Livre 43: 171-169 av. JC

Le lieutenant envoyé en Illyrie s'empara de Ceremia. Il laissa d'abord leurs biens aux vaincus, espérant ainsi convaincre Carnus à se rendre. Comme ce ne fut pas le cas, il laissa les soldats piller la ville. L'autre consul, C. Cassius, s'était vu attribuer la Gaule mais il essaya d'entrer en Macédoine par l'Illyrie. Le sénat apprit cela par des députés d'Aquilée. Trois sénateurs furent envoyés pour lui interdire de continuer. On reçut aussi des députés espagnols qui se plaignaient d'extorsions. On chargea cinq sénateurs d'enquêter. L'ancien préteur Titinius fut blanchi. P. Furius Philus et M. Matienus s'exilèrent avant leur jugement. Le bruit courut qu'on ne voulait pas condamner des nobles. Le soupçon fut renforcé quand le préteur Canuleius partit brusquement pour sa province. Les Espagnols obtinrent que les droits des magistrats seraient limités. D'autre part, quatre mille hommes nés de soldats romains et de femmes espagnoles demandaient une ville où habiter. On leur assigna Carteia, sur les bords de l'océan, qui serait regardée comme colonie latine.

(lacune)

Le préteur pardonna et marcha vers d'autres villes qui se soumirent. La clémence du préteur qui avait dompté sans effusion de sang une nation belliqueuse fit d'autant plus plaisir au sénat que le consul Licinius et le préteur Lucretius s'étaient montrés avides et cruels en Grèce. Les amis de Lucretius le disaient absent pour le service de la République alors qu'il était dans sa villa d'Antium et faisait faire des travaux avec le fruit de ses rapines. Heureusement pour lui, des députés d'Abdère détournèrent l'attention sur son successeur, Hortensius. Ils se plaignaient du pillage de leur ville par ce dernier. Le sénat fut indigné et, comme il l'avait fait pour les Coronéens, ordonna qu'on libère les Abdéritains en esclavage. Des plaintes furent également déposées contre C. Cassius, le consul de l'année précédente, par le roi gaulois Cincibilus dont Cassius avait ravagé le territoire, puis par les Carniens, les Istriens et les Iapydes qui ignoraient pourquoi ils avaient été traités en ennemis. Les sénateurs répondirent qu'ils condamnaient ces violences mais qu'ils devaient aussi entendre Cassius.

Des envoyés de plusieurs villes de Grèce et d'Asie arrivèrent également. Les Athéniens exposèrent comment ils avaient fourni à Licinius et à Lucretius tous les navires, tous les soldats et tout le blé qu'on leur avait demandé malgré les difficultés. Les Milésiens se déclarèrent prêts à en faire autant. Les Alabandiens avaient bâti un temple et institué des jeux en l'honneur de Rome. Ils apportaient trois cents boucliers pour les cavaliers. Lampsaque demandait le titre d'alliée de Rome. Il y eut aussi des envoyés de Carthage et de Massinissa qui promettaient des vivres, des chevaux et des éléphants. Quant aux Crétois, ils avaient fourni les archers réclamés, mais il y en avait aussi dans l'armée de Persée. On leur dit qu'ils seraient considérés comme alliés quand ils auraient choisi leur camp.

Les députés de Chalcis énumérèrent les services que leur cité avait fournis à Rome contre Persée. Ils exposèrent ensuite la tyrannie qu'elle avait eu à subir de la part du préteur Lucretius et qu'elle subissait encore d'Hortensius. Les Chalcidiens ne voulaient pas abandonner le parti romain mais les villes qui avaient fermé leurs portes à Lucretius et Hortensius étaient tranquilles alors qu'eux, on avait pillé leurs temples et des hommes libres avaient vendus. Hortensius obligeait les habitants à loger les soldats qui se conduisaient mal. Le préteur Maenius leur répondit qu'on reconnaissait la valeur de leurs services, que les actes commis par Lucretius et Hortensius étaient illégaux et qu'on écrirait à Hortensius de libérer les hommes libres et de ne loger que les officiers chez les habitants. Lucretius fut condamné à une amende d'un million d'as.

Il ne se passa rien en Ligurie cette année. Le consul licencia deux légions et installa les alliés en quartier d'hivers à Luna et à Pise. Le sénat envoya huit navires et deux mille hommes au lieutenant Furius qui défendait l'île d'Issa. Le consul Hostilius envoya Ap. Claudius en Illyrie avec huit mille hommes. Il s'établit chez les Dassarètes. Près de là était Uscana, une ville qui dépendait de Persée et était tenue par une petite garnison crétoise. Des émissaires proposèrent à Claudius de la lui livrer. Aveuglé par la cupidité, il ne prit aucune précaution. Ses troupes approchèrent de nuit, en désordre, et une sortie des habitants les mit en déroute. Le sénat envoya deux commissaires pour s'informer. En février, les comices nommèrent consuls Q. Marcius Philippus et Cn. Servilius Caepio. On leur assigna aussitôt la Macédoine et l'Italie comme provinces. On accorda un renfort de douze mille hommes à la Macédoine et, pour l'Italie, il fallait lever deux légions, peut-être quatre, et dix mille alliés. Trois mille hommes devaient également être envoyés en Espagne.

