Livre 34: 195-193 av. JC

Au milieu de ces préoccupations, une affaire divisa les esprits. Des tribuns proposèrent d'abrogation la loi oppia, adoptée pendant la guerre punique, qui interdisait aux femmes d'avoir plus d'une demi-once d'or, de porter des vêtements multicolores et d'utiliser des voitures en ville. D'autres tribuns voulaient la maintenir. Le peuple était partagé. Les femmes demandaient qu'on ne les prive pas de leurs parures alors que la République était florissante. Elles trouvèrent dans le consul M. Porcius Caton un adversaire inflexible. Pour lui, les femmes se montraient aussi audacieuses parce que les hommes n'avaient pas su garder leur dignité de maris. Il était honteux qu'elles se montrent en public et s'adressent à des étrangers. Autrefois elles étaient sous l'autorité d'un père, d'un frère ou d'un mari. Si on leur cédait, leurs prétentions ne finiraient plus. Caton répétait depuis longtemps que l'avarice et le luxe étaient les deux maux qui minaient l'Etat. Rome avait découvert les plaisirs en Grèce et en Asie. L'abrogation de la loi entraînerait des rivalités entre les femmes. Malheur au mari qui refuserait ! Un autre donnerait ce qu'il avait refusé. Si on déchaînait le luxe, il n'y aurait plus de bornes aux passions.

L. Valerius lui répondit. Il n'y avait rien d'étrange à voir les femmes défendre un projet qui les concernait. C'étaient les femmes qui avaient calmé la fureur des Sabins sous Romulus. C'étaient elles qui avaient écarté la menace de Coriolan. L'or versé aux Gaulois après la prise de Rome avait été donné par les femmes. Pendant la guerre, c'étaient encore les femmes qui avaient soutenu le Trésor défaillant. Les femmes avaient reçu la déesse Mère de l'Ida. Pourquoi les Romains n'écouteraient-ils pas les demandes de leurs femmes quand ils pouvaient entendre celles de leurs esclaves ? Certaines lois étaient sans doute éternelles mais d'autres étaient nées de circonstances et pouvaient changer avec celles-ci. La loi n'avait pas été faite pour ramener les femmes à la raison mais parce que Rome manquait d'or. Les femmes n'auraient-elles pas droit de profiter du retour à la paix ? On devait les protéger, pas en faire des esclaves. Après ces discours, les femmes allèrent en masse assiéger la porte des tribuns qui s'opposaient à l'abrogation et obtinrent leur désistement. La loi fut donc abrogée vingt ans après sa promulgation.

Aussitôt après, le consul Porcius partit pour le port de Luna où il devait retrouver son armée. Les Romains longèrent la Ligurie et le golfe des Gaules. Les troupes débarquèrent à Emporia. Il y avait deux villes séparées par un mur. L'une était habitée par des Grecs originaires de Phocée, comme les Massaliotes. Elle donnait sur la mer et était entourée par une enceinte de quatre cents pas. La ville espagnole était plus éloignée de la côte et entourée par un mur de trois mille pas. Du côté de la terre, la ville grecque n'avait qu'un accès, toujours surveillé par un magistrat, et un tiers des citoyens montait la garde la nuit. Aucun Espagnol n'y était admis. Du côté de la mer, les issues étaient libres. Les Grecs ne sortaient qu'en nombre du côté de la terre mais ces sorties étaient nécessaires pour le commerce. Les Espagnols étaient heureux de pouvoir échanger leur production contre les marchandises importées par leurs voisins. Cet intérêt mutuel ouvrait aux Grecs la ville espagnole. Les Grecs étaient sous la protection des Romains et se montraient fidèles à cette alliance. Ils reçurent avec joie le consul et son armée.

