Livre 35: 193-192 av. JC

Au début de l'année, Sex. Digitius, préteur d'Espagne citérieure, avait combattu les villes révoltées après le départ de Caton. La lutte avait été dure. Toute l'Espagne se serait soulevée si l'autre préteur, Scipion, fils de Cneius, n'avait été victorieux au-delà de l'Ebre. Plus tard, comme propréteur, il se vengea des Lusitaniens. Il les attaqua alors qu'ils repartaient chargés de butin. Inférieurs en nombre à leurs ennemis, les Romains enfoncèrent les rangs lusitaniens. Scipion en rapporta un butin considérable. On rendit ce qu'on put aux propriétaires. Le reste fut vendu au profit des soldats. Avant de partir pour l'Espagne, le préteur Flaminius insista sur la fatigue de l'armée qu'il allait trouver. Il voulait qu'on lui attribue une nouvelle légion. Le sénat répondit qu'on ne pouvait agir sur des rumeurs mais qu'on l'autoriserait à faire des levées hors d'Italie si la situation était vraiment grave.

En Italie aussi, la guerre de Ligurie était menaçante. Quarante mille ennemis avaient investi Pise. L'arrivée du consul Minucius sauva la ville. Le lendemain, il installa son camp près de celui des ennemis et parvint à préserver les terres des alliés. Il n'osait pas risquer une bataille avec de jeunes recrues. Les Ligures au contraire la souhaitaient. En même temps, ils acheminaient un butin considérable vers leurs places fortes. Cornelius Merula, l'autre consul, pénétra sur les terres des Boiens. Lui, il présentait la bataille et pillait les campagnes alors que les Boiens l'évitaient. Après avoir tout dévasté, il marcha sur Modène sans précautions. Les Boiens le suivaient en silence. Une nuit, ils s'embusquèrent dans un défilé que l'armée devait traverser. Mais le consul se douta de quelquechose. Il attendit le jour pour reprendre sa route et envoya des cavaliers en avant. Instruit de la position des Boiens, il avança en ordre de bataille. Les Gaulois en firent autant. Le consul garda des réserves le temps de fatiguer les Gaulois puis engagea ses troupes fraîches. Le soleil accablait les Gaulois qui ne supportent pas la chaleur mais ils résistaient. Le consul fit charger la cavalerie alliée qui bouleversa leur ligne. Un dernier effort des Romains les mit en déroute. Les Boiens perdirent quatorze mille hommes mais la victoire avait coûté cinq mille soldats aux Romains.

On apprit en même temps la bataille de Modène et ce qui s'était passé à Pise. Minucius estimait la situation en Ligurie trop grave pour retourner à Rome présider les comices. Il demanda aux sénateurs de convoquer son collègue à sa place ou de recourir à un interrègne. Cornelius accepta de rentrer. Sa bataille contre les Boiens donna lieu à débats. Un de ses lieutenants avait écrit au sénat pour l'accuser d'avoir mal mené l'affaire. On remit la discussion à plus tard. Il était plus urgent de lutter contre les usuriers qui tournaient les lois en mettant leurs affaires au nom d'alliés non soumis à la réglementation romaine. Ils écrasaient ainsi les malheureux débiteurs. On décida que désormais les alliés qui prêteraient de l'argent à des Romains devraient le déclarer et que les débiteurs pourraient faire juger leurs contestations selon la loi qu'ils voudraient. Cela révéla la masse énorme des dettes contractées. Le tribun M. Sempronius proposa que les alliés soient soumis aux mêmes règles que les Romains. En Espagne, la guerre fut moins grave que prévu. En citérieure, Flaminius prit Inlucia aux Orétans puis rentra dans ses quartiers. Pendant l'hiver, il mena quelques combats contre des brigands. Fulvius rencontra les Vaccéens, les Vettons et les Celtibères près de Tolède. Il les battit et captura le roi Hilernus.

Comme les comices approchaient, le consul Cornelius laissa son armée à son lieutenant Claudius, rentra à Rome et demanda le triomphe. Q. Metellus, ancien consul et dictateur, rappela que sa victoire était douteuse, regretta que le lieutenant accusateur ne soit pas présent et voulut qu'on attende pour décider quoi que ce soit. Le recensement donna cent quarante trois mille sept cent quatre citoyens romains. Le Tibre inonda les parties basses de la Ville. Des édifices s'écroulèrent. On consulta les livres sibyllins et on purifia la Ville par un jour de supplications. Une colonie latine de trois mille fantassins et trois cents cavaliers fut conduite à Castrum Frentinum. Les fantassins reçurent vingt arpents et les cavaliers le double. Les candidats au consulat étaient nombreux, plébéiens et patriciens. En particulier, les patriciens Quinctius et Cornelius, frères des deux meilleurs généraux du moment. Finalement, c'est Quinctius qui fut nommé consul avec Cn. Domitius Ahenobarbus.

