Livre 45: 168-167 av. JC

Les envoyés du consul trouvèrent Rome en liesse. Quatre jours après le combat, pendant des jeux, la nouvelle de la victoire s'était répandue. Les magistrats ne surent pas qui était à l'origine de ce bruit. Les envoyés du consul Aemilius entrèrent en ville suivis d'une foule immense. Ils rendirent compte de la bataille devant le sénat et devant le peuple. Chacun quitta l'assemblée pour aller rendre grâce aux dieux dans les temples. Le sénat décréta cinq jours de supplications et le sacrifice de grandes victimes. On fit tirer au sec les navires qui mouillaient dans le Tibre en attendant de partir pour la Macédoine. On licencia les troupes de marine en leur versant une année de solde. La nouvelle de la soumission de l'Illyrie arriva également. Il y eut encore trois jours de supplications. A la même époque, M. Marcellus, de retour d'Espagne, versa dix millions de sesterces en argent au Trésor.

Paul Emile était devant Sira quand il reçut une lettre de Persée. Il y était écrit «le roi Persée au consul Paul Emile». Cet aveuglement écarta toute pitié de l'esprit du consul et les députés furent éconduits. Persée demanda alors humblement à discuter. On lui envoya des ambassadeurs mais cela ne donna rien. Il s'obstinait à vouloir garder sa couronne et le consul voulait qu'il s'en remette au peuple romain. Cn. Octavius aborda à Samothrace avec la flotte et engagea Persée à se rendre. Il fut aidé par un incident. Un jeune Romain, L. Atilius, demanda au peuple assemblé pourquoi, si le territoire de l'île était sacré, il acceptait la présence d'un homme souillé du sang d'Eumène. L'argument fut admis et les gens de Samothrace firent dire à Persée qu'Evandre devait être jugé. Persée voulut le persuader de se suicider mais, comme il tentait de fuir, il le fit tuer, devenant à son tour sacrilège. Il acheta le silence du magistrat de Samothrace mais se retrouva seul et voulut fuir.

Il demanda à un Crétois de le prendre sur son navire et de le conduire auprès du roi Cotys. Il fit embarquer tout l'argent qu'il put puis voulut lui-même monter à bord. Mais le Crétois était parti avec les richesses. Les enfants des notables macédoniens avaient suivi Persée à Samothrace comme pages. Octavius leur promit la liberté s'ils passaient du côté romain. Tous acceptèrent. Finalement Persée se retrouva seul avec Philippe, son fils aîné et se rendit à Octavius. La prise de Persée était une seconde victoire. Le consul offrit un sacrifice aux dieux. Jamais spectacle n'avait réuni une telle foule. Persée entra dans le camp en habit de deuil. Aemilius lui fit ouvrir le chemin par ses licteurs. Persée voulut se jeter à ses pieds mais le consul le releva et le fit assoir en face des officiers réunis en conseil. Il lui demanda pourquoi il avait entrepris la guerre. Persée ne répondit que par des larmes. Le consul lui dit d'avoir confiance en la clémence du peuple romain. Puis il congédia le conseil. L'armée prit ses quartiers d'hiver à Amphipolis et dans les environs.

Ainsi s'achevait après quatre ans la guerre entre Rome et Persée. Celui-ci était le vingtième successeur de Caranus, premier roi de Macédoine. Les Macédoniens étaient devenus célèbres grâce à Philippe, fils d'Amyntas. Ils le furent encore plus avec Alexandre qui, en treize ans, conquit l'empire perse et parcourut en vainqueur l'Arabie, l'Inde et les contrées les plus reculées de la terre. Mais la mort d'Alexandre amena le partage de son empire. Ses généraux se disputèrent ses dépouilles. Apprenant la victoire, Popilius, qui était à Délos, congédia les navires athéniens et continua vers l'Egypte, espérant rejoindre Antiochus avant qu'il n'atteigne Alexandrie. Comme il relâchait près de Rhodes, les notables lui demandèrent de venir en ville. Là, il reprocha aux Rhodiens leur attitude pendant la guerre. Les habitants en conclurent que tout le sénat leur était défavorable. Son collègue Decimius fut plus modéré et admit que seuls quelques agitateurs étaient en faute. Les Rhodiens condamnèrent à mort ceux qui avaient tenté des démarches auprès de Persée. Certains s'étaient exilés et les autres s'étaient déjà suicidés.