Caton s'arrêta pour s'informer des forces ennemies. Les blés étaient déjà engrangés. Il renvoya les fournisseurs en disant que l'armée s'entretiendrait elle-même et ravagea le territoire ennemi. A la même époque, M. Helvius quittait l'Espagne ultérieure avec six mille homme quand il rencontra devant Iliturgi une armée de Celtibères. La place fut reprise et sa jeunesse massacrée. Helvius parvint au camp de Caton et, trouvant le pays calme, renvoya ses troupes en Espagne ultérieure. Il obtint à Rome l'honneur d'une ovation et déposa au Trésor quinze mille livres d'argent. Le sénat lui refusa le triomphe parce qu'il avait combattu dans la province d'un autre et n'était revenu à Rome qu'au bout de deux ans, retenu par la maladie. Deux mois plus tard son successeur, Minucius, triompha et déposa trente cinq mille livres d'argent au Trésor.

Le consul était près d'Emporia. Bilistage, roi des Ilergètes, lui demanda de l'aide. Estimant ses troupes insuffisantes, Caton ne répondit rien. Il ne voulait ni abandonner des alliés, ni affaiblir son armée. Le lendemain, il ordonna au tiers des hommes de cuire le pain et de préparer les navires. Il renvoya les ambassadeurs qui partirent ayant vu les soldats embarquer. Les Ilergètes et leurs ennemis furent persuadés que les Romains allaient intervenir. Alors il fit débarquer ses hommes et installa ses quartiers d'hiver non loin d'Emporia. De là, il fit régulièrement ravager le territoire ennemi, toujours de nuit. Les Espagnols n'osaient plus sortir de leurs places fortes. Quand il fut sûr de lui, il expliqua à ses hommes qu'ils allaient partir à la reconquête des territoires perdus. En pleine nuit, il se mit en bataille à l'emplacement qu'il avait choisi et envoya trois cohortes devant le camp espagnol. Au matin, il les rappela pour que cette fausse fuite attire les Espagnols. De fait, ceux-ci sortirent et Caton les attaqua. Les Espagnols s'enfuirent vers leur camp. Caton fit alors avancer la seconde légion. L'attaque du camp était déjà commencée. L'arrivée de ces nouvelles troupes la rendit encore plus acharnée. Finalement, une porte fut prise. Les barbares jetèrent leurs armes et coururent aux portes. Ils y furent massacrés par les hommes de la seconde légion pendant que les autres pillaient le camp. Après quelques heures de repos, Caton renvoyait ses soldats ravager les campagnes.

La déroute ennemie était totale. Les Espagnols d'Emporia et leurs voisins se soumirent. Caton leur fit donner du vin et de la nourriture et les renvoya chez eux. Alors il vit arriver de tous côtés des envoyés qui venaient offrir la soumission de leur cité. Quand il arriva à Tarragone, toute l'Espagne en deçà de l'Ebre était reconquise et les prisonniers romains libérés. Le bruit courut que Caton allait se diriger contre les Turdétans. A cette nouvelle, sept place des Bergistans se soulevèrent. Le consul marcha contre elles et n'eut même pas à livrer bataille. Mais, dés qu'il rentra à Tarragone, elles se soulevèrent à nouveau. Les Bergistans furent une nouvelle fois réduits mais, cette fois-ci, on les vendit. Le préteur P. Manlius partit pour la Turdétanie. Les Turdétans passent pour le peuple le moins belliqueux d'Espagne. Cependant, ils s'avancèrent à la rencontre des Romains. Une charge de cavalerie suffit à les disperser. Mais les Turdules prirent à leur solde dix mille Celtibères et firent combattre ces mercenaires. Frappé par la révolte des Bergistans, le consul désarma tous les Espagnols en deçà de l'Ebre. Cela leur parut humiliant. Caton convoqua alors les sénateurs de toutes les cités et leur expliqua que les soulèvements continuels avaient coûté plus de peines aux Espagnols qu'aux Romains. Le seul moyen de les empêcher était de les rendre inoffensifs. Comme ils gardaient le silence, il leur accorda quelques jours de réflexion.

