Livre 42: 173-171 av. JC

L. Postumius Albinus et M. Popilius Laenas obtinrent la Ligurie. Ils devaient lever chacun deux nouvelles légions plus dix mille fantassins et six cents cavaliers alliés. Trois mille fantassins et deux cents cavaliers romains devaient renforcer l'armée d'Espagne. Mille cinq cents fantassins et cent cavaliers romains iraient faire la guerre en Corse. Mais d'abord le consul Postumius fut envoyé en Campanie fixer les limites entre le territoire public et les biens particuliers qui avaient tendance à empiéter sur le premier. Vexé de ce que les Prénestins ne lui aient rendu aucun honneur lors d'un voyage privé, il réclama cette fois-ci un équipage de mules et un logement aux frais de la ville. D'habitude les magistrats n'imposaient aucune dépense aux villes alliées. L'attitude de Postumius était déplacée mais le silence des Prénestins sembla lui donner raison. Les ambassadeurs envoyés en Etolie et en Macédoine n'avaient pu rencontrer Persée mais ils étaient persuadés qu'il préparait la guerre. En Etolie, la sédition progressait. En attendant la guerre, on expia un certain nombre de prodiges.

Le censeur Q. Fulvius Flaccus faisait bâtir un temple à la Fortune équestre. Il voulait qu'il soit le plus beau de Rome et, pour le couvrir de tuiles de marbre, fit découvrir la moitié du temple de Junon Lacinia dans le Bruttium. Les alliés n'osèrent pas s'opposer à ce sacrilège. Quand on sut l'origine des tuiles, les sénateurs ordonnèrent à Flaccus de les faire rapporter où elles avaient été prises. Le préteur N. Fabius, en route vers l'Espagne, mourut à Marseille. P. Furius fut prorogé pour le remplacer. Le sénat décida la distribution de terres conquises en Ligurie et en Gaule. Des députés étoliens vinrent rendre compte de la situation chez eux et des Thessaliens révélèrent ce qui se passait en Macédoine. Persée gagnait les villes grecques à son parti. Le bruit courait qu'il avait lui-même assassiné sa femme et qu'il avait fait exécuter celui qui l'avait aidé à éliminer son frère. On lui connaissait cent autres méfaits et pourtant les Grecs le préféraient à Eumène, prince juste et libéral. Les Etoliens étaient poussés à la sédition par l'énormité de leur dette mais la révolte était une épidémie qui se répandait.

Le sénat envoya Ap. Claudius examiner la situation. Il réduisit la dette et répartit sur plusieurs années le paiement des dividendes ramenés à un taux raisonnable. Dans la guerre civile entre Etoliens, il engagea les deux partis à mettre fin au conflit. Ils se donnèrent mutuellement des otages qui restèrent à Corinthe. Puis il passa dans le Péloponnèse pour rencontrer les Achéens qu'il félicita pour leur fermeté contre Persée. Cinq commissaires furent envoyés pour examiner la situation en Macédoine. Ils devaient également rencontrer Ptolémée à Alexandrie pour renouveler l'amitié avec lui. Des députés d'Antiochus arrivèrent à la même époque. Il demandait du temps pour payer ce qu'il devait et l'amitié de Rome. La réponse fut favorable. Le préteur Cicereius battit les Corses. La paix leur fut accordée pour un tribut de deux cent mille livres de cire. Il y eut une bataille en Ligurie. Défaits, les Ligures se rendirent. Le consul Popilius leur enleva leurs armes, détruisit la ville et vendit les habitants. Le sénat trouva cette sévérité exorbitante. Ils avaient été attaqués sans avoir déclaré la guerre. Cet exemple ne pouvait que dissuader d'autres villes de se rendre. On lui ordonna de libérer les habitants et de leur rendre leurs biens. Popilius refusa d'obéir.

