Il alla aussi ravager les frontières de la Thrace. Antiochus rencontra des commissaires romains qui ne dissimulèrent pas au roi que ses agissements déplaisaient au sénat. Antiochus répondit que Rome n'avait pas plus à s'occuper des affaires de l'Asie que lui de celles de l'Italie. On apprit alors la mort de Ptolémée. L. Cornelius demanda quelques jours pour se rendre à sa cour. De son côté, Antiochus voulait profiter de l'occasion pour soumettre l'Egypte. Il laissa son fils Seleucos s'occuper de Lysimachia et fit voile pour Ephèse. Il apprit en route que Ptolémée n'était pas mort mais se dirigea quand même vers Chypre. Une révolte de ses équipages le força à s'arrêter puis une tempête manqua engloutir sa flotte. Il prit alors ses quartiers d'hiver à Antioche.

A Rome, il y eut un débat entre prêtres et questeurs. On avait besoin d'argent pour rembourser les citoyens qui en avaient prêté. Les questeurs demandèrent leur contribution aux prêtres qui en appelèrent sans succès aux tribuns. Les nouveaux consuls furent L. Valerius Flaccus et M. Porcius Cato. Les édiles distribuèrent au peuple à bas prix un million de boisseaux de blé sicilien. Les jeux romains furent renouvelés trois fois. Les édiles citèrent devant le peuple plusieurs fermiers. Les amendes qu'ils payèrent servirent à la construction d'un temple au dieu Faune. Les jeux plébéiens durèrent deux jours. Les sénateurs décidèrent que, comme la guerre s'aggravait en Espagne, les consuls se partageraient l'Espagne citérieure et l'Italie. Celui qui obtiendrait l'Espagne emmènerait deux légions, cinq mille alliés latins, cinq cents cavaliers et une flotte de vingt navires. Cato eut l'Espagne et Flaccus l'Italie. Comme on se méfiait d'Antiochus et des Etoliens, on prolongea le commandement de Quinctius. Les consuls célébrèrent le printemps sacré promis vingt et un ans plus tôt. On reçut un lettre qui annonçait que les Espagnols Boudar et Baesado avaient été battus. L'attention se reporta sur Antiochus.

Les commissaires, rentrés à Rome, exposèrent les conditions de paix imposées à Philippe et déclarèrent qu'une guerre aussi dangereuse contre Antiochus était à envisager. Le roi venait de passer en Europe avec des forces importantes et n'avait été retardé que par les événements d'Egypte. Les Etoliens étaient excités contre Rome. Il y avait aussi Nabis, tyran de Lacédémone. Si on lui laissait Argos et si on retirait les armées romaines, la Grèce serait de nouveau asservie. Les sénateurs furent d'avis de s'occuper d'abord de Nabis et laissèrent à Quinctius le soin de décider. On pensa aussi qu'il fallait savoir ce que feraient les Carthaginois si la guerre contre Antiochus éclatait. Les ennemis des Barcides informaient les Romains de contacts entre Hannibal et Antiochus. Et récemment Hannibal s'était fait remarquer. Carthage était dominé par les juges nommés à vie. Hannibal, nommé préteur, convoqua un questeur qui n'en tint aucun compte. On passait de la questure dans l'ordre des juges et il se croyait déjà tout-puissant. Hannibal dénonça l'orgueil des juges devant l'assemblée du peuple et, comme ses propos étaient bien accueillis, il fit adopter une loi qui rendait la fonction de juge annuelle.

Cela dressa les grands contre lui. Une autre réforme lui attira des ennemis. Les revenus de l'Etat étaient gaspillés et on manquait d'argent pour payer le tribut à Rome. Hannibal déclara qu'en récupérant les sommes détournées il y avait de quoi éviter un nouvel impôt. Furieux, les profiteurs excitèrent les Romains contre lui. Scipion l'africain refusait d'intervenir dans ces intrigues mais la haine finit par l'emporter. Rome envoya à Carthage des ambassadeurs soi-disant pour régler des litiges entre Massinissa et les Carthaginois. Hannibal comprit que c'était à lui qu'on en voulait. Depuis longtemps, il avait pris ses précautions. Le lendemain, il quitta l'Afrique en bateau. A Cercina, il y avait des navires marchands. Il dit qu'il était envoyé en ambassade à Tyr. Mais, craignant que Carthage ne soit informée de son départ, il organisa une fête avec les marchands et profita de leur ivresse pour quitter l'île. A Carthage, quand la foule réalisa qu'il n'était plus là elle se précipita au forum. La plupart accusaient les Romains de l'avoir assassiné. Finalement, on apprit son départ. Les ambassadeurs romains expliquèrent aux Carthaginois qu'Hannibal avait poussé Philippe à faire la guerre à Rome. Carthage devait le punir pour montrer sa bonne foi. Les sénateurs carthaginois répondirent qu'ils feraient ce qu'on leur demandait. Pendant ce temps, Hannibal était reçu à Tyr avec tous les honneurs. Il rejoignit Antiochus à Ephèse. Le roi hésitait à déclarer la guerre aux Romains. Hannibal l'y décida. A la même époque, les Etoliens se détachèrent de l'alliance romaine.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site