Livre 37: 190-189 av. JC

On s'occupa d'abord des Etoliens. Les sénateurs voulaient leur faire avouer leurs fautes. Après quelques jours, on les congédia sans avoir obtenu la paix. Ensuite, on s'occupa des provinces des consuls. Scipion l'Africain déclara que, si son frère obtenait la Grèce, il serait son lieutenant. On voulut affronter de nouveau l'Africain à Hannibal. L. Cornelius Scipion reçut la Grèce et Laelius l'Italie. Scipion reçut, en plus des deux légions déjà sur place, un renfort de huit mille hommes, avec l'autorisation de passer en Asie. L. Aemilius devait remplacer C. Livius à la tête de la flotte. Le blé de Sicile fut destiné à l'armée d'Etolie. Avant de partir, les consuls expièrent des prodiges. Dix garçons et dix filles ayant encore père et mère immolèrent de nuit des victimes à la mamelle. Scipion l'Africain fit élever un arc de triomphe au Capitole. Des notables étoliens, dont Damocrite, furent enfermés dans les Lautumies. Une ambassade égyptienne vint encourager les Romains à passer en Asie. Cornelius convoqua ses hommes à Brindes aux ides de juillet. Cinq mille volontaires qui avaient servi sous les ordres de l'Africain s'engagèrent. L. Aemilius Arunculeius, chef de la flotte, partit à ce moment. Il avait reçu l'ordre de faire construire trente quinquérèmes et vingt trirèmes.

Les Etoliens voulurent barrer le passage aux Romains et se portèrent sur le mont Corax. Acilius préféra passer par ailleurs mais, pour ne pas laisser les Etoliens en paix, il attaqua Amphissa. A l'approche de son successeur, la population se réfugia dans la citadelle. Les Athéniens intercédèrent pour les Etoliens. L'Africain répondit favorablement car il s'intéressait surtout à Antiochus. Alors une délégation étolienne se présenta devant le consul mais celui-ci lui fit la même réponse négative que le sénat. Les Etoliens ne savaient que faire. Ils ne pouvaient payer les mille talents réclamés et ne voulaient pas se rendre sans conditions. Les Athéniens leur suggérèrent de demander une trêve de six mois pour envoyer une nouvelle délégation à Rome. Grâce à l'Africain, la trêve fut accordée et le siège d'Amphissa fut levé. Le consul partit pour la Thessalie dans l'intention de passer en Asie. L'Africain lui fit remarquer que cela dépendait de Philippe et qu'il valait mieux s'assurer des intentions du roi. On lui envoya donc à l'improviste Ti. Sempronius Gracchus. Celui-ci trouva Philippe ivre, ce qui lui ôta tout soupçon. Le roi lui montra les préparatifs destinés aux Romains. L'armée entra donc en Macédoine. Philippe veillait à tout. On parvint ainsi à l'Hellespont.

Antiochus avait envoyé Hannibal chercher la flotte phénicienne et avait ordonné à Polyxénidas d'équiper de nouveaux navires. Le roi avait passé l'hiver en Phrygie à rassembler des renforts, même chez les Gallo-Grecs, particulièrement belliqueux. Il avait laissé son fils Seleucus en Eolide défendre les villes maritimes. La flotte romaine hivernait vers Canae. Dans l'hiver, Eumène annonça qu'on pouvait faire du butin à Thyatire et décida Livius à lui confier cinq mille hommes. Ils revinrent avec de riches dépouilles. La disette obligea la garnison romaine à abandonner Phocée. Les partisans du roi en profitèrent pour soulever la population. Au printemps, les Rhodiens envoyèrent Pausistrate et trente-six navires. Déjà Livius, avec trente vaisseaux et sept quadrirèmes d'Eumène, avançait vers l'Hellespont. A Ilion, il offrit un sacrifice à Minerve et reçut la soumission de plusieurs villes. Il alla ensuite en Europe assiéger Sestos. Une troupe de Gaulois parut à la porte avec tout un cérémonial religieux. C'étaient des prêtres de la Mère des dieux. Sur son ordre, dirent-ils, ils priaient les Romains d'épargner leurs murailles. Tout leur sénat vint remettre les clefs de la place. La flotte alla ensuite assiéger Abydos.