Lors de la deuxième entrevue, ils restèrent aussi silencieux. Alors Caton fit démanteler en une journée toutes les villes et marcha contre ceux qui ne se soumettaient pas. Ségestique seule résista. C'était une cité puissante qu'il fallut réduire de vive force. Caton avait du mal à soumettre des Espagnols libres et non plus fatigués de la domination carthaginoise. L'agitation était générale. Le consul voulut tout voir par lui-même et déploya une grande activité. La guerre en Turdétanie était devenue dangereuse depuis l'arrivée des mercenaires celtibères. Le consul s'y rendit. Sitôt arrivé, il marcha contre le camp turdétan et négocia avec les Celtibères. Il leur proposa de passer dans l'armée romaine, de rentrer chez eux ou de livrer bataille. Aucune décision ne fut prise mais il s'établit une situation de paix où les Romains faisaient même du commerce dans le camp ennemi. Finalement le consul alla assiéger Saguntia où les Celtibères avaient laissé leurs bagages. Comme l'ennemi ne réagissait pas, Caton retourna sur l'Ebre avec sept cohortes seulement. Il prit quelques places et soumit les Sédétans, les Ausétans et les Suessétans.

Le consul alla assiéger la ville des Lacétans. Ses auxiliaires étaient des Suessétans. Ils furent enfoncés. Caton l'avait prévu. Pendant que les habitants poursuivaient les fuyards, il pénétra en ville. Les vainqueurs marchèrent ensuite sur Vergiul Castrum, un repaire de brigands. Le chef de la ville vint expliquer au consul qu'il n'avait aucune autorité contre les brigands. Caton lui conseilla de se réfugier dans la citadelle avec ses partisans au moment de l'attaque. Les brigands furent épouvantés d'être ainsi pris entre les Romains et la citadelle. La ville prise, ils furent exécutés. Ceux de la citadelle restèrent libres et les autres Vergistans furent vendus. Une fois la province pacifiée, Caton instaura un impôts sur les mines de fer et d'argent. Ce fut une importante source de revenus. Pour tous ces succès, le sénat décréta trois jours de supplications. L'autre consul, L. Valerius Flaccus, battit les Boiens près de la forêt Litana et cantonna son armée entre Plaisance et Crémone.

T. Quinctius avait passé l'hiver en Grèce. Tous, sauf les Etoliens, étaient heureux et admiraient son désintéressement et sa justice. Arriva le décret du sénat déclarant la guerre à Nabis de Lacédémone. Quinctius donna rendez-vous à Corinthe aux délégués des villes alliées. Tout le monde vint, même les Etoliens. Il leur expliqua que Rome reprochait à Nabis d'avoir aidé les Carthaginois. Les Grecs devaient dire s'ils acceptaient ou non qu'il conserve Argos. Les Athéniens firent l'éloge des Romains. Leur discours était surtout dirigé contre les Etoliens. Aussi accusèrent-ils les Athéniens de trahison. Ils se plaignirent de ce que les Achéens, qui avaient un temps combattu pour Philippe, aient conservé Corinthe alors qu'ils avaient été si mal récompensés. L'assemblée s'enflamma contre eux. Quinctius était satisfait. L'assemblée vota la guerre et on demanda des troupes à toutes les cités, même aux Etoliens pour les obliger à se déclarer. En même temps, Quinctius reçut une ambassade d'Antiochus qui venait parler de paix. Il la renvoya vers le sénat.

Les troupes arrivèrent d'Elatée. Quinctius se mit à leur tête et marcha sur Argos. Il fut rejoint en chemin par dix mille Achéens et mille cavaliers. Ils prirent position près d'Argos. Le chef lacédémonien était Pythagore, gendre du tyran. Il fortifia ses positions mais cela montrait son affolement. Sa crainte fut confirmée par une sédition interne. Un jeune argien nommé Damoclès complota pour chasser la garnison. Mais il fut imprudent et fut trahi. Quelques rescapés du complot firent savoir à Quinctius que si les Romains avaient été plus près ils auraient eu des chances de réussite. Alors Quinctius vint camper devant Argos. Les chefs grecs voulaient assiéger la ville. Le Romain pensait plutôt s'attaquer directement à Lacédémone. Il fit ramasser tout le blé disponible dans les environs et partit. Philippe lui envoya mile cinq cents Macédoniens et quatre cents cavaliers thessaliens.