Postumius, l'autre consul, sans avoir vu sa province, revint à Rome pour les comices qui désignèrent C. Popilius Laenas et P. Aelius Ligur comme nouveaux consuls. On recensa deux cent soixante neuf mille quinze citoyens romains. Des sauterelles envahirent l'Apulie. Le préteur Licinius y fut envoyé. Il réquisitionna tout le monde pour les ramasser mais cela prit du temps. Les sénateurs voulurent un rapport sur l'affaire de Ligurie. Le consul Popilius intercéda pour son frère. Mécontent, le sénat attribua la Ligurie aux deux consuls et leur refusa de nouvelles levées. Eumène vint à Rome exposer ses griefs contre Persée et dénoncer ses préparatifs de guerre. Le roi de Macédoine inspirait le respect dans les villes grecques. Il était le gendre de Seleucus et avait donné sa sœur à Prusias. Il avait des troupes et des provisions considérables. Il éliminait les partisans de Rome. Le discours d'Eumène produisit son effet. Les députés de Persée furent ensuite reçus et leur discours fut jugé hautain. Leur chef prévint Persée que Rome ne s'occupait pas encore de préparatifs de guerre mais que cela ne durerait pas.

Persée en voulait particulièrement à Eumène. Il envoya le crétois Evandre, chef de ses auxiliaires, et trois hommes de main pour l'assassiner. Il leur donna une lettre pour Praxo, son hôtesse à Delphes. On savait que le roi irait y sacrifier à Apollon. Il y avait, dans un endroit désert, une masure devant laquelle il fallait passer un par un à cause d'un éboulement. C'est là que les tueurs se cachèrent. Au passage du roi, ils firent rouler des pierres sur lui et s'enfuirent, croyant le meurtre accompli. Les gardes du roi l'emportèrent simplement évanoui. D'autres cherchèrent en vain à suivre les assassins. Eumène fut transporté sur son navire. Le bruit de sa mort se répandit en Asie. Attale reçut cette nouvelle avec un empressement suspect, allant jusqu'à réclamer la main de la reine. A Rome, C. Valerius, revint de Grèce en confirmant les renseignements d'Eumène. Il ramenait avec lui Praxo, dont la maison avait servi de refuge aux tueurs, et L. Rammius, un notable de Brindes qui recevait chez lui les généraux romains comme les députés des nations étrangères. Persée l'avait contacté et il avait été entraîné plus qu'il n'aurait voulu dans la préparation du complot. On lui avait demandé d'empoisonner certaines personnes. Rammius était allé trouver Valerius et il raconta tout devant le sénat. Persée fut désormais regardé comme un ennemi. La gestion de cette guerre fut renvoyée aux nouveaux consuls. Des troupes furent enrôlées pour passer en Epire et contrôler les villes côtières. Eumène, revenu à Pergame, prépara lui aussi la guerre.

Des députés d'Ariarathès arrivèrent à Rome avec le fils du roi pour qu'il soit élevé à Rome et s'habitue aux coutumes romaines. Cela fit plaisir au sénat. Des ambassadeurs thraces vinrent discuter d'une alliance. La Thrace occupe une position stratégique sur les arrières de la Macédoine. On envoya deux députés en Asie et dans les îles pour savoir à quoi s'en tenir. Ils devaient resserrer l'amitié avec la Crête et Rhodes. A Rome, la foudre tomba sur la colonne rostrale élevée au Capitole pendant la deuxième guerre punique. D'après les livres sacrés, on décréta des supplications, des sacrifices et dix jours de jeux en l'honneur de Jupiter. Les haruspices déclarèrent que ce prodige présageait une extension des frontières et la ruine des traîtres puisque c'étaient des dépouilles enlevées à l'ennemi qui avaient été frappées par la foudre.

Les consuls traînaient à faire un rapport sur l'affaire Popilius quand celui-ci annonça qu'il avait de nouveau, comme proconsul, livré combat aux Ligures de Statellum. Cette guerre injuste avait fait reprendre les armes à toute la Ligurie. Alors les deux consuls encoururent les reproches du sénat pour ne pas être allés dans leur province. Des tribuns du peuple proposèrent de les mettre à l'amende. Ils exigèrent aussi que les Statellates soient libérés et leur motion reçut l'accord des sénateurs qui se chargèrent de l'enquête. Les consuls partirent enfin et prirent le commandement de l'armée de Popilius. Celui-ci n'osait pas revenir à Rome. Les tribuns lui firent savoir que s'il ne rentrait pas un jugement serait prononcé contre lui. Il fut reçu par un sénat hostile qui décréta la libération des Ligures innocents. Il dut comparaître devant le préteur Licinius mais les manœuvres de la famille Popilia réussirent à étouffer l'affaire.