Polyxénidas, l'amiral du roi, était un exilé rhodien que Pausistrate méprisait. La vengeance devint son idée fixe. Il fit savoir qu'il livrerait la flotte royale contre le droit de rentrer dans sa patrie. Pausistrate ne rejeta pas une telle offre, d'autant que Polyxénidas la lui fit par écrit. Ils se concertèrent sur un plan. Polyxénidas réduisit sa flotte par divers stratagèmes et ne garda qu'un petit nombre de navires en rade d'Ephèse. Du coup, Pausistrate se montra négligent, envoyant une partie de ses forces à Halicarnasse et à Samos. En fait, Polyxénidas rassemblait secrètement des rameurs à Magnésie. Le hasard fit qu'un soldat d'Antiochus fut arrêté, conduit à Pausistrate et révéla tout. La flotte syrienne était prête à agir. Mais Pausistrate, aveuglé par ses espoirs, ne le crut pas. Polyxénidas partit de nuit avec soixante-dix vaisseaux. Il envoya le pirate Nicandre avec cinq navires prendre l'ennemi à revers et lui-même se présenta à l'entrée du port de Panhorme où était la flotte rhodienne. Pausistrate voulut forcer le passage mais il mourut en combattant et la plupart de ses navires furent pris.

Au même moment, Séleucus entrait à Phocée, livrée par trahison, et plusieurs villes côtières se donnaient à lui. Alors qu'il négociait la reddition d'Abydos, Livius leva le siège et reprit la mer, de peur d'être surpris par Polyxénidas. Apprenant que Phocée était bien gardée, il se contenta de ravager le littoral puis partit pour Samos. A Rhodes, la défaite fut durement ressentie. On reconstitua une flotte de vingt navires qu'on confia à Eudamos. Les Romains et Eumène partirent pour Samos et furent pris dans une tempête. Polyxénidas se tenait en embuscade. Il pensa attaquer les navires romains dispersés mais fut lui-même gêné par la tempête. Les Romains se regroupèrent sur la côte samienne. Des habitants leur apprirent la présence de la flotte royale à Ethalia. Ils préférèrent gagner Corycos et Polyxénidas retourna à Ephèse. Les Romains furent rejoints par les Rhodiens et partirent pour Ephèse. On bloqua l'entrée du port et on débarqua des troupes pour ravager la campagne. Mais la garnison d'Ephèse les força à rembarquer. Finalement, la flotte regagna Samos. On envoya quelques navires garder le détroit de Céphallénie où le pirate Hybristas interceptait les convois d'Italie.

A Samos, L. Aemilius Regillus prit le commandement de la flotte. Livius avait pensé couler des transports pleins de sable à l'entrée du port d'Ephèse. Son avis ne fut pas retenu. Eumène estimait qu'il fallait maintenir la flotte devant le port. Le rhodien Epicrate conseillait de laisser Ephèse et d'aller prendre Patara, la capitale lycienne, pour soumettre les régions proches de Rhodes et permettre à celle-ci de se concentrer sur la guerre contre Antiochus. Ce parti sembla sage mais on décida que Regillus et la flotte effraieraient l'ennemi devant Ephèse. Livius fut envoyé en Lycie et se dirigea vers Patara. Mais le vent tourna et Livius dut relâcher à Phéniconte. Il fallut armer les équipages et débarquer pour lutter contre les habitants et la garnison royale. Les Lyciens furent repoussés mais on perdit du monde. On renonça à Patara. Livius retourna en Grèce. Apprenant cela, Aemilius, que la tempête avait obligé à regagner Samos, voulut à son tour attaquer Patara. Il débarqua devant Iasos. Les Romains ravagèrent son territoire. Il y avait dans l'armée romaine des exilés de Iasos qui expliquèrent aux Rhodiens que les habitants n'étaient soumis à Antiochus que par la peur. Touchés, les Rhodiens firent lever le siège.

