Livre 38: 189-187 av. JC

Pendant ce temps, l'Etolie n'était toujours pas calme. En Athamanie, occupée par les Macédoniens, on regrettait Amynander et il laissait entendre qu'il pourrait revenir avec des troupes étoliennes. Des conjurés se rendirent à Héraclée, à Tétraphylie, à Theudoria et à Argithée. A une date fixée à l'avance, Amynander et mille Etoliens parurent et les quatre villes se soulevèrent. Les Macédoniens furent expulsés. Philippe marcha sur la capitale, Argithée, mais il fut contraint de se retirer. Amynander envoya une ambassade à Rome et une autre aux Scipion, à Ephèse. Il demandait la paix et portait plainte contre Philippe. Les Etoliens soumirent ensuite plusieurs contrées qui appartenait à Philippe. Quand ils apprirent la défaite d'Antiochus et l'expulsion de leurs ambassadeurs de Rome, ils demandèrent aux Athéniens et aux Rhodiens d'intercéder pour eux. Débarqué en Epire, le consul Fulvius voulut reprendre Ambracie.

La ville est forte. Fulvius entama le siège. A cette nouvelle, le préteur Nicandre rassembla les troupes étoliennes. Il ravagea l'Acarnanie et envoya à Ambracie des hommes qui devaient lancer une attaque concertée avec lui. Mais, le moment venu, il ne bougea pas, menacé par Persée, fils de Philippe. Les habitants furent refoulés dans la ville et se crurent trahis. Les Etoliens durent également protéger leurs côtes contre Pleuratos, roi d'Illyrie, et une flotte achéenne. A Ambracie, le consul fit creuser une mine. Les assiégés firent une contre-mine. La communication fut établie entre les deux tunnels et un combat eut lieu dans l'obscurité. Puis on enfuma la galerie avec un tonneau de plumes enflammées.

Là-dessus, des députés étoliens se présentèrent devant le consul. Nicandre avait consulté les notables et tous avaient voulu la paix. Les députés demandèrent la pitié pour d'anciens alliés. Le consul répondit que les prières des Etoliens étaient aussi nombreuses que peu sincères. Il ne les écouterait pas avant qu'ils n'aient désarmé. Ils devraient payer mille talents d'argent et s'engager à n'avoir d'autres amis ou ennemis que ceux de Rome. Les députés retournèrent auprès de Nicandre qui leur ordonna de conclure à tout prix. Athènes et Rhodes plaidèrent pour Ambracie et Amynander convainquit la ville de se rendre. Les Etoliens devraient finalement payer cinq cents talents euboïques, restituer les prisonniers et les transfuges et renoncer à toute prétentions sur les villes liées aux Romains. Ces conditions étaient moins sévères que prévu. Les Etoliens les acceptèrent. Aucune violence ne fut exercée contre Ambracie mais les statues et les peintures furent emportées. A Rome, les Etoliens obtinrent un traité de paix.

Pendant ce temps, l'autre consul, Manlius, faisait la guerre aux Gallo-Grecs. Pour sa connaissance du pays, Eumène étant absent, Manlius invita son frère Attale à le rejoindre. Son frère Athénée devait suivre. Le consul atteignit le fleuve Harpasse. Il fut rejoint par Athénée, le crétois Leusos et le macédonien Corragos et alla camper près d'Antioche sur le Méandre. Ce fleuve prend naissance à Célainae, l'ancienne capitale phrygienne abandonnée pour Apamée, d'après le nom d'Apama, soeur du roi Seleucus. Non loin se trouve la source du Marsyas. On dit que c'est là qu'eut lieu le concours de flûte entre Marsyas et Apollon. Le Méandre traverse la Carie, l'Ionie et se jette dans un golfe entre Priène et Milet. Seleucus, fils d'Antiochus, arriva avec le blé qu'il devait livrer et contesta le fait d'avoir à nourrir aussi les hommes d'Attale. Mais le consul se montra ferme. A la frontière pisidienne des cavaliers chargèrent les Romains puis demandèrent grâce. Vingt-cinq talents d'argent et dix mille mesures de blé furent exigés.