Des députés carthaginois se trouvaient à Rome ainsi que Gulussa, fils de Massinissa. Le roi s'était emparé de nombreuses villes carthaginoise et il était interdit à Carthage de faire la guerre aux alliés de Rome. Les ambassadeurs voulaient qu'on leur permette de se défendre ou bien que Rome règle ce problème. Ils préféraient être soumis à Rome plutôt qu'à Massinissa. Gulussa répondit qu'il n'avait pas d'instructions. Le sénat demanda qu'on lui envoie quelqu'un capable de négocier et fit savoir qu'il ne sacrifierait pas les droit de Carthage. Les trois commissaires envoyés annoncer à Persée la rupture de l'amitié revinrent et leurs récits avivèrent la haine des sénateurs contre le roi. Il avait invectivé les envoyés romains et leur avait dit que le traité passé entre Rome et son père ne le regardait pas. On suspectait Gentius, roi d'Illyrie, de s'entendre avec Persée. Les ambassadeurs revenus d'Asie rapportèrent qu'ils avaient parlé avec Eumène, Antiochus et Ptolémée. Tous avaient été contactés par Persée mais restaient fidèles à Rome. C'était aussi le cas des villes alliées, sauf de Rhodes qui sembler hésiter.

On poussa les préparatifs de guerre. Le préteur Licinius fut chargé d'organiser une escadre de cinquante navires. On lui demanda de lever vingt-cinq équipages parmi les affranchis et d'en demander autant aux alliés. Huit mille fantassins et quatre cents cavaliers latins devaient être dirigés vers Brindes. Licinius demanda au consul Popilius de lui envoyer une légion de vétérans stationnée en Ligurie. Du blé fut acheté en Calabre et en Apulie. Popilius revint à Rome pour les élections. Les nouveaux consuls furent P. Licinius Crassus et C. Cassius Longinus. Tous les rois, toutes les cités d'Europe et d'Asie avaient l'attention fixée sur la guerre entre la Macédoine et Rome. Eumène était stimulé par l'attentat de Delphes. Prusias de Bithynie restait neutre, étant le beau-frère de Persée. Ariarathès de Cappadoce suivait Eumène. Antiochus avait des vues sur l'Egypte dont le roi était très jeune et comptait profiter, malgré ses promesses au sénat, de ce que les Romains seraient occupés ailleurs. Les tuteurs de Ptolémée promettaient leur aide aux Romains. Massinissa fournirait du blé et allait envoyer son fils Misagène avec des troupes et des éléphants mais il pouvait penser que si Rome perdait, Carthage perdrait aussi ses protecteurs. Gentius d'Illyrie était suspect et le thrace Cotys, roi des Odryses, était du côté de Persée. Dans les Républiques, le peuple penchait souvent du côté macédonien et certains démagogues en profitaient. Les gens honnêtes préféraient l'autorité de Rome à celle de Persée.

Les nouveaux consuls firent des sacrifices. Les haruspices prédirent la victoire et l'accroissement de l'empire. Le sénat ordonna aux consuls de proposer la guerre au peuple et décida qu'un des deux aurait en charge la Macédoine et l'autre l'Italie. On décida une levée de quatre légions. Pour les deux de Macédoine, elles auraient chacune six mille fantassins au lieu de cinq mille deux cents. Seize mille fantassins et huit cents cavaliers alliés furent également destinés à la guerre de Macédoine alors que douze mille fantassins parurent suffisants pour l'Italie. Le consul à qui reviendrait la Macédoine aurait le droit de choisir des centurions et des vétérans. Le choix des tribuns des soldats n'eut pas lieu par vote mais fut laissé aux consuls et aux préteurs. On imposa une nouvelle contribution en grains aux Siciliens et aux Sardes. Cassius voulait la Macédoine mais ce fut Licinius qui l'obtint. Beaucoup de centurions et de vétérans venaient s'enrôler, voyant la richesse de ceux qui étaient revenus des guerres de Macédoine et de Syrie.