Aemilius fut accusé de négliger la guerre, ce qui le toucha. Il demanda aux Rhodiens si le port de Patara pouvait contenir sa flotte. Sur leur réponse négative, il la ramena à Samos. Pendant ce temps, Séleucus pénétra sur les terres d'Eumène. Après avoir ravagé le territoire d'Elée, il marcha sur Pergame, la capitale. Attale s'enferma dans ses murs. Antiochus alla camper près de la source du Caïque avec une armée nombreuse. Sa principale force était un corps de quatre mille Gaulois qu'il envoya dévaster le territoire de Pergame. Quand on sut cela à Samos, Eumène retourna à Elée et se dirigea vers Pergame avec des cavaliers et de l'infanterie légère. Quelques jours plus tard, Romains et Rhodiens débarquèrent à leur tour à Elée. Antiochus, qui apprit également l'arrivée du consul en Macédoine, établit son camp en face d'Elée. Il fit dire à Aemilius qu'il voulait traiter. Celui-ci tint conseil avec Eumène et les Rhodiens. Eumène estimait qu'il n'était pas honorable de négocier en étant assiégé. Son avis prévalut. Voyant ses propositions repoussées, Antiochus laissa son fils devant Pergame et entra sur les riches campagne de Thèbes où il fit un butin considérable.

Aemilius et Eumène arrivèrent au secours de Pergame. Attale réussit à y faire entrer mille fantassins et cent cavaliers achéens dont le chef, Diophane, était un élève de Philopoemen, le meilleur capitaine grec. Diophane prit deux jours pour reconnaître les lieux. L'armée syrienne entourait la ville et pouvait dévaster l'arrière pays. Mais l'ennemi se montrait peu discipliné. Seuls quelques hommes restaient sous les armes. Voyant cela, Diophane annonça à Attale qu'il allait tenter un coup de main. Attale hésita. Finalement Diophane sortit et attendit. Les ennemis, voyant cette troupe immobile, retournèrent à leur désordre. Quand Diophane vit les Syriens débandés, il se jeta avec sa cavalerie sur leurs postes et son infanterie suivit. Ils firent un carnage puis rentrèrent en ville. Le lendemain, les troupes royales revinrent. Le soir, elles repartirent et Diophane sema le désordre dans leur arrière-garde. Finalement, il força Séleucus à quitter le territoire de Pergame. Antiochus prit plusieurs places puis retourna à Sardes. Les Romains, avec Eumène et les Rhodiens, firent voile vers Phocée, firent main basse sur les temples et les statues de Bacchium et se présentèrent devant la place. Voyant qu'ils ne pourraient s'en emparer facilement, ils repartirent.

On décida qu'Eumène retournerait chez lui préparer l'arrivée du consul. Les flottes romaine et rhodienne stationneraient à Samos pour empêcher Polyxénidas de sortit d'Ephèse. Les Rhodiens apprirent qu'une flotte arrivait de Syrie. Ils envoyèrent treize navires à Rhodes. Deux jours auparavant, une escadre avait quitté l'île pour combattre les Syriens et avait fait lever le siège de Dédale. Les deux flottes réunies attendirent l'ennemi aux confins de la Lycie et de la Pamphylie mais l'insalubrité du lieu provoqua des maladies chez les rameurs. La flotte était près de l'embouchure de l'Eurymédon quand on apprit que l'ennemi était près de Side. Les Rhodiens avaient trente-six navires, les Syriens trente-sept. Les deux flottes se trouvèrent face à face. Les Rhodiens avaient de bons navires et étaient d'habiles marins. Eperonnant les galères ennemies, ils défonçaient leurs proues et brisaient leurs rames. Les Syriens furent effrayés de voir une de leurs heptères coulée par un bâtiment rhodien beaucoup plus petit. L'ennemi fut mis en déroute mais on ne put le poursuivre.