Bientôt les forces auxiliaires furent considérables. Les forces navales étaient également importantes. De nombreux exilés lacédémoniens étaient accourus au camp romain. Nabis voulut se défendre. Il fit venir mille Crétois de plus. Il arma trois mille mercenaires, dix mille Lacédémoniens, même des esclaves et il entoura la ville d'un retranchement. Enfin, il fit régner la terreur en ville. Il fit arrêter quatre vingts jeunes gens des meilleures familles et les fit égorger en prison. Plusieurs hilotes furent également exécutés. Nabis savait qu'il ne pourrait tenir tête aux Romains dans une bataille en règle. Pendant que les Romains installaient leur camp, Quinctius et la cavalerie furent attaqués par les auxiliaires du tyran qui furent repoussés. Le lendemain, Quinctius se dirigea vers le mont Ménélas. Dès que l'arrière-garde fut passée, les Lacédémoniens firent une sortie. Mais les Romains se tenaient sur leurs gardes et les troupes de Nabis furent enfoncées. Les Achéens, qui connaissaient le pays, en firent un grand massacre.

Quinctius ravagea le pied du Taygète. Pendant ce temps, la flotte reprenait les villes de la côte et attaquait Gytheum, l'arsenal naval des Lacédémoniens. C'était une place très forte. Heureusement la flotte rhodienne et le roi Eumène rejoignirent les Romains. L'assaut commençait quand on eut l'espoir d'une capitulation. Un des chefs de la place entreprit de négocier mais il fut assassiné et la résistance reprit. L'arrivée de Quinctius à la tête de quatre mille hommes fut décisive et la ville se rendit. Avant cela, Pythagore remit le commandement d'Argos à Timocrate de Pellène et rejoignit Nabis avec mille mercenaires et deux milles Argiens. A l'annonce de la perte de Gytheum, Nabis envoya un émissaire au camp romain. Une entrevue entre Quinctius et le tyran fut organisée. Nabis demanda pourquoi on lui faisait la guerre. Il n'avait changé en rien depuis qu'il s'était allié aux Romains et son gouvernement ne regardait pas le sénat de Rome.

Quinctius répondit que Rome n'avait pas libéré la Grèce pour s'allier avec un tyran particulièrement féroce. Nabis avait fait couler des flots de sang à Argos, il avait trahi l'alliance en attaquant des villes amies, s'était lié à Philippe, avait pratiqué la piraterie et avait fait tuer des citoyens romains. Le lendemain, le tyran accepta de retirer sa garnison d'Argos et de rendre prisonniers et transfuges. Il demanda qu'on lui remette par écrit les autres conditions qu'on lui imposerait. Cela lui laissait le temps de la réflexion. De son côté, Quinctius tint conseil. Ses alliés pensaient qu'il aurait fallu tuer le tyran. Le général préférait éviter d'avoir à mener le siège de Lacédémone qui ne s'était pas soulevée. Antiochus n'était pas disposé à rester en paix. Il était repassé en Europe. Rome avait besoin de toutes ses forces. Quinctius craignait aussi qu'un des nouveaux consuls ne vienne lui enlever la gloire de terminer la guerre.

Il fit semblant d'accepter l'avis de ses alliés mais prévint qu'il faudrait passer l'hiver devant Lacédémone et que cela coûterait cher. Cela ramena chacun aux réalités. Les assistants laissèrent le général libre d'agir. Quinctius décida les conditions de paix qu'on imposerait au tyran. Il y aurait une trêve de six mois pendant laquelle Quinctius et Nabis feraient ratifier la paix par le sénat. Dès le début de la trêve, Argos serait remise aux Romains. Nabis rendrait les navires enlevés, les prisonniers et les transfuges. Les exilés lacédémoniens pourraient reprendre leurs familles. Nabis devait rendre les villes qu'il tenait en Crête et retirer toutes ses garnisons. Il devait donner cinq otages, dont son fils. Il devait aussi payer cinq cents talents d'argent plus cinquante talents par an pendant huit ans. Nabis fut vexé d'avoir à rendre les navires et les villes maritimes. La piraterie lui rapportait beaucoup.