Vingt-trois anciens centurions primipiles invoquèrent les tribuns du peuple. Ils acceptaient de servir à condition d'être maintenus dans leur grade. Le consul Licinius leur demanda de ne pas entraver l'action des consuls. Alors Sp. Ligustinus, un des anciens primipiles, propriétaire d'un champ et d'une petite maison, père de huit enfants, raconta comment il avait fait la guerre contre Philippe et avait commencé à monter en grade. Il était parti comme volontaire en Espagne, puis contre les Etoliens et Antiochus. Il était encore retourné deux fois en Espagne et avait suivi le triomphe de Q. Fulvius Flaccus. Il avait été quatre fois primipile, avait obtenu trente-quatre prix de bravoure et cinq couronnes civiques. Il avait vingt-deux campagnes et plus de cinquante ans pourtant il ne se déroberait pas. Que les tribuns militaires le mettent à la place qu'ils jugeraient la meilleure. Il fut félicité par le consul et remercié par le sénat. Les tribuns le nommèrent primipile dans la Ière légion. Les autres centurions suivirent son exemple.

Le préteur C. Sulpicius Galba leva également quatre légions urbaines et choisit dans le sénat quatre tribuns des soldats pour les commander. Le Latium devait fournir quinze mille fantassins et mille deux cents cavaliers. Cette armée devait être prête à marcher sur un ordre du sénat. Sur la demande de Licinius, on lui fournit deux mille Ligures, des archers crétois, des cavaliers numides et des éléphants. A ce moment arrivèrent des envoyés de Persée. Le roi s'étonnait de ces préparatifs et s'apprêtait à donner satisfaction aux alliés de Rome si les troupes étaient rappelées. On rappela aux ambassadeurs tous les manquements de Persée et on fit dire à leur maître que le consul Licinius serait bientôt en Macédoine. Sicinius était en Epire avec cinq mille hommes et avait ses quartiers près de Nymphaea. Il envoya deux mille hommes occuper les châteaux des Dassarètes et des Illyriens qui demandaient des garnisons pour être à l'abri des Macédoniens. Des ambassadeurs arrivèrent à Corcyre avec mille fantassins. Ils se partagèrent les destinations et l'escorte. L'un devait tenter d'entraîner Gentius du côté romain. D'autres devaient passer dans le Péloponnèse, en Epire, en Thessalie, en Béotie et à Eubée. Persée écrivit pour demander la raison de cette arrivée de troupes romaines. On décida de ne pas répondre.

Dans le Péloponnèse, les envoyés romains étaient accueillis par des murmures. En Epire, on plaça quatre cents hommes chez les Orestes. En Etolie, un nouveau préteur favorable à Rome fut nommé, le précédent étant mort. On montra aux Acarnaniens qu'ils avaient l'occasion de faire oublier leurs torts contre Rome. On reprocha aux Béotiens leur alliance avec Persée. Les Thessaliens décrétèrent tout ce que les Romains voulurent. Des députés de Persée rappelèrent les rapports d'hospitalité qui existaient entre son père et celui de Q. Marcius, l'envoyé romain. Ils voulaient une conférence. Marcius accepta et l'entrevue eut lieu au bord du Pénée. Marcius expliqua à Persée les griefs que le sénat avait contre lui. Persée répliqua que les Romains étaient juges et parties. Il réfuta point par point tout ce qu'on lui reprochait et accusa Eumène d'entretenir la haine et de tyranniser l'Asie plus que ne l'avait fait Antiochus. Marcius lui conseilla d'envoyer des députés à Rome.

Après cela, les députés romains allèrent en Béotie où la situation était confuse entre les partisans du roi et ceux de Rome. Finalement, ceux-ci parvinrent à convaincre la foule de la puissance romaine. Marcius et son collègue Atilius conseillèrent aux Thébains d'envoyer des émissaires à Rome pour renouveler l'amitié. L'assemblée des Béotiens dissoute, ils partirent pour le Péloponnèse. A l'assemblée d'Argos, ils demandèrent un corps de mille hommes qui fut envoyé tenir garnison à Chalcis en attendant l'arrivée de l'armée romaine. Marcius et Atilius rentrèrent alors à Rome. Des commissaires romains avaient également été envoyés dans les îles pour renforcer les alliances. On attachait un grand prix à l'alliance avec Rhodes où Hégésiloque avait persuadé ses compatriotes de rester du côté romain. Il leur avait montré qu'en agissant ainsi ils écarteraient les accusations d'Eumène. Quand les commissaires romains arrivèrent, ils trouvèrent une flotte de quarante navires toute prête. De tous les commissaires, seul Decimius échoua et il fut même soupçonné d'avoir accepté de l'argent des Illyriens.