La flotte regagna Rhodes. Hannibal n'osait plus doubler la côte lycienne. Les Rhodiens envoyèrent une escadre à Patara. Eudamos retourna à Samos auprès des Romains pour les encourager à assiéger Patara. Le départ d'Antiochus de Sardes empêcha les vainqueurs de s'éloigner de l'Ionie et de l'Eolide. Antiochus tirait des renforts des villes voisines. Il avait aussi envoyé un ambassadeur à Prusias, roi de Bithynie, pour dénoncer l'ambition romaine. Prusias fut ébranlé mais des lettres de l'Africain lui rappelèrent comment Rome honorait ses alliés. Prusias fut décidé par l'arrivée de C. Livius, l'ancien chef de la flotte, qui lui montra combien les chances des Romains dépassaient celles d'Antiochus. Celui-ci se rendit à Ephèse surveiller la flotte qu'il faisait équiper, ne pouvant tenir tête sur terre aux deux Scipion. Il savait qu'une partie de la flotte rhodienne était devant Patara et qu'Eumène avait rejoint le consul dans l'Hellespont. Il envoya Polyxénidas engager un combat naval tandis qu'il marcherait sur Notion. Il voulait s'assurer de cette place proche d'Ephèse d'où les Collophoniens le surveillaient. Il pensait que les Romains viendraient au secours de leurs alliés et que cela laisserait une chance à Polyxénidas. Il commença le siège. Les Collophoniens demandèrent de l'aide à Aemilius.

Les Romains, manquant de vivres, partaient pour Chios où arrivaient les convois d'Italie quand ils apprirent que Teos avait promis des approvisionnements à la flotte royale. Du coup, ils se dirigèrent vers Teos pour s'emparer des victuailles destinées aux Syriens. Polyxénidas s'approcha. Ignorant la présence de l'ennemi, les équipages débarquèrent mais un paysan avertit le préteur des mouvements d'une autre flotte. Aemilius sonna le rassemblement et sortit du port sur la galère amirale, rangeant ses navires en bataille au fur et à mesure de leur arrivée. Les Rhodiens surveillaient l'embarquement. Romains et Rhodiens comptaient quatre-vingts bâtiments. Polyxénidas en avait quatre-vingt neuf. Mais les Rhodiens avaient des feux à la proue de leurs navires. Les vaisseaux ennemis se détournaient, présentant eux-mêmes le flanc aux coups. Ceux qui tentaient l'abordage étaient incendiés. Polyxénidas s'enfuit. Il perdit quarante-deux navires et les Romains deux, dont un par accident, le câble de son ancre ayant brisé ses rames.

Antiochus perdait la maîtrise de la mer. Désespérant de conserver ses possessions éloignées. Il rappela la garnison de Lysimachia, pourtant facile à défendre, leva le siège de Colophon et se retira à Sardes. Il demanda des secours à Ariarathe, roi de Cappadoce, et ne songea plus qu'à affronter les Romains sur terre. Aemilius congédia les Rhodiens qui allèrent aider le consul à faire passer ses troupes en Asie. La flotte romaine alla à Phocée. Le préteur lança l'assaut mais rencontra une résistance opiniâtre. Les Romains proposèrent aux habitants de se rendre à des conditions avantageuses. Voyant qu'ils ne pouvaient attendre aucun secours d'Antiochus, ils ouvrirent finalement leurs portes. Le préteur ne put empêcher le pillage mais il rendit aux Phocéens leur territoire et leurs lois. La flotte romaine passa l'hiver sur place. Le consul apprit la défaite navale d'Antiochus et eut le plaisir d'entrer dans Lysimachia abondamment pourvue de provisions. Ses troupes traversèrent sans difficultés l'Hellespont grâce aux préparatifs d'Eumène.

On fit halte au bord du détroit. Héraclidès de Byzance, ambassadeur d'Antiochus, vint faire des propositions de paix. Il voulait voir l'Africain. On connaissait sa modération et son fils était aux mains du roi. Les circonstances de cette capture sont obscures mais Antiochus traitait le jeune homme avec beaucoup d'égards. Quand Scipion fut là, Héraclidès demanda audience. Avec l'évacuation de Lysimachia, on ne pouvait plus reprocher à son maître de conserver des terres en Europe. Il était prêt à laisser les trois villes d'Asie, et celles qui avaient pris le parti de Rome. Il rembourserait la moitié des frais de guerre. Ces offres parurent peu de chose aux Romains. Ils voulaient que le roi paye tous les frais, qu'il évacue l'Ionie et l'Eolide et qu'il rende la liberté aux villes d'Asie comme les Romains l'avaient fait en Grèce, ce qui signifiait l'abandon de toute l'Asie au nord du Taurus. L'ambassadeur tenta de fléchir Scipion, lui proposant même de partager l'autorité royale. Scipion répondit qu'Antiochus ne pouvait plus traiter sur un pied d'égalité. Personnellement, il serait reconnaissant au roi de la libération de son fils. Mais, comme homme public, il ne pouvait que lui conseiller de mettre bas les armes.