Tout à coup la population prit les armes. Nabis lui exposa les prétentions des Romains, en les aggravant. Le peuple voulait la guerre. Exalté par les clameurs, Nabis affirma qu'Antiochus et les Etoliens viendraient à son secours. Quatre jours se passèrent en escarmouches. Le cinquième, les Lacédémoniens furent enfoncés et regagnèrent la ville en désordre. Quinctius pensa qu'il n'y avait plus qu'à mener un siège. Il envoya chercher les troupes de marine et fit le tour des murailles pour reconnaître la situation. A l'origine, Sparte n'avait pas de remparts. Les tyrans avaient fortifié les endroits les plus accessibles et installé des postes dans les parties hautes. Quinctius investit la ville avec ses cinquante mille hommes qui reçurent l'ordre d'attaquer de tous les côtés à la fois. Au début, le tyran se défendit, mais la lutte devint vite inégale. Les Romains entrèrent dans la ville en faisant la tortue. Dans des rues larges, leur charge devint irrésistible. Les Lacédémoniens se retirèrent sur les hauteurs. Nabis cherchait à s'échapper. Pythagoras fit incendier certains quartiers et le feu se propagea partout. Alors Quinctius, privé de sa victoire, fit sonner la retraite.

Les jours suivants, il harcela les Lacédémoniens. Nabis envoya Pythagoras en ambassade. Il déclara qu'il s'abandonnait à la merci des Romains. Il accepta une trêve aux conditions indiquées quelques jours auparavant, paya le tribut et livra des otages. Pendant ce temps, les Argiens profitèrent de l'absence de Pythagoras pour chasser les soldats de la citadelle. Quinctius retourna à Argos après avoir congédié Eumène et les Rhodiens. Les Argiens célébrèrent les jeux Néméens le jour de son arrivée. C'est leur principale fête et la guerre l'avait repoussée. Quinctius les présida. Les Argiens étaient particulièrement heureux d'avoir vu revenir leurs concitoyens enlevés par Nabis et tous les proscrits. Ils étaient enfin libres et leurs libérateurs étaient avec eux. Les Achéens étaient satisfaits de voir Argos revenir dans leur ligue mais regrettaient que Nabis reste à Lacédémone. Quant aux Etoliens, ils critiquaient l'attitude des Romains. On reçut en même temps à Rome les nouvelles de la guerre en Grèce et celles du consul Porcius d'Espagne. Le sénat décréta des supplications.

L'autre consul, L. Valerius, revint à Rome pour les comices qui désignèrent comme consuls P. Cornelius Scipion l'Africain et Ti. Sempronius Longus. Les habitants de plusieurs villes demandèrent que les Latins qui s'installaient dans une colonie romaine deviennent citoyens romains. Le sénat refusa. Des ambassadeurs de Nabis arrivèrent à Rome et le sénat ratifia la paix conclue. Les deux consuls reçurent l'Italie et les armées d'Espagne et de Macédoine furent licenciées malgré l'opposition de Scipion qui voyait la menace d'Antiochus. Les forces romaines devaient s'élever à huit légions. La fête du Ver Sacrum avait été célébrée l'année précédente mais le grand pontife y avait vu des irrégularités et on décida de recommencer. On considéra comme Ver Sacrum le bétail né entre les calendes de mars et celles de mai. Les censeurs désignèrent Scipion comme prince du sénat.

Un complot fut révélé durant les fêtes. Q. Pleminius, emprisonné pour ses crimes commis à Locres, avait soudoyé des gens qui devaient mettre le feu de nuit à plusieurs quartiers de Rome. Il espérait en profiter pour s'évader. Pleminius fut exécuté. Des citoyens romains furent envoyés dans diverses colonies et on leur distribua les terres. Il fallut aussi expier des prodiges. Le proconsul Valerius Flaccus battit les Insubres et les Boiens près de Milan. Pendant ce temps, Caton triompha de l'Espagne. Il apporta vingt-cinq mille livres d'argent et mille quatre cents livres d'or. Chaque soldat reçut deux cent soixante-dix as et les cavaliers le double. Sempronius mena ses légions chez les Boiens. Leur roi, Boiorix, leur avait fait prendre les armes. Le consul demanda à son collègue de le rejoindre. Les Gaulois voulurent brusquer le combat avant la jonction des deux armées consulaires et donnèrent l'assaut. On combattit longtemps dans un espace restreint. Finalement, le centurion Victorius et le tribun militaire Atinius jetèrent des enseignes dans les rangs ennemis. Les Romains redoublèrent d'efforts pour les récupérer. On entendit un grand bruit. Les Gaulois avait forcé l'autre porte. Le consul envoya une cohorte pour les chasser. Finalement, la chaleur et la soif accablèrent les Gaulois qui s'enfuirent. Ils perdirent onze mille hommes et les Romains cinq mille. Les Gaulois se retirèrent à l'intérieur du pays et le consul retourna à Plaisance.