Marcius et Atilius rendirent compte de leur mission, fiers d'avoir leurré le roi par l'espoir de la paix. Quelques vieux sénateurs trouvaient qu'on était là plus proche de la duplicité punique et de l'intrique grecque que des vieilles habitudes romaines mais la majorité approuva Marcius qui fut renvoyé en Grèce avec des quinquérèmes. Atilius fut également envoyé tenir Larissa, en Thessalie, avec deux mille fantassins. P. Lentulus et trois cents Italiens furent stationnés à Thèbes. Les envoyés de Persée ne firent que répéter les propos du roi devant le sénat et la justification de l'attentat contre Eumène fut peu convaincante. Ils furent expulsés. Le consul Licinius, à qui le sort avait assigné la Macédoine, fut invité à rassembler son armée. Le préteur C. Lucretius partit avec quarante quinquérèmes et envoya son frère rassembler les navires que les alliés s'étaient engagés à fournir. Il en prit un à Rhegium, deux à Locres, quatre chez les Urites. A Dyrrachium, il trouva dix navires dyrrachiens, douze isséens et cinquante illyriens qu'il fit semblant de croire préparés pour les Romains. Il prit tout. La flotte se regroupa à Céphallénie.

Le consul partit après avoir prononcé les vœux au Capitole. Il traversa l'Adriatique et installa son camp sur le territoire d'Apollonie. Persée tint conseil. La majorité le poussait à résister. Il choisit la guerre. Il envoya réunit ses forces à Cittium. Il avait quarante mille combattants, dont la moitié de phalangistes. Il y avait des Péoniens, des hommes de la Parorée et de la Parastrymonie, des Thraces, des Gaulois, des Crétois et quelques exilés grecs. La Macédoine avait fourni trois mille cavaliers auxquels s'ajoutaient mille Odryses. On disait que jamais roi de Macédoine n'avait rassemblé autant de troupes depuis Alexandre le grand. La paix régnait depuis vingt-six ans. La population macédonienne s'était accrue. L'armée s'était exercée dans de petites opérations et les rois avaient tout préparé. Persée exhorta ses soldats en leur disant que, cette fois-ci, il ne s'agissait pas des frontières de l'Inde mais de celles de la Macédoine. Des cris d'enthousiasme lui répondirent.

Les trois villes d'Azorus, Pythoüs et Doliché lui ouvrirent leurs portes. Cyretiae capitula en un jour. Mylae fut prise en quatre jours, pillée, et ses habitants furent vendus. Persée prit par surprise Gonnoi où il laissa une garnison. Il résolut d'attendre l'ennemi au pied du mont Ossa qui domine la plaine de Thessalie. Le consul traversa l'Epire sans difficultés mais eut du mal en Athamanie et son armée arriva épuisée à Gomphi. Les Romains méprisèrent un ennemi incapable de profiter d'une telle occasion. Après quelques jours de repos, apprenant que les Macédoniens ravageaient la Thessalie, le consul conduisit son armée sur le fleuve Pénée. Eumène mouilla à Chalcis avec ses frères Attale et Athénée. Il laissait son troisième frère Philetaerus à Pergame. Il rejoignit le consul avec quatre mille fantassins et mille cavaliers après avoir laissé deux mille fantassins à Chalcis qui fut le lieu de rendez-vous des auxiliaires envoyés aux Romains par les Grecs.

Le préteur C. Lucretius, chef de la flotte, ordonna à son frère Marcus de gagner Chalcis. Lui-même alla s'assurer des dispositions de la Béotie. Haliarte était assiégée par des Béotiens du parti romain. Marcus entreprit lui-même de bloquer la ville avec dix mille soldats de marine et les troupes d'Athénée. Dans le même temps, les navires alliés se rassemblaient. Il y avait deux quinquérèmes carthaginoises, deux trirèmes d'Héraclée du Pont, quatre de Chalcédoine, quatre de Samos et cinq quadrirèmes de Rhodes. Persée fit ravager les terres des Phéréens, pensant ainsi attirer les Romains. En vain. Cependant les Romains craignaient que leur manque de réaction n'indignent leurs alliés. Ils hésitaient quand un messager annonça que l'ennemi arrivait. Des cavaliers thraces et macédoniens, renforcés de Crétois, tombèrent sur des cavaliers gaulois et des auxiliaires mysiens et crétois du roi Eumène. Le combat ne fut pas décisif. Plusieurs jours de suite, Persée essaya d'attirer la cavalerie romaine. Finalement, il établit son camp non loin du camp romain et rangea son armée en bataille. Le consul fit sortir la cavalerie et les troupes légères. Les frondeurs engagèrent le combat. Les Thraces bousculèrent la cavalerie italienne. Persée hésitait quand arriva Evandre, celui de l'attentat contre Eumène, qui l'engagea à se contenter de son succès pour négocier à des conditions honorables. On sonna la retraite.