On parvint ensuite au bord du fleuve Indus, surnommé ainsi parce qu'un Indien y avait été précipité par son éléphant. On n'avait pas encore vu d'ambassade du tyran Moagétès. Finalement des députés vinrent dire que leur maître se soumettrait si son territoire était respecté. Le consul se montra menaçant. Le lendemain, le tyran vint s'expliquer en personne. Il se fit humble et voulut faire croire qu'il était pauvre. Le consul voulait cinq cents talents, il en proposait vingt-cinq. Après un long marchandage, il en fut quitte pour cent talents et du blé. Les habitants de Termesse assiégeaient Isinda. Les assiégés demandèrent le secours des Romains. Le consul vit là l'occasion de pénétrer en Pamphylie. Le siège d'Isinda fut levé, Termesse obtint la paix pour cinquante talents et on agit de même avec Aspendos et les autres villes de la région.

On entra ensuite chez les Pisidiens, les plus belliqueux de la région. Le consul fit ravager le territoire. Finalement, les habitants obtinrent la paix pour cinquante talents, vingt mille mesures de blé et autant d'orge. L'armée continua vers Dynias, en Phrygie, et Synnada. Les habitants s'enfuirent et les villes furent pillées. Chargés de butin, les Romains firent halte sur la frontière des Tolostoboges. C'étaient des Gaulois qui avaient émigré. Ils étaient arrivés chez les Dardaniens sous la conduite de Brennus. Là, un groupe s'était dirigé vers la Thrace. Il était arrivé à Byzance en rançonnant le pays. Plus tard, ils étaient passés en Asie et avaient aidé Nicomède à devenir maître de la Bithynie. Ils n'étaient que dix mille mais ils inspiraient la terreur. Les Tolostoboges, les Trocmes et les Tectosages s'étaient partagé l'Asie. Les Trocmes avaient eu l'Hellespont, les Tolostoboges l'Eolide et l'Ionie, et les Tectosages l'intérieur des terres. Toute l'Asie jusqu'au Taurus leur payait tribut. Leur principale colonie était sur le fleuve Halys. Le premier qui refusa de payer fut Attale, le père du roi Eumène.

Le consul harangua ses troupes. Les Gaulois grands, roux, avec leurs longues épées, leurs chants guerriers et leurs boucliers entrechoqués étaient effrayants. Mais les Romains en avaient l'habitude. Les Gaulois ne les avaient battus qu'une fois, il y avait longtemps, au bord de l'Allia. Les Romains l'emportaient sur de vrais Gaulois de Gaule. Ceux qu'on allait affronter étaient des Gaulois abâtardis, des gallo-grecs. On allait combattre des Phrygiens et non des Gaulois. La fertilité du sol et la douceur du climat avaient amoindri leur sauvagerie originelle. Mais ces gallo-grecs avaient gardé leur réputation d'invincibilité aux yeux des Grecs. Ainsi la victoire des Romains aurait un effet considérable. Le consul contacta Eposognatus, un prince asiatique fidèle à Eumène. Il demanda aux Romains de ne pas attaquer les Tectosages et se chargea de les convaincre de se soumettre. Le consul accepta.

Il se remit en marche à travers une région nommée Axylos parce qu'il n'y a pas de bois. On y fait le feu avec des bouses de vaches. Près de Cuballum, on vit arriver la cavalerie ennemie. Désormais on marcha en colonne ordonnée. On jeta un pont sur la Sangarius. Ce fleuve vient du Mont Adorée, traverse la Phrygie et parcourt la Bithynie avant de se jeter dans la Propontide. Il est très poissonneux. Tout à coup, on vit arriver les Galles de Pessinonte, prêtres de la Grande Déesse, qui annonçaient la victoire aux Romains. Le lendemain, on arriva à Gordion. C'est une place commerciale de premier ordre, à égale distance de l'Hellespont, de Sinope et de la Cilicie et à la frontière de plusieurs nations. Eposognatus fit savoir qu'il n'avait pas réussi. Les Tolostoboges s'étaient retirés sur l'Olympe, les Tectosages étaient sur le mont Magaba et les Trocmes avaient confiés leurs femmes et leurs enfants aux Tectosages pour se joindre aux Tolostoboges. Leurs chefs étaient Orgiago, Combolomarus et Gaudotus. Ils pensaient qu'en les voyant maîtres de la montagne les ennemis se lasseraient. Ils s'étaient même fortifiés sur ces sommets.