Quinctius passa l'hiver à rendre la justice et à réprimer les abus introduits par Philippe. Au printemps, il alla à Corinthe pour une assemblée générale. Ses paroles furent bien accueillies sauf quand il parla de Nabis. Il avoua qu'il avait préféré le laisser en place plutôt que de détruire Lacédémone. Il ajouta qu'il allait rentrer en Italie avec son armée et il engagea ses auditeurs à user sagement de la liberté. Il y eut un murmure d'approbation. Quinctius demanda qu'on recherche les citoyens romains esclaves et qu'on les lui rende. Il y avait beaucoup de prisonniers de la guerre punique vendus par Hannibal. L'Achaïe en racheta mille deux cents. Quinctius avait à peine fini de parler qu'on vit partir la garnison de l'Acrocorinthe. Il la suivit au milieu des louanges des délégués. Il envoya Appius Claudius avec l'armée à Oricum pour s'embarquer et écrivit à L. Quinctius, son frère, d'y rassembler les transports. Lui-même se rendit à Chalcis et tint une assemblée des villes d'Eubée. En Thessalie, Quinctius nomma des juges et un sénat en donnant l'autorité aux plus riches.

Après cela, il fit passer toutes ses troupes d'Oricum à Brindes et rentra à Rome. Ce fut une marche triomphale. Le sénat lui accorda les honneurs du triomphe. Cela dura trois jours. Il fit exhiber le premier jour des armes et des statues enlevées à Philippe. Le deuxième, ce fut l'or et l'argent. Il y avait dix huit mille livres d'argent en lingots, des vases ciselés, quatre-vingt mille tétradrachmes, trois mille sept cents livres d'or, un bouclier et de l'or monnayé. Le troisième jour, on vit plus de cent couronnes offertes par les villes. Devant le char marchaient une foule d'otage et de prisonniers dont Démétrios, fils de Philippe, et Armène, fils de Nabis. Quinctius et ses soldats formaient un cortège immense car toute son armée était là. Chaque soldat reçut deux cent cinquante as, les centurions le double et les cavaliers le triple. Les prisonniers rachetés de l'esclavage suivaient le char, le tête rasée.

Scipion revint à Rome pour les comices. L. Cornelius Merula et Q. Minucius Thermus devinrent consuls. Les édiles donnèrent pour la première fois des représentations théâtrales aux jeux mégalésiens. On annonça des tremblements de terre. On consulta les livres sibyllins et on décréta trois jours de supplications. On demanda aux citoyens de venir en famille et couronne sur la tête devant les autels. Cornelius reçut la Gaule et Minucius la Ligurie. Ils s'attendaient à la paix quand on reçut une lettre de Pise qui annonçait que vingt mille Ligures avaient pris les armes. Minucius convoqua deux légions à Arretium et ordonna aux Latins de fournir des troupes. Beaucoup d'hommes essayèrent de se faire dispenser mais la nouvelle que dix mille Ligures avaient ravagé le territoire de Plaisance coupa court à ces manœuvres. Les Boiens étaient également sur le point de se soulever. Le sénat autorisa Cornelius à lever les troupes dont il aurait besoin et les consuls partirent pour leurs provinces. Quinctius fit son rapport au sénat et déclara qu'il serait bon d'entendre les délégations de Grèce, d'Asie et de plusieurs rois. Le débat sur Antiochus fut renvoyé à la décision des dix commissaires qui l'avaient rencontré. On invita Quinctius à se joindre à eux pour écouter les émissaires du roi.