En Ligurie, à la fin de l'année, le consul fut assiégé dans son camp puis coincé avec son armée dans un défilé. On eut peur de nouvelles Fourches Caudines. Le passage fut ouvert par les cavaliers numides. Ils s'avancèrent devant les postes ennemis. Ils n'avaient rien de redoutables. Hommes et chevaux étaient petits. Les cavaliers n'avaient que des javelots et firent mine d'être maladroits. L'attention des Ligures se relâcha. Alors les Numides foncèrent à travers leurs lignes et gagnèrent la campagne pour la ravager. Les Ligures coururent défendre leurs biens et le consul put repartir. Mais ni les Boiens, ni les Espagnols de montraient autant d'acharnement contre Rome que les Etoliens. Après le départ de Grèce des armées romaines, ils avaient espéré qu'Antiochus arriverait et que Philippe et Nabis reprendraient les armes. Comme tout restait calme, persuadés qu'il fallait exciter des troubles pour favoriser leurs projets, ils tinrent une assemblée à Naupacte. Thoas, leur préteur, se plaignit de l'injustice des Romains et proposa d'envoyer des ambassadeurs aux trois princes.

Damocrite fut envoyé à Nabis, Nicandre à Philippe et Dicéarque à Antiochus. Damocrite rappela au tyran qu'on l'avait ruiné en le privant de villes maritimes. Or il n'y avait plus de Romains en Grèce. Nicandre en fit autant avec Philippe. A Antiochus, Dicéarque montra qu'on n'attendait que lui. Les deux rois ne se déclarèrent pas tout de suite. Nabis organisa des troubles dans les villes côtières mais les Achéens que Quinctius avait chargés de leur défense envoyèrent des troupes à Gytheum et avertirent Rome. Antiochus, qui avait célébré en Phénicie le mariage de sa fille avec Ptolémée, roi d'Egypte, franchit le mont Taurus et arriva à la fin de l'hiver à Ephèse. Il envoya son fils en Syrie surveiller les provinces les plus éloignées. Lui-même partit avec ses forces réduire les Pisidiens. Pendant ce temps, les commissaires romains envoyés auprès d'Antiochus arrivèrent à Pergame, chez Eumène. Celui-ci désirait la guerre. Antiochus était un voisin dangereux. Sa défaite renforcerait le royaume de Pergame. Il valait mieux pour Eumène tenter sa chance avec les Romains plutôt que de rester isolé et contraint de se soumettre à Antiochus.

Sulpicius, malade, resta à Pergame. Villius partit pour Ephèse où il eut des conversations avec Hannibal, ce qui rendit ce dernier suspect aux yeux d'Antiochus. Villius retrouva le roi à Apamée. Leurs entretiens furent interrompus par la mort du jeune Antiochus. Ce fut un grand deuil à la cour. Il y eut des bruits sur sa mort. Certains pensèrent que son père l'avait fait empoisonner. L'envoyé romain préféra se retirer à Pergame. Renonçant à son expédition, le roi retourna à Ephèse. Minnio, son confident, le poussa à rappeler les ambassadeurs romains. Villius et Sulpicius se rendirent à Ephèse. Minnio accusa les Romains d'avoir imposé à Antiochus des conditions différentes de celles qu'ils observaient eux-mêmes. Rome avait soumis des villes grecques et en tiraient tribut. Antiochus aussi avait soumis par les armes les cités de l'Ionie et de l'Eolide. Il ne voulait qu'exercer son droit.