Le consul gagna Ilion où il offrit un sacrifice à Minerve au milieu de l'empressement des habitants et de la joie des Romains qui voyaient là le berceau de leur nation. Il parvint ensuite à la source du Caïque où il fut rejoint par Eumène. L'armée se disposait à marcher contre l'ennemi avant l'hiver. Antiochus, ayant appris que Scipion était malade, lui rendit son fils. Le Romain remercia en conseillant au roi d'attendre qu'il soit revenu à l'armée avant de présenter la bataille. Antiochus avait soixante-deux mille fantassins et douze mille cavaliers. Pourtant il alla se retrancher près de Magnésie du Sipyle. Le consul vint camper non loin. Des cavaliers gallo-grecs fondirent sur les postes romains mais furent repoussée. Deux jours plus tard, les Romains rapprochèrent leur camp. Ils furent attaqués mais de nouveau les assaillants furent repoussés. Pendant quatre jours, les deux armées restèrent en bataille. Le cinquième, les Romains avancèrent au milieu de la plaine mais Antiochus ne bougea pas. Le consul rapprocha encore son camp. Antiochus sortit enfin du sien.

L'armée romaine était formée de deux légions et de deux divisions latines. Les Romains étaient au centre, les Latins aux ailes. Les fantassins d'Eumène et les piquiers achéens étaient à droite. Les cavaliers étaient à l'écart. En arrière, il y avait des Tralles et des Crétois. Des volontaires macédoniens et thraces gardaient le camp. Les éléphants étaient mis en réserve car le roi en avait beaucoup et parce que les éléphants de l'Inde ont l'avantage de la taille et du courage sur ceux d'Afrique. L'armée d'Antiochus était bigarrée. Les fantassins armés à la macédonienne occupaient le centre avec des éléphants portant chacun une tour avec cinq hommes. A droite il y avait des cavaliers gallo-grecs, des cuirassiers cataphractes et des Mèdes. Plus loin était la cohorte royale des argyraspides et ses boucliers d'argent. Il y avait aussi des archers Dahes à cheval, des Tralles, des Crétois, des Mysiens, des frondeurs cyrtéens. A gauche, la phalange était appuyée par des Cappadociens et des auxiliaires de diverses nations. En avant étaient placés des quadriges armés de faux et des dromadaires montés par des archers arabes. Il y avait des Tarentins, des Néocrétois, des Cariens, des Ciliciens, des Tralles, des Pisidiens, des Pamphyliens, des Lyciens.

Il y eut d'abord du brouillard puis de la pluie. L'armée royale en souffrit. Antiochus comptait sur les quadriges armés pour ouvrir les rangs ennemis. Ces engins portaient dix piques pointées vers l'avant et deux faux de chaque côté, plus une à chaque extrémité de l'essieu. Mais Eumène connaissait ces armes et ordonna aux archers de faire pleuvoir une grêle de flèches. Cela épouvanta les chevaux des quadriges qui partirent dans tous les sens. Les dromadaires furent également effrayés et répandirent le désordre dans leurs rangs. Les auxiliaires du roi furent gagnés par la panique des chevaux et, à leur tour, découvrirent les ailes qu'ils devaient protéger. Le mouvement des fuyards empêcha l'infanterie d'utiliser ses sarisses. Les éléphants placés entre les lignes ne purent arrêter les soldats romains habitués à ces bêtes depuis les guerres d'Afrique. Vainqueurs partout, les Romains franchirent des monceaux de cadavres pour piller le camp ennemi. Les cavaliers d'Eumène poursuivirent les fuyards dans la plaine. Les Syriens, mêlés aux chars et aux animaux, se bousculaient et se faisaient piétiner. Les Romains firent un horrible carnage dans le camp.