Le consul marcha sur le mont Olympe. Il partagea son armée en trois corps. Avec le plus fort, il essaya l'endroit le moins facile. Son père devait tenter l'accès par le sud-est et Helvius par le nord-ouest. La cavalerie et les éléphants restèrent sur le plateau voisin. Les vélites, les archers crétois, les frondeurs, les Tralles et les Thraces marchaient en avant. L'infanterie suivait, bien protégée par ses boucliers. Plus l'action se prolongeait, plus l'avantage des gaulois s'amenuisait. Leurs boucliers les protégeaient mal. Ils étaient forts au combat rapproché mais démunis devant les javelots et les frondes. Finalement, ils regagnèrent en hâte le camp rempli de femmes, d'enfants et de vieillards où ils ne purent soutenir longtemps l'assaut s'enfuirent dans toutes les directions. Le consul interdit le pillage et lança ses hommes à la poursuite des fuyards. Helvius ne put empêcher ses hommes de piller le camp. La cavalerie elle-même se mit à poursuivre les Gaulois dispersés. On ne peut dire le nombre des morts mais il y eut quarante mille prisonniers, les combattants ayant entraîné tout leur peuple. Les armes des ennemis furent brûlées. Une partie du butin fut vendue pour le Trésor public et le reste destiné aux soldats. Parmi les captifs, il y avait la femme du chef Orgiago. Elle fut violée par un centurion qui ensuite lui demanda de l'or pour être rachetée par les siens. Mais, lors de l'entrevue avec ses parents, elle le fit égorger et emporta sa tête en retournant chez Orgiago.

A Ancyre, le consul reçut une ambassade tectosage et on fixa un rendez-vous pour les négociations. La première fois, les Gaulois ne vinrent pas, sous prétexte de religion. La deuxième fois, on ne put rien conclure. Les Gaulois gagnaient du temps pour mettre à l'abri leurs biens et leurs familles. Le jour de l'ultime entrevue, le consul, pensant faire la paix, vint avec cinq cents cavaliers. Il fut chargé par les Gaulois. Le détachement allait succomber quand des cavaliers qui protégeaient les fourrageurs intervint. Les Gaulois furent mis en déroute. On ne fit pas de quartier. Deux jours furent utilisés pour reconnaître la montagne. Le troisième, après avoir fait un sacrifice et consulté les auspices, le consul lança l'attaque. Le consul fit, comme la première fois, avancer les troupes légères avec des javelots, des flèches et des frondes. La déroute des Gaulois fut rapide. Les Gaulois s'enfuirent. Les Romains passèrent la nuit à piller le camp ennemi. Le butin était immense. Les Gaulois firent demander la paix au consul qui leur donna rendez-vous à Ephèse. L'hiver approchait, il ramena son armée sur la côte.

Le calme régnait dans les autres provinces. Scipion l'Africain fut nommé pour la troisième fois prince du sénat. Le Tibre inonda douze fois les quartiers bas de la Ville. Une fois l'Etolie soumise, le consul Fulvius passa à Céphallénie. Les cités se soumirent. La paix régnait quand la ville de Samé fit sécession. Les habitants s'étaient persuadés que les Romains voulaient les expulser. Un siège eut lieu. Fulvius fit venir des frondeurs d'Egium, de Patras et de Dymé, encore plus habiles que les Baléares. Leurs frondes ne sont pas une courroie comme aux Baléares mais trois lanières cousues. Ils sont capables d'atteindre de loin des points précis. Le siège dura néanmoins quatre mois. Enfin, les Romains pénétrèrent dans la ville qui fut mise à sac, ses habitants furent vendus et une garnison fut installée. Le consul passa ensuite dans le Péloponnèse, appelé par les habitants d'Egium et de Lacédémone. Depuis toujours, Egium était le siège des assemblées de la ligue achéenne mais Philopoemen voulait que toutes les villes de la ligue le soient à tour de rôle.