Sulpicius répondit que les villes grecques d'Italie et de Sicile reconnaissaient elle-mêmes les droits de Rome. Au contraire, les villes d'Asie tombées aux mains des ancêtres d'Antiochus avaient depuis lors appartenu à Philippe,à Ptolémée ou étaient redevenues libres. Il fit appeler des représentants de ces cités. La discussion dégénéra en altercation. Les Romains repartirent sans rien céder ni rien obtenir. Antiochus, après leur départ, évoqua en conseil la question de la guerre. Pour s'attirer les bonnes grâces du roi, ses ministres s'indignèrent de l'orgueil romain. Ils estimaient que ces villes pouvaient être un exemple dangereux. A ce conseil assistait l'acarnanien Alexandre, un ancien fidèle de Philippe. Pour lui, la victoire paraissait sûre si le roi passait en Europe. Les Etoliens, Nabis et Philippe se joindraient à lui. Il ne fallait pas perdre de temps et envoyer Hannibal opérer une diversion en Afrique.

Celui-ci n'avait pas été admis au conseil. Il demanda à Antiochus ce qui l'avait irrité et rappela comment son père lui avait fait jurer qu'il serait toujours l'ennemi de Rome. Cela impressionna le roi qui lui rendit sa confiance. Le conseil se sépara après avoir décidé la guerre. A Rome, on ne faisait rien. Les consuls reçurent l'Italie comme département. L'un présiderait les prochains comices et l'autre devait être prêt à intervenir hors d'Italie. Minucius fut maintenu en Ligurie. Finalement, L. Quinctius fut désigné pour aller en Gaule et tenir les comices, et Domitius pour sortir d'Italie. On ordonna de construire trente quinquérèmes, de garder de vieux navires encore utilisables et d'enrôler des équipages. Ces forces étaient officiellement destinées à aller combattre Nabis. On fit aussi équiper cent quinquérèmes supplémentaires. Il y eut un jour de supplication à la suite de quelques prodiges. Une chèvre avait eu six chevreaux d'un coup. Un enfant était né avec un seul bras. Un bœuf appartenant au consul Domitius avait dit «Rome, prends garde !». Les haruspices ordonnèrent de garder le bœuf et de l'entretenir. Une crue du Tibre fit des dégâts. Une roche se détacha du Capitole et fit de nombreuses victimes. Les campagnes furent inondées, les fermes détruites et les troupeaux emportés.

Avant l'arrivée de Quinctius, Minucius battit les Ligures vers Pise puis passa en Ligurie, ravagea plusieurs places fortes, reprit le butin pris aux Etrusques et le laissa à ses hommes. Au même moment, les ambassadeurs envoyés en Asie revinrent à Rome. Ils affirmèrent qu'il n'y avait aucun motif pressant pour faire la guerre, sauf contre Nabis. Une délégation achéenne vint également dénoncer les agissements de celui-ci. On envoya le préteur Atilius et la flotte protéger les alliés. Les deux armées consulaires dévastèrent les terres des Boiens et leurs notables se soumirent. Il y eut également des succès en Espagne. Flaminius prit Licabrum, une des plus fortes places du pays, et captura le prince Conribilo. Le proconsul Fulvius prit Vesceila et Helo. Il entra ensuite chez les Orétans et avança jusqu'au Tage. Sur ce fleuve, il y a Tolède, une petite ville dont la place est très forte. Les Vettons voulurent la secourir mais ils furent battus et la place fut prise. Toutes ces guerres préoccupaient moins les sénateurs que la menace d'Antiochus.

Mille bruits couraient. On disait qu'Antiochus débarquerait en Sicile. Le sénat dépêcha les légions du Bruttium vers Brindes et Tarente. On envoya des navires en Sicile. On y fit une levée supplémentaire et des garnisons furent installées face à la Grèce. L'arrivée d'Attale, le frère d'Eumène, créa de nouvelles rumeurs. Il annonça qu'Antiochus avait franchi l'Hellespont et que les Etoliens bougeaient. On hâta l'élection des consuls. P. Cornelius Scipion, le fils de Cneius, l'emporta. Son collègue plébéien fut M. Atilius Glabrio. On fit passer des troupes de Brindes en Epire. On mit en chantier cinquante nouvelles quinquérèmes. Pendant ce temps, Nabis ravageait les terres des Achéens. Dès que ceux-ci surent les intentions du sénat, ils convoquèrent une assemblée à Sicyone. L'avis général était d'entrer en guerre mais Quinctius conseilla par lettre d'attendre les forces romaines. La guerre fut malgré tout décidée.