Les ambassadeurs repartirent pour l'Egypte. Antiochus avait levé le siège d'Alexandrie mais était maître du pays. Il avait laissé à Memphis l'aîné des Ptolémée qu'il voulait mettre sur le trône en espérant l'éliminer ensuite. Celui-ci, comprenant le but d'Antiochus, fit remarquer à son frère et à sa sœur que le roi de Syrie avait laissé une garnison à Pelusium, ce qui lui permettait d'entrer en Egypte sans difficulté. La guerre entre frères les affaiblissait et les empêcherait de résister. Finalement la paix fut conclue. Antiochus en fut irrité. Il envoya sa flotte à Chypre et lui-même, au printemps, avança en Coelé-Syrie. Aux ambassadeurs venus le remercier de l'aide apportée à Ptolémée pour monter sur le trône, il réclama Chypre et Pelusium. Le délai expiré, il entra en Egypte. Il avançait vers Alexandrie quand les ambassadeurs romains le rencontrèrent. Popilius lui présenta le texte du senatus-consulte. Le roi dit qu'il allait réfléchir mais Popilius traça un cercle autour de lui avec une baguette et lui interdit d'en sortir avant d'avoir répondu. Stupéfait, Antiochus finit par accepter de faire ce que voulait le sénat. Cette ambassade eut un grand retentissement.

L'autre consul n'eut pas l'occasion de se signaler. Le jour du rassemblement des légions, il était entré dans l'enceinte sacrée sans avoir pris les auspices. Les augures déclarèrent la convocation irrégulière et l'armée resta à Rome. Des ambassades arrivèrent à Rome. Celle d'Antiochus confirma l'obéissance du roi. Celle de Ptolémée remercia Rome. Les Pisans se plaignirent d'empiètements des colons romains sur leur territoire. Attale et ses deux frères complimentèrent le peuple romain. Masgaba, fils de Massinissa, vint expliquer que son père était impressionné parce que le sénat avait demandé les secours qu'il aurait pu exiger et qu'il avait payé le blé fourni. Massinissa demandait à pouvoir venir à Rome offrir un sacrifice. Les sénateurs remercièrent mais dirent qu'il n'était pas utile qu'il quitte son royaume, ce qui pouvait être risqué. Le prince demanda qu'on oblige Carthage à donner Hannon comme otage. Ce fut refusé. Peu après, son frère Misagène écrivit que, revenant de Macédoine avec ses cavaliers, il était malade à Brindes. On lui envoya un questeur.

(lacune)

Claudius soutenait qu'un censeur ne pouvait ôter le droit de suffrage. Le pouvoir de faire passer un homme d'une tribu à une autre ne donnait pas celui de l'exclure des trente cinq tribus et de faire perdre le titre de citoyen. On tira au sort la tribu urbaine dans laquelle devaient entrer les affranchis. Ce fut l'Esquiline. Les censeurs dégradèrent plus de sénateurs et de chevaliers que leurs prédécesseurs. Ils demandèrent une prorogation de leurs pouvoirs afin de veiller à l'achèvement de travaux entrepris mais un tribun qu'il n'avaient pas admis au sénat s'y opposa. Les nouveaux consuls, Q. Aelius et M. Junius, eurent Pise et la Gaule pour provinces. On prolongea les commandements de Macédoine et d'Illyrie jusqu'à ce qu'on ait donné à ces pays de nouveaux gouvernements. A la suite de plusieurs prodiges, on consulta les livres sibyllins, on sacrifia cinquante chèvres au forum et on purifia la ville. Pour la victoire remportée sur Persée, deux préteurs firent déposer sur tous les autels la même offrande que celle qui avait été faite après la défaite d'Antiochus.

Pise revint à Junius et la Gaule à Aelius. Dix commissaires furent envoyés en Macédoine et cinq en Illyrie pour régler les affaires des pays conquis. Le sénat décida que les Macédoniens et les Illyriens seraient libres. Les taxes sur les mines de Macédoine furent supprimées et le fermage des terres publiques fut annulé. La Macédoine n'aurait pas d'assemblée car on craignait que la foule n'abuse de la liberté. Le pays serait divisé en quatre provinces. Chacune aurait son administration et paierait à Rome la moitié des impôts levés par les rois. Ce devait être la même chose pour l'Illyrie. Parmi les ambassadeurs reçus, Attale, le frère d'Eumène, fut particulièrement remarqués. Ses anciens compagnons d'armes lui firent un accueil enthousiaste. Il était venu féliciter Rome pour la victoire mais également pour se plaindre des attaques gauloises qui menaçaient le royaume de son frère. C'était aussi un ambitieux qui venait chercher des honneurs. Heureusement le médecin Stratius, envoyé à Rome par Eumène pour surveiller son frère, était là. Il montra à Attale que le jeune royaume de Pergame ne pouvait subsister que par l'entente des trois frères même si un seul portait la couronne. Il succèderait à Eumène qui était sans enfant. Il évoqua l'exemple de Persée. Attale fut convaincu.