Le consul fit passer le fleuve à ses troupes dans la nuit et se fortifia sur la rive opposée. Le lendemain, Persée regretta d'avoir laissé passer l'occasion. Les Etoliens furent accusés d'être à l'origine du revers romain en tournant le dos les premiers. Cinq de leurs chefs furent envoyés à Rome. Au contraire, les Thessaliens furent félicités. Du côté macédonien, l'optimisme régnait. Persée établit son camp à Mopselus, une hauteur devant Tempé, à mi-chemin entre Larissa et Gonnoi. Les Romains restèrent au bord du Pénée. Ils y furent rejoints par le Numide Misagène avec deux mille hommes et vingt-deux éléphants. L'exaltation du succès étant calmée, le roi envoya des députés au consul. Il proposait la paix, le même tribut que son père et l'évacuation des villes abandonnées par Philippe. On répondit qu'il n'y aurait de paix que si le roi laissait le sénat en décider lui-même. L'obstination des Romains surprit ceux qui ne les connaissaient pas. Persée proposa un tribut plus élevé puis, comme le consul refusait, il regagna Sycurium. Le bruit du combat de cavalerie, cependant, était accueilli avec joie en Grèce, même par ceux que les Romains avaient favorisés.

Les assiégés d'Haliarte résistaient à Lucretius. Finalement on lança un assaut. Les habitants se réfugièrent dans la citadelle puis capitulèrent le lendemain. Ils furent vendus. Tous les objets de prix furent emportés et la ville détruite. L'armée reprit ensuite Thèbes sans combat et le préteur la remit aux exilés. Les partisans des Macédoniens furent vendus. Ensuite Lucretius regagna sa flotte. A Sycurium, Persée apprit que les Romains avaient moissonné dans les environs et qu'il y avait des tas de paille dans tout le camp. Il fit préparer des torches et tenta de l'incendier. Les avant-postes donnèrent l'alerte. Persée fit demi-tour. Finalement le roi alla camper à Mopselus et les Romains passèrent sur le territoire de Phalanna. Sur les dires d'un transfuge qui lui annonça que les Romains étaient dispersés, Persée attaqua à l'improviste, s'empara de mille chariots pleins et voulut prendre un poste voisin. Le tribun L. Pompeius battit en retraite jusqu'à une hauteur et forma ses hommes en cercle, les boucliers rapprochés. Les Macédoniens utilisaient des cestrosphendones, des fers de lance garnis de trois ailes comme des flèches et maniés avec une fronde spéciale. Les soldats romains étaient épuisés, Persée les poussa à se rendre mais ils restèrent inébranlables.

Des moissonneurs avaient prévenu le camp. Le consul sortit avec la cavalerie et les troupes légères renforcées par les éléphants. Les légions suivaient et les côtés étaient couverts par Eumène, Attale et Misagène. Persée, confiant, fit appeler la phalange et attendit. Les fantassins macédoniens, appelés trop tard, arrivèrent en désordre. Le consul engagea le combat. Les Macédoniens durent battre en retraite. La phalange, en se repliant, tomba sur les prisonniers et le butin. Ce fut un désordre indescriptible. Le consul préféra rentrer à son camp. Les Romains reprirent courage et Persée eut très peur. Il se replia sur la Macédoine. Il envoya ses troupes en quartiers d'hiver, permit au roi Cotys d'aller défendre son pays contre Eumène et paya à sa cavalerie pour six mois ce qui avait été prévu pour un an. Le consul essaya de prendre Gonnoi, clef de la Macédoine, puis y renonça. Renvoyant Eumène et Attale chez eux, il dispersa des troupes en quartiers d'hiver dans toute la Thessalie. Il envoya deux mille hommes occuper Ambracie et congédia les alliés grecs. Il retourna alors à Larissa, évacuée par les Macédoniens. Les habitants se rendirent. Les Thébains l'appelaient à l'aide. Il conduisit son armée en Béotie.

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