Ménippe et Hégésianax étaient à la tête de l'ambassade. Le premier affirma qu'ils étaient venus solliciter l'amitié du peuple romain. Les rois et les Républiques pouvaient s'unir par la loi du vainqueur au vaincu, par la négociation entre ennemis qui voulaient faire la paix ou par l'amitié entre puissances qui n'avaient jamais été ennemies. C'est cela que souhaitait Antiochus. C'est pour cela qu'il s'étonnait que les Romains veuillent lui dicter des lois comme ils avaient pu le faire à Philippe. Quinctius répondit que leur maître ne devait espérer aucune alliance s'il ne renonçait pas à intervenir en Europe. Hégésianax répliqua qu'on ne pouvait interdire à Antiochus de visiter les villes conquises par son ancêtre Seleucus en Thrace et en Chersonèse. Le roi cherchait l'amitié des Romains par un traité honorable. Quinctius répondit qu'Antiochus voulait rétablir sous son autorité des villes que son père n'avait jamais revendiquées. Les Romains ne voulaient pas abandonner la cause de la liberté grecque et, de même qu'ils avaient affranchi la Grèce de Philippe, ils voulaient libérer les cités grecques d'Asie du joug d'Antiochus. Ménippe répondit qu'ils ne pouvaient accepter un pacte qui démembrait les Etats d'Antiochus.

Le lendemain, Quinctius mena au sénat les autres délégations. Il leur exposa les discussions qu'il avait eues avec les envoyés d'Antiochus. Il les chargea d'annoncer à leurs concitoyens que les Romains les défendraient. Ménippe conjura le sénat de ne pas prendre à la hâte une décision qui bouleverserait le monde et de laisser le temps de la réflexion à son maître. La décision fut ajournée. Une ambassade fut envoyée au roi. A peine était-elle partie que des envoyés carthaginois vinrent annoncer qu'Antiochus se préparait à la guerre poussé par Hannibal qui s'était réfugié à sa cour et y jouissait d'une grande influence. Hannibal demandait qu'on lui confie cent navires, dix mille fantassins et mille cavaliers. Il ferait voile pour l'Afrique pour soulever les Carthaginois puis aborderait en Italie. Le roi, avec le reste de ses forces, devrait passer en Europe et se cantonner en Grèce pour être prêt à traverser pour l'Italie. Cette menace retiendrait les Romains.

Hannibal détermina un certain Ariston, de Tyr, à porter ses instructions à Carthage, lui nomma les personnes qu'il fallait voir et lui remit des signes de reconnaissance. Dès qu'Ariston fut à Carthage, tout le monde connut sa mission. Le sénat décida de le convoquer pour l'interroger et peut-être l'envoyer à Rome. Il fallait mettre Carthage à l'abri du soupçon. Ariston se justifia en disant qu'il n'avait apporté aucune lettre, mais il ne put justifier sa présence. De plus, il n'avait rencontré que des membres de la faction barcide. L'affaire fut remise au lendemain. Pendant la nuit, Ariston placarda des affiches puis partit en bateau. Au jour, les suffètes virent les affiches. On y lisait que les ordres d'Ariston s'adressaient à tout le corps des anciens. On résolut de prévenir les consuls et d'en profiter pour se plaindre de Massinissa. Celui-ci, voyant les Carthaginois suspects aux yeux des Romains, avait ravagé leurs côtes et levé des impôts dans des villes tributaires de Carthage.

Cette contrée fertile s'appelle Emporia, sur la côte de la petite Syrte. On n'y trouvait qu'une ville, Leptis. Apprenant le départ de l'ambassade pour Rome, Massinissa en envoya une autre. Les Carthaginois furent entendus les premiers. Ce qu'ils dirent firent craindre une guerre à la fois contre Antiochus et Carthage. Le fait qu'Ariston se soit échappé aussi facilement attisait les soupçons. On s'occupa ensuite du territoire disputé. Les Carthaginois disaient que Scipion le leur avait attribué. Selon les Numides, les Carthaginois avaient obtenu, pour bâtir une ville, l'espace qu'ils pourraient entourer avec le cuir d'un bœuf découpé en lanières. Tout ce qui était en dehors de Byrsa avait été acquis par la violence. On répondit aux deux parties que des commissaires iraient en Afrique régler ce litige. La question fut laissée en suspens. On préférait laisser les deux parties aux prises.

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×