Les consuls se plaignaient de la difficulté des levées mais les préteurs C. Sulpicius et M. Claudius les accusèrent de se ménager la faveur populaire et proposèrent de s'en charger. Le sénat accepta. Tout homme jusqu'à quarante six ans devait se présenter aux levées. On disait que les soldats de Macédoine bénéficiaient de congés de complaisance. Les censeurs décidèrent que ceux qui étaient en Italie devaient rejoindre leur corps immédiatement. Le préteur Sulpicius forma quatre légions en onze jours. L'Italie revint à Servilius et la Macédoine à Marcius. La sévérité des censeurs indisposa l'ordre équestre. Le mécontentement fut renforcé par un édit interdisant à ceux qui avaient pris à ferme des impôts publics de se présenter à de nouvelles adjudications. Un tribun du peuple prit leur défense et proposa un projet de loi autorisant tout le monde à se présenter aux enchères. Le tribun confisqua même les biens de Gracchus au profit des temples et cita Claudius devant le peuple. Finalement le sénat intervint et les censeurs furent acquittés. Cette année-là, mille cinq cents familles de colons furent envoyées à Aquilée.

En Grèce, les commissaires romains lurent publiquement le senatus-consulte qui interdisait de fournir aux magistrats romains plus que ce qui avait été demandé par le sénat. Cela fut bien accueilli. Persée n'avait pas osé sortir de son royaume au début de l'hiver mais, au moment où la neige rend les montagnes inaccessibles, il crut l'occasion favorable d'abattre certains voisins. Tranquille du côté de la Thrace et de l'Epire, maître des Dardaniens, il voyait que l'Illyrie n'était pas sûre. La conquête des provinces voisines de l'Illyrie pouvait mettre un terme à l'irrésolution de Gentius. Persée se mit en marche avec dix mille fantassins, deux mille auxiliaires et cinq cents cavaliers et alla camper près d'Uscana, la principale ville de Pénestie. Il y avait en ville des troupes romaines et beaucoup de soldats illyriens. Persée l'investit. Les défenseurs n'avaient rien pour soutenir un siège. La garnison romaine obtint de pouvoir partir avec armes et bagages. Mais, quand elle quitta la ville, le roi la fit désarmer et emprisonner. Persée dispersa ses quatre mille prisonniers romains dans diverses localités. Il marcha ensuite sur Oeneus qui tenait l'entrée du pays des Labéates où régnait Gentius.

Draudacus se rendit. Encouragé par ce succès, Persée réduisit onze autres forteresses dans lesquelles il trouva mille cinq cents soldats romains. Oeneus ne pouvait être prise que par un siège. La garnison était importante et les murs étaient forts. Mais les assiégés perdirent beaucoup d'hommes en sorties et finalement la place fut prise d'assaut. Les hommes furent massacrés, femmes et enfants furent réduits en esclavage et le butin fut laissé aux soldats. Persée envoya alors une ambassade à Gentius qui répondit qu'il voulait bien faire la guerre aux Romains mais qu'il manquait d'argent. Persée envoya une nouvelle ambassade mais pas d'argent, seul motif qui puisse décider un roi barbare et pauvre, puis rentra. Il marcha sur Stratos, la place la plus forte d'Etolie, appelé par les Etoliens eux-mêmes. La route fut difficile avec la neige et les fleuves gonflés. Il rencontra enfin Archidamus qui devait lui livrer la ville. Parvenu devant Stratos, le roi s'attendait à voir les habitants sortir mais il trouva les portes closes.

Il apprit alors qu'une garnison romaine commandée par le lieutenant Popilius était entrée en ville dans la nuit. Les notables avaient d'abord suivi Archidamus puis, en son absence, avaient appelé les Romains. A ce moment arriva Dinarque, chef de la cavalerie étolienne, pour se joindre à Persée mais, finalement, il passa aux Romains. Popilius n'était pas rassuré au milieu d'une population aussi inconstante. Il s'empara des clefs de la ville et enferma les Etoliens dans la citadelle, sous prétexte de leur en confier la défense. Les chefs macédoniens persuadèrent le roi qu'avec l'hiver les assiégeants souffriraient autant que les assiégés. Persée alors ensuite en Macédoine. Las de perdre son temps, Appius congédia ses alliés, installa ses troupes romaines en Pénestie et rentra à Rome. Persée renouvela plusieurs fois ses tentatives auprès de Gentius, obtint à chaque fois la même réponse, mais ne se résolut jamais à faire la moindre dépense pour acheter son appui.

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