Le sénat décida de ne pas recevoir les envoyés des Rhodiens parce qu'ils ne s'étaient pas montrés amicaux dans la guerre. Un préteur proposa même au peuple de leur déclarer la guerre. Des tribuns du peuple s'y opposèrent avant qu'un débat ait eu lieu.

(lacune)

Finalement, les Rhodiens purent plaider leur cause. Ils insistèrent sur les services autrefois rendus par leur nation aux Romains contre Philippe et Antiochus. Lors de la dernière guerre, ils s'étaient contentés de rester neutres et de jouer les médiateurs. Après leur plaidoyer, on les fit sortir de la curie et on vota. Les Rhodiens furent défendus par M. Porcius Caton, pour une fois indulgent. On ne leur répondit pas comme à des ennemis, mais pas non plus comme à des alliés. Cela suffit à provoquer la joie dans l'île, tellement on avait eu peur de la guerre. Il fut décidé d'envoyer à Rome une couronne d'or et de solliciter de nouveau l'alliance.

Au même moment, les Cauniens se révoltèrent. Les Rhodiens risquaient de perdre les régions soumises à leur puissance et de se retrouver avec leur île trop pauvre pour les nourrir. Ils envoyèrent une armée qui rétablit la situation. Anicius mit une garnison à Scodra, la capitale de Gentius puis alla en Epire. Chez les Molosses, toutes les villes se soumirent. A Passaron, un notable osa demander au peuple s'il voulait partager le sort des meneurs. Alors ceux-ci préférèrent mourir en se jetant sur les postes romains et la ville se rendit. A Tecmon, le chef pro-macédonien fut tué et la ville ouvrit ses portes. Anicius cantonna ses troupes pour l'hiver puis convoqua à Scodra une assemblée de notables illyriens. Il annonça que l'armée allait se retirer et même que certaines villes qui avaient pris le parti des Romains seraient exemptées de tribut. Les autres ne paieraient que la moitié de ce qu'elles payaient au roi. Il divisa l'Illyrie en trois puis retourna passer l'hiver en Epire. Paul Emile avait envoyé son fils piller Agassae qui avait sollicité l'alliance romaine avant de passer du côté de Persée et Eginium qui avait maltraité des soldats romains. Le même châtiment fut infligé à Aenia qui avait résisté plus que les autres.

L'automne arrivait. Le consul laissa le commandement à C. Sulpicius Gallus et partit avec son fils Scipion et Athénée, frère d'Eumène, visiter la Grèce. A Delphes, il offrit un sacrifice à Apollon. Il sacrifia également à Jupiter à Lébadia et se rendit à Chalcis pour voir le pont qui relie l'île d'Eubée au continent. Il passa ensuite à Aulis où s'était réunie la flotte d'Agamemnon et où celui-ci avait immolé sa fille avant de partir pour Troie. A Athènes, il visita la citadelle, les ports, les murs qui relient la ville au Pirée et les monuments. Après avoir offert un sacrifice à Minerve, il se rendit à Corinthe. Il visita ensuite Sicyone, Argos, Epidaure, Lacédémone et Olympie. Comme il revenait à Demetrias, il rencontra des Etoliens en deuil. Plus de cinq cents notables avaient été tués avec l'aide de soldats romains et d'autres avaient dû s'exiler. Il leur donna rendez-vous à Amphipolis mais oublia l'affaire pour aller à la rencontre des commissaires romains à Apollonie. Il y trouva Persée venu à sa rencontre. Il réprimanda les soldats qui avaient enlevé des tuiles des murs d'Amphipolis pour couvrir leurs quartiers.