Le roi perdit cinquante mille fantassins et trois mille cavaliers. Trois cent vingt quatre Romains périrent ainsi que vingt cinq hommes d'Eumène. Les vainqueurs revinrent avec un immense butin. Antiochus et les débris de son armée se retirèrent à Sardes. Le roi repartit avec sa femme et sa fille et la ville envoya des députés au consul. Tralles, Magnésie du Méandre et Ephèse se soumirent. Polyxénidas avait conduit sa flotte en Lycie et était reparti pour la Syrie. Les villes d'Asie reconnaissaient la domination de Rome. Scipion, rétabli, rejoignit le consul à Sardes. Antiochus envoya des ambassadeurs pour demander encore une fois la paix. La réponse des Romains avait été préparée avant leur arrivée. C'est l'Africain qui parla. Avant la bataille, Rome avait proposé des conditions. Maintenant qu'ils étaient victorieux, les Romains ne changeaient rien. Antiochus devait renoncer à toute possession en Europe et abandonner l'Asie jusqu'au Taurus. Il paierait quinze mille talents pour les frais de guerre plus quatre cents talents à Eumène. Il remettrait vingt otages. Les Romains voulaient en particulier Hannibal et l'étolien Thoas. Les ambassadeurs ayant ordre de tout accepter, on envoya une députation à Rome. Le consul établit ses quartiers à Magnésie du Méandre, Tralles et Ephèse.

Pendant ce temps, Minucius, revenant de Ligurie, se vit refuser le triomphe alors qu'Acilius, débarquant d'Etolie, obtint cet honneur. La liesse fut troublée par l'annonce d'une défaite subie en Espagne contre les Lusitaniens. Les colonies de Plaisance et Crémone se plaignaient d'être décimées par la guerre et la maladie. On leur envoya de nouveaux colons. Le consul Laelius proposa l'établissement de deux nouvelles colonies en territoire boien. On apprit la victoire navale et le passage de l'armée en Asie. Il y eut un jour de supplication pour la victoire et un autre pour le premier passage des Romains en Asie. Aux comices, M. Fulvius Nobilior et Cn. Manlius Vulso devinrent consuls. Les sénateurs reçurent les députés étoliens qui se montrèrent insolents. On décida qu'il fallait achever de les soumettre par la guerre. D'ailleurs, au même moment, les Etoliens attaquaient la Dolopie et l'Athamanie. Manlius reçut la charge de l'Asie et la guerre contre Antiochus. L'Etolie revint à Fulvius. Il devait mener la guerre contre les Etoliens et revenir à Rome pour les comices de l'année suivante. La Sicile et la Sardaigne durent fournir du blé aux deux armées. On envoya également des renforts en Espagne.

Les ambassadeurs d'Antiochus arrivèrent à Rome. On décréta trois jours de supplications pour la victoire et le sacrifice de quarante grandes victimes. Eumène remercia le peuple romain de son aide. Les sénateurs lui demandèrent ce qu'il souhaitait en récompense de son alliance. Après avoir hésité, il répondit qu'il souhaitait ajouter à ses Etats les territoires pris à Antiochus, si toutefois les Romains n'y restaient pas. Son discours plut au sénat. Les Rhodiens estimèrent que Rome pouvait récompenser Eumène sans lui sacrifier la liberté des villes grecques d'Asie. Les ambassadeurs d'Antiochus demandèrent la ratification de la paix dictée par Scipion. Le traité fut signé au Capitole par le neveu d'Antiochus. On décida d'envoyer des commissaires en Asie pour régler tout cela. Eumène recevrait les anciens territoires d'Antiochus en deçà du Taurus sauf la Lycie et la Carie qui reviendraient à Rhodes.

L'armée du préteur Baebius, en route vers l'Espagne, fut anéantie par les Ligures. Une colonie latine fut établie à Bologne sur des terres prises aux Boiens. L. Aemilius Regillus, vainqueur de la flotte d'Antiochus, reçut le triomphe naval. L. Scipion, pour rivaliser avec son frère, se fit donner le surnom d'Asiatique. On l'accusa d'avoir donné à cette guerre plus d'importance qu'elle n'offrait de difficultés. Il triompha en grande pompe, faisant porter devant lui une quantité de drapeau, d'effigies de villes, de couronnes d'or et de dents d'éléphants. Chaque soldat reçut vingt-cinq deniers. La solde et la ration de blé furent doublées. Le consul Manlius arriva en Crète. Beaucoup de prisonniers romains et italiens étaient esclaves sur cette île. Il ordonna qu'on les recherche.

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