Lacédémone s'inquiétait des nombreux exilés qui habitaient les bourgs de la côte soustraite à son autorité. Les Lacédémoniens voulaient avoir accès à la mer. Ils voulurent s'emparer d'un port mais les habitants et les exilés les en empêchèrent. Les bourgs côtiers se plaignirent auprès des Achéens. Philopoemen estima que la garde de la côte laconienne avait été confiée par les Romains aux Achéens. Il exigea que les responsables lacédémoniens de l'attaque lui soient livrés. De rage, les Lacédémoniens tuèrent trente partisans de Philopoemen, renoncèrent à l'alliance achéenne et envoyèrent une ambassade mettre leur ville sous l'autorité directe de Rome. Les Achéens leur déclarèrent la guerre. Le consul fit convoquer l'assemblée à Elis et les Lacédémoniens vinrent plaider leur cause. Il conclut les débats par l'interdiction de toucher aux armes avant l'envoi d'ambassades à Rome. Le sénat, embarrassé, fit une réponse si obscure que les Achéens se crurent tout permis.

Au printemps, Philopoemen alla camper à la frontière lacédémonienne. Il convoqua les auteurs de la rupture pour qu'ils présentent leur défense. Ils vinrent, accompagnés d'un certain nombre de notables. Mais l'avant-garde de l'armée achéenne était faite d'exilés qui se jetèrent sur les Lacédémoniens. La foule en massacra dix-sept. Le lendemain, les soixante-trois autres furent exécutés sans avoir pu se faire entendre. On ordonna aux Lacédémoniens de détruire leurs murailles, d'abroger les lois de Lycurgue et de se conformer aux lois des Achéens. Les exilés furent rétablis dans leurs droits. Ainsi démembrée, la ville de Lacédémone resta longtemps sous la dépendance achéenne. Rien ne lui porta plus atteinte que l'abolition des lois sous lesquelles elle avait vécu durant sept cents ans.

Fulvius rentra à Rome pour les comices où M. Valerius Messala et C. Livius Salinator devinrent consuls. Messala reçut la Ligurie et Salinator la Gaule. Les Campaniens demandèrent à pouvoir épouser des Romaines et la validation des unions déjà existantes. Ce fut accepté. Un tribun du peuple proposa de donner le droit de vote à Formies, Fundi et Arpinum. D'autres tribuns refusèrent mais comme donner le droit de vote revenait au peuple la mesure fut appliquée. Le recensement compta deux cent cinquante huit mille trois cent dix huit citoyens. Après cela, les consuls rejoignirent leurs provinces.

Pendant ce temps, Manlius, désormais proconsul, recevait dans ses quartiers d'hiver des ambassades des peuples d'Asie. La victoire contre Antiochus avait été glorieuse pour les Romains et celle sur les Gaulois agréable aux alliés. Le roi était plus tolérable que les barbares. Antiochus et les Gaulois eux-mêmes avaient envoyé des délégations. Ariarathe, roi de Cappadoce, fut taxé à six cents talents pour avoir aidé Antiochus. On répondit aux Gaulois d'attendre l'arrivée d'Eumène et Antiochus reçut l'ordre de faire livrer grain et argent en Pamphylie où se rendait l'armée. Au printemps, le proconsul se mit en route. Antiochus lui fit remettre le grain promis et mille cinq cents talents d'argent. La garnison de Perge se retira. A Apamée, le traité fut signé avec Antiochus. Il ne devait pas aider les ennemis de Rome, à charge de revanche. Il devait renoncer aux îles et à l'Europe et évacuer l'Asie à l'ouest du Taurus. Transfuges et prisonniers devaient être restitués aux Romains. Il devait livrer ses éléphants et ses navires de guerre. Il devrait payer douze mille talents attiques en douze ans et fournir cinq cent mille mesures de blé. Il devait également payer Eumène et donner à Rome vingt otages, à changer tous les trois ans. Le roi avait le droit de se défendre contre une agression, mais sans conquêtes. Rome réclamait, entre autres, Hannibal et l'étolien Thoas.

Le consul jura de respecter le traité et envoya des émissaires réclamer le serment du roi. Il ordonna également à Labeo, commandant de la flotte, de détruire les navires syriens de Patara. Les éléphants furent laissés à Eumène. L'amende d'Ariarathe fut diminuée grâce au même Eumène qui venait d'épouser sa fille. Le roi de Cappadoce fut même reconnu ami du peuple romain. Le sort de chaque cité fut réglé par les commissaires romains en fonction de leur situation ancienne et de leur attitude dans la guerre. Le territoire d'Ilion fut agrandi en tant que berceau du peuple romain. Eumène reçut plusieurs territoires qui avaient appartenu à Antiochus et récupéra des provinces que Prusias lui avaient prises. L'avenir de la Pamphylie, située de part et d'autre du Taurus, fut renvoyé devant le sénat.

Après cela, Manlius reprit la route de l'Hellespont où il avait convoqué les chefs gaulois à qui il ordonna de renoncer à la vie nomade. Il repassa ensuite en Europe avec ses troupes, traînant un immense butin. Après Cypséla, la route étroite traversait des bois. Par prudence, il partagea l'armée en deux et mit les bagages au milieu. Tout à coup, dix mille Thraces fermèrent le passage. On dit que Philippe y était pour quelque chose. Les assaillants laissèrent passer le premier corps de troupes puis fondirent sur les bagages. Aux cris, on accourut des deux extrémités et la mêlée s'engagea. Les Thraces abandonnèrent la partie à la tombée de la nuit. Ils avaient assez de butin. Ce combat coûta aux Romains une partie de leurs bagages. Le lendemain, il y eut de nouveaux passages difficiles et de nouveaux assaillants. Mais les Romains purent combattre en rangs serrés et déloger leurs ennemis. Il atteignirent Neapolis. Le trajet au milieu des colonies grecques se fit paisiblement. Dans le reste de la Thrace, on se tint sur ses gardes jusqu'à l'entrée en Macédoine. Manlius passa ensuite en Thessalie et en Epire. Il prit ses quartiers d'hiver à Apollonie, n'osant traverser la mer en cette saison.

Aux comices, les nouveaux consuls furent M. Aemilius Lepidus et C. Flaminius. Des bruits de révolte de la Ligurie couraient. Les deux consuls en furent chargés malgré l'opposition de Lepidus qui aurait préféré que les légions soient démobilisées. Fulvius et le consul Aemilius se détestaient. Ce dernier fit dire aux ambassadeurs d'Ambracie que leur cité était en paix quand Fulvius l'avait attaquée. Flaminius, l'autre consul, prit la défense de Fulvius, mais on profita d'une indisposition de sa part pour décréter la libération d'Ambracie. Manlius rentra à Rome et demanda la triomphe. Les commissaires qui l'accompagnaient s'y opposèrent en l'accusant d'avoir troublé la paix organisée par Scipion. Il avait fallu lui interdire de franchir le Taurus. Il avait attaqué les Gallo-grecs sans ordre du sénat. Au retour, de vulgaires brigands avaient malmené l'armée. Cela ne méritait pas le triomphe.

Le sénat voulait refuser cet honneur mais les parents et amis de Manlius redoublèrent d'efforts et le triomphe fut accordé. Cette querelle s'effaça devant une affaire plus grave. Scipion l'Africain lui-même fut accusé par des tribuns du peuples qui ressortirent des histoires de débauche lors de quartiers d'hiver à Syracuse et les troubles de Locres. On parlait même de vénalité parce qu'Antiochus ne s'adressait qu'à l'Africain et lui avait rendu son fils sans rançon. A la tribune, l'accusé expliqua que c'était l'anniversaire de sa victoire en Afrique et qu'il allait prier au Capitole, ce qu'il fit suivi par la foule enthousiaste. Ensuite, il se retira à Literne avec l'intention de ne plus comparaître. Le jour de l'assignation, Scipion prétexta une maladie. Ti. Sempronius Gracchus, pourtant ennemi personnel de Scipion, proclama que c'était une honte de l'avoir convoqué. Le sénat le félicita pour son attitude. Scipion acheva sa vie à Literne et mourut à la campagne en demandant à y être enseveli.

Sa mort enhardit ses ennemis. A leur tête se trouvait M. Porcius Caton. Ils proposèrent une enquête sur l'argent pris à Antiochus et l'autorité de Caton la fit accepter. L. Scipion, accusé de n'avoir pas reversé intégralement au trésor l'argent remis par Antiochus pour obtenir la paix, fut condamné à une amende de quatre millions de sesterces. Il protesta et on voulut l'emprisonner. P. Scipion Nasica fit un discours émouvant rappelant les mérites de la famille Cornelia en général et de la branche des Scipion en particulier. Mais le préteur déclara que si on ne payait pas une amende il ne restait que la prison. Gracchus ordonna la libération de l'accusé sous les applaudissements. Néanmoins les biens de Scipion furent saisis. Ce fut insuffisant pour payer l'amende. La haine qui avait poursuivi les Scipion retomba sur leurs accusateurs.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site