Au jour fixé pour la réunion avec des notables des villes, le consul et les commissaires prirent place au milieu des Macédoniens qui furent impressionnés par le decorum. Paul Emile lut en latin les volontés du sénat. Un préteur traduisit en grec. Les Macédoniens seraient libres et conserveraient leur territoire. Ils choisiraient leurs magistrats et paieraient aux Romains la moitié des anciens impôts. Le pays serait divisé en quatre districts: Amphipolis, Thessalonique, Pella et Pélagonie. Personne ne pourrait se marier ou acheter des biens hors de son district. L'exploitation des mines d'or et d'argent était interdite. Celle des mines de cuivre et de fer était autorisée. L'importation du sel était défendue. Il était interdit aux habitants de couper le bois pour la construction de navires. Les districts pouvaient avoir des troupes face aux barbares. Les réactions furent diverses. La liberté fit plaisir mais la division fut mal accueillie. Les trois premiers districts étaient riches de leur agriculture, de leurs mines et de leurs possibilités commerciales. Le dernier était inculte et ses habitants farouches. On fit ensuite comparaître les Etoliens. On reprocha seulement à Baebius d'avoir laissé des soldats romains participer aux exécutions.

Cela inspira de l'orgueil aux peuples qui avaient pris le parti de Rome. Les notables étaient de trois sortes. Il y avait ceux qui flattaient Rome ou les rois et qui fondaient leur fortune sur l'oppression de leur pays. Les troisièmes défendaient leurs libertés. Les partisans de Rome accablèrent les commissaires de leurs accusations. Plusieurs habitants d'Etolie, d'Acarnanie et de Béotie furent emmenés à Rome pour s'expliquer. L'enquête s'étendit en Asie. Il y eut des déportations et des exécutions. Lorsque ce fut terminé, on convoqua une nouvelle assemblée de Macédoniens. On y décida que l'administration serait confiée à des sénateurs nommés synèdres. On désigna aussi les nobles Macédoniens amis du roi qui seraient déplacés en Italie. Les lois données par Aemilius semblaient faites pour des alliés et non des vaincus. Elles résistèrent longtemps à l'épreuve du temps. Aemilius avait ensuite préparé une fête à laquelle il avait invité tous les chefs de Grèce et d'Asie. Elle eut lieu à Amphipolis. On avait réuni les acteurs et les athlètes les plus fameux. On admira les jeux, encore peu familiers aux Romains. Après cela, le général fit transporter sur les bateaux les boucliers d'airain puis fit brûler les autres armes en invoquant Mars et Minerve.

Malgré la présence de tant d'armées, les vivres furent si bon marché qu'Aemilius put en distribuer. La foula admira le butin fait sur la Macédoine, des statues, des tableaux, des vases précieux trouvés dans le palais royal. Ces trésors furent embarqués et Octavius les transporta à Rome. Aemilius fit ravager les terres des Illyriens qui avaient aidé Persée et se dirigea vers l'Epire. Anicius était campé non loin. Aemilius lui fit savoir que le sénat avait laissé à l'armée le pillage des villes qui avaient pris le parti de Persée. Il convoqua dix notables pour leur demander de livrer leur or et leur argent puis il fit partir les cohortes vers les villes. A la quatrième heure, on donna le signal du pillage et le butin fut tel qu'il y eut quatre cents deniers par cavalier et deux cents par fantassin. Cent cinquante mille esclaves furent emmenés. On rasa les murailles de soixante dix villes. Aemilius descendit sur la côte, embarqua son armée et repassa en Italie. Quelques jours après, Anicius rassembla le reste des Epirotes et des Acarnaniens, ordonna aux notables de l'accompagner en Italie et partit à son tour.

Pendant ce temps, les ambassadeurs envoyés pour mettre fin à la guerre entre les Gaulois et Eumène arrivèrent en Asie. A la faveur de la trêve hivernale, les Gaulois étaient rentrés chez eux. Le roi était à Pergame, malade. Au printemps, tous ressortirent. Les Gaulois étaient à Synnada et Eumène avait rassemblé ses troupes à Sardes. C'est à Synnada que les Romains rencontrèrent Solovettius, le chef gaulois, qui se montra intraitable. Persée et Gentius furent emprisonnés à Rome. Quelques jours plus tard, Aemilius remonta le Tibre sur un navire du roi, un très grand vaisseau à seize rangs de rameurs et orné des dépouilles de la Macédoine. Les rives étaient noires de monde. Anicius et Octavius le suivirent de près avec la flotte. Le sénat leur décerna à tous trois le triomphe. Mais Aemilius fut l'objet de critiques. Il avait rétabli la discipline dans l'armée et les soldats avaient eu moins de butin qu'espéré. L'armée de Macédoine était peu disposée à l'appuyer aux comices et Ser. Sulpicius Galba, un tribun militaire ennemi personnel du général, avait poussé les soldats à se rendre nombreux à l'assemblée.