Le préteur achéen Philopoemen pensait comme Quinctius qu'il fallait attendre la flotte romaine mais craignit de compromettre par un retard le sort de Gytheum. Il partit avec la flotte achéenne. Nabis, qui avait livré sa flotte aux Romains, avait organisé une petite escadre. Le préteur achéen n'y connaissait rien en marine. Il y avait à Egium une vieille quadrirème saisie quatre-vingt ans auparavant. Bien qu'elle soit vermoulue, Philopoemen la fit amener et elle devint le navire amiral. Sur ce vaisseau, Tison de Patras, commandant de la flotte, marchait en tête lorsqu'il rencontra l'escadre lacédémonienne. Au premier choc, le vieux navire fut mis en pièce et son équipage fait prisonnier. Le reste de la flotte s'enfuit. Philopoemen lui-même se réfugia à Patras. Nabis, convaincu qu'il n'avait plus rien à craindre sur mer, voulut fermer les passages terrestres. Le tiers de ses troupes prit position devant Pleiae. Son camp était fait de cabanes de roseau couvertes de feuillages. Philopoemen fit monter des troupes légères sur des barques. Longeant la côte, il débarqua près du camp lacédémonien et y mit le feu. Il y eut beaucoup de victimes. Il ravagea ensuite la région et se replia sur Tégée où il convoqua les Achéens, leurs alliés et les notables d'Epire et d'Acarnanie pour leur demander de marcher sur Lacédémone.

Il considérait cette diversion comme un moyen pour faire lever le siège de Gytheum. Il était à Caryae au moment où Gytheum tomba. Philopoemen l'ignorait et marcha vers Lacédémone. Nabis marcha contre la colonne ennemie, très allongée. L'arrière-garde était faite de la cavalerie et d'une partie des auxiliaires. Les plans de Philopoemen étaient dérangés. La position qu'il visait était occupée et la tête de sa colonne était attaquée alors qu'il avait pensé que ce serait son arrière-garde. C'était un homme d'expérience. Quand il arrivait à un passage difficile, il examinait les lieux et prenait l'avis de tous avant de prendre une décision. Il fit donc halte, ordonna aux Crétois et aux cavaliers tarentins d'avancer au premier rang et tenta de se retrancher sur une éminence dominant un torrent.

Les ennemis étaient à cinq cents pas. Il était probable que le lendemain on se battrait autour du torrent. Philopoemen profita de la nuit pour rassembler des piquiers dans un vallon. Au jour, les Crétois et les Tarentins engagèrent le combat. Les auxiliaires du tyran l'emportèrent parce qu'ils étaient plus nombreux et parce que Philopoemen avait recommandé aux siens d'attirer les ennemis vers l'embuscade. Ceux-ci s'élancèrent sans ordre et la plupart furent touchés avant d'apercevoir les troupes embusquées. Les Achéens se montrèrent alors. C'étaient des troupes fraîches et ordonnées. Les soldats de Nabis s'enfuirent en laissant beaucoup de morts mais Philopoemen fit sonner la retraite. Il craignait le terrain. Il fit passer dans le camp ennemi un faux transfuge qui annonça que les Achéens voulaient se porter sur l'Eurotas qui coule sous les murs de Lacédémone et empêcher le tyran de se réfugier dans sa ville. Le tyran trouva là un motif pour abandonner son camp.

Il ordonna à Pythagoras de se poster en avant avec les auxiliaires et la cavalerie et prit le chemin de la ville avec le reste de l'armée. Philopoemen envoya sa cavalerie et ses Crétois contre le camp ennemi. Quand il vit l'armée achéenne avancer, Pythagoras résolut de suivre Nabis. Le camp fut pillé. Le reste des Achéens poursuivit les ennemis. Le chemin était difficile. Dès que le combat fut engagé avec l'arrière-garde, les Lacédémoniens jetèrent leurs armes et se dispersèrent dans les bois. Philopoemen ordonna à ses auxiliaires de les suivre. Il arriva au coucher du soleil au bord de l'Eurotas avec le gros de l'armée. Il y fut rejoint par ses troupes légères qui lui annoncèrent que le tyran était entré en ville avec une faible escorte et que ses soldats erraient dans les bois. Le général choisit les plus frais de ses hommes et les posta sur la route des deux portes de Lacédémone qui mènent à Phères et au mont Barnosthène, pensant que l'ennemi passerait par là. C'est ce qui se passa. A la vue des feux du camp achéen, les Lacédémoniens sortirent des forêts et descendirent dans la plaine, se croyant en sécurité. Les hommes de Philopoemen les surprirent. Le tyran perdit les trois quarts de son armée. Philopoemen employa les trente jours suivants à ravager la Laconie et rentra chez lui couvert de gloire.

Pendant ce temps, des ambassadeurs romains parcouraient les villes alliées de peur que les Etoliens n'aient gagné certaines au parti d'Antiochus. L'acharnement des Achéens contre Nabis faisait penser qu'ils étaient fidèles. Les ambassadeurs allèrent à Athènes, à Chalcis et en Thessalie. Ils convoquèrent une assemblée des Magnètes à Démétriade. Une partie des dirigeants avaient pris parti pour Antiochus et les Etoliens parce que Rome avait rendu son fils à Philippe et lui faisait grâce du tribut. Le bruit courait qu'on lui rendrait Démétriade. Il fallait dissiper cette peur sans s'aliéner Philippe. On rappela aux Magnètes que Démétriade était redevable à Rome de sa liberté. Le magnétarque Euryloque répondit qu'il était prêt à tout pour conserver la ville et eut l'insolence de dire qu'elle n'avait qu'un semblant de liberté, tout se faisant au gré des Romains. Quinctius prit les dieux à témoins de l'ingratitude des Magnètes.

Zénon, un notable pro-Romain, pria Quinctius de ne pas attribuer à tout un peuple les folies d'un homme et l'assura de la fidélité des Magnètes. L'assistance approuva. Euryloque s'enfuit en Etolie. Le hasard voulut qu'à cette époque Thoas, un des chefs étoliens, revienne d'une mission chez Antiochus en compagnie de Ménippe, ambassadeur du roi. Ils disaient partout qu'Antiochus avait une armée innombrable, que des éléphants arrivaient du fond de l'Inde et que le roi apportait assez d'or pour acheter les Romains eux-mêmes. Sachant l'effet de ces exagérations, Quinctius voulut les faire contrer par des alliés fidèles. Il demanda à Athènes d'envoyer des ambassadeurs à l'assemblée panétolienne. Dans cette assemblée, Thoas rendit compte de sa mission. Ensuite l'ambassadeur du roi expliqua qu'Antiochus pourrait, avec l'aide des Etoliens, rendre à la Grèce sa liberté perdue. Les Athéniens rappelèrent aux Etoliens le traité conclu avec Rome et ce que la Grèce devait à Quinctius. La foule était toute dévouée à la cause d'Antiochus et ne voulait même pas admettre les Romains à l'assemblée mais les notables âgés purent quand même leur faire donner audience.

Quinctius reprit les faits depuis l'origine du traité conclu entre Rome et l'Etolie. Si les Etoliens avaient des griefs, il valait mieux qu'ils envoient des ambassadeurs pour négocier plutôt que de jouer les maîtres de gladiateurs en faisant se battre les Romains et Antiochus. Cette lutte causerait la ruine de la Grèce. Ces paroles ne furent pas entendues. Thoas fit adopter un décret qui invitait Antiochus à délivrer la Grèce. La préteur Damocrite poussa l'insolence jusqu'à dire à Quinctius qu'il lui enverrait une copie du décret depuis son camp des bords du Tibre. Après le départ de Quinctius, les Etoliens, pour ne pas avoir l'air de tout attendre d'Antiochus, cherchèrent à provoquer des bouleversements en Grèce. Les notables étaient du côté romain alors que la foule rêvait de changement. Les Etoliens voulurent s'emparer de Démétriade, de Chalcis et de Lacédémone.

La femme et les enfants d'Euryloque parurent en public en habits de deuil et conjurèrent le peuple de ne pas laisser en exil un innocent. Les gens de bonne foi comme les factieux réclamèrent son rappel. Dioclès partit à la tête de la cavalerie sous prétexte de reconduire l'exilé et se trouva le lendemain près de Démétriade. Il s'approcha de la porte en mettant pied à terre, laissa un escadron pour tenir le passage et conduisit Euryloque jusqu'à chez lui au milieu de la foule qui le félicitait. Bientôt la ville fut pleine de soldats qui égorgèrent les chefs du parti adverse et Démétriade tomba aux mains des Etoliens. A Lacédémone, les Etoliens n'avaient pas besoin de prétexte car Nabis leur demandait du secours. Alexamène partit avec mille fantassins et trente cavaliers. Il demanda à Nabis de faire manœuvrer ses troupes hors de la ville. Il en profita pour l'assassiner et prendre possession du palais. Personne n'aurait réagi si Alexamène avait aussitôt convoqué l'assemblée et tenu ses hommes sous les armes. Mais il perdit un jour et une nuit à piller une ville dont il se voulait le libérateur. L'indignation rendit courage aux habitants. Ils mirent à leur tête Laconicus, un prince de la famille royale, et égorgèrent les Etoliens qui erraient en ville. Alexamène fut tué. A la nouvelle du meurtre de Nabis, Philopoemen partit pour Lacédémone et fit entrer la cité dans la ligue achéenne. Il réussit d'autant plus facilement que la flotte romaine était en vue.

Pendant ce temps, Thoas essayait de prendre Chalcis par l'intermédiaire d'Euythymidès, un notable banni, et Hérodore, un marchand. Thoas avait deux mille fantassins, deux cents cavaliers et trente navires de transport. Il envoya Hérodore et six cents homme attendre dans l'île d'Atalante. Avec le reste des troupes, il prit le chemin de Chalcis. Micythion et Xénoclide, les chefs de la ville, s'aperçurent du complot. Ils profitèrent de la fête de Diane qui réunissait beaucoup d'Erétriens et de Carystiens à Eretrie pour demander l'aide de ces villes et leur rappeler l'alliance avec Rome. Laissant la ville sous la garde de ce renfort, les Chalcidiens allèrent camper près de Salganeus. Ils firent demander à Thoas pourquoi il les attaquait. Il répondit qu'il venait les libérer. Les Chalcidiens répondirent qu'ils n'en avaient nul besoin et les Etoliens, n'espérant plus prendre Chalcis par surprise, rentrèrent chez eux. Quinctius, qui arrivait de Corinthe, rencontra Eumène. On décida que celui-ci laisserait mille cinq cents hommes en garnison à Chalcis. Quinctius continua sa route vers Démétriade. En même temps, il écrivit à Eunome, préteur des Thessaliens, de prendre les armes et envoya Villius en avant. A l'entrée du port, Villius demanda aux Magnètes s'ils étaient amis ou ennemis. Le magnétarque Euryloque répondit qu'ils étaient des amis mais lui demanda de laisser la cité en paix. Villius lui reprocha son ingratitude et la foule s'emporta contre Rome. Quinctius rentra à Corinthe.

Le consul L. Quinctius partit pour la Ligurie et son collègue Cn. Domitius pour le pays des Boiens. Le sénat boien se soumit. Quinctius ravagea le territoire ligure en s'emparant d'un important butin et en libérant des prisonniers romains. Vibo, qui avait appartenu aux Grecs puis aux Bruttiens, reçut une colonie romaine. Rome connut deux alarmes. Il y eut un tremblement de terre de trente-huit jours et un incendie éclata au forum boarium qui détruisit le quartier au bord du Tibre. On était à la fin de l'année. Chaque jour on parlait des préparatifs d'Antiochus. On décida qu'un consul aurait l'Italie comme département et l'autre celui que le sénat lui indiquerait. Tout le monde comprenait que ce serait contre Antiochus. Il aurait sous ses ordres quatre mille fantassins et trois cents cavaliers romains plus six mille fantassins et quatre cents cavaliers alliés. Le consul L. Quinctius fut chargé des enrôlements. On lui demanda de lever également deux nouvelles légions de citoyens romains plus vingt mille fantassins et huit cents cavaliers alliés destinés au Bruttium. Deux temples à Jupiter furent consacrés au Capitole. Il y eut des condamnations d'usuriers. Les amendes servirent à fabriquer des quadriges et douze boucliers d'or qui furent déposés au Capitole.

Pendant ce temps, Antiochus était retenu par Smyrne, Alexandrie de Troade et Lampsaque qui résistaient et qu'il ne voulait laisser derrière lui. Il devait également prendre une décision au sujet d'Hannibal. L'étolien Thoas disait qu'il ne fallait pas confier de commandement à Hannibal. Sa gloire militaire était trop grande pour n'être que le lieutenant du roi. S'il remportait des succès, il éclipserait Antiochus. On renonça donc à envoyer Hannibal en Afrique. Antiochus se laissa éblouir par la défection de Démétriade et décida de partir pour la Grèce. Il remonta par mer jusqu'à Ilion pour offrir un sacrifice à Minerve. Il rejoignit ensuite sa flotte et partit. Passant par Imbros et Sciathos, il jeta l'ancre à Ptelée, sur le continent, où il rencontra le magnétarque Euryloque. Le lendemain, il débarquait dix mille fantassins, cinq cents cavaliers et six éléphants à Démétriade. A la nouvelle de son arrivée, les Etoliens tinrent une assemblée et rédigèrent un décret pour l'appeler. Lorsqu'il eut reçu ce texte, le roi se rendit à Larnia où il fut reçu avec enthousiasme. Antiochus prit la parole devant l'assemblée.

Il s'excusa d'être venu avec des forces réduites. Il avait pensé que sa présence seule rassurerait les Etoliens. Dès que la saison le permettrait, il couvrirait la Grèce de combattants pour l'affranchir du joug romain. En attendant, les Etoliens devaient lui fournir du blé. Ces paroles furent bien accueillies. Après le départ du roi, les deux chefs étoliens, Thoas et Phénéas, se querellèrent. Phénéas ne voyait en Antiochus qu'un arbitre entre Grecs et Romains. Thoas l'accusa d'être pour les Romains. Son avis l'emporta. On décida que le titre de général en chef serait donné au roi. On décida d'attaquer Chalcis. Le roi se mit en route avec mille fantassins. Les chefs étoliens le suivirent. Ils rencontrèrent les magistrats et les notables de la ville. Les Etoliens insistèrent pour que les Chalcidiens, sans renoncer à l'amitié romaine, acceptent aussi l'amitié d'Antiochus. Il était dans l'intérêt de la Grèce de ménager l'amitié des deux puissances. Les Chalcidiens devaient songer à quels dangers les exposerait un refus puisque les Romains étaient loin alors qu'Antiochus était présent.

Micythion, un des notables, répondit qu'il ne connaissait aucune ville en Grèce occupée par une garnison romaine ou qui paye tribut aux Romains. Les Chalcidiens n'avaient besoin ni de libérateur, ni de protecteur. Ils ne dédaignaient pas l'amitié d'Antiochus et des Etoliens mais leur demandaient de repartir. Comme le roi n'avait pas de forces suffisantes, il retourna à Démétriade. Là, on chercha à gagner les Achéens et Amynander, roi des Athamans. Celui-ci avait épousé la fille d'un homme qui se prétendait descendant d'Alexandre le Grand. On flatta la vanité d'un frère de la reine en lui faisant espérer le trône de Macédoine s'il parvenait à convaincre Amynander. Les Achéens reçurent les envoyés d'Antiochus et des Etoliens en présence de Quinctius. L'ambassadeur d'Antiochus parla des forces de son maître, cherchant à impressionner par l'énumération de peuples à peine connus. Il demandait seulement aux Achéens de rester neutres. L'envoyé étolien en vint à insulter les Romains et Quinctius. Celui-ci répondit que le courage des Etoliens était plus en paroles qu'en actions. Antiochus et les Etoliens se berçaient d'un faux espoir. Un jour, lors d'un banquet, son hôte avait servi pour du gibier du porc dissimulé par l'assaisonnement. Les forces du roi ressemblaient à cela. Ces peuples inconnus n'étaient que des Syriens plus esclaves que soldats. Ce puissant roi avait peu d'hommes, mendiait des vivres pour les nourrir et empruntait pour les payer. Il avait tort de faire confiance aux Etoliens et ceux-ci avaient tort de croire ses vantardises.

Les Achéens déclarèrent la guerre à Antiochus et aux Etoliens. Ils envoyèrent cinq cents hommes à Chalcis et autant au Pirée, une sédition menaçant Athènes. Les Béotiens firent savoir qu'ils délibéreraient quand Antiochus approcherait. Celui-ci voulut frapper un grand coup. Il envoya en avant Ménippe avec trois mille homme et Polyxénidas avec la flotte. Il suivit avec six mille hommes et quelques Etoliens. Les troupes achéennes et un petit contingent d'Eumène se jetèrent dans Chalcis. Six cents Romains arrivèrent. Voyant les passages fermés, ils se tournèrent vers Delium. Le temple d'Apollon délien inspirait une grande confiance aux Romains. Certains soldats le parcouraient, d'autres faisaient du fourrage dans la campagne quand Ménippe fondit sur eux. Peu en réchappèrent. Cette perte, durement ressentie par Quinctius, fit paraître encore plus légitime la guerre contre Antiochus. Celui-ci obtint que Chalcis lui ouvre ses portes. Maître de la capitale de l'Eubée, le roi reçut la soumission des autres villes et se félicita de ce début heureux.

 

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