Quand le tribun du peuple Ti. Sempronius eut lu la motion qui proposait le triomphe, Galba demanda que la délibération soit repoussée. Sommé de s'expliquer, il accusa le général d'avoir appliqué trop rudement le règlement militaire, d'avoir fait courir aux hommes plus de dangers qu'il n'était nécessaire et de s'être montré avare dans la distribution des récompenses. Le lendemain, les soldats étaient en foule au Capitole. Les plus hauts personnages reprochèrent son attitude à Galba et M. Servilius s'adressa à la foule. Il constata qu'Aemilius devait être un excellent général pour avoir remporté la victoire avec des soldats aussi indisciplinés. Il n'utilisa même pas le terme de citoyens pour s'adresser aux soldats. Il leur expliqua pourtant que le triomphe leur revenait autant qu'au chef. Il était impossible de nier qu'Aemilius avait achevé la guerre de Macédoine. On ne pouvait priver le peuple de ce spectacle ni les dieux de cet honneur. Il ne fallait pas hésiter entre un décret du sénat et un médisant. Pour appuyer ses dires, Servilius montra ses cicatrices et défia Galba d'en faire autant. Puis il demanda que le vote reprenne.

(lacune)

L'or et l'argent portés en triomphe représentaient plus de cent vingt millions de sesterces. On donna cent deniers à chaque fantassin, le double aux centurions et le triple aux cavaliers. Le général aurait triplé la somme s'ils ne s'étaient pas opposés à son triomphe. Quelques jour plus tard, il prononça devant l'assemblée du peuple un discours mémorable dans lequel il rendit compte de son action. Il avait terminé en quinze jours une guerre que quatre consuls avaient entreprises avant lui. Mais, après ce grand bonheur, les dieux avaient fait mourir deux de ses fils. Il ne lui restait plus d'héritier. Comptant sur le nombre de ses enfants, il en avait fait passer deux par adoption dans les familles Cornelia et Fabia. Mais la prospérité de l'Etat le consolait de ses malheurs. Ce discours fit une vive impression sur le peuple. Aux calendes de décembre, Octavius reçut le triomphe naval. Chaque marin reçut soixante-quinze deniers, le double aux pilotes, le triple aux commandants. Le sénat décida que Persée serait gardé à Albe. Bithys, fils du roi de Thrace Cotys, fut placé à Carséoles avec les otages. Les autres captifs furent emprisonnés. Des ambassadeurs de Cotys expliquèrent que leur maître n'avait aidé Persée parce que celui-ci détenait des otages. Les sénateurs répondirent qu'on se souvenait de l'ancienne amitié avec les Thraces et les otages furent rendus sans rançon.

Anicius triompha de Gentius et des Illyriens. On vit une grande quantité de drapeaux, les meubles du palais royal et beaucoup d'or et d'argent. Gentius et sa famille furent conduits devant le char du vainqueur. Chaque homme reçut quarante-cinq deniers sur le butin. Les alliés et les marins reçurent la même somme. L'armée suivait en chantant les exploits de son chef. Gentius fut relégué à Spolète puis à Iguvium, les habitants de Spolète ayant refusé. Les autres captifs furent emprisonnés à Rome. Deux cents barques saisies furent distribuées aux habitants de Corcyre, d'Apollonie et de Dyrrachium. Cette année, les consuls se contentèrent de ravager le territoire des Ligures. Les comices proclamèrent comme nouveaux consuls M. Claudius Marcellus et C. Sulpicius Gallus. Il y eut un mois intercalaire au lendemain des Terminalia. Le roi Prusias vint à Rome avec son fils Nicomède. Il déclara devant la foule qu'il venait rendre hommage aux dieux de Rome, au sénat et au peuple romain. Le roi de Bithynie demanda deux jours pour visiter la ville, les temples et ses amis. Il fut ensuite reçu au sénat qu'il félicita de sa victoire. Il rappela le rôle qu'il y avait tenu, demanda à faire un sacrifice au Capitole, sollicita le renouvellement de l'alliance et réclama le territoire confisqué à Antiochus dont des Gaulois s'étaient emparés. Ses demandes furent appuyées par les généraux ayant commandé en Macédoine. Tout fut accepté, sauf la cession du territoire. A ce sujet, on répondit qu'on enverrait des commissaires. On lui fit d'importants présents. Le roi fut émerveillé des égards du peuple romain. Il refusa les cadeaux qu'on lui offrait mais dit à son fils d'accepter ceux qui lui étaient